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LA NÉVROSE et autres nouvelles

De
126 pages
Ce recueil regroupe huit nouvelles : La Névrose présente les dessous brumeux de la « respectabilité » sociale ; La Rupture où chacun de nous va se retrouver avec émotion ; Le Destin de Cyprien pose, en eaux troubles, des questions existentielles ; Voleurs d’enfants raconte un moment douloureux du passé de l’auteur ; Un Bleu au Cœur tente d’adoucir la peine des enfants martyrs en ce cruel début du troisième millénaire…
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LA NEVROSE

et autres nouvelles

Collection Écritures dirigée par Maguy Albet
Dernières parutions

EDIGHOFFER Jean-René, Le Beau sire que voilà, 2002. ROLLAND Philippe, Le carbet boulé, 2002. MOUNIC Anne, Voici l'homme aux bottes rouges, 2002. MANGANO Philippe, Le château de cubes, 2002. GOLDANIGA René, Giulia et la Sigagna, 2002. GUERMES Sophie, La loge, 2002. BOCCARA Henri Michel, La pluie sur Aveiro, 2002. SOUKEHAL Rabah, Paifums insolites, 2002. BOURREL Anne, Contrebandes, 2002. SCHEMOUL Eric, Trois maîtres, autour de Carthage, 2002. BENA TTAR Gabriel, Tunis 1942-1952, chronique de trois jeunes filles juives tunisiennes face à leur destinée, 2002. CROS Edmond, Ariane, ma sœur, 2002. GOULET Lise, Une vie à trois temps, 2002. SARREY Colette, Tango, 2002. BANJOUT-PEYRET Séverine, Elle comme livre, 2002. OLINDO-WEBER Silvana, Les chiens noirs de San Vito, 2002. MOURRE Alexis, Francesco Pucci, Hérétique, 2002. CASAMBY Claire, L'Aube rouge, 2002. MENTHA Jean-Pierre, le Pied du mur, 2002. MERLIER Philippe, L'oublieux, 2002. MONTEIL Pierre-Olivier, Ce train ne prend pas de voyageurs, 2002. RUGGIERO Giovanni, Je le jure, sans ironie, 2002. LABBE Michelle, L'Endurance du Voyageur, 2002. COHEN Jacob, Moi, Latifa S., 2002. CHRISTOPHE Francine, Un Coup de Téléphone, 2002.

Michaël ADAM

LA NEVROSE

et autres nouvelles

L'Harmattan

Du même auteur:

Les enfants du mâchefer, Collection Mémoires du XXe siècle Éditions L'Harmattan, 2002

cg L'Harmattan,

2002

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-3316-6

A Haya,
Ma très chère et dévouée compagne de ce miraculeux parcours qu'est la vie, sans qui ces nouvelles n'auraient pas vu le jour, avec ma profonde affection et ma reconnaissance émue.

LA

NEVROSE

"Névrose Affection caractérisée par des troubles affectifs et émotionnels (angoisse, phobies, obsessions, asthénie), dont le malade est conscient mais ne peut se débarrasser et qui n'altèrent pas l'intégrité de ses fonctions mentales" (Le Petit Robert) Heureusement qu'il y a les femmes et les chats: ils m'aident à mieux supporter la bêtise et l'hypocrisie des hommes. Ce matin, je regarde cette vie qui est la mienne, qui est la vie, avec les yeux d'un présent si furtif qu'il n'existe déjà plus dès que je les ferme pour essayer de le recréer. Il faut donc que mon regard se transforme en mots pour que je puisse retenir ce présent fugace et le fixer en l'écrivant car sinon tout sera perdu, tout sera effacé et rien ni personne ne saura jamais ce que j'ai vu, ce que j'ai senti, pensé ou ressenti. C'est ça qui me fait parfois si mal: cette certitude, cette terrible évidence que rien ne restera de moi si je ne laisse pas dans le coeur de ceux pour qui j'ai existé et de ceux qui vivront après moi la trace écrite de mon passage dans ces quelques Il

