La pivoine

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Isabelle, épouse de Jean et maman d'Alexandre et Augustin, décide de changer de vie à l'aube de la cinquantaine. Elle quitte la Belgique pour le Périgord Noir. Y rencontre Fred, le paysan. Une belle histoire commence. Mais les violents rôdent. Tandis que leurs projets s'effondrent l'un après l'autre, elle retrouve Victor, son premier amour. Comment arrivera-t-elle à traverser cette période secouée de sa vie ? Nous découvrons ici son cheminement. Vers la sérénité ?
Publié le : samedi 8 novembre 2014
Lecture(s) : 20
EAN13 : 9782806107367
Nombre de pages : 172
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La pivoine Anne-Marie Luyckx
Isabelle, épouse de Jean et maman d’Alexandre et Augustin,
décide de changer de vie à l’aube de la cinquantaine. Elle quitte la
Belgique pour le Périgord Noir. Y rencontre Fred, le paysan. Une
belle histoire commence. Mais les violents rôdent.
Tandis que leurs projets s’effondrent les uns après les autres,
elle retrouve Victor, son premier amour. Comment arrivera-t-elle à La pivoinetraverser cette période secouée de sa vie ?
Nous découvrons ici son cheminement. Vers la sérénité ?
Roman
Anne-Marie Luyckx est née en 1954 à Leuven en Brabant famand. Après des études
littéraires interrompues, amoureuse de la langue française, elle se fxe le but d’écrire sans
toutefois vraiment oser. Elle nous livre ici son premier roman : entre Périgord et Belgique,
l’histoire mouvementée du couple Isabelle et Fred.
Illustration de couverture : Baptiste Colmant et Giel Serkijn.
ISBN : 978-2-8061-0195-2
17 €
Anne-Marie Luyckx
La pivoineLa pivoine
Luyckx_9_10_14.indd 1 09/10/2014 22:16:23Luyckx_9_10_14.indd 2 09/10/2014 22:16:23Anne-Marie Luyckx
La pivoine
Roman
Luyckx_9_10_14.indd 3 09/10/2014 22:16:23D/2014/4910/55 ISBN : 978-2-8061-0195-2
Éditions Academia
Grand’Place, 29
B-1348 Louvain-la-neuve
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de
traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous
pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants
droit.
www.editions-academia.be
Luyckx_9_10_14.indd 4 09/10/2014 22:16:23À Guillaume et à Baptiste.
Luyckx_9_10_14.indd 5 09/10/2014 22:16:23Luyckx_9_10_14.indd 6 09/10/2014 22:16:23« La grande tragédie de la vie n’est pas que les gens
meurent mais qu’ils cessent d’aimer ».
Somerset Maugham
« La soif de posséder les choses et de subjuguer les
autres a pour contrepartie l’incapacité de se posséder et
de se dominer ».
Lanza del Vasto
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Luyckx_9_10_14.indd 8 09/10/2014 22:16:23Je remercie Paul Dossin.
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Luyckx_9_10_14.indd 9 09/10/2014 22:16:2310
Luyckx_9_10_14.indd 10 09/10/2014 22:16:23La musique de Vangelis coule au même rythme que la
cafetière ronronne.
La tristesse embrumée de cet extrait de « 1492 » et le
rassurant du café kényan brûlant.
Mars : fin d’hiver à Salvignac de Miramart en Périgord
Noir.
Peut-être que Fred ira aux Granges.
Ce matin ? Pour le déjeuner ? Cet après-midi ? En coup de
vent d’une demi-heure ? Ou une heure ou deux ?
Elle ne sait pas. Elle attend.
Son fourgon blanc sale n’est plus garé devant chez lui. Les
Granges sont à trois cents mètres à vol d’oiseau des Terres
Brunes. De chez elle, Isabelle aperçoit Les Terres Brunes, sa
ferme, là-haut, de l’autre côté de Salvignac.
Elle voudrait entendre sa voix. La messagerie de son
portable tente, une fois de plus, de la déprimer. Une manne de linge
à repasser qui l’attend. Des coups de fil qu’elle devrait donner.
L’eau sur le sol du garage du grand gîte qui continue à couler.
Le Psychologie Magazine qui semble alléchant. Les mauvaises
herbes et les rosiers non encore taillés qui la narguent. Des
ferronneries à repeindre qui la fixent bizarrement. Les vitres
qu’elle devrait nettoyer. Le facteur est-il déjà passé ? Les
ouvriers polonais de Nickel, son voisin néerlandais, ont-ils déjà
investi son toit ?
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Luyckx_9_10_14.indd 11 09/10/2014 22:16:23Beaucoup de choses à penser, à faire. Pourtant, ses pensées
sont immergées dans cet éternel recommencement : joies –
souffrances. Toujours de pair.
