La petite comédie

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Qui, de Céline ou de son chat Bébert, sera sauvé, au jour du Jugement Dernier? Vous le saurez en lisant cette petite comédie, tout inspirée de Dante, mais avec des dimensions infiniment plus modestes, où l'Histoire est sans intérêt, quand chaque personnage raconte son histoire. Un voyage à l'ancienne, résolument moderne, où l'on voit que l'enfer est bien pavé de bonnes intentions. Le prugatoire aussi.
Publié le : dimanche 1 décembre 2013
Lecture(s) : 11
EAN13 : 9782336333144
Nombre de pages : 110
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Roger Baillet
La petite comédieRoman
collection Amarante
©L’Harmattan,20135Ȭ7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Parishttp://www.harmattan.frdiffusion.harmattan@wanadoo.frharmattan1@wanadoo.frISBN:978Ȭ2Ȭ343Ȭ01669Ȭ6EAN:9782343016696
La petite comédie
AmaranteCettecollectionestconsacréeauxtextesdecréationlittérairecontemporainefrancophone.Elleaccueillelesœuvresdefiction(romansetrecueilsdenouvelles)ainsiquedesessaislittérairesetquelquesrécitsintimistes.Lalistedesparutions,avecunecourteprésentationducontenudesouvrages,peutêtreconsultéesurlesitewww.harmattan.fr
Roger Baillet
La petite comédie roman
L’Harmattan
Prélude
Aux trois quarts du chemin d'une espérance de vie qui s'al-longe de trois mois par an, je fis une méchante luxation de la hanche. "Respirez bien à fond et comptez jusqu'à dix", me dit l'anesthésiste. C'est alors que je m'aperçus que je pensais en vers : Nel mezzo del camin di nostra vita mi ritrovai per una selva oscura Voilà ce que j'entendis en premier, tandis qu'un homme à la barbe fleurie souriait devant moi de ses yeux doux. Et, phénomène étrange et perturbant, Je prononçais en italien ancien ce qu'il pensait en endécasyllabes ! Fermant les yeux, je pressai de deux doigts l'arête de mon nez sous les arcades pour que cesse cette absence de rime sans raison. Faisant un énorme effort d'enjambement pour retomber sur ma prose, je revins à la conscience de ce qui avait précédé ce phénomène paranormal: l'anesthésiste me disait de compter jusqu'à dix.
Donc j'étais mort. Je pensais que j'étais mort, parce que j'avais déjà eu des anesthésies générales, et connaissais parfaitement ce qui reste de cette durée plus ou moins longue, où l'on est sous contrôle des mains d'autrui: la plénitude d'un néant ab-solu de la conscience, où le temps disparu dans le vide de la mémoire n'est jamais retrouvé. Pendant une anesthésie générale, on ne rêve pas. Et quand on se réveille, c'est pour entendre une infirmière dire "réveillez-vous". Donc j'étais mort. Mais ce qui était bi-zarre, c'est que ça faisait comme dans les films où on nous montre un personnage s'apercevant qu'il vient de mourir, et dont l'apparence immatérielle contemple, par exemple, son corps qui vient de se faire esclafouiller par une voiture. Or en vrai, ça ne peut pas être comme ça, évidemment. — Oui,je sais, me dit cet homme en souriant dans sa barbe, ça fait comme dans un film. Merde alors! Il était toujours là et devinait mes pen-sées ! Nel mezzo del camin di nostra vita… Enfait, ce qu'il y avait, c'est que, comme dans ces réveils obsessionnels où l'on reste empégué toute une matinée par une chanson-nette qui tourbillonne jusque dans le bol du petit déjeuner, je n'arrivais pas à me débarrasser de ces deux vers du dé-but de laDivine Comédie, où le poète annonce qu'au milieu du chemin de sa vie – c'est à dire à 35 ans –, il se retrouve dans une forêt obscure. Donc je n'étais pas mort ? — Non, tu n'es pas mort. Pas encore. Mais dépêche-toi : on n'a pas beaucoup de temps.
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— Le temps de quoi ? — Maisdu voyage! Pour sortir de la forêt obscure! Faut tout te dire, hein ! Et le voilà qui démarre, me faisant un petit signe pour que je le suive. Il portait un énorme caftan de toile brune, un minuscule bonnet rond qui cachait à peine sa calvitie, et marchait à grands pas. Tel un objet lourd qui pourrait sombrer au fond des eaux, mais se trouve aspiré par un fort courant, je le suivais en me posant mille questions que je n'osais formuler. Et d'abord en me demandant si c'était Dante qui m'avait suggéré cette comparaison. Oui, parce que dans laDivine Comédie, il fait sans arrêt des comparai-sons pour faire comprendre ses sentiments par des phéno-mènes naturels. Des comparaisons à l'ancienne, qui ne font plus partie de notre langage moderne. Par exemple, là, ça voulait dire que je suivais mon guide à belle allure, tout en me faisant lourd de réticence. Donc je continuais à penser "Divine Comédie", ce grand poème du XIVème siècle où Virgile vient chercher Dante pour le sortir de sa forêt obs-cure et l'accompagner jusqu'aux béatitudes du Paradis, tout en lui expliquant, pendant la traversée de l'Enfer et du Purgatoire, les subtilités des récompenses et des punitions divines. Et on y rencontre du beau monde, dans l'Enfer: des papes, des rois ! Il n'y allait pas avec le dos de la cuil-lère, le Dante ! Des paysages hallucinants, aussi, énormes, terrifiants ! Dantesques, quoi… Rien à voir avec ici. Nous avancions, en effet, péniblement, le long d'une trémie d'autoroute, sur un terrain tellement en pente que seul un dahu aurait pu le suivre aisément ; et il fallait se tenir de la main gauche à la glissière, tandis qu'un embouteillage monstrueux, y compris sur la bande d'arrêt d'urgence,
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