La prédiction des ombres

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Le Cycle des Retrievers, tome 3

Les ombres se lèvent et se lèvent encore, jusqu'à obscurcir le soleil. Tu dois les rassembler...
Dotée de pouvoirs magiques exceptionnels, Wren Valère n'a peur de rien. Mais cette prédiction, délivrée par une voyante, la laisse perplexe. Qu'est-elle censée faire ? Est-ce un avertissement, une incitation à remettre de l'ordre dans son existence ?
Depuis quelque temps, en effet, sa vie est sens dessus dessous. Son fidèle associé Sergueï est devenu son amant... alors qu'elle s'était promis de ne jamais mêler sentiments et travail. Et pour ne rien arranger, un climat délétère règne sur la ville : un vent de panique agite l'ensemble de la communauté magique, d'étranges disparitions attisent la haine entre les clans, la suspicion gagne les esprits...
Rassembler les ombres... Et s'il s'agissait pour Wren de prendre la tête des rebelles opposés au pouvoir officiel du Conseil des Mages ?

A propos de la série :

Avec le Cycle des Retrievers, Laura Anne Gilman mêle avec talent l'action et l'émotion, l'enquête et l'intrigue amoureuse et dessine un univers qui séduira les amateurs de fantasy urbaine. Elle « recrée un New York fascinant, peuplant la ville d'anges, de démons, d'animaux fantastiques, de société secrètes et de mages... »

Le Cycle des Retrievers :

Tome 1 : La magie de l'orage
Tome 2 : La malédiction de l'ombre
Tome 3 : La prédiction des ombres
Tome 4 : La magicienne du feu
Tome 5 : La nuit des sortilèges
Publié le : jeudi 1 novembre 2007
Lecture(s) : 33
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280263115
Nombre de pages : 448
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Prologue
Ténèbres. D’un noir absolu, terrifiant. Rien à voir avec cette nuit qu’à l’aube des temps les hommes avaient su vaincre à l’aide du feu. Nulle lune, pas la moindre étoile. Pas la plus petite lumière susceptible de réchauffer le cœur, d’amorcer de nouveau le flux du sang.
— Dites « je le jure ».
Une voix. Ni autoritaire, ni menaçante. Ni séductrice, ni insidieuse. Une voix calme qui emplissait l’espace, sans hâte, qui enveloppait et soudait irrémédiablement le groupe immobile, à peine frissonnant.
— Je le jure.
Non plus une, mais une douzaine de voix, cette fois. Sourdes, avec çà et là quelques notes d’hésitation, mais toutes tendues par une détermination identique. Ou par la peur. Comme dans la plupart des initiations, il s’agissait moins d’appartenir que de ne pas être laissé en arrière — en dehors.
— Je déclare ici et maintenant la fin de cette cérémonie prétentieuse qui inaugure notre rencontre.
De faibles rires soulagés. Vacillantes d’abord, puis fermes, les lumières revinrent, dévoilant une cour en plein air, qu’entouraient trois épais murs de pierres. Sur le mur central, une porte. En face, une longue baie vitrée offrant une vue qui, de jour, aurait été impressionnante. Mais dans la nuit, la rivière qui coulait en contrebas brillait d’un éclat sombre — noir d’encre sur noir d’encre.
— Je vous en prie, entrez.
La femme qui avait parlé s’avança. Menue, élégante dans son tailleur de laine grise qui s’harmonisait avec des cheveux argentés, elle enveloppa tout l’auditoire d’un geste hospitalier. Puis, avec la certitude d’être suivie, elle franchit le seuil de la porte. Sur les dalles usées par les ans, les pieds glissaient légèrement. Costumes chic et robes élégantes se mêlaient dans cette danse informelle qui évoquait un cocktail — mais un cocktail sans petits-fours ni champagne.
Au moment où les derniers participants quittaient la cour, un bref éclat illumina la nuit dans le lointain, par-delà la rivière. Un orage peut-être, ou un feu électrique. L’un des membres tourna légèrement la tête et fronça les sourcils, comme traversé par le souvenir d’une tâche secondaire, laissée inachevée.
— En a-t-on discuté avec les Autres ? demanda-t-il en insistant respectueusement sur le dernier mot.
— Chacune de ces voies a été explorée.
Une voix douce, paisible, conciliatrice.
— Vraiment ?
L’étonnement était perceptible.
— Je n’ai pourtant rien entendu de tel. Etrange, d’autant que mes contacts sur l’autre rive sont volontiers prolixes.
Un rire amical, compréhensif.
— J’ose espérer que ces voies ont été effectivement explorées.
L’exaspération montait.
— Je ne voudrais pas revenir chez moi et découvrir que quelqu’un a…
Le couteau surgit brusquement et plongea sous la troisième côte.
— Rien ne doit nous distraire, martela le tueur, cependant que la lame effilée se retirait et disparaissait aussi vite qu’elle était apparue. Toutes les voies nous sont à présent fermées, à l’exception de celle-ci.
Les trois autres participants qui se tenaient à ses côtés ne réagirent pas. Se contentant d’acquiescer, ils enjambèrent le corps et se dirigèrent vers la demeure.
Derrière eux, les retardataires parvinrent à contourner leur ancien compagnon sans lui accorder le moindre regard. Il n’était guère plus maintenant qu’une colonne de pierres, semblable à celles qui encadraient la porte. Quoiqu’un peu brutal, le message avait été clair. Ou vous acceptez, ou vous renoncez.
Sur les dalles froides, dans le silence de la cour à présent déserte, le corps continuait à se vider de son sang. Une femme parut sur le seuil, vêtue d’une simple robe écarlate qui mettait merveilleusement en valeur ses boucles brunes.
— Idiot, murmura-t-elle non sans regret en direction du mourant. Tu aurais dû être plus malin. Ils se contenteront de te remplacer par un autre qui ne posera pas de questions.
Hochant la tête devant tant de gâchis, elle plaça ses mains au-dessus du corps, paumes vers le sol.
— Que nul secret ne s’ébruite, que nulle confiance ne se brise, que nul vœu ne se rompe. Que ce corps demeure dans les ténèbres jusqu’à ce que le temps accomplisse son œuvre et efface les traces.
Un pâle éclat argenté traversa le corps, qui disparut. Puis, au loin, un léger clapotement retentit, semblable au bruit d’un poisson retombant dans l’eau. Semblable au bruit d’un cadavre s’enfonçant dans les profondeurs d’une rivière avant d’être emporté vers l’océan.
— Rien ne peut plus modifier le cours du destin. C’est trop tard.
Lentement, la femme revint vers la demeure. Derrière elle, la cour, vide de tout corps, vide de tout sang, évaporé comme par enchantement, était balayée par le vent frais de l’automne. Au bout de quelques instants, les lumières vacillèrent, faiblirent, puis disparurent les unes après les autres jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une, près de la porte. Bientôt, celle-ci s’éteignait à son tour.
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