décennies de douleurs et de couleurs, de fleurs et de pleurs, de conscience et d'inconscience, de flammes et de larmes retenues. Avant moi, il y avait le néant et après moi il y aura encore certainement le néant. Cependant, il m'arrive souvent de me demander pourquoi le néant d'avant ma vie est tellement moins angoissant que le néant d'après ma vie. Tout compte fait, le néant d'avant et le néant d'après doivent bien se ressembler! Pourtant, c'est toujours le néant d'après qui me fait parfois si peur. Il y a déjà pas mal de temps que l'envie m'a pris de laisser ma griffe personnelle dans cet infiniment grand et infiniment petit, infiniment absurde et grotesque aussi, qui est à la fois tellement rien et tellement tout. Aujourd'hui, j'ai envie d'écrire et de décrire cette période qui se situe là, quelque part entre ce qui n'existait pas encore et qui n'existera plus, entre le néant d'avant et le néant d'après. Mais il ne faudrait pas que je manque mon rendez-vous de ce matin chez le professeur Lévy, ce psychiatre sexagénaire, cet expert réputé et expérimenté, qui me traite sans trop de succès, comme un mécanicien qui s'efforce de réparer un moteur supposé défaillant, à raison de deux séances hebdomadaires depuis bientôt six ans. La fille de la télé, celle qui montre du doigt les dépressions, les orages et les zones de tempête en mettant en évidence les photos du radar à nuages, a 12

prévu la pluie pour ce matin, et moi, avec ma naïveté habituelle, je l'ai crue. Mais voilà qu'il fait beau aujourd'hui, et le ciel bleu et sans taches sous lequel je me hâte se moque de moi, des prévisions de la fille, des crédules, de tout peut être. Dix heures moins le quart. De ma vie je ne serai jamais en retard: je suis trop angoissé pour ça. J'ai toujours peur de commettre une faute susceptible de mettre en cause mon amour-propre et celui d'autrui, de commettre un outrage à la parole donnée. J'arrive toujours et partout, à tous mes rendez-vous, au moins dix minutes à l'avance. C'est plus fort que moi. C'est une des caractéristiques de ma névrose, et le professeur Lévy lui-même m'a maintes fois conseillé: "Faites un effort, faites-en un exercice mental, une habitude, faites comme tout le monde, efforcez-vous d'arriver en retard, au moins chez moi, ne serait-ce que de quelques minutes, je ne vous en tiendrai nullement rigueur. Vous verrez, cela vous facilitera la vie de tous les jours..." Le professeur Lévy est mondialement réputé dans le domaine des psychonévroses. Il est aussi titulaire d'une chaire de psychothérapie dans l'une des universités les plus renommées du pays et c'est lui qui dirige le département de psychopathologie de l'hôpital local. Il y a trois ans, il est parti en année sabbatique aux Etats-Unis, à l'Université de Stanford qui est, dit-on, l'un des centres de 13

recherche universitaire les plus cotés dans le domaine de la psychiatrie. Fort heureusement, j'ai eu la chance d'être dirigé vers lui par la Sécurité Sociale: il n'accepte pas n'importe qui et ses patients payent une fortune pour être reçus en consultation privée. Ainsi, le fils du ministre de l'Information, Henri, qui a mon âge, fait de la dynamique de groupe avec moi sous sa direction. Moi, ma chance, c'est que je suis Pupille de la Nation: mon père est mort pour la patrie et ma mère a disparu dans des circonstances tragiques au cours de cette même guerre. Ça me donne droit aux soins gratuits, et je suis privilégié en ce qui concerne la qualité de mes médecins. En outre, il paraît que mon cas est particulier et l'on s'intéresse beaucoup à moi, médicalement parlant du moins. Dans un sens, ça m'arrange plutôt d'être le patient du professeur Lévy, même si bien souvent il m'exaspère et me fait sortir de mes gonds avec ses idées conformistes et orthodoxes. Ses instigations m'attirent et me repoussent à peu près dans la même mesure: une sorte de besoin de m'y identifier mêlé d'une répulsion presque instinctive. Ça m'arrange, d'abord parce que l'intérêt que porte à ma personne cet expert notoire me confère une importance qui étaye mon assurance trop souvent défaillante. Et puis si je me trompais, si j'étais vraiment atteint de troubles du comportement, comme il le prétend? Son savoir 14