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La Nébuleuse d'Héra

De
266 pages

Année 3602, dans un univers comprenant de multiples espèces et de nombreuses planètes...


Kendalh fait partie de la race « supérieure » homogène. Son code génétique ne doit rien au hasard puisqu’elle a été créée en laboratoire selon les critères sélectionnés par ses parents. Scientifique de formation, grâce à la technique du clonage, Kendalh ramène à la vie des animaux disparus sous l’ère terristorique, époque durant laquelle la Terre était encore habitable.


Après une année de stage passée sur une installation spatiale, il est temps pour elle de rejoindre la planète Héra. À l’approche de sa cité, son vaisseau chavire brusquement et va se poser en catastrophe dans un territoire hostile. Lorsque des créatures impitoyables les pourchassent, Kendalh et son ami Mé-Boh, un être mi-homme mi-loup, sont miraculeusement sauvés par un humain possédant des cristaux aux pouvoirs incommensurables : les légendaires gulabis.



Dans ce premier tome d’une saga épique, La Nébuleuse d’Héra aborde les thèmes de la génétique et les déviances qu’elles sont susceptibles d’entraîner. On y découvre les problématiques et les implications qui découlent du déménagement interstellaire de toute une civilisation pour survivre. Il y est question de tolérance, d’oppression et de résistance.



Plongez dans des décors fantastiques et futuristes ! Suivez des êtres dotés de dons leur permettant de manipuler le destin de ceux qu’ils croisent !

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Lydie A. Wallon La Nébuleuse d’Héra Livre 1. La Toile du destin Illustration : Lydie A. Wallon Publié dans la collection I-Mage-In-Air,
© Evidence Editions 2017
Genèse Un an à bord du vaisseau satellitaire et elle n’ava it jamais baissé les stores de sa fenêtre. Pour quoi faire? Kendalh ne se lassait pas de fixer l’espace infini. Berceau de l’humanité, la Terre plongeait progressivement dans la nuit. Des siècles d’Histoire imprégnaient un millefeuille de strates, derniers témoins de la vie ici-bas. Seu les les images précieusement sauvées par ses ancêtres attestaient de la splendeur qui occupait jadis cet astre mourant. Sept heures onze. Fatiguée de lire, elle décida de se préparer. Les feuillets virtuels qui flottaient dans les airs se rétractèrent et disparurent dans le Process or logé sous la peau de son crâne, derrière son oreille droite. Une caresse à peine perceptible chatouilla son lobe. Si elle était indifférente à la douleur, ses sensations n’en rest aient pas moins plus élevées que la moyenne. Jean’Pièr bondit sur le lit d’où elle avait du mal à s’extraire. Son animal de compagnie était de la race des tijmores angoras et sa silhoue tte se résumait à une boule de poils soutenue par deux grosses pattes duveteuses. Son ép ais pelage blanc zébré de rose laissait seulement apparaître de grands yeux verts au léger strabisme. À en juger par son regard filou, Jean’Pièr attendait une animation ludique. Il cabriola dans tous les sens et eut vite fait d’effectuer plusieurs fois le tour de la chambre. Les poils en suspension dans l’air retombèrent doucement. Dans un coin, un disque méta llique se souleva et surfa au-dessus du sol sans émettre le moindre bruit. Le peu de saleté présente fut aspiré dans sa trompe. Malgré l’étroitesse des lieux, Kendalh s’y plaisait . Des hologrammes projetaient un décor variant selon ses envies. Le tapis d’Orient é tait une illusion ainsi que la mappemonde qui survolait le bureau. Le long du mur, des estampes représentaient l’univers féodal d’un pays autrefois nommé «Japon» et apportaient une touche de couleur stimulante. L’unique mobilier de la pièce se composait d’un lit, d’une table et d’un fauteuil. Le reste n’était que trompe-l’œil, et il en était ainsi dans tout le vaisseau de la SIMRA. Sept heures vingt. Dévoilant une nudité sans complexe, Kendalh souleva la couverture et se leva sans faire le lit. Elle entra dans la cabine de douche, laissa une fraîche vapeur désinfecter son corps. Puis, elle enfila un slip et une combinaison de travail. Dans cette station spatiale gravitant en orbite aut our de la Terre cohabitaient un équipage de cent trente chercheurs et le personnel mis à son service. Scientifique de formation, Kendalh faisait partie de la division an imalière qui, grâce à la technique du clonage, ramenait à la vie des espèces disparues. P lutôt que d’œuvrer au côté de sa famille dans