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La plante verte

De
262 pages


« La vie en cette année 2234 n’était pas forcément dure pour tous les hommes, seulement, comme depuis la nuit des temps, pour une immense majorité. »


Le gouvernement de l’Europe unifiée est sur les dents. Une flotte extraterrestre est en train de se pointer aux confins du système solaire. Nous sommes au bord du tout premier de tous les premiers contacts. Mais quelle en sera la nature ? Amicale ? Hostile ? Toutes les chancelleries sont aux abois, car il faut éviter qu’une ou l’autre nation locale ne se transforme involontairement en l’extraterrestre de toutes les autres.


Par ailleurs, la lutte contre les changements climatiques a rendu les grands gouvernements supranationaux dépendants de vastes conglomérats privés assurant la perpétuation artificiellement contrôlée d’un climat viable. Ces entreprises tentaculaires portent des noms percutants – EcoTech, NanoSoft – et elles pénètrent la société civile et ses pouvoirs traditionnels jusqu’au trognon. Que savent-elles exactement de cette visite d’extraterrestres ? Le paradoxe est que ces puissants conglomérats contrôlent la technologie permettant de percevoir le vaste univers extérieur. De là à contrôler cet univers même...


Des extraits et autres détails sont disponibles sur le site de l'éditeur...

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LE CYCLE DU RÉZO : LA PLANTE VERTE
GUILHEM
© ÉLP éditeur, 2016 www.elpediteur.com ecrirelirepenser@gmail.com ISBN : 978-2-924550-15-1 Image de la couverture assemblée par Guilhem : iStockphoto® – ©a-r-t-i-s-t, communication globale. Plusieurs clip-arts sont issus du site All-Silhouette.
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À Audrey et nos enfants Fleur, Oréade et Embrun
Remerciements
Je souhaite remercier tout particulièrement mon ami Mathieu Moreaud qui m’a aidé à finaliser ce roman. Jean-Claude, Alain et Mireille Gayet, Yohan Pannet, Clément Oudot, Antoine Cailliez, Olivier Ziel, Fabrice Trévisan, Virginie Dauchez et Anne Étienne ont également aidé, plus ou moins modestement, à l’écriture de ce roman. Je les en remercie grandement. D’autres m’ont renseigné pour des traductions qui n’apparaissent pas toutes dans cette version : Aude, Luca, Luccia, François et Nesrine. J’ai également dérobé plusieurs des expressions du personnage de Vassili Pek à un ami : Bastien Didier. La deuxième édition de ce roman a également bénéficié des précieux conseils de Mabu Reading, une blogueuse passionnée. Mille mercis également à tous ceux qui me soutiennent ou m’encouragent depuis des années.
LA PLANTE VERTE
Chapitre I
« Je me fais grave chier. » Voici ce que pensa Marhek Lorme, quelques secondes à peine après avoir commencé à observer une façade de verre teinté. La patience n’était pas sa vertu cardinale. Il n’y avait pas un bruit. Il ne se passait rien. De temps en temps, un insecte passait fugitivement dans son champ de vision. Parfois, un oiseau se reflétait dans les vitres du bâtiment qui se dressait massivement devant lui et emplissait tout son champ de vision. Il aurait été incapable de tourner la tête, même s’il l’avait voulu. Il n’était qu’un spectateur silencieux et passif. Il s’en réjouit en distinguant les habituels halos lumineux en périphérie de son champ visuel, qui signifiaient qu’il était cerné d’holopubs à la con. Au moins, n’aurait-il pas à en subir la vue. Marhek remarqua enfin que nul reflet de lui n’était visible dans la vitre qui lui faisait face. Il chercha son image en vain. Il en conclut qu’il n’était