La Passagère clandestine de la vie

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Une enfant indomptable raconte sa vie, bouleversée par la Seconde Guerre mondiale, jusqu'à la libération de la poche de Royan par les soldats canadiens en 1945. Un témoignage, fenêtre sur la Charente-Maritime et sur le Maine-et-Loire lorsque, adolescente, la narratrice se trouve confrontée à la vie active. C'est une ritournelle. Le sourire d'une chanson. C'est la guerre racontée à ceux qui ne la connaissent que par le bout d'une lorgnette. C'est un roman qui se poursuit au-delà de l'enfance, la transformation d'une petite fille en une femme blessée.
Publié le : lundi 5 octobre 2015
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EAN13 : 9782336393797
Nombre de pages : 214
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C’est aussi la transformation d’une petite Ille, sauvageonne, C’est aussi la transformation d’une petite Ille, sauvageonne, C’est aussi la transformation d’une petite Ille, sauvageonne,
Andrée Brébant-Cogniard Andrée Brébant-Cogniard Andrée Brébant-Cogniard
En couverture dessin de l’auteur. En couverture dessin de l’auteur. En couverture dessin de l’auteur.
Andrée Brébant-Cogniard
La Passagère clandestine de la vie La Passagère clandestine de la vie
vie lade en ti s e d n a l c e r è g a s s a Aux marges de l’écriture Andrée BrPébant-Cogniard La Passagère clandestine de la vie a L
La Passagère clandestine de la vie
Collection « Aux marges de l’écriture» dirigée par Agnès Royer
La Vie jusqu’à la dernière goutte(Danièle Massardi)
René Théophile Laennec ou La Passion du diagnostic exact(Étienne Subtil)
Le Puits perdu(Elie Dermarkar)
Mon insouciance de 1914 et nos angoisses de 1939 à 1944(Adrien et Suzanne de Givenchy)
Pour ce soir et demain - Poèmes d’ado-les-sens (Elie Dermarkar)
Un alphabet pour une Gabonite(Andrée Brébant-Cogniard)
Peaux de Vaches et Noms d’oiseaux – Une fable bourreaucra-tique(Chantal Ferdinand)
Survol d’une mémoire(Auguste Marcon)
La Destruction de l’humain dans les camps nazis -Témoignagesdunmondesanséthique(Auguste Marcon)
Entailles douces(Agnès Royer)
Le Temps passe au rouge !(Marie-Christine Luche)
Précieux souvenirs pour Suzanne(Suzanne de Charsonville)
Chroniques irascibles(François Tézenas du Montcel)
Il était une fois des hommes… Les soldats de la guerre de 1914-1918(Andrée Brébant-Cogniard)
Andrée Brébant-Cogniard
La Passagère clandestine de la vie
© L’Harmattan, 2015 5-7 rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-07355-2 EAN : 9782343073552
Elle m’a abordée pour m’avoir reconnue d’après ma SKRWR ¿JXUDQW DX GRV GH PRQ OLYUH&RQ¿GHQFHV, publié en Tunisie,quelletenaitàlamain.Jebuvaismonchocolatdansle jardin du café maureL’EnvironnementHoum-Souk ; à XQ NLRVTXH GHV SDOPLHUV GHV ¿FXV GHV ERXJDLQYLOOpHV GHV plantes exotiques, des orangers en pots ; des tourterelles des pies grièches sur les branches de gigantesques eucalyptus, des fauteuils confortables autour de petites tables, sous des mimosas. Tarek, le patron, est horticulteur. Je lui ai offert un café, j’ai dédicacé mon livre, nous avons bavardé et sommes convenues de nous revoir. Une DPLWLp pWDLW QpH HW FRQ¿GHQFHV SRXU&RQ¿GHQFHVjour après jour, j’écrivaisLa Passagère. Je suivais les petits cailloux, ces petits cailloux semés pour marquer notre passage sur la route de la vie, sur laquelle je retournais en visite. Ces petits cailloux sont les souvenirs, ceux que la mémoire a triés, la mémoire, cette grosse tirelire, qui en contient d’autres – fantômes qui se dressent, s’avancent vers moi et libèrent GHV LPDJHV GHV ¿JXUHV GHV VFqQHV LQWDFWHV EUXPHXVHV que je m’obstine à réanimer – ceux que j’invente peut-
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être, comment savoir avec le temps. Ceux que je souhaite raconter, en commençant par ma rentrée scolaire au début de l’année 1936 à l’école primaire de Fouras (Charente-Maritime). Après la leçon de morale, l’institutrice venait de nous lire une page de l’histoire de France et je ressassais mes rancœurs en écrasant ma plume Sergent-Major, en faisant des pleins et des déliés, je ruminais. « Et dire qu’il y a eu des rois fainéants qui se promenaient dans de grands chariots tirés par de gros bœufs – des chariots comme des chambres avec des coussins, des rideaux, des matelas – des chariots avec de grosses roues qui écrasent les cailloux, des chariots qui bercent… Ils dormaient tout le temps ces rois… en l’an Pépin… pour moi, ce ne sera jamais l’an Pépin. » J’ai appris à écrire, j’ai chanté les tables de multiplication, la grammaire avec le temps présent, le futur, le passé comme VL O¶LPSDUIDLW QH VXI¿VDLW SDV HW 3DXOHWWH WRXV OHV PDWLQV m’a tirée du lit et m’a fait avaler mon calomel. Migraines, nausées, points de côté, ce calomel m’empoisonne.
