La Quête de Kyle

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Alors que les naissances sont soumises à un contrôle génétique, un couple met au monde un enfant conçu naturellement. Dans ce nouveau monde, la question est de savoir combien de temps l'enfant pourra survivre et à quel prix...


Publié le : mercredi 25 juillet 2012
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EAN13 : 9782332508782
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ISBN numérique : 978-2-332-65202-7

 

© Edilivre, 2014

I

Dans un vaste bureau, au sommet de la plus haute tour de la ville, au fond d’un immense fauteuil très confortable, un homme s’agite violemment en poussant, parfois, des plaintes informulées. Il paraît évident qu’il est en proie à un violent cauchemar, d’ailleurs, la sueur qui ruisselle sur son visage en est une autre preuve. Par moments, il agite un ou deux bras, comme s’il essayait de repousser une quelconque menace.

Soudain, un bourdonnement fit vibrer l’air de cette pièce qui semble si curieusement vide. En effet, on ne peut y voir qu’un bureau et trois sièges, dont un est occupé actuellement par ce dormeur. Ce dernier se réveille en sursaut face à ce son lancinant, pourtant, il ne s’en occupe pas. L’homme semble perdu. Il regarde la pièce dans laquelle il se trouve, comme s’il ne la reconnaissait pas. Ses yeux vont d’un coin à un autre, sans marquer de discontinuité. Il se souvient de son rêve, ou plutôt de ce cauchemar. Ce n’était pas la première fois qu’il le faisait, mais cela n’avait jamais atteint autant d’intensité. Il respira profondément et s’épongea le visage encore tout humide de cette peur qui l’avait tenaillé pendant ce rêve. Peu à peu, retrouvant son calme, il reprit pied avec la réalité, et son regard se dirigea vers une partie du bureau. Sa main se tendit vers cet endroit et effleura une partie bien précise du plateau. Le son cessa instantanément. Il se produisit alors deux choses nouvelles : une partie du mur de gauche s’alluma et montra un autre homme dont la voix semblait traverser l’écran. Le premier homme regarda cette image qui le laissait encore indifférent. Il vit cet inconnu lui parler, mais il ne comprit pas les paroles qu’il prononçât, aussi il leva soudain sa main dans une mimique très expressive, et l’image se tut, semblant attendre la suite. Le dormeur, à présent réveillé, appuya fortement sur ses tempes jusqu’à ce qu’une violente douleur lui transperce le cerveau. Ce simple geste eut le don de le faire sortir de sa léthargie, et il reconnut Bricke, son secrétaire.

– Quoi, questionna-t-il aussitôt après avoir reconnu son subalterne ? Que se passe-t-il ? J’avais pourtant bien précisé qu’il ne fallait me déranger à aucun prix, sauf, bien sûr, en cas de guerre.

La guerre étant des plus improbables maintenant, il avait dit cela sachant que personne n’oserait le déranger. Cela faisait maintenant plus de deux cents ans qu’il n’y avait plus eu de conflits entre les différents royaumes qui constituaient la galaxie. Des échanges commerciaux avaient remplacé les mouvements des navires de guerre. Des accords avaient été signés afin que pareille chose ne puisse plus arriver. Des traités de non-intervention au niveau de chaque royaume avaient été conclus. Pourtant, si un nouvel ennemi, hors des accords, apparaissait, chaque monde était obligé de s’impliquer pour le combattre et, éventuellement, l’éliminer. Et tout allait maintenant pour le mieux. Et voilà qu’on osait le déranger. Mais cette intervention avait été providentielle, car elle lui avait permis d’échapper à cet affreux cauchemar. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait maintenant, car il n’avait jamais été soumis, ces derniers temps, à une pareille tension répétitive de ce cauchemar. Tout à ses pensées, il n’avait pas entendu la réponse de son secrétaire qui venait de se convaincre que son maître était à présent avec lui et qu’il pouvait lui parler.

– Je n’ai pas compris ce que vous venez de me dire. Recommencez tout.

Bricke soupira intérieurement devant ce manque d’attention, car il venait de répéter le motif de cet appel. Pourtant, il était habitué à cet état de fait depuis les trois ans qu’il venait de passer auprès de son maître. Il savait qu’Il lui arrivait d’être là physiquement, mais absent par la pensée, ce qu’il considérait comme un état de fait déplorable pour le Maître de cet empire. Bien sûr, il était convaincu que son maître devait avoir de nombreux autres soucis, ce qui pouvait expliquer cette apparente indifférence au milieu environnant. Il recommença donc son explication.

