La mort du mustang d'argent

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Quels sont ces étranges individus, ces "Sauvages", que Frère Diego a entraperçus aux abords de la rivière ? Qui était Indiana Duncan Mulroy, celui que l'Amérique entière surnommait " le Mustang d'argent" ?
Dans ce premier recueil de huit nouvelles, Guillaume Lacotte nous fait découvrir également les péripéties du Serpentin, le plus beau poignard de l'histoire ; la corrida dépravée de Juchitanita ; le quotidien tragicomique d'une infirmière d'asile psychiatrique...
Huit nouvelles, véritable invite au voyage, où se mêlent érudition et humour, entre pastiches picaresques et intimisme.
Publié le : mardi 1 juin 2010
Lecture(s) : 96
EAN13 : 9782296260061
Nombre de pages : 156
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© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12263-5 EAN : 9782296122635
Toutes les nations
[…] Aujourd’hui Frère Diego a rencontré un Sauvage. Il s’était levé aux aurores pour aller chercher de l’eau, et c’est en flânant le 1 long de la rivière Isabel – l’occupation préférée, nous le savons tous, de Frère Diego – qu’il est tombé nez à nez avec un Indigène. Lorsque Frère Diego est revenu à la mission, Sœur Carmen me fit remarquer qu’il avait la mine sombre – aspect bien inhabituel chez lui, qui aime tant à voir la Vie du bon côté des choses – et me pria de l’aller visiter ; ce que je fis instamment. J’attendis que Frère 2 Diego eût achevé saLouange avant de m’entretenir avec lui. Il m’avoua alors sa rencontre inopinée avec un Indigène et me précisa qu’à sa vue le Sauvage déguerpit dans les montagnes avec la vélocité d’un cerf se faufilant entre deux bosquets pour échapper aux chasseurs. Il insista sur l’apparence répugnante de l’Individu et ajouta qu’ils ne ressemblaient en rien aux Indigènes que nous avions déjà convertis dans la Foi de notre Seigneur ToutPuissant et Miséricordieux. Je calmai Frère Diego. Nous convînmes que dès les premières heures du lendemain je l’accompagnerais à la rivière Isabel et que nous tenterions d’éclaircir ce mystère avec l’aide de notre Seigneur. 3 Je passai l’aprèsmidi à lireLes Trois VoiesBonaventure . de Dans la soirée j’allai méditer dans les jardins. J’y croisai Sœur Raymonda au moment où le Ciel, si pur et si clair dans ces régions, abandonna ses teintes bleutées pour celles, plus sombres, de 1  Rivière ainsi nommée en l’honneur d’Élisabeth de France (15451568), de la maison des Valois. Elle épousa en troisièmes noces Philippe II d’Espagne (15271598), fils d’Isabelle de Portugal (15031539) et de Charles Quint (15001558). En castillan, elle est connue sous le nom d’Isabel de Valois. 2 Il s’agit en toute vraisemblance de laLouange au Dieu très haut, prière de SaintFrançois d’Assise (11821226). 3 Il s’agit desTrois voies de la Vie spirituelle, du franciscain Bonaventure de Bagnorea (1220 ?1274). L’auteur a publié d’autres livres de spiritualité, ainsi que des compendiums et des livres d’exégèse.
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mauve. Tout en dégustant un dîner frugal accompagné d’un maigre verre de vin, nous nous entretînmes de nos lectures du jour. Frère Henrique nous rejoignit et nous contemplâmes la Lune en silence. Treizième jour du mois de juillet de l’an mil sept cent soixante et onze Je me levai très tôt – le jour n’avait pas encore point – et allai éveiller Frère Diego. Après de rapides ablutions et la récitation du Louange, nous nous mîmes en route pour la rivière Isabel. Nous ne prononçâmes la moindre parole sur le chemin. Le Jour se leva, striant le Ciel de teintes irisées. Nous arrivâmes à la rivière Isabel après un peu plus d’une heure de marche. Légèrement éreintés par l’effort, nous nous désaltérâmes puis nous reposâmes pendant un tiers d’heure. Nous déposâmes nos six seaux près de la rivière Isabel et entamâmes notre marche dans les montagnes. Le chemin, à peine creusé sur ces pentes escarpées et désertes, manqua parfois, du fait de la rosée matinale et de l’humidité due au voisinage de la rivière Isabel, faire glisser Frère Diego et moimême ; mais fort heureusement, aucun accident ne fut à déplorer. Nous marchâmes pendant un peu plus d’une heure avant d’apercevoir, dépassant d’une crête, des volutes de fumée grises s’échappant dans le Ciel. Frère Diego et moimême ne dîmes rien et continuâmes notre marche dans la direction de la fumée. Nous escaladâmes la colline sans, à mon grand étonnement, la moindre difficulté. Quelques instants plus tard, nous surplombions ce qu’il 4 conviendrait d’appeler un village , dont les demeures ressemblaient à des huttes construites à base de bois, de paille, de terre et de peaux de bêtes. Les Sauvages, qu’ils fussent mâles ou femelles, jeunes ou âgés, étaient tous dans un état de presque nudité, laissant leur peau tannée et imberbe aux yeux de tous ; mais cela ne semblait point les gêner. Frère Diego et moimême nous signâmes et chuchotâmes une prière. Certains enfants Sauvages couraient dans les rues du village en poussant de petits cris et en riant follement ; d’autres s’amusaient à patauger dans des mares de boue 4 Premier aperçu du village hopatiche dont il sera question dans les lignes et chapitres suivants.
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