Pourquoi réfléchit-elle tout le temps ?
« Vide ta tête, mon amoureuse ! », lui dit souvent Fred.
Vangelis – « 1492 » – lui rappelle ce voyage en voiture
avec Jean, son mari. Dans la plaine du Pô, sur cette route très
plane. Ils étaient hors du temps, hors de tout, surtout… hors
de la compréhension. En peine. En plat pays. Pour rejoindre
Augustin en Erasmus à Gênes. L’immense plaine du Pô, sortant
à peine du brouillard matinal. À perte de vue. Une impression,
une traversée d’immense tristesse. Eux en dispute la veille à
l’Hôtel des Deux Clefs à Türckheim. Elle ne sait même plus
pour quelle raison.
Et ces sanglots qui arrivent sans prévenir…
Elle voudrait simplement que Jean n’ait plus de peine
et
elle voudrait simplement que Fred n’ait plus de peine.
Avant que leurs souffrances, qu’elle sait immenses, leur
volent leurs fragiles forces. Elle sait quel mal on leur a fait.
Mais la nonchalance feinte de son ami-amant lui répondra
que non.
- Comment tu vas, Fred ?
- Je vais à pied !
Il essaiera de la convaincre qu’il est fort. Que
« l’autre, – Florence, son épouse, de qui il divorce par
consentement mutuel – fait son cirque ». Un cirque dangereux, qui fait
mal – pas seulement à lui. Un cirque qui ne fait pas apparaître
de sourires sur les visages, un cirque de vampire qui veut
terroriser, écraser, puis épuiser, pour enfin abattre.
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Luyckx_9_10_14.indd 12 09/10/2014 22:16:23- Vous allez entrer dans une logique de guerre, Isabelle !
- Vous croyez vraiment, Docteur ?
Le Docteur Paul Régnier, homme intelligent de la souffrance.
Dix heures quinze. Toujours la messagerie vocale de Fred.
Ce matin, comme tous les jeudis, il endosse le rôle de
cantonnier à Salvignac. Il se partage entre sa ferme, l’entreprise de
parcs et jardins qu’il a créée et la commune de Salvignac.
Il travaille près de l’église. Le cœur d’Isabelle la porterait à
y aller. Mais… L’homme qu’elle aime à présent est un peu
sauvage. Elle le sait. Elle le respecte.
Elle espère que peu à peu, il apprendra, il essayera, de
respecter sa trop grande sensibilité. Un loup insoumis et une biche
effrayée. Dans un halo d’amour. Compatibles ?
Dehors, les prédateurs se préparent à attaquer. La haine. Sa
souffrance à lui et sa peine à elle.
« Ma religion, c’est le respect ! » lui dit-il souvent.
Très influencée dès sa jeunesse et encore à présent par
l’enseignement de Lanza del Vasto, elle ne peut qu’être d’accord
avec son amant.
Vendredi
Elle pensait qu’il passerait aux Granges très tôt.
Il est presque neuf heures. Mal dormi. Difficultés à remettre
les pensées, les membres, les sentiments en ordre.
Petits réveils à deux heures trente, à quatre heures, à cinq
heures vingt-cinq.
Vérifier si la chaudière s’enclenche.
Déjà troisième crise de larmes depuis ce matin pour Isabelle.
Depuis deux semaines, elle reprend ces antidépresseurs – ses
antidépresseurs – et ses Temesta. Depuis trois ans elle n’en
avait plus eu besoin. Elle veut arrêter cela à présent. Ne pas
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Luyckx_9_10_14.indd 13 09/10/2014 22:16:23recommencer à cause de Florence. Elle n’en prendrait pas ce
matin et elle l’espérait, pas de la journée. Même si elle devine
qu’elle va pleurer encore, être angoissée, prendre sa voiture et
s’enfuir.
Elle pense à la Borie Noble. 336 kilomètres – 5 heures 36
minutes de route. Aller s’asseoir à côté de la tombe de Lanza del
Vasto. Laisser couler ses larmes.
Samedi
Non, elle ne s’enfuira pas loin de lui. Ils savaient que ce serait
difficile. « Logique de guerre ! »
Fred est en procédure de divorce par consentement mutuel
mais, au fond, Isabelle, encore mariée à Jean, est plus libre que
lui.
Les quelques centaines de mètres entre Les Terres Brunes
et Les Granges facilitent leurs rencontres mais font parfois
vivre la situation plus douloureusement encore.