l’élaboration de nouvelles technologie s au sein de la GENEK, elle était devenue archéogénéticienne à la SIMRA. Une légère secousse déplaça le miroir posé sur le b ureau. De belles lettres luminescentes s’y mirèrent :Kendalh Moonroe, reflet de son nom figurant sur son uniforme. Son regard s’attarda un instant sur son image. Ses cheveux d’un bleu sombre ondulaient comme de grandes vagues régulières et to mbaient en cascade sur ses épaules. Le cobalt de sa tenue soulignait le fuchsia de ses yeux ainsi que sa peau claire satinée. L’harmonie de ses traits devait beaucoup à l’ovale parfait de son visage et à sa bouche pulpeuse. Kendalh avait vingt-sept ans. Elle était jolie, naturellement gracieuse,
sans y prêter d’importance puisque ce n’était en au cun cas dû au hasard. Savamment imaginée par ses parents selon les critères de beau té de l’espèce homogène, elle avait été conçue en laboratoire. Sept heures trente-deux. On frappa trois coups à la porte. À cette façon tim ide de s’annoncer, Kendalh sut immédiatement qui s’invitait. Mé-Boh entra. Un franc sourire étira ses lèvres et son unique œil pétillait. — Bonjour, Scenti Kendalh. Le grand jour est arrivé! Êtes-vous aussi excitée que moi à l’idée de rentrer? Depuis le temps qu’ils se connaissaient, Mé-Boh ne s’était jamais résolu à la tutoyer. De même qu’il s’adressait à elle en ajoutant le tit re correspondant à la classe des scientifiques :Scenti, marque de respect et de reconnaissance profession nelle. Chaque corps de métier dans la société homogène disposait de sa propre dénomination. — Je serais bien restée plus longtemps, lui avoua-t-elle. Cocon studieux, le vaisseau de la SIMRA allait beau coup lui manquer. Au sein d’un groupe d’individus partageant une passion commune pour la civilisation terrienne, elle se sentait dans son élément. Le retour dans le système solalien ne l’enchantait pas vraiment. Sans parvenir à se mettre à l’aise, Mé-Boh s’installa dans le fauteuil. Il faisait partie de l’espèce anifah et venait de la planète Goa. À ving t et un ans et du haut de son mètre soixante, il était doté d’un physique pouvant s’app arenter à celui d’un loup. Son visage était allongé, ses joues profondément creusées. À la place d’un nez figuraient un museau pointu et une truffe noire à l’odorat aiguisé. Des poils anthracite parsemaient son corps et recouvraient jusqu’à son crâne dépourvu de cheveux. Mé-Boh rêvait secrètement de pouvoir passer inaperçu, mais qui ne reculait pas d evant un individu possédant quatre bras et une dentition carnassière? — Entre nous, Scenti Kendalh, croyez-vous qu’il soi t prudent d’effectuer cette expédition? Après une année riche en découvertes, son stage sur le vaisseau satellitaire touchait à sa fin. En guise de récompense, elle et les neuf autres membres de sa promotion auraient l’occasion de visiter la Terre de leurs aïeux. — C’est un immense privilège. Et puis ne t’inquiète pas. Nous serons bien encadrés. Mé-Boh paraissait affligé. Sa mère se remettait d’une longue maladie. Son état était-il redevenu préoccupant? — Comment va ta maman? — Beaucoup mieux, dit-il ému. C’est pour vous que je me fais du souci. L’anifah se gratta la tête. Son front était marqué par une discrète spirale, signature du clan Wolf auquel il appartenait. Tribu pieuse, elle vivait recluse dans la région de Baka de la planète Goa. On la connaissait surtout pour la fabrication de vêtements et de fourrures vendues dans les pays glacés du Nord. Martyrisé par les siens, car né avec deux bras de trop, Mé-Boh s’était réfugié à la SIMRA embauchant des anifahs comme petite main-d’œuvre. Au service des scientifiques du départemen tAnigène, il portait le même uniforme que les homogènes bien qu’adapté à son inhabituelle carrure. L’encolure dorée se terminait en pointe, le buste était azur, les ma nches et le pantalon bleu foncé. Seule variation : le nom de l’individu et sa spécialisation. — Scenti Rouck sera-t-il de la mission? — Oui, répondit Kendalh en faisant son lit. Ainsi que Nisha. — Dans ce cas, je suis rassuré. Vous veillerez les uns sur les autres. Elle opina. Jean’Pièr vint se pelotonner contre Mé-Boh en réclamant des caresses. Ce dernier le repoussa gentiment avant de se lever. À la vue de ses longues oreilles grises tournées vers le sol, Kendalh devina son trouble. — Qu’est-ce qui ne va pas? — Rien de particulier. Je serais volontiers resté pour bavarder, mais je dois me rendre en salle d’administration pour classer des… des trucs.