pas vraiment là. Alors, il se résigna à s’ennuyer de nouveau. Une des baies de l’immeuble face à lui se décida à exploser en un millier de fragments dans un silence absolu. Puis la scène se mit à ralentir et, l’instant d’après, une sonnerie lancinante débuta. Quelques secondes après, il se vit traverser la paroi vitrée intacte, juste à côté, dans une nouvelle pluie d’éclats. Il prit le temps de s’observer. Ses bras protégeaient sa tête et des éclats de verre se prirent dans ses cheveux bruns aux tempes grisonnantes. Au milieu du triangle constitué par ses bras, son visage grimaçait de douleur et d’une certaine folie. Sa mâchoire musclée se contractait de toutes ses forces pour éviter que du verre ne rentre dans sa bouche, à moins que ce ne fût pour éviter de hurler. Puis, ses bras quittèrent son visage à mesure que la gravité de sa situation le rattrapait. « On est au troisième ou quatrième étage, estima-t-il. Il se peut que ça fasse mal. » Marhek commença à ressentir la sensation de chute dans son oreille interne. C’était bizarre, car il était en dehors de lui-même. Il s’interrogea. La scène qu’il vivait n’était pas une distanciation traumatique. Il en avait déjà vécu dans sa vie et ça ne s’était jamais passé ainsi. Bien que peu coutumier des chutes de plusieurs étages, Marhek avait un passif professionnel dans les forces de sécurité européennes qui l’avait conduit dans des situations d’angoisse morbide de ce genre. Toujours sans comprendre, il se sentit chuter au ralenti, inexorablement. Il vit ses bras essayer de retrouver un équilibre en battant follement l’air. Quant à ses jambes, elles faisaient n’importe quoi. Elles conduisirent le reste de son corps dans une pose ridiculement improbable. Son manque de classe le scandalisa. Pire, il se trouva un gros cul. Le temps accéléra, reprenant une vitesse normale. L’air qui s’engouffrait dans son imperméable l’agitait maintenant follement. D’habitude, il était impeccable, d’un beige moche immaculé. Là, il était taché, sale, imbibé d’une substance gluante. Il était même partiellement calciné en un endroit. Il manquait aussi à Marhek une chaussure et l’autre était couverte de la même substance qui se trouvait sur son manteau. « Merde. Mes baskets neuves. » Résigné, il cessa de pester intérieurement en voyant que son jean noir n’était pas en meilleur état.
Marhekfutaumoinssoulagéenobservantquilnecriaitpasentombant.Parlepassé,chaquefoisque
Marhekfutaumoinssoulagéenobservantqu’ilnecriaitpasentombant.Parlepassé,chaquefoisque la mort s’était approchée un peu trop près de lui, Marhek avait poussé un cri très aigu, qui lui avait entraîné des moqueries et, en deux occasions, lui avait sauvé la vie. Sa voix avait beau avoir un timbre grave, elle était d’une tessiture déconcertante. Du haut de ses quarante-trois ans, Marhek Lorme n’assumait toujours pas son hurlement d’effroi, qui contrastait énormément avec sa masculinité naturelle. Au quotidien, Marhek ne poussait pourtant jamais la virilité dans ses retranchements. Il n’était pas même macho au point de faire œuvre de galanterie. Toutefois, il devait bien reconnaître qu’il avait un cri de gonzesse. Le temps et sa chute s’accélérèrent. La sonnerie agaçante s’amplifia. Au fur et à mesure que Marhek tombait, il constata que son point de vue d’observateur externe de l’événement se fondait en lui-même. Ce ne fut que lorsqu’il eut pleinement réintégré son corps et qu’il put voir par ses yeux le sol de la rue se rapprocher à une vitesse incroyablement rapide que sa bouche s’ouvrit. Il lança le cri le plus perçant de son existence.
