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La matriarche

De
184 pages
Mariecitta, jeune fille colombienne et ambitieuse, est décidée à réussir sa vie. Son souci majeur est de protéger ses enfants. Tragédies et aventures parsèment son parcours. Habituée à un train de vie fastueux, elle se retrouve sans moyens. Elle fait alors le choix de pratiquer le trafic de drogue et le blanchiment d'argent...
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Fouad J. Tabet
La matriarche
La matriarche
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01416-6 EAN : 9782343014166
FOUAD J. TABET La matriarche
La matriarche, « Ils sont venus ! Ils sont tous là ! » pen-sait Maria en parcourant du regard l’alignement de ses enfants accompagnés de leurs femmes et de ses six petits-enfants, qui la bordaient autour de son grand lit. Ses deux fils âgés respectivement de trente-neuf ans et trente-sept ans et ses deux filles, ainsi que leurs maris, étaient là pour lui exprimer leur attachement et leur recon-naissance. Elle les avait toujours entourés de toutes les attentions :sociales, financières, relationnelles… Dans l’immense propriété qui entourait sa villa de style mau-resque, un silence impressionnant laissait présager un triste événement. Il contrastait avec la turbulence des jours heu-reux qui remplissait de joies, jardins et salons. Cette maison récemment construite en arcades, ressem-blait plus à un mini château et soulignait le succès d’une vie bien remplie. Les rebords des balcons étaient tous ornés de colonnes de marbre blanc recouvertes d’une main courante de 30 centimètres de large de granit rouge servant d’appui, et les salons, chambre à coucher, jusque les sols des bal-cons, étaient revêtus de marbres précieux, alors que d’ordinaire ceux-là étaient carrelés de simples céramiques. Des meubles de style Louis XIV et Empire, achetés auprès de grands noms tels que Sotheby’s et Christie’s, meublaient une enfilade de salons. Tout autour de l’immense propriété
de 90 hectares qui entourait la villa, soufflait une brise lé-gère qui atténuait la chaleur, et permettait de rendre l’humidité plus supportable en cette période de l’année. Les ouvriers agricoles figés et immobiles, debout sur leur lieu de travail, avaient leurs yeux braqués sur la villa. Tous semblaient attendre l’instant fatidique. La mort était au rendez-vous. Ils s’entretenaient à voix basse, comme si le fait de hausser le ton hâterait l’action de la grande fau-cheuse. Leurs chuchotements se perdaient dans le bruisse-ment des feuilles des champs, et des épis de blé. e Un lit à baldaquin datant du 19siècle, et auquel on ac-cédait par un escabeau de style Louis XV, doré à la feuille, campait au milieu de la plus grande chambre de la villa. Maria à demi-étendue, le dos appuyé sur des coussins épar-pillés çà et là, portait son regard sur tout ce qui l’entourait. Elle luttait depuis plus de trois mois de toutes ses forces contre le mal. Ce cancer, pour lequel les médecins les plus éminents de Colombie, et de Londres ne lui avaient pas donné plus de six mois à vivre. D’ailleurs elle avait durant cette brève période fait appel à ses avocats, et avait réglé toutes les formalités de succession. La mort qui rôdait n’avait pas terni la douceur de ses traits, malgré le teint pâle dû à sa maladie. Elle avait toujours été une battante. Elle ne voulait pas quitter ce monde, auquel elle avait tant donné. Elle aimait la vie. Le regard toujours vif s’arrêta un long moment sur le portrait de son mari accroché au dessus du meuble Boulle face à son lit. Voilà déjà vingt ans qu’Emilio son mari était décédé. C’est à travers ce portrait qu’elle fixait d’un œil attentif, qu’elle se remémora l’aventure de sa vie. Le destin s’apprêtait à l’arrêter.
8
CHAPITRE I
À quinze ans, Mariecitta gambadait comme tous les en-fants de son âge, dans les rues de Bogota. Cet après-midi, elle venait de finir sa journée de classe, et rentrait de l’école en compagnie de sa meilleure amie Conchita. Brusquement, au coin d’une rue, déboucha à vive allure une Jaguar de couleur blanche décapotable. Le chauffeur n’avait pas eu le temps d’éviter la flaque d’eau qui stagnait sur le côté droit de la chaussée, que longeaient les deux amies. Les jets d’eau boueuse éclaboussèrent Mariecitta qui, sans le vou-loir, protégea Conchita. Le conducteur qui s’était rendu compte de son impair, freina quelques mètres plus loin pour revenir s’excuser. Maria portait une robe blanche, immacu-lée, qui la prenait à même le corps sur le haut, et descendait en jupe ample vers le bas. Elle pleurait à chaudes larmes. La nature avait doté Maria d’un corps de déesse grecque, absolument splendide. Ses yeux bleus illuminaient un vi-sage aux lignes bien marquées, que surmontait un front hautain. Sa chevelure de couleur ambre relâchée recouvrait ses épaules jusqu’à la taille. Elle était dotée d’une poitrine déjà formée, qui lui donnait l’allure d’une jeune fille de vingt ans.Elle venait à peine d’en avoir quinze. En s’approchant des deux jeunes filles, Juan fut absolument subjugué par la beauté de cette créature. De plus les mame-lons de Mariecitta mouillés, sous sa robe toute blanche et