– Excellence ! Veuillez me pardonner de Vous déranger dans un pareil moment, mais un événement de taille vient de se produire, et il fallait absolument que Vous en soyez averti, afin de prendre, éventuellement, les mesures qui s’imposent.

« Événement de taille ? Mesures qui s’imposent ? Mais de quoi était-il encore question ? » Pensa son Excellence.

– Très bien, entrez !

La porte, reconnaissant la modulation enregistrée de la voix de son maître, coulissa silencieusement et Bricke pénétra lentement dans la pièce. Il s’agenouilla et attendit que son maître lui dise de se relever. Il resta ainsi un long moment, car son Excellence était, de toute évidence, encore perdue dans de nombreuses pensées et interrogations. Pourtant, retrouvant ses sens, il libéra son secrétaire de son salut et dit :

– Très bien, allez-vous enfin me dire ce qui se passe ?

– Un appareil de classe A-4 vient d’être dérobé.

– Un A-4 ?

– Oui, Votre Excellence.

« Fichtre, un A-4 ! Mais c’est un chasseur de guerre, et qui plus est, le plus rapide de tous les appareils que mon empire possède, et même de tous les autres empires. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? »

Bricke, voyant que son maître venait encore de plonger dans ses réflexions, attendit que ce dernier reprenne la parole, ce qu’il ne tarda pas à faire, d’ailleurs.

– Et par qui, grands Dieux ?

– Par une femme.

– Une femme ?

– En fait, il serait plus précis de dire qu’il s’agit d’une génératrice.

– Une génératrice ? Et comment cela se peut-il ?

– Vous savez bien que, suivant leurs statuts, elles peuvent avoir le droit d’aller où bon leur semble, sans que l’on puisse contrôler leurs mouvements.

– Je le sais, puisque c’est moi qui ai créé ces lois. Mais cela ne s’était encore jamais produit, alors je n’ai jamais pensé devoir envisager de limiter leur liberté.

« Mais, qu’est-ce qui m’arrive ? Voilà que j’essaie de me justifier devant un subalterne. »

– Et puis, cela ne vous concerne pas. C’est moi le Maître ici, et je n’ai aucune justification à vous apporter.

Bricke frissonna involontairement devant ses propos malheureux, mais exacts. Il se rappela le sort de malheureux confrères qui avaient oublié, un instant, qui détenait véritablement le pouvoir sur cette planète. Cela leur avait coûté la vie. Il fallait qu’il essaie de se rattraper à tout prix. Aussi, il répondit :

– Loin de moi cette pensée, Votre Excellence…

Son Excellence balaya d’un geste cette réplique, ce qui fit frissonner encore davantage le secrétaire, et dit :

– Et comment a-t-elle pu s’emparer d’un tel vaisseau ? Qui le pilote en ce moment ?

– Mais…, c’est elle…, Votre Excellence.

– Et par quels mystères peut-elle réaliser cette prouesse ? Et puis, finissons-en avec cette imprécision, et dites-moi de qui il s’agit !

– Il s’agit d’Éveline-22. Et, pour répondre à votre première question, grâce à son statut particulier dans notre société, elle avait le droit d’apprendre tout ce qu’elle voulait.

– Éveline-22 ?

Bricke pensa que, décidément, le cerveau de son maître était vraiment lent à la comprenette aujourd’hui, lui qui, d’habitude, était si prompte à réagir à toute nouvelle situation. Cette explication allait donc prendre encore un sacré bout de temps. Enfin, il n’y pouvait rien et il ajouta :

– Oui, Éveline-22, de la 22ème génération d’Évelines.

– Merci, j’avais compris !

« Merde ! J’ai encore gaffé. » Pensa Bricke.

– Ainsi, continua son Excellence, c’est elle qui s’est emparée d’un de nos vaisseaux de combat le plus rapide, et qu’elle sait le piloter, d’après vos dires.

– En effet, elle en connaît le maniement. D’ailleurs, son instructeur…

– Son instructeur ?

– En fait, j’aurais dû dire son instructeur électronique, car elle a appris sur un ordinateur. Bref, je disais que son instructeur l’avait déclarée apte à piloter un tel appareil et lui avait donc remis son diplôme de pilote.