Chapitre II
Marhek Lorme se réveilla en poussant un cri trop aigu, face contre une moquette et un cimetière d’acariens génocidés par son haleine d’alcoolique. Il avait chu de son lit. Son réveil marquait onze heure onze. Bien qu’il fût déjà éteint, Marhek lui asséna un petit taquet de principe. C’était lui, le son agaçant de son rêve. Ce songe avait pris fin et il ne le regretta pas. Il se prit juste à espérer qu’il ne s’agissait pas d’un de ces cauchemars qui le hanterait pendant des nuits et des nuits. S’il se réveillait ainsi tout le temps, il risquait d’avoir du mal à garder de sa superbe avec les deux étudiantes avec lesquelles il partageait le palier. Il s’étira et sentit une douleur à l’épaule. Des souvenirs plus proches, plus réels, resurgirent. À l’aube, les flics l’avaient sorti du mitard et expédié sur le trottoir lorsqu’il avait semblé suffisamment vaillant pour repartir chez lui. Ça, il s’en souvenait. En rentrant, Marhek avait hésité entre au moins un choix unique : dormir. Ça, il s’en souvenait également. Quant à savoir toute l’étendue de la réflexion qui pouvait pousser un homme à mettre son réveil-matin sur onze heure onze, ça, il ne s’en souvenait plus du tout, heureusement. Lorsqu’il eut redressé sa tête, quelques réminiscences de la nuit précédente lui causèrent des élancements douloureux aux alentours de l’occiput. La veille s’était platement finie à l’horizontale. Dans sa mémoire se dessinait le tableau d’unepietàmaniériste représentant un corps allongé, le teint blafard, dont la tête baignait dans une auréole dorée. Il s’agissait en réalité de la photo monochromatique d’un quadragénaire consommé, baignant dans une flaque de gerbe. Un saint des temps post-modernes, peut-être, mais au moins la lumière de son auréole ne lui filerait jamais de migraines ophtalmiques. Encore qu’il fit le constat amer, en se redressant, qu’aucun mal de tête ne serait l’absent de cette journée. Malgré son état pâteux, Marhek fit un effort pour mettre en ordre quelques affaires dans son appartement. Il ne put s’empêcher de penser que « mettre en ordre quelques affaires » n’était d’ailleurs pas une expression heureuse pour au moins trois bonnes raisons. Tout d’abord, il était question de dynamitage et non de rangement. Ensuite, cela ne concernait pas quelques affaires, mais en réalité toutes les affaires. Enfin, les expressions n’ont aucune raison d’être particulièrement heureuses, notamment celles, parmi elles, qui sortaient de sa bouche, écorchées. À cette dernière réflexion, il jugea urgent de se laver les dents. Marhek n’avait pas fait de rangement ni la veille ni l’avant-veille… ni aucune veille précédente, tout compte fait. Mais ce n’était pas faute de courage. Il en fallait pour vivre ainsi et affronter chaque jour les regards lourds de reproches de ses deux chats. Pour être rigoureux donc, il n’avait jamais eu la lâcheté de ranger son appartement. Le désordre s’était insidieusement accumulé dans tous les recoins au cours des dernières années, grignotant son espace vital centimètre après centimètre. Depuis deux ans, une strate sédimentée de choses diverses protégeait la moquette synthétique des agressions matinales à la tache de café. Elle lui permettait de réaliser de substantielles économies en shampouinages qu’il n’aurait jamais faits. En bonne intelligence, il avait alors astucieusement fini par décider de transférer son espace vital au-dessus de cette première strate de bordel organisé. Résultat : une seconde strate commençait à se révéler par endroits. D’ailleurs, la butte-témoin de la table basse du salon et la cuesta du canapé commençaient à apparaître. Il y avait également sur son bureau toute une histoire géologique à la tectonique chaotique. Enfin, à propos des espèces qui se développaient dans son évier, « évolution darwiniste accélérée » était la notion scientifique qui s’appliquait le mieux. Pour sa défense, Marhek avait passé ses trois dernières soirées dans des bars. Une défense certes attaquable. Mais depuis la nouvelle de la mort d’Andreas, un vide s’était créé en lui. Or, c’est un fait entendu, la nature en a horreur. Elle s’était empressée de le remplir avec d’innocentes bouteilles pleines. D’ailleurs, pour se donner une contenance, Marhek déclarait officiellement partir