Chacun fait son lit avant de descendre, il était interdit de remonter dans sa chambre. Ginette a rempli nos bols de cubes de pain. Paulette a servi le café au lait après avoir rempli le bol de son père de café noir, avec quatre morceaux de sucre. Nous attendons debout derrière nos chaises, les quatre grands, Pierre est dans sa chaise haute avec plateau en abattant. Nous sommes cinq enfants ; ma mère veuve avec un enfant, moi, a épousé un veuf avec trois enfants, eux : Paulette, Ginette, Christian. Ils avaient respectivement neuf, sept, six ans, et moi trois ans, lors de ce mariage. Pierre était arrivé quelques mois plus tard. « Asseyez-vous, commandait mon beau-père, vous pouvez déjeuner. » Il ne faut pas croire que, le petit déjeuner avalé, nous nous levons comme ça ! Non, nous attendons, les deux poings de chaque côté de notre bol, le dos droit, l’autorisation de nous lever de table, sans piper mot. Lorsque l’ordre arrive, nous nous dirigeons vers notre salle d’études et notre vestiaire, en rang. On se lave les dents, Ginette me lace mes chaussures, 3DXOHWWH P¶HQIRQFH PRQ EpUHW -H GRUV HQFRUH 3UrWV HQ¿Q
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nous tendons une joue à maman qui attend devant la porte et j’allais rejoindre madame Sollier, mon institutrice. J’ânonnais avec les autres, tous les jours, sauf un, réservé à quelques mouvements d’éducation physique, debout dans l’allée, à côté de notre bureau, et à la pâte à modeler. Je ne faisais pas de prouesses, comme dans aucun domaine d’ailleurs. Un certain jour de pâte à modeler, comme je rêvassais et dodallais après avoir modelé avec mon mouchoir le drapé d’une statue grecque d’après des images vues dans un livre, notre institutrice me gourmanda. « Encore en train de dormir, avec la pâte à modeler on fait des petits boudins, des colombins que l’on assemble. » Une fois par semaine, on gratte nos bureaux avec un morceau de verre et on les encaustique. Ma petite voisine m’a chipé mon crayon rouge et se fait les ongles. (J’ai une superbe trousse en cuir fauve, avec deux rabats, où sont alignés maintenus par des bagues en cuir, les porte-plumes, les crayons de papier, le crayon d’ardoise, le compas, le taille-crayon, les craies et sur les rabats les crayons de couleur ; dans mon cartable, une ardoise, mes cahiers, mes buvards et la petite boîte à bons points. Lorsque l’on avait 10 bons points on pouvait les échanger contre une grande image.) À midi, j’ai fait mes gammes et mes exercices sur mon piano Pleyel offert par grand-mère. Mi do ré mi mi sol fa mi fa fa mi ré… Inlassablement. Et, avec le même cérémonial que celui du petit déjeuner, nous avons déjeuné et nous avons dîné. Ginette mettait le couvert. Notre cuiller, notre fourchette, notre rond de serviette en argent avec nos initiales marquaient nos places, toujours les mêmes. Mon beau-père, debout, après avoir fait la croix au dos de la miche de pain de cinq livres, coupe une tranche pour chacun de nous. Nous levons le doigt, l’avant-bras appuyé, sur la table pour demander la parole ou du rabiot, maman sert lefricotet le potage. Le repas se déroule en silence. Mon beau père faitgodailleaprès la soupe du dîner(il verse un demi-verre de vin rouge dans son assiette à calottesur un fond de soupe).
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