Ses poils se hérissèrent en formant une petite crêt e sur le haut de son crâne. Elle comprit ce qui le tracassait. — Scenti Shauche te fait toujours des misères? Pas une fois, elle l’avait entendu utiliser son prénom. Il se référait à lui en l’appelant «cyclope» ou «sac à puces». Mé-Boh hocha la tête. — Il me critique sans cesse et me reproche d’être aussi brouillon qu’un macaque. Je ne sais même pas ce que c’est. Après avoir successivement léché puis mordillé les pieds de sa maîtresse, Jean’Pièr se coucha dans son panier. — C’est un mammifère de l’ordre des primates, répondit Kendalh, agacée par l’attitude de certains de ses collègues. Devant l’air ahuri de son ami, elle se corrigea : — Les macaques sont des singes. Mais ne t’en fais p as. Tu n’auras bientôt plus à supporter sa présence. Souviens-toi que sur Héra, l es locaux de la SIMRA sont assez grands pour que vous n’ayez plus à vous croiser. Elle avait maintes fois sermonné Scenti Shauche. À croire que cela ne suffisait pas à le remettre à sa place. Cet individu abject ne perdait rien pour attendre! — Nous porterons plainte auprès du service des ressources homogènes. — Que Verden le juste vous entende! s’extasia Mé-Boh en retrouvant sa bonne humeur. D’un pas serein, il quitta la chambre en récitant une prière. Kendalh connaissait bien la foultitude de divinités qui constituaient la religion des anifahs. Les membres de la tribu de Mé-Boh étaient, si l’on s’en référait à la légende, les descendants du demi-dieu Wolfrin à qui l’on attribuait tantôt l’apparence d’un loup blanc, tantôt celle d’un beau jeune homme à la chevelure d’argent. Kendalh noua ses boucles en chignon. Elle se sentai t bizarre, incommodée par l’impression d’avoir des aiguilles dans le ventre. Rouck mettait cela sur le compte du stress du départ, mais elle avait le sentiment qu’u n événement plus important allait se produire. Son pragmatisme cartésien ne l’avait jamais empêchée de suivre son intuition.
Les jumeaux de Normanday Plus il s’élevait, plus l’air était vivifiant. Magn us se hissa sans peine sous une pluie d’étamines dispersées par des fleurs démesurées. Le Solal n’avait pas encore asséché la rosée du matin. Suspendu à une liane, un animal à la tête globuleuse l’observait grimper à un arbre. À son approche, une grappe d’oiseaux exotiques aux longs cous prit son envol en virevoltant au-dessus des cimes. Abondante en nourriture, la jungle tropicale de Bea uwood formait une intense palette aux couleurs acidulées. Certains des fruits les plu s délicieux de la Nébuleuse étaient cueillis par les humains avec l’aide de rongeurs do mestiqués. C’était dans ces contrées que Magnus se sentait le plus libre, quand bien mêm e il se trouvait sur le domaine des bromosorus, des créatures résidant près des cours d’eau dans des terriers de caillasses. Ces larges mammifères aux écailles pointues tuaient pour le plaisir, ce qui les rendait fort peu sympathiques au regard des humains avec lesquels il leur fallait cohabiter. Apprenti cueilleur, Magnus Dangélo vivait dans le v illage de Normanday de la cité de Jhopri. À tout juste quinze ans, il possédait de grandes qualités d’agilité et d’adresse, des atouts indispensables pour se mouvoir dans les entr ailles de la jungle. Passant le plus clair de son temps en plein air, sa peau avait doré et ses cheveux châtains s’étaient éclaircis. Si son physique souffrait d’être commun et trop anguleux, il avait hérité de sa mère d’une bouche encadrée de fossettes profondes et d’yeux noisette. Comme tous les membres de sa famille, il arborait un tatouage. Le sien était une ligne noire démarrant sous son menton et s’arrêtant sur sa lèvre inférieure. Si tout se déroulait comme prévu, dans un mois, il recevrait son brevet de novice et épinglerait l’insigne des cueilleurs sur son bel un iforme