La princesse et le démon

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Traduit de l'irakien

Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296178366
Nombre de pages : 80
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LA PRINCESSE ET , LE DEMON

@ L'Harmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0376-X

Dhia Kudhayr

LA PRINCESSE ET LE DÉMON
Nouvelles sur la guerre Irak-Iran

Traduites de l'irakien par Driss Jabeur

ÉdItlons L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Je remercie vivement l'auteur qUt~par ses suggestions, a su me faire saisir toute l'atmosphère tem'hle de cette gueTTe,

ainsi que Parida Briara qui m'a précieusement aidé en revoyant le texte de la traduction.
Le traducteur

RETRO

UV AILLES

Dans notre unité, mes compagnons m'appelaient ». Ce mot, quand ils le prononçaient, exprimait plus le sarcasme et la dérision que le compliment. Ils en étiraient les syllabes, gonflaient les lettres, le conjuguaient à tous les temps chaque fois qu'ils m'apercevaient. Ce n'était pas par dédain de la culture et des intellectuels que mes bons amis combattants le faisaient, mais à mon avis ils devaient trouver absurde qu'un homme s'occupât d'autre chose que d'action matérielle, lui dictant de combattre ou de se préparer à le faire tant qu'il ponait une arme et le modeste habit militaire.
« l'intellectuel

C'est la lecture, cette maudite habitude que j'avais contracté durant cette longue période, qui me valait ce sobriquet. J'étais en effet un «rongeur d'opuscules» comme ils m'appelaient, je profitais des temps libres pour lire tout ce qui me tombait entre les mains, livres d'histoire, d'économie (domaine dans lequel je souhaitais finir mes études après la guerre), épopées, gestes 5

populaires, les contes des Mille et une Nuits... Cepen,dam je ne m'étais jamais exprimé autrement que comme tout le monde, ou n'avais écrit autre chose que des lettres destinées à mes amis et à ma famille. Ceci dit, je puis vous assurer que j'étais un bon combattant; durant trois années, tout le monde témoignait de mon courage et de ma fidélité. La gouaillerie de mes camarades soldats n'avait pas été sans conséquences, elle m'affectait à un tel point que j'en étais arrivé à haïr les mots culture et intellectuel. )' avais même détesté mes livres, même si je ne manquais jamais l'occasion d'en amener chaque fois que je rentrais d'une permission. J'avais troqué cette habitude de la lecture contre une autre non moins insupportable à mes compagnons, la méditation et le silence. Seul le sergent Ibrahim prenait à cœur ma situation, après avoir été attendri par ma sensibilité excessive et l'intérêt que je portais aux dires de mon entourage; sans doute parce qu'il me connaissait plus que les autres. Lui même lisait dès que l'occasion se présentait. Quant à ma pressante envie d'écrire aujourd'hui, ce sont les circonstances qui me l'ont donnée en trouvant cette chose, et les événements qui avaient suivi la dernière bataille sur les bords du marais. Un réel besoin d'écriture se créa en moi afin de raconter à mes compagnons cette aventure, après m'être débarrassé des obsessions qui m'avaient longtemps torturé. Conter l'histoire des dernières secondes qui ont bouleversé mon existence. Il est peut m'attendais pas et si effrayante. rer mais que je 6 être nécessaire de préciser que je ne à rencontrer une telle chose, si réelle Une chose dont j'essayais de me sépagardais en silence entre mes mains, la

dissimulant comme un joyau rare. Quelque chose d'étrange et d'inexplicable m'y attachait, quelque chose de sacré, d'irrésistible comme si j'avais soudain perdu l'un de mes membres dans la bataille sans m'en rendre compte, et l'ayant retrouvé, me voici en train de le ressouder à mon corps comme dans un rêve ou un dessin animé. Je ne sais pas pourquoi je ressens cela alors que mon corps est resté intact, malgré le nombre de membres humains qui tombaient autour de moi dans la fièvre ardente de cette guerre. Au début, l'évolution très rapide des événements me surprenait, le ciel retrouvant soudain sa clarté, les eaux du marais leur bleu d'azur et leur étonnante beauté; une simplicité et une sérénité que j'admirais tant et dont j'attendais une consolation pour la perte d'amis, sur un autre point du front. Je n'ai jamais pu me résigner à une explication raisonnable au déroulement de la guerre précisément sur ces lieux. C'était pour moi quelque chose d'accidentel et de fortuit. Cependant, comme les autres soldats, j'étais devenu capable avec le temps de concilier les contraires ; telle couplage étonnant de l'eau et du feu dans les marais fertiles de notre sud. Je ne pouvais m'empêcher de voir dans l'agitation des eaux causée par l'explosion d'un obus perdu, les ondes concentriques scintillantes d'un jet paisible du filet d'un pêcheur. Au marais, des couleurs et des parfums que je connaissais; il était habité de poissons, d'oiseaux et d'histoires tristes, seulement cette fois j'avais senti que le 7

printemps l'avait délaissé, et parmi les fleurs insomniaques, lauriers-roses, mauves et roses du Bengale, avaient poussé d'autres fleurs de fer et de feu. Après la dernière bataille on pouvait penser, nous les combattants, que tout était terminé si ce n'était cette odeur qui traînait. Oui, cette maudite odeur continuait à nous rappeler la bataille, même après le soulagement des hommes suite à une nouvelle victoire sur l'ennemi. Et même après les efforts extraordinaires déployés par tous afin de se débarrasser de ces énormes monceaux de cadavres laissés sur le bord du marais ou flottant à la surface des eaux, comme des poissons monstrueux déferlant de la mer, poussés par les flots d'une tempête ou d'un raz de marée; ces odeurs étranges continuaient à s'échapper de lieux secrets, dans l'enchevêtrement des roseaux et des étroites voies aquatiques; s'exhalant dans l'air et s'étirant dans cet espace frémissant comme des gaz toxiques rejetés par des endroits énormes et invisibles ou des êtres mythiques mourants rendant grossièrement leur dernier souffle. Nous supportions silencieusement ces odeurs, convaincus qu'elles étaient chargées d'autre chose que des restes de ces cadavres pétrifiés, quelque chose de proche de l'odeur de nos propres corps. Nous avions tout nettoyé autour de nous en utilisant tout ce que nous pouvions trouver de désinfectants. Personnellement, je me lavais plusieurs fois par jour, non seulement pour me débarrasser de la poussière et de la sueur, et me rafraîchir dans les eaux du fleuve tout proche, mais aussi pour chasser ces saletés imagi8

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