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La nasse

De
101 pages
Le héros de ce roman peine à rédiger la biographie d'un aventurier du XVIII° siècle, retors et insaisissable. Sa vie sentimentale est sur le point de tourner au désastre. A l'occasion d'un séjour estival dans le village de sa jeunesse, au sud de la France, tout son passé remonte à la surface et lui donne l'impression de sombrer dans la démence, comme si une nasse se refermait sur lui. Des souvenirs aidant, il surmontera ses angoisses et découvrira enfin le chemin qu'il cherchait depuis toujours.
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La Nasse

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com di ffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07440-8 EAN : 9782296074408

Jean-Claude Haue

La Nasse
roman

Collection « Écritures»

L'Harmattan

Du même auteur

Romans et récits Roman du plus mort que vi/, Jacques Brémond, 1984 Erratiques, Cadex, 1985 Les Macchabs vites, Cadex, 1988 Fragments d'un meurtre, Cadex, 1991 Journal de l'homme arrêté, Cadex, 1992 Le vent du dehors, Cadex, 1993 Une voix pour Orphée, Cadex, 1996 La nuit du libertin, Cadex, 1998 Fragments du solstice, Cadex, 2000 Les eaux noires, Cadex, 2003 L'indifférent, Cadex, 2004 Mes petites marquises, RESzone, 2008 Essais L'appétit de Don Juan, Cadex, 1994 Quel sangue... Quella piaga... - Une guirlande pour Casanova,Cadex,2000 Casanova et la belle Montpelliéraine, Cadex, 2001 Ange Goudar, un aventurier des Lumières, Honoré Champion, 2004 Le voyage et la plume, Les Presses du Languedoc, 2004 Voyage de Casanova à travers la Catalogne, le Roussillon et le Languedoc, Les Presses du Languedoc, 2006

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e me trouve bien heureux lorsque je songe que je n'aurai pas à rester à Paris ce mois d'août. Je m'y suis vraiment trop ennuyé l'an dernier. Aussi bien cette fois, j'ai pris mes dispositions, je ne fais que passer. En transit vers le Midi. Mon appartement a beau sentir un peu le renfermé, ce n'est pas aujourd'hui que je vais l'aérer. TIsera toujours temps à mon retour. J'ai rapidement rassemblé quelques effets. Vêtements légers. Des livres, une dizaine de CD... TI ne me reste plus à présent qu'à confier tout cela aux bons soins de la Sernam. En me donnant mon courrier tout à l'heure, Madame Grégoire n'a pu s'empêcher de s'exclamer sur ma minceur. «J'ai bien failli ne pas vous reconnaître, a-t-elle gloussé avec malice. Vous ressemblez à un jeune homme ». TIest de fait que j'ai bien fondu depuis mon départ de Paris. Envolée la mauvaise graisse de l'hiver. Mais cela tient surtout bien sûr à ma rencontre avec Christina. Pourtant, lorsque celle-ci m'a abordé sans façon sur la place de l'Hôtel de ville de Copenhague, j'étais à cent lieues d'imaginer que j'allais me jeter dans les griffes d'une véritable écologiste, adepte de la diététique et de la vie saine. Elle prétendait vouloir simplement s'entretenir avec moi en français. Le moyen de résister à ses charmes et à son regard lumineux? Notre conversation s'est poursuivie jusque chez elle, où elle m'a ensuite le plus naturellement du monde invité à passer la nuit. J'ai du mal à concevoir ce qui chez moi peut encore attirer si promptement les jeunes femmes. Sans doute perçoivent-elles confusément que je fais partie de ces hommes dont on peut disposer à sa guise. Un être toujours prompt à se laisser captiver par le premier fantôme charmant venant à jouer des prunelles sur le bord du chemin. ..