beige. Concernant son avenir, il n’imaginait rien de plus qu’une vie paisible dans une ferme d’élevage. À ses côtés, il rêvait d’une fille aussi pétillante et bravache que la charmante Sirty Edrenne en formation dans la même académie que lui pour devenir chasseuse. Ne restait plus qu’à trouver le moment propice pour l’aborder, ce qui risquait de prendre du temps étant donné sa timidité. Les bromosorus l’effrayaient moins que de lui parler. Magnus décrocha un fruit mûr qu’il essuya négligemm ent sur son pantalon. Il s’apprêtait à n’en faire qu’une bouchée lorsqu’une profonde détresse s’empara de lui. Troublé par cette sensation aussi subite qu’intense , il se concentra mentalement sur Cassandre et sentit immédiatement une peur panique l’étreindre. Certain que sa sœur courait un danger imminent, Magnus manqua de défaillir. Depuis leur plus jeune âge, leur gémellité leur permettait de ressentir les émotions de chacun à distance. Enfants, ils se ressemblaient de façon si frappante que seuls leurs parents les distinguaient. Si proches dans leurs tr aits, mais si différents dans leurs tempéraments. Lui était combatif et terre à terre, elle, une rêveuse douce et étourdie. Un cri animal interféra dans sa concentration. Magnus s’assura qu’aucune menace ne pesait sur lui avant de se focaliser sur Cassandre. Elle souffrait physiquement. Peut-être était-elle bloquée ou coincée quelque part? Elle se débattait. Quelqu’un lui voulait-il du mal? Magnus laissa tomber le fruit de sa main et fouilla dans sa besace en espérant y trouver son Réceptor. — Cervelle de Piaf! jura-t-il contre lui-même. Il l’avait oublié sur son bureau et ne pouvait donc contacter personne.
Inquiet pour sa jumelle, Magnus décida de partir à sa recherche. Un accident était vite arrivé, alors malgré l’urgence, il descendit prudem ment de l’arbre dans lequel il était perché. — Mou du bulbe! râla-t-il lorsque sa manche se prit dans une branche et se déchira. Avant qu’il n’ait mis un pied au sol, Magnus perçut une présence et s’immobilisa en scrutant les environs. Son sang se figea dans ses v eines. Une créature pourvue de six pattes et d’un groin humide suivait une trace. Pour définir son territoire, d’un coup de corne il marqua un tronc. Les oreilles aux aguets, il était à l’affût de sa prochaine proie. N’ayant pas repéré l’humain dissimulé dans le feuillage au-dessus de lui, le bromosorus passa son chemin. Magnus laissa s’écouler quelques minutes. Certain que la bête s’était éloignée, il sauta sur la terre ferme. Sans perdre plus de temps , il pressa l’allure. Il savait où il se dirigeait puisqu’il connaissait cette jungle comme sa poche. Il la connaissait mieux que ses tables de multiplication. Avec appréhension, il se connecta à sa sœur. Rien n’avait changé. Sa vie était toujours en péril et elle donn ait tout ce qu’elle avait pour s’en sortir. Courir vite n’allait pas suffire, Magnus devrait se surpasser. D’autant plus qu’il ignorait où elle se trouvait. Ses semelles commençaient à fumer, lorsqu’il parvin t enfin à l’aqueduc en pierre faisant la liaison entre la jungle et son village. Une large rivière s’engouffrait vers des rapides. Sur le pont, deux gardes armés encadraient une porte surmontée par d’imposantes gargouilles. Magnus ne s’arrêta que po ur aspirer de l’air. Les gardes s’étonnèrent de le voir si pressé. — Ça va, Dangélo? l’interpella l’un d’eux. À bout de souffle, les mains sur les hanches, Magnu s fut bien incapable de leur répondre. Au risque de paraître impoli, il les dépassa et reprit sa course folle. Un point de côté le faisait affreusement souffrir. De fatigue, la tête lui tournait. Face à lui, les champs cultivés ressemblaient à des plateaux bariolés. Le village de Normanday avait cela de particulier que les maisons avaient été creusées directement à flanc de montagne