– Mais…, cela ne s’était jamais produit auparavant !

– En effet…, Votre Excellence. Ce cas est unique.

– Et sait-on pourquoi elle s’est emparée de cet appareil ?

– D’après mes premières investigations, je pense qu’elle voulait sauver son enfant d’une mort quasi certaine.

– Que voulez-vous dire ? Expliquez-vous que diable !

– J’y viens, Votre Excellence, j’y viens. En fait, par un concours de circonstances incroyable, celle qui était promise à un grand avenir dans la chaîne de notre reproduction sélective, a rencontré un Vagabond…

– Un Vagabond ?

« Et voilà, pensa Bricke, ça recommence. Jamais je n’arriverai à terminer cette histoire pour le moins rocambolesque. »

Il se souvint, rapidement, de ses premières recherches concernant ces hommes étranges qui erraient de planètes en planètes, à la recherche d’ils ne savaient quoi. Ils disposaient de moyens importants pour vivre, en cela ils ne correspondaient pas à l’image populaire qui voit dans un vagabond un clochard ou un mendiant. Ces êtres vivaient, pour la plupart, en familles plus ou moins importantes. Pourtant, quelques-uns d’entre eux cherchaient la solitude et voyageaient énormément dans toute la Galaxie. Ils étaient connus pour leur courage, qu’aucune tâche ne rebutait et qu’ils ne refusaient aucun combat. D’ailleurs, seuls les fous osaient encore les provoquer car, de mémoire d’homme, jamais personne n’avait réussi à les vaincre. Cet état de fait aurait pu leur donner l’idée de devenir des Seigneurs, mais il n’en existait aucun dans cette caste. Ils aimaient la vie et appliquaient avec ardeur la maxime qui dit : une femme dans chaque port. Leurs tenues vestimentaires étaient uniques dans la Galaxie, ce qui faisait que l’on pouvait les reconnaître du premier coup d’œil, sans parler de cette mèche de cheveux si blanche qui ornait le dessus de leurs têtes. Et voilà que l’un d’eux était venu sur ce monde et avait commis ce crime affreux.

Voyant que Bricke ne répondait pas, son Excellence enchaîna :

– Bon, je vous laisse continuer.

– Bref, ce Vagabond lui a fait un enfant, il y a de cela un peu moins de dix ans.

– De quoi ? Comment cela se fait-il que je n’en ai pas été tenu informé ?

– Je n’en sais rien, Votre Excellence, car je n’étais pas à votre service à cette époque. Mais, je peux tenter une explication, si vous le désirez.

– Continuez.

– Voilà, sans vouloir Vous rappeler un fait d’importance dans notre chaîne de naissance, Vous ne devez pas être sans savoir que la mortalité infantile est très importante jusqu’à l’âge de dix ans, et que nous n’avons pas encore réussi à comprendre pourquoi.

– Mais cet être n’était pas répertorié, et le Médic aurait dû éliminer cet enfant.

– C’est évident, mais il ne l’a pas fait.

– Mais pourquoi, bon sang ?

– Je suppose tout simplement que le Médic a dû détecter dans cet enfant un formidable potentiel génétique, et qu’il a tenu à voir ce que cela allait pouvoir donner. Il a donc dû classer cette affaire, tout en suivant l’évolution du garçon.

– Du garçon ? Vous ne m’aviez pas dit qu’il s’agissait d’un garçon !

– Euh…, en effet…, Votre Excellence. J’avais oublié ce détail.

« Encore une gaffe comme celle-ci, et tu es bon pour le court-bouillon. »

– Bref, et pour en terminer, l’ordinateur a donc dû décider d’attendre que la difficile période des dix années soit écoulée pour entériner la vie de cet enfant.

« Un ordinateur qui décide tout seul, pensa soudain son Excellence, on aura tout vu. »

Mais il répliqua tout de même, sans marquer la moindre surprise devant cet acte si inattendu d’une machine :

– Et il l’a fait ?

– Non, il n’en a pas eu le temps, car cette femme s’est enfuie avant avec son fils.

– Qu’est-ce que le Médic a bien pu découvrir dans cet enfant pour paniquer ainsi sa mère, pensa tout haut son Excellence ?

– En fait, je n’en sais rien. Il faudrait le lui demander.