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Pendant presque un mois, mangeant peu et ne buvant que de l'eau, j'ai beaucoup pédalé sur ma bicyclette, m'efforçant de ne pas me laisser distancer par Christina. Du palais d'Amalienborg au parc Langelinie, d'Amagertov à Nyhaven. À ce train, mes vêtements ont rapidement commencé à flotter autour de mon corps émacié. Plus de ventre, joues creuses et mollets de sportif. Et comme la belle n'entendait par ailleurs aucunement pignocher concernant les fêtes de Vénus, les derniers grammes superflus s'en sont allés au rythme de nos étreintes souvent réitérées. Tous les deux ou trois jours, Christina me pilotait à travers son beau pays, dans sa wolkswagen jaune canari. De bibliothèques en châteaux, d'archives publiques en collections privées. Sur les traces hélas bien effacées du chevalier Andréa de Nerciat. J'avais raconté à Christina tout ce que je savais à son sujet et elle s'était aussitôt piquée au jeu. Brûlant à son tour de découvrir quelque document encore ignoré qui viendrait jeter une lumière nouvelle sur l'existence de ce Français aventureux. Nous avons même un jour franchi la frontière allemande afin de nous rendre à Oldenburg, ville autrefois rattachée au Danemark, où était basé le régiment dans lequel servait ce diable d'homme. Pourtant, malgré tous nos efforts, pas la moindre bribe d'information nouvelle à se mettre sous la dent. Nerciat paraissait avoir brouillé toutes les pistes derrière lui et j'avais parfois le sentiment aigu qu'il se moquait de moi par delà les siècles. Je me sentais piteux face à Christina qui me prodiguait son assistance sans faillir et me consolait du mieux qu'elle le pouvait chaque fois que s'envolait un nouvel espoir. Mon projet d'ouvrage faisait eau de toutes parts. Décidément, je n'étais guère doué pour la recherche histo-

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rique! Si bien que lorsque ma compagne m'annonça un beau matin qu'elle s'en allait rejoindre des amis en Suède, je me suis efforcé de prendre la nouvelle avec détachement et ai décidé sur le champ de ne pas m'attarder plus longtemps en ces contrées du Septentrion. Christina que mon humeur maussade commençait sans doute à ennuyer s'est efforcée d'abréger nos adieux. Ses cheveux étaient toujours aussi blonds, ses seins épanouis, son visage lisse et charmant. « À une autre fois, peutêtre... ». J'ai souri, mais avec un serrement de cœur, lorsque je l'ai vue s'éloigner sur ses longues jambes, roulant son fessier parfait. Un peu marri (ou envieux, peut-être), en découvrant tant de légèreté chez un être encore si jeune. Un profond accablement s'est alors emparé de moi. J'étais seul, de nouveau. Toujours aussi velléitaire et incertain. Le départ de Christina me rendait au vide de mon existence, qu'augmentait encore le sentiment d'échec qui m'envahissait. Nerciat aussi s'était échappé. Je me souviens que tandis que je bouclais mes bagages, l'envie soudain m'est venue de m'asseoir à même le sol et de ne plus jamais bouger. L'immense fatigue que j'ai éprouvée dans l'avion était vraiment à la mesure de mon désespoir.

Tout à l'heure, tandis que je m'efforçais de mettre un peu d'ordre dans la salle de bains, j'ai découvert sur une étagère de l'armoire de toilette une petite brosse ayant appartenu à Barbara. Quelques cheveux blonds étaient encore entortillés autour des poils rigides. Aussitôt, le souvenir de celle qui a partagé ma vie pendant presque huit mois a envahi mon esprit. Goût amer au fond de la gorge et vif sentiment

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de mon indignité. Je ne risque certes pas de tirer fierté de la façon dont je me suis conduit avec elle. TI me semble aujourd'hui que Barbara était vraiment la perle des femmes. Un trésor de délicatesse et de patience qu'à coup sûr je ne méritais pas. La seule capable de supporter mon mauvais caractère et mes sautes d'humeur sans jamais protester. Elle m'aimait sincèrement et ne désirait que mon bonheur. Pendant tout le temps que nous avons vécu ensemble, elle s'est efforcée de me faciliter la vie, me tenant la tête hors de l'eau chaque fois que j'étais sur le point de sombrer à la suite d'un nouvel échec ou d'une crise de découragement. Agrégée d'histoire, c'est elle qui m'a d'abord guidé parmi les arcanes des archives municipales ou départementales. Je l'appelais « ma jolie tête chercheuse ». Et bien qu'ayant le double de son âge, je m'en remettais toujours à elle comme le disciple à son maître. Ses intuitions étaient stupéfiantes. En quelques heures elle était capable de dénicher un document dont je n'aurais seulement pas soupçonné l'existence. C'est de Barbara que j'aurais eu bien besoin au Danemark! Je suis certain qu'avec son aide je ne serais pas rentré bredouille. En outre, elle se chargeait volontiers de toutes les tâches domestiques et des petits tracas de l'existence, ne voulant jamais m'ennuyer avec ces « bêtises». À cause de tout cela et pour mille raisons encore, il me semble qu'il aurait été normal et même habile de ma part de la ménager quelque peu. De sauver au moins les apparences et d'éviter de lui ôter d'un coup toutes ses illusions. Au lieu de quoi, avec mon inconséquence habituelle, je n'ai pu m'empêcher de trahir sa confiance en la trompant et en m'affichant sans retenue avec une petite dinde qui le lui cédait à tous égards. Lorsqu'elle l'a appris, Barbara n'a