à la manière de troglodytes. Devant le parvis de l’hôtel de ville allait se tenir le marché hebdomadaire. Les participants installaient méticuleusement leurs tréteaux et leurs marchandises. Au-dessus d’eux, l’ombre de la planète Goa émergeait paresseusement à travers l’horizon gondolé. En gran de discussion avec le fromager, madame la maire sermonna Magnus après que ce dernie r l’eut bousculée par inadvertance. — Par… don! s’excusa-t-il avec une grimace de souffrance. Il arriva dans une allée pentue au bout de laquelle l’attendait un répit. En toute hâte, il emprunta le funiculaire. À mesure qu’il s’élevait, la lumière devenait aveuglante. Magnus travailla sur sa respiration et se prépara mentalem ent à sa prochaine pointe de vitesse. Chaque fois que quelqu’un montait dans la cabine, il pressait comme un dément le bouton pour que la porte se referme plus rapidement. Un vi eux monsieur le regarda d’un drôle d’air. Magnus l’insulta grassement dans sa tête lorsqu’il se trompa d’étage et leur fit perdre deux minutes supplémentaires. Enfin, ils atteignirent la septième terrasse. Magnu s se rua hors du funiculaire. Sa maison était en vue. Masure mal isolée et infestée par les champignons, elle pouvait aisément s’apparenter à un tas de pierres noircies recouvert de mauvaises herbes. Le hangar comprenant les récoltes penchait dangereusement. De simples pylônes en bois le maintenaient encore debout. Les trois hectares de c hamps cultivables sur lesquels s’épuisaient chaque jour sa mère et son père appart enaient à Monsieur Edwoir, le plus riche propriétaire de Normanday. Trop pauvres pour posséder leurs terres, la famille Dangélo louait des parcelles qui leur rapportaient juste assez pour vivre. C’était pour cette raison que Magnus avait quitté l’école si tôt. Il lui tardait de pouvoir soulager le fardeau de ses parents. Ses deux frères étaient trop jeunes pour travailler et Cassandre se destinait à des études supérieures. Magnus était le premier à l ’y encourager, car elle avait les capacités pour s’extraire du milieu rural.
Trempé de sueur et le cœur comprimé dans la poitrine, Magnus dévala à toute vitesse le talus qui menait à sa maison. Il dépassa le poul ailler où des volatiles hystériques se débattaient en y laissant des plumes. Ses pieds s’e mmêlèrent et il faillit se fracasser la tête contre le mur. Ses mains amortirent le choc. Refoulant une plainte, Magnus tourna la poignée. La porte s’ouvrit. Sans retirer ses bottes crottées, il passa le vestibule et se précipita dans le salon puis vers la cuisine où il avait entendu des voix. Ses frères prenaient leur petit déjeuner en compagnie de leur tante Bertille. — Où se trouve Cassandre? s’enquit Magnus sans tarder. — Ça doit faire une heure qu’elle est partie, répon dit Bertille, irritée par son ton pressant. — Où ça? Sa tante leva les yeux au ciel. — Qu’est-ce que j’en sais! Elle est assez grande pour que je n’aie plus beso in de la surveiller. — Elle a parlé de la cascade, dit Viktor du pain plein la bouche. — Merci frangin, s’éclaira Magnus. Bertille remarqua ses chaussures et les traces de boue qu’il avait laissées derrière lui. Elle fronça le nez avec dégoût. — Je nettoierai tout à l’heure, promit-il en retournant prestement sur ses pas. Cassandre disposait d’une hutte faisant face à une chute d’eau. Il lui arrivait souvent de s’y rendre pour étudier ou lire. N’écoutant que sa détermination, Magnus emprunta un autre funiculaire, menant cette fois à la forêt de Lynwood. De nouveau, il déambula en pleine nature sauvage, les bromosorus en moins. Un quart d’heure avait dû s’écouler depuis qu’il poursuivait sa sœur, une éternité sur le plan du stress. Quelques foulées le séparaient à présent de sa destination : une montée, un dénivelé, escalader des rochers, sentir le vent frais sur son visage