– Très bien, mais cette réflexion ne vous était pas destinée car je pensais tout haut.

– Pardonnez-moi. Que faisons-nous maintenant, Votre Excellence ?

« Je dirais, pensa cette dernière, si je l’osais, que c’est une très bonne question. Mais, je n’ai pas le droit d’hésiter une seule seconde. Si ce gosse peut représenter un danger pour notre société, et surtout pour moi, il n’y a donc pas à choisir, il faut l’éliminer absolument ! »

– Savez-vous où se trouve actuellement ce vaisseau ?

– Vraisemblablement quelque part dans notre empire.

– Ne soyez pas idiot ! On ne vole pas un tel navire pour se cantonner à rester ici. Il doit être beaucoup plus loin. Surtout si cette femme craint pour la vie de son fils.

– Euh…, Vous avez tout à fait raison. Et je peux le savoir très rapidement.

Le secrétaire sortit de sa poche un petit émetteur et appela le contrôle spatial.

– J’aimerais connaître la position du vaisseau XBY-228… Ah ?… très bien… merci. Un vaisseau de commerce vient de le repérer aux abords de la Porte Interspatiale.

– Qu’est-ce que je vous disais ? Sait-on dans quelle direction ils sont partis.

– Non, Votre Excellence. Ce type de vaisseau ne possède pas de situateur. Mais je crois savoir que l’on devait mettre un Traceur d’un nouveau modèle à ce vaisseau et qu’il n’a pas encore pu être activé par suite d’une défaillance technique. Mais je vais me renseigner pour en savoir davantage.

« Un Traceur, pensa son Excellence ? Qu’est-ce que c’est ?… Bah, peu importe pour l’instant, il me faut agir immédiatement. »

– Bon, il faut donc agir immédiatement ! Donnez les caractéristiques du vaisseau volé à toute la Confédération, afin qu’il ne puisse pas trouver une terre d’asile.

– Bien, Votre Excellence.

– Demandez à ce que le vaisseau soit détruit ! Non, non, ne dites pas ça comme cela ! Dites…, que l’on exige la restitution du vaisseau, mais que…, s’il y a la moindre résistance…, que le vaisseau devra être détruit avec tous ses occupants. Oui, c’est mieux comme cela.

– Bien, Votre Excellence. Je transmets vos ordres immédiatement… C’est fait.

– Se pourrait-il qu’une des fédérations puisse, tout de même, lui donner asile malgré mes ordres, pensa tout haut son Excellence ? Après tout, c’est un excellent vaisseau que beaucoup de gouvernements aimeraient posséder.

– Je ne le pense pas Votre Excellence, répondit Bricke, le risque serait trop grand. Tous les autres gouvernements savent trop bien quelle est notre puissance de feu, pour se lancer dans une pareille aventure.

– Vous avez sans doute raison… Bon, laissez-moi seul que je puisse réfléchir tranquillement à ce nouveau problème.

– Bien, Votre Excellence.

Bricke fut à peine sorti, que son Excellence appela le Médic-System.

– Vous reconnaissez ma voix ?

– Oui, votre excellence.

Un nouveau panneau du mur venait de s’animer. Mais là, il ne vit personne, ce qui n’était pas surprenant, car il s’agissait d’un ordinateur contrôlant la santé de tous les individus recensés dans l’empire. La voix semblait humaine, mais sans plus, afin qu’il n’y ait aucune confusion possible avec un être vivant.

« Décidément, il n’est toujours pas possible que les machines reconnaissent mon rang ! Bon, tant pis ! »

– Que savez-vous de l’affaire Éveline-22 ?

Pour son Excellence, c’était bien devenu une affaire d’importance. Pourtant, l’ordinateur géant n’hésita pas et répondit :

– Que voulez-vous savoir ?

« Toujours cette fonction de secret professionnel ! Pourtant, je devrais être à même de pouvoir demander n’importe quoi, sans que l’on m’oppose ce type de barrage ! Je suis tout de même l’Empereur de ce système, merde ! »

– Tout ! Je… Veux… Tout… Savoir… Sur… L’Affaire Éveline-22. Est-ce clair ?

– Oui, votre excellence. Je vous demande un peu de patience, afin que je rassemble tous les éléments en ma connaissance.

Il s’écoula quelques secondes très courtes pour son Excellence, mais interminable pour un ordinateur de cette génération.

