LA PROMESSE

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"Au-delà de la page des mots vers un ailleurs". Ainsi vont les "nouvelles" de Marianne Auricoste dotées d'une écriture vigoureuse, alerte, vitalisée par un imaginaire d'une extrême originalité. Tout ici est à la fois mystérieux et tendre, énigmatique et dense. Tout ici nous parle de nous et de ce qui nous hante ou nous dépasse. Partout la vie est présente. "Quelque chose, dit-elle, se bonifie dans le creuset des jours" (Andrée Chedid).
Publié le : samedi 1 février 2003
Lecture(s) : 30
EAN13 : 9782296311268
Nombre de pages : 82
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LA PROMESSE
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Collection Écritures dirigée par Maguy Albet
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Marianne

AURICOSTE

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L'Harmattan

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE
L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-3789-7

CHRONOPOLIS

CHRONOPOLIS Je ne sais pas pourquoi, ce jour-là qui était un jour ordinaire, ni triste ni gai, ni tout à fait clair, j'ai compris que je devais y aller. C'était une décision très difficile à prendre car j'étais occupée à quantité de choses qui me prenaient tout mon temps. D'habitude, je ne m'accordais ni distraction, ni sommeil prolongé. Quelquefois seulement, je m'étendais sur mon divan, je me croisais les bras sur la poitrine et j'ouvrais les yeux vers le plafond, comme ceux qui attendent la solution à une énigme. N'allez pas imaginer que je rêvais. Ma pensée était tendue comme un fil à plomb et se balançait au dessus d'un puits dont je ne connaissais pas la profondeur. Cette impression m'accaparait quelques secondes et me faisait tressaillir. Je consultais le réveil posé sur le guéridon, j'attrapais le remontoir et le tournais à fond. Le réveil était à l'heure et moi en retard. Cette constatation me rassurait. Elle me protégeait du malaise qui m'aurait pris immanquablement si je m'étais attardée plus longtemps sur mon divan. La ponctualité était ma règle d'or et je lui obéissais en toute circonstance. Eh bien, ce jour-là, j'ai résisté. Je n'ai pas tendu la main pour attraper mon réveil. Il suffit quelquefois d'éviter un geste quotidien pour déranger son destin. On se croit à l'abri. Il

y a les murs, le plafond, le plancher et même la lumière, et pourtant sans l'avoir prémédité, on se retrouve ailleurs, on s'échappe, on se laisse glisser comme un voilier pris par le vent. C'est ainsi que je me suis égarée sans doute. Il y avait du brouillard et j'ai perdu mes traces. Je flottais. J'étais emportée par une écume blanche qui me roulait et me balançait dans le vide. Mon corps tout entier coulait dans cet espace comme s'il avait perdu son poids. Je devenais liquide, et radieuse, éperdue de lumière. Mes yeux s'habituaient à la transparence et commençaient à la déchiffrer. Il faisait de plus en plus clair. Une clarté sans obstacle, lisse, qui pourtant me guidait et m'orientait vers ma destination. J'occupais cette sphère blanche qui m'enveloppait et je n'avais plus ni mémoire ni intention. J'étais là. Cette situation était d'une telle simplicité que tout mon corps en souriait. Et cela, je le sentais irrésistiblement. Peut-être que les oiseaux sourient ainsi quand ils s'éloignent? Insensiblement le tourbillon qui m'emportait s'était mis à tourner plus vite. C'est à ce moment que ma main a heurté un objet dur. Je m'y suis cramponnée et j'ai atterri sur une plage de cailloux noirs. Je n'étais pas vraiment étonnée de me trouver là. J'avais su pendant toute ma traversée que j'arriverais quelque part et maintenant je comprenais, comme frappée par une évidence, que je me trouvais sur la terre de Chronopolis.

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