et voir le ciel surplombant le précipice. Aux abords de la cascade à une bonne tre ntaine de mètres au-dessus de la surface du lac, Magnus se pencha pour examiner la h utte de Cassandre nichée dans un arbre. Vide. En revanche, impossible de rater le va isseau gris en forme de losange qui, sans bruit, flottait sur l’eau miroitante. D’abord interloqué, Magnus mit nerveusement la main à sa poche en cherchant son Réceptor. Puis il se souvint qu’il avait omis de le récupérer en passant chez lui. En termes d’étourderie, cette fois, il n’avait pas fait mieux que sa jumelle. Une chose était certaine : cet engin n’avait rien à faire dans un lieu comme celui-ci. Une passerelle le reliait à une berge infestée de plantes urticantes et de racines entortillées. En y regardant de plus près, sur la terre ferme, à l’o rée du bois, Magnus aperçut deux silhouettes. Un individu baraqué retenait Cassandre . Cette dernière pendait lamentablement dans ses bras. Encore heureux que son frère la sache en vie sans quoi il en aurait douté. Et ce fut impuissant qu’il la vit disparaître à bord du vaisseau. Que fairedrait trop de temps. Les? Revenir en ville pour prévenir les autorités pren kidnappeurs auraient largement l’opportunité de fui r. Maintenant qu’il avait retrouvé Cassandre, Magnus ne la lâcherait plus une seconde des yeux. Suivant son instinct, il plongea dans le lac et crut qu’il allait y passer. L’eau était si glacée que ce fut comme évoluer au milieu de lames de rasoir. Faisant fi de la douleur, il se mordit les lèvres et nagea rapidement vers le rivage, suffisamment loin du vaisseau pour ne pas se faire repérer. Tapi dans un buisson, il s’interrogea une nouvelle fois sur les choix qui s’offraient à lui. Un homme qu’il n’avait jamais vu sortit des bois. Juste avant de pénétrer dans le vaisseau, il lança d’une voix grave : — On décampe! Magnus se retrouva au pied du mur. Il n’avait jamais quitté Normanday. Mais pour sa famille, il était prêt à tout. Il fit taire sa peur et profita des hautes herbes pour ramper jusqu’au vaisseau. Un bruit de machinerie s’intensifia et il monta in extremis au moment où la passerelle se repliait.
Ce n’était pas un gros engin et aucun de ceux qu’il avait pu admirer à l’aérodrome. La lumière bleutée n’était pas plus apaisante que le r onronnement des réacteurs. Magnus s’engagea dans un couloir vide menant dans une gran de pièce encombrée par un fatras de paquets solidement harnachés. Plus loin, vêtue d ’une robe en lin, sa sœur était couchée sur une banquette et retenue par des sangles. Sa longue chevelure formait une tache sombre autour de sa tête. Ses bras reposaient sur son ventre. Les soulèvements réguliers de sa poitrine indiquaient qu’elle était en vie. Une légère secousse lui fit penser qu’ils étaient en mouvement. Magnus osait à peine respirer de peur qu’on le repère. Dans la salle voi sine visible à travers une vitre, des hommes assis et prêts au décollage discutaient bruyamment sans se préoccuper de leur captive. Il y avait quelque chose d’inhabituel dans leur allure. Ils n’étaient pas de la région. En y regardant de plus près, Magnus nota les yeux o rangés de l’un d’eux, les mèches bigarrées de son acolyte et surtout le charabia qui leur servait de langage, un type de nébuglish à peine compréhensible. Il essaya de visualiser leurs visages, mais de là où il était, ils se ressemblaient trop pour qu’il puisse les différencier. À cinq contre un, pour l’instant, Magnus ne pouvait rien entreprendre. Il détailla les étiquettes des cartons qui l’entour aient. Un numéro y était inscrit : Z13Q24. Quelle ville était-ce pour disposer d’un co de postal si peu commun? Magnus avait la bougeotte tandis qu’une idée cheminait dans sa tête : et si ces individus n’étaient pas humains?
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