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La musique d'Erich Zann

De
10 pages

Éternelles clés du fantastique : cette maison dont un soir on s'est enfui, où pourtant on a habité, et qu'on ne sait retrouver dans la ville...


Et comment une musique peut vous dévorer l'âme, et qu'on découvre l'âme réellement dévorée de celui qui la joue.


Su un thème directement venu de Hoffmann, la force de Lovecraft c'est de nous faire partager son imaginaire de la ville (Providence), sa hantise de la nuit.


Mais ne jamais oublier que lui-même enfant étudia la violon, et que lorsqu'il veut parler construction de récit, fascination d'une histoire, construction technique d'un récit, c'est toujours à l'art du violon qu'il emprunte ses images.


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The Lovecraft Monument

ISBN : 978-2-8145-1003-6

première mise en ligne le 1er juin 2014

dernière mise à jour le 13 juin 2014

THELOVECRAFTMONUMENT.COM

note liminaire

Il est probablement possible de comprendre Lovecraft sans se figurer Providence. Mais pour moi, le basculement dans Lovecraft s’est fait lorsque, après s’être garé downtown (nous remontions de Narragansett et Newton), nous avons traversé à pied cette mince rivière encaissée dans des maisons noires, avant d’escalader les pentes de la vieille université, pour retrouver les chambres que Lovecraft n’a cessé d’y occuper.

C’est ce dispositif géographique qu’on retrouve de façon récurrente dans ses livres – et principalement dans Celui qui huit. Ici il est le noeud même de la fiction – une rue qu’on ne retrouve plus, un paysage depuis une haute fenêtre qui peut faire surgir ou disparaître la ville.

Et puis la musique. Lovecraft était-il remonté jusqu’à E.T.A. Hoffmann pour tout centrer sur le personnage d’un musicien, et ce mystère qu’est le violon, la transe qu’il sait provoquer ?

Dans La musique d’Erich Zann, un volet qui claque, un rythme qui enchaîne (le paysage industriel qu'on nous fait apercevoir l'ancre dans les peintres de son temps – Bellows, Demuth, Sheeler –, mais la viole mêle les âges comme cette perspective de rue en pente où tout se rassemble), un craquement d’escalier et la peur du vieil homme muet : le fantastique est sans accessoire, il part de la réalité la plus immédiate, et jamais il n’est aussi fort. Dans le texte original, comme pour le Dupin de Poe, une référence à un Paris lointain : la rue d’Auseil, le nom Blandot, ou le fait que Zann tend au narrateur un mot écrit en mauvais français ajoutent à l’énigme.

Le violoniste de Grillparzer qui enchantait Kafka, le Gambarra de Balzac, la représentation de Don Giovanni jouxtant la chambre d'hôtel chez Hoffmann, jusqu’au Adrian Leverkühn du Doktor Faustus de Thomas Mann, lorsqu’un musicien intervient directement dans la littérature c’est d'abord la porte du fantastique qui s’ouvre – voilà le paysage que nous rejoignons avec Erich Zann.

Et puis il y a un autre mystère, qui pourrait suffire à nous faire lire ce texte de façon incantatoire, presque mystique : Lovecraft n'était guère attiré par la musique, surtout par l'apparât par lequel à Boston, concert ou opéra, elle se donne. Il exécrait le jazz, probablement pour des raisons encore moins saines. Mais, jeune, il a...