– Voilà… Il y a un peu moins de dix ans, Éveline-22 s’est présentée au Médic pour faire constater une grossesse non autorisée…

– Pourquoi n’a-t-il rien fait à l’époque pour arrêter cela ?

– Vous n’êtes pas sans savoir que la mortalité infantile est très importante avant l’âge de dix ans…

– Je sais !

Mais l’ordinateur continua imperturbablement, comme s’il n’avait pas été interrompu.

– …Le système a donc décidé de voir ce que cette nouvelle procréation allait donner. Toutes les analyses ont été faites, et il n’a pas été détecté de vices de fabrication, donc le système a mis en attente ce dossier. Le Médic a suivi la croissance de cet enfant qui, curieusement, n’a pas montré les maladies habituelles. Il en a eu d’autres, bénignes, mais qui n’ont jamais mis la vie de l’enfant en danger. Le Médic s’apprêtait donc à entériner cette nouvelle vie, lorsqu’il a appris la disparition de cet enfant.

– Mais…, qu’a-t-il de si particulier qui ait pu induire le Médic à le laisser vivre ?

– Je vous demande une seconde afin que je puisse rassembler tous les éléments… Voilà, sa composition génétique est exceptionnelle. Il possède un don d’adaptabilité tout à fait exceptionnel. Ses codes génétiques sont d’une telle pureté, qu’il nous sera très difficile de retrouver une pareille combinaison parmi les habitants de ce système. Nous avons, tout de même, mémorisé cette combinaison, avec l’espoir que nous réussirons enfin à synthétiser un jour ces molécules complexes qui vous constituent.

– Bon, c’est très bien tout cela, mais cela ne me dit pas pourquoi la mère s’est enfuie avec son enfant à bord d’un A-4.

– Pour moi aussi, c’est un grand mystère. Pourtant, d’après les renseignements que je possède, je peux en déduire que cet enfant a un très grand avenir devant lui, et qu’il pourrait être à même de vous remplacer un jour, car son schéma génétique est meilleur que le vôtre.

– Quoi ?

Mais l’ordinateur ne répondit pas à cette question.

« Bon dieu, pensa son Excellence, si c’est vrai, alors cet enfant est un vrai danger pour Moi ! Il faut qu’il soit détruit absolument ! Mais, je ne peux pas donner cet ordre. Cela semblerait suspect à tous mes ennemis potentiels. Non, laissons l’affaire se dérouler ainsi. On finira bien par les trouver et par les éliminer. Il le faut ! »

L’ordinateur, insouciant des angoisses de son maître, attendit la suite de cette conversation.

– Très bien, reprit son Excellence, merci. Je n’ai plus besoin de vous.

– Au revoir, votre excellence.

Cette dernière ne savait plus quoi faire face à cette situation tout à fait imprévue et dangereuse pour lui. Il s’installa confortablement dans son fauteuil et finit par s’assoupir. Curieusement le rêve, ou plutôt le cauchemar, qu’il avait eu au début, reprit de plus belle en intégrant ces nouvelles données, et son Excellence se remit à transpirer à grosses gouttes, tout en s’agitant de plus en plus furieusement. Il voyait Son Empire se désagréger et partir en petits morceaux.

 

II

Quelque part, loin de cette planète, un vaisseau fonçait éperdument. À son bord, il y avait une femme dont la peur pour son enfant lui nouait les tripes, et un garçon en train de dormir tranquillement. Sa mère l’avait emporté ainsi, dans ses bras frêles et pourtant si vivaces. Elle ne voulait pas le réveiller, perdre du temps à lui expliquer une situation confuse et hypothétique, dont elle était absolument convaincue de la réalité. Sa résolution était prise, elle devait sauver à tout prix la vie de son enfant, même au prix de la sienne, surtout depuis ce que le Médic venait de lui dire.

Elle avait hésité un court instant afin de savoir où elle allait bien pouvoir aller. Mais il était évident qu’elle ne pouvait pas rester dans cet empire. Est-ce que les empires voisins l’aideraient à les cacher ? Elle en doutait encore, pourtant, il fallait tenter cette chance. Il était impensable qu’ils errent dans des contrées inconnues et mortelles. Donc, elle fonçait, avec toute la puissance de ce vaisseau vers la Porte Interspatiale.