chercher des indices sur la mort de son ami dans divers fonds de bouteilles. Dès lors que les patrons de bar ne sentaient pas venir l’habitué qui coûte rapidement plus cher en ardoises qu’en digestifs, ses pistes le conduisaient, comme hier soir, en cellule de dégrisement. « C’est toujours des pistes en moins », grogna Marhek à voix haute. Son état d’ébriété avancée des derniers jours ne justifiait que partiellement le désordre des deux années précédentes. Désormais, le sol de son appartement s’était mu en un concept abstrait, mais une certaine consolation venait des murs et des étagères à nu. Il n’avait jamais jugé bon de décorer. À quoi bon exister à travers des objets futiles lorsque l’on peut avoir une existence futile directement ? C’était sa manière de concevoir la décoration. Sa théorie originelle, plus connue des habitués des comptoirs, était « La déco, ça me casse les burnes. » Mais il préférait garder pour lui ses idées les plus avant-gardistes. « Dans chaque bistrot, le plagiat nous guette » récita Marhek pour lui-même. C’était un mantra d’Andreas, son ami décédé. Marhek soupira. Aujourd’hui serait certainement comme la veille. Le vicieux boomerang du souvenir lui reviendrait, encore et encore, en travers de la tronche. Marhek avait partagé tant de choses avec Andreas, avant que leurs chemins ne se séparent. Maintenant que son meilleur ami avait passé l’arme à droite, Marhek se sentait doublement orphelin, en plus d’être gaucher. Il y avait onze ans de cela que lui et Andreas avaient eu une divergence d’opinions sur le bien-fondé de ce qu’il faisait à l’époque pour les SSE, les Services Secrets Européens. Cela n’aurait pas dû aboutir à une scission entre eux. À eux deux, ils ne constituaient pas un cercle d’intellectuels, pas même un segment, n’ayant tellement que ça à foutre de leur journée qu’ils se seraient fâchés pour de bon, à défaut d’être d’accord. Non. La vraie raison de leur rupture platonique relevait plus du triangle amoureux. « Enfoiré d’Euclide » grommela Marhek en se remémorant cette mauvaise passe de sa vie et d’horribles souvenirs de cours de géométrie. Elle s’appelait Marlène. Marhek était tombé amoureux d’elle, de suffisamment haut pour que l’atterrissage soit douloureux. Sans le vouloir, Andreas avait précipité cette chute. Le cumul de sa prise de conscience morale et de son amour déçu avait incité Marhek à plaquer son meilleur ami et à démissionner des Services Secrets Européens. Normalement, on ne quittait pas les SSE. C’était interdit. Pourtant, il était le seul à y être parvenu depuis leur création. Le secret du comment restait bien gardé depuis onze années. Après plusieurs contrats pour des boîtes de sécurité, Marhek s’était installé comme privé dans l’eurorégion la plus pauvre de la Grande Europe : la France. Et sans doute pour continuer de se punir de son échec amoureux, il avait choisi la ville la plus nulle qui soit : Paris, avec son absence d’audace, ses gens tristes et agressifs, son temps sec et son ciel gris. Quant à ses rues, elles exhalaient une saleté puante d’un sentiment de solitude, à tel point qu’il ne savait pas qui de Paris ou de lui imprégnait le plus l’autre de son odeur. Passé le plaisir de devenir son propre patron, la vie palpitante d’un privé tombait parfois dans une routine navrante. Petit à petit, Marhek avait refusé par principe les affaires d’adultères, puis les enquêtes de paternité et enfin toute autre histoire pouvant conduire à tendre des mouchoirs à des ménagères larmoyantes s’empiffrant de gâteaux antidépresseurs. Sans le marché des guerres civiles familiales, il lui restait donc tous les autres types d’affaires nécessitant un privé, et, par conséquent, pas grand-chose. Par les restrictions qu’il s’était imposées, Marhek avait inconsciemment raccroché. Il flirtait consciemment avec la déroute financière. En gestionnaire autodidacte incompétent, son compte était à sec. Être un privé dans une eurorégion en pas-mauvaise-voie-de-développement comme la France, au début du XXIIIe siècle, c’était la dèche. À quarante-trois ans, il se sentait revenir à la case départ, aussi riche que quand il avait commencé à travailler pour les SSE avec Andreas. « Andreas, marmonna-t-il. — Miaou. »
Cétaitlaseuleréponseàlaquelleilpouvaitsattendredanssaviedesolitude.Enloccurrence,cétait