La Pyramide des morts

De
Agée de 80 ans, Judith Boucher, sentant sa fin prochaine, se remémore les drames vécus par les êtres qu'elle a connus, aimés ou haïs, sans se rendre compte que cela la conduira à une confession qui lui rappellera son propre drame, sa propre cruauté. «Beaucoup de vieilles personnes racontent leurs souvenirs [...]. L'essentiel, c'est un souci d'accrocher les lecteurs qui leur épargne les lourdeurs du « vécu » ; c'est l'absence de digressions interminables ; c'est un style simple et efficace ; bref c'est la maîtrise du récit. On voit défiler les morts aimés, parfois trop, ou détestés, parfois trop aussi et c'est tant pis pour eux. Les amies et les amis, les amants (eh oui !), les enfants et la parentèle, les simples connaissances qui ont vécu des aventures exceptionnelles, tout ce monde de morts, et de vivants aussi, forme une galerie de personnage intéressante, à travers laquelle s'exprime l'esprit d'une société et d'une époque »Réginald MARTEL, La Presse.« Un livre qui suit des destins. Une femme qui a du vécu et qui écrit et manipule la langue de façon orchestrale. »Louis POTVIN, Les réveille-Matin,Télévision 9.
Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782896642113
Nombre de pages : 156
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LA PYRAMIDE DES MORTS
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Simone Bussi res
LA PYRAMIDE DES MORTS roman
S E P T E N T R I O N
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' Les ditions du Septentrion Diffusion Dimedia 1300, av. Maguire 539, boul. Lebeau Sillery (Qu bec) SaintLaurent (Qu bec) G1T 1Z3 H4N 1S2
er Dptlgalt1rimestre1999 Biblioth que nationale du Qu bec ISBN 2894481306
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LA PYRAMIDE DES MORTS
Il n’y a pas de vie qui ne soit dominée par l’ombre de la mort.
Jean d’Ormesson
C’est aujourd’hui mon anniversaire. J’entre dans ma quatre-vingt-unième année. Pourtant — qui me croira ? — je n’ai pas encore un cheveu blanc. Mais je ne suis pas plus jeune pour ça, car la vieillesse n’est pas question de che-veux ou de rides. C’est avant tout, j’en suis certaine main-tenant, une déviation de l’esprit, un durcissement du cœur, un renoncement à la vie. Et je suis vieille. Mes quatre enfants viennent de me quitter. L’aîné re-tourne, ce soir, à Vancouver où son poste de chimiste dans une compagnie internationale de pétrole lui procure le summum de la satisfaction et du confort, selon les critères de notre fin de millénaire. C’est un sage, un penseur, un solitaire. Il s’appelle Jean. Son cadet, Pierre, est si différent que jamais personne ne les prend pour des frères. L’exu-bérance de Pierre est aux antipodes de la placidité du pen-seur et du solitaire ; elle est même teintée d’un brin de folie. Jean est chimiste, Pierre est facteur. Jean est blond comme un Suédois, Pierre, noir comme un Mexicain. Mais il y a aussi le troisième… Ni blond ni noir ! Un rouquin que je ne peux comparer ni à mon aîné ni à son cadet, et
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qui ressemble étrangement à un jeune bijoutier qui fut mon amant au cours de l’année qui précéda sa naissance. Il n’a ni la sagesse de Jean ni le brin de folie de Pierre. Il s’appelle Jonathan; il est… joueur, oui, joueur de carrière ! Ce n’est que lorsqu’ils furent tous trois adultes que je rapprochai les noms de mes fils des personnages bibliques qu’ils peuvent évoquer. Le choix d’un nom influe-t-il sur le caractère, le tempérament de celui ou de celle qui le por-tera ? Certains le croient, moi pas. Je crois beaucoup plus simplement que c’est celui qui le porte qui l’accrédite et le qualifie, rien de plus. Aussi je ne crois pas que les dif-férences entre mes trois garçons soient l’écho de leurs prénoms, pas plus que n’aurait d’influence sur leur futurs goûts artistiques la couleur de leur première chemise. D’ailleurs ces différences m’importent peu. Je ne veux et ne peux renier ni l’un ni l’autre : à certaines heures, j’aime la solitude, je sais parfois être exubérante et le jeu m’a beaucoup attirée ; ce qui m’en a sauvée : je n’accepte jamais de perdre, quel que soit l’enjeu. Mon quatrième enfant est une fille. Vous comprendrez qu’après la naissance de trois garçons elle ait eu une place disons non pas privilégiée, mais particulière. Tous nous connaissons une famille où il y a deux ou trois filles qui s’enrichit, un beau jour, d’un nouveau-né mâle ; et nous avons remarqué les intonations du père quand il parle de sonfils! L’inverse se produit, même si l’arrivée d’une fille est rarement accueillie avec l’éclat que l’on réserve aux garçons, si éloignés soyons-nous de la Chine ! Mais je re-mets à plus tard de parler de mafille pour des raisons auxquelles je me sens incapable de faire face ce soir. Mes enfants ignorent que je les ai entendus discuter du diagnostic communiqué à Jean par mon médecin, la semaine dernière : mes jours sont comptés. Le cancer, qui
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