Il lui restait encore deux bonnes heures avant d’atteindre cette issue de secours, ce qui fit qu’elle s’appuya fortement sur le dossier de son siège et revécut rapidement les événements qui l’avaient amenée à cette situation tragique.

Elle venait de se réveiller d’un cauchemar dans lequel elle voyait disparaître son fils dans une effroyable machine qui le déchiquetait. Elle courut donc vers sa chambre pour constater qu’il dormait paisiblement. Elle le contempla un instant en sentant une bouffée d’amour monter en elle. Ainsi, il était encore vivant ! Ce n’avait été qu’un horrible cauchemar. Pourtant, elle avait fini par apprendre à se méfier de ses appréhensions. Ce fait n’étant connu que d’elle seule, car elle aurait été incapable de dire comment ce phénomène opérait. Il était apparu depuis que son enfant était venu au monde. C’est vrai qu’il avait été conçu de manière naturelle, mais non programmé par la Société. Il risquait donc la mort dès que l’on finirait par apprendre son existence. Pourtant, le Médic l’avait soigné, au lieu de l’éliminer comme il aurait pu le faire, avant que sa vie n’influe sur celle de sa mère. Cela aurait été très simple pour lui d’expliquer cela, car il y avait encore beaucoup d’enfants qui mouraient avant d’atteindre l’âge de dix ans. Pour sa mère, cette simple pensée la remplissait d’angoisse. Elle avait même essayé de s’en ouvrir auprès de sa meilleure amie, mais cette dernière lui avait répondu de manière tout à fait indifférente, un peu comme si la vie qu’elle aurait pu donner, n’avait d’importance qu’après dix ans. Cette réaction avait révulsé Éveline, et elle avait décidé de ne plus revoir personne et de vivre uniquement pour son enfant.

Elle se tourna donc vers la seule entité qui l’avait écoutée jusqu’ici : le Médic, et alla le voir. Elle n’eut pas longtemps à marcher, car il existait un Médic à chaque étage de l’immeuble où elle habitait, ce dernier étant capable de recevoir jusqu’à trente patients en même temps pour des consultations ordinaires, pour les autres, cela mobilisait une grande partie de sa mémoire et limitait ainsi le nombre de patients à cinq. Elle entra dans une cellule et s’assit, en attendant que le Médic se manifeste.

– Bonjour, Ève…

Le Médic avait un jour remarqué que l’emploi de diminutifs augmentait, parfois, la décontraction de ses malades. Il ne savait pas pourquoi cela fonctionnait ou non, mais lorsqu’il avait essayé plusieurs diminutifs sans succès, il abandonnait l’idée de vouloir les utiliser avec certains malades, pour les autres, il mémorisait celui qui agissait le mieux et s’en resservait à volonté. De plus, chaque patient était répertorié par leur carte iriculaire, ainsi que leur encéphalogramme. Aussi, étaient-ils habitués à chausser, automatiquement, le casque de « visite ».

– Bonjour, Médic.

– Que désirez-vous ? Je ne perçois rien d’anormal en vous. Vous êtes parfaitement fonctionnelle, malgré un léger trouble cérébral que je note à présent.

– J’ai peur pour mon enfant.

– Que lui arrive-t-il ? Est-il malade, et alors, pourquoi n’est-il pas avec vous ?

– Il n’est pas malade. Il est en train de dormir à présent. J’ai fait un horrible cauchemar qui m’a montré que j’allais le perdre d’une manière affreuse.

– Un cauchemar ?

– Oui.

– On m’en a déjà parlé, mais je ne sais pas ce que c’est, à part la définition que l’on en donne. Je ne rêve pas. Ce n’est pas utile à mes circuits, ni à ma programmation. Que voulez-vous que je fasse ?

– Dites-moi ce qu’il a de si différent des autres enfants que vous ne l’avez pas éliminé dès que vous avez appris son existence, vu qu’il n’avait pas été prévu par le Système Génétique.

L’ordinateur réfléchit un instant pour savoir s’il avait le droit de révéler à cette femme tout ce qu’il savait à ce sujet. De plus, ce laps de temps lui permit de réunir toutes les informations concernant cet enfant. Mais la perturbation qu’il sentait chez elle, était trop forte et fit pencher la balance vers le réconfort et la vérité.

– Il est vrai que votre enfant, n’ayant pas été prévu, aurait dû être éliminé.