Jean Bertheloot, son mari depuis vingt-six ans, rentré seul
en Belgique, est tendre au téléphone. Pour la convaincre de
revenir ? Cela la trouble. Depuis bientôt trois mois, son mari s’est
rendu compte qu’elle arrivait à vivre seule, à prendre sa vie en
mains. Il sait aussi que, pour le moment, Fred est tendre avec
elle. Sauvage mais tendre.
Jean dit à Isabelle qu’il se rend compte des erreurs qu’il a
commises, qu’il ne lui a pas donné la place qu’elle devait avoir,
qu’elle est un petit ange. Elle sait qu’il souffre. Elle espère
garder, cultiver avec lui une relation de … ? Parce que, au fond
de son cœur, elle ne conçoit pas la vie sans lui. La vie sans lui,
c’est… inimaginable, simplement inconcevable.
Et pourtant…
Pourtant…
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Luyckx_9_10_14.indd 14 09/10/2014 22:16:23Elle est… là, à Salvignac, petit village périgourdin, avec
Fred Chassagne. Là et maintenant, c’est aussi cela qu’elle veut.
Avec lui, il semble que tout coule de source.
Isabelle pense que, malgré les embûches qui encombrent
leur chemin actuellement, ils arriveront à quelque chose
d’immensément beau. Avec lui, elle croit en la relation humaine. Sa
confiance en l’humain cependant était bien réduite lorsqu’elle
l’a rencontré deux ans auparavant, l’homme barbu aux yeux
perçants, un peu sauvage, juché sur son tracteur bleu, affublé
d’un vieux t-shirt troué, dans la rue principale du bourg de
Salvignac de Miramart.
Lui, Fred, c’est la révolution dans sa vie. Mais on dit
qu’aucune révolution ne s’est jamais faite sans souffrances…
C’est dur pour Fred et pour elle. Et même s’il ne lui livre
pas encore vraiment les souffrances qu’il traverse, elle les sent,
elle les aperçoit dans ses yeux, dans ce regard sombre qui tout
à coup se fige. Ses Gauloises rouges. Son cœur qui bat trop vite
lorsqu’il regarde l’horloge.
Lorsqu’elle le sent battre contre le sien, elle le sait encore
inquiet, stressé, empli de douleur contenue. Ils sont cependant si
bien ensemble mais encore trop vulnérables aux méchancetés.
« Logique de guerre, Isabelle ! ».
Même s’il dit qu’il est blindé, elle sait que non…, pas
vraiment… Elle devine qu’il veut garder sa souffrance en lui.
Comme quand il était petit garçon et que sa mère, Georgette,
l’attachait à un pied de la grande table de la salle à manger de la
ferme et le battait avec une ceinture en cuir, devant ses sœurs.
Comme en ce dimanche de la Fête des Mères où, petit
garçon espiègle, il était parti dans les champs, avec son frère
JeanMichel, lui cueillir des fleurs. À peine rentrés, ils avaient eu
droit à une fessée mémorable.
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Luyckx_9_10_14.indd 15 09/10/2014 22:16:23Elle l’imagine, ce petit garçon, avec son visage triangulaire
et ses yeux charmeurs qui devaient virer au noir, effarés. Il
devait certainement lutter pour ne pas pleurer ni crier.
Alors, après les multiples épisodes violents, il a occulté ses
souffrances.
Comme Isabelle, toute petite fille, qui disait à son père,
Gaspard :
- Tu peux me taper, j’ai pas mal, et comme cela, tu es près
de moi !
Isabelle ne s’en souvient pas vraiment. Ou ne veut pas s’en
souvenir ? Sa sœur, Odile, le lui a raconté un jour. Une seule
fois. Les deux sœurs ne sont pas très proches.
Fred fume énormément. Pour se calmer. Florence le
provoque sans cesse. Florence Fardy, son épouse, la mère de ses
trois enfants. Elle rêve de le mettre plus bas que terre, « en
dessous du pont du Bougne » – « tu devras quitter le village,
le canton, voire le département ou même le pays ! » – « avec ta
pute belge ! ».
Il veut garder ses souffrances pour lui mais il lui arrive
quand même d’en parler, par bribes, hachées, espacées,
murmurées à Isabelle, lorsqu’ils ont un peu de temps à eux.
Elle aussi, elle commence à se livrer à lui, sans complexes,
sans peur d’être jugée, comme s’ils se connaissaient depuis
toujours.
Pourtant, huit cents kilomètres de différences de culture :
Lui : arrière-petit-fils, petit-fils et fils de paysan du
sudouest de la France, paysan lui-même – éleveur de vaches
limousines et blondes d’Aquitaine, cultivateur de fraises Gariguette
et entrepreneur de jardins - , agnostique ;
Elle : petite-fille d’industriel du brabant flamand en
Belgique, fille d’avocat, ancienne étudiante en droit, bourgeoise
citadine francophone, croyante.
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