Il n’aimait pas ce terme, mais son vocabulaire était si limité qu’il n’avait pas d’autres expressions à utiliser.

Ève, à ces propos, frémit involontairement. Ainsi, ses doutes étaient bien confirmés. L’ordinateur remarqua cette augmentation du trouble, mais il s’y attendait et continua donc son explication avec l’espoir de rassurer cette maman. Jamais il ne lui avait été donné de voir pareil cas d’angoisse, aussi, chacun de ces instants était mémorisé pour une analyse ultérieure.

– Mais, nous ne le faisons jamais de manière systématique, car la mortalité infantile est trop importante pour ne pas tenter de préserver chaque vie. Bien entendu, si nous constatons que la nouvelle formule génétique est néfaste, alors nous agissons sans tarder, sans même en parler avec la mère. Ainsi, elle n’a pas de séquelles psychologiques. Mais, votre cas était unique, et méritait une attention soutenue. C’est ce que j’ai fait. De plus, après étude de votre enfant, j’ai remarqué l’existence d’une séquence inconnue. Je voulais donc savoir ce que cela pourrait donner. J’ai enregistré cette séquence et ai décidé de le laisser vivre jusqu’à cette barrière-limite de dix années.

Au fur et à mesure que l’explication était donnée, l’ordinateur sentit qu’Ève se détendait de plus en plus. Aussi, il continua jusqu’à la conclusion de cette affaire.

– J’ai remarqué que votre enfant n’a jamais présenté les mêmes maladies que les nôtres. J’ai donc dû remonter dans toutes les annales de la Médecine pour retrouver trace de leur symptôme et de leur remède, afin de pouvoir soigner votre enfant. J’ai également constaté qu’il apprenait d’une manière très rapide, beaucoup plus que la normale. Ce fait m’a fait conclure qu’il pouvait devenir le prochain dirigeant de cet empire, car son adaptabilité à toute situation était supérieure à celle de son excellence actuelle.

– Quoi ?

Ève venait de se lever brusquement, en proie à une peur intense. Ainsi son rêve paraissait se confirmer dans les dires du Médic. L’ordinateur se bloqua devant cette remontée d’angoisse si soudaine. Il pensait avoir réussi à calmer cette femme, et il venait de provoquer l’effet contraire et ce, de manière tout à fait inattendue. Avait-il été trop loin dans ses révélations ? Il n’eut pas le temps de rattraper sa bévue car sa patiente venait brusquement d’enlever son casque et s’était enfuie précipitamment. Il médita quelques secondes sur cette entrevue avant de s’occuper du malade suivant qui venait de pénétrer dans la pièce de consultation.

Ève courut chez elle. Tout le temps du parcours, une idée s’affermit dans sa tête. On allait tuer son enfant, surtout si Son Excellence apprenait son existence. Et cela ne saurait tarder, car Kyle allait bientôt avoir ses dix ans. Il fallait qu’elle s’enfuie avec. Pour une fois, elle bénit le ciel de lui avoir mis ces rêves dans sa tête, ce qui lui avait permis de se préparer. Elle avait appris à piloter un A-4, contrairement aux occupations plus innocentes de ses amies, et obtenu son brevet de pilote. Mais allait-elle pouvoir trouver un tel appareil, prêt à décoller ? Le doute était en elle, mais elle se devait d’essayer. Elle alla dans la chambre et constata que son fils dormait encore. Elle hésita un instant pour savoir si elle devait le réveiller ou l’emmener ainsi. Elle finit par opter pour la seconde solution et, malgré ses faibles forces, emporta son enfant dans ses bras. Lui, automatiquement, sentant inconsciemment un changement dans sa position, accrocha ses bras autour du cou de sa mère. Ce geste allégea quelque peu la tension qu’elle sentait naître dans ses bras.

Les couloirs étaient déserts, ce qui était étonnant à cette heure de la journée. Le hasard semblait vouloir favoriser l’expédition qu’Ève entreprenait. Elle se dirigea vers un transport individuel et indiqua son statut, ainsi que sa destination. La machine enregistra le tout sans discuter et l’emmena à cette adresse. Le temps du trajet permit aux bras endoloris d’Ève de se reposer un peu de la charge de l’enfant qui dormait toujours. Elle le regarda, attendrie, et pensa :

« Dors bien, mon amour. »

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