La quête de l'Universel dans la littérature africaine

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Avec cet essai, l'auteur revient sur ces voix lumineuses de l'écriture recluses dans l'ombre qui ont porté leurs regards au-delà de l'espace et au-delà du temps de l'histoire immédiate. Il nous parle donc de Senghor, Okri et Mveng, trois plumes qui ont choisi, chacune dans son temps, de suggérer à la conscience universelle les voies d'une nouvelle écriture de la diversité humaine.
Publié le : jeudi 1 février 2007
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EAN13 : 9782296166387
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La quête de l'Universel dans la littérature africaine

Critiques Littéraires Collection dirigée par Maguy A/bet
Déjà parus

Alpha Noël MALONGA, Roman congolais. Tendances thématiques et esthétiques, 2007. Georice Berthin MADEBE, De Viko à Ngal, La transparence créative, 2006. Peter BRABENEC (sous la direction de), Dominik Tatarka un écrivain de la dissidence, 2006. David TOTIBADZÉ-SHALIKASHVILI, L'âme symboliste, 2006. Norbert SCLIPPA, Pour Sade, 2006. Caroline ANDRIOT-SAILLANT, La fable de l'être: Yves Bonnefoy et Ted Hugues, 2006. Ali ABASSI, Littératures tunisiennes, 2006. Alain GOULET, Sylvie Germain: un univers romanesque, 2006. Ali ABASSI, La littérature tunisienne arabophone et )Yancophone, 2006. Hélène BABY, Fiction narrative et hybridation générique dans la littérature )Yançaise, 2006. Najib REDOUANE, Ecritures féminines au Maroc. Continuité et évolution, 2006. Éric FOUGÈRE, Aspects de Loti, l'ultime et le lointain, 2006. Gül METE- YUV A, La littérature turque et ses sources )Yançaises, 2006. Ousmane KABA, Le bestiaire dans le roman guinéen, 2006. Taichi HARA, Lautréamont: vers l'autre, 2006. Yves SOULÉ, René Char, une géologie talismanique, 2006. Abdoul-Aziz ISSA DAOUDA, La double tentation du roman nigérien, 2006. Deborah HESS, La poétique du renversement chez Maryse Condé, Massa Makan Diabaté et Edouard Glissant, 2006. Bertrand DEGOTT et Pierre GARRIGUES (textes réunis et présentés par), Le sonnet au risque du sonnet, 2006.

André Julien Mbem

La quête de l'Universel dans la littérature africaine

De Léopold Sédar Senghor à Ben Okri

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www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr ~L'Harmattan,2007 ISBN: 978 2-296-02675-9 EAN : 9782296026759

Introduction

Figurons-nous, pour situer le propos de cette réflexion, quelque temps seulement dans une galerie autour d'un travail d'artistes sur l'histoire connue de l'humanité. Au milieu d'innombrables représentations de nos précieuses moissons dans la littérature, les arts plastiques, les sciences, la spiritualité et autres créations de l'esprit, s'offriraient sans conteste, suppliantes à notre attention, quelques toiles et sculptures révélatrices d'un bien grand malaise. En effet, quelque part dans ces fresques, nous serions assurément représentés comme des dieux de l'Olympe au sommet de la montagne de toutes les espèces, riches et puissants d'un savoir immense sur nous-mêmes et la nature autour de nous, satisfaits de nos acquisitions et multiples conquêtes sur la matière informe. Ailleurs, nous verrions sans doute aussi, au détour d'une peinture ou d'une mappemonde sculptée, et tout à l'opposé des précédentes créations enchantées, notre belle et pauvre petite terre qui peine à conjurer la confusion et la menace du chaos. Une sculpture emblématique de cette contradiction représenterait peut-être un Homme atypique à deux têtes: l'une joyeuse et triomphante, l'autre perplexe et défaite. Pareilles œuvres d'art seraient sans conteste de justes reproductions du monde actuel. Car, voici que, par les mêmes lumières de l'intelligence rationnelle, nous sommes instruits maintenant des périls à nos pieds qui hypothèquent plus qu'à nulle autre époque la génération même de la vie sur terre. Nos inconséquences heurtent les nécessaires harmonies du cosmos, les emballements du progrès et le culte moderne de la démesure minent en plein cœur nos équilibres vitaux. Jamais, aussi loin qu'historiens
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et paléontologues puissent remonter la chronologie de l'odyssée de l'espèce humaine, jamais, nous ne fûmes comme aujourd'hui si certains de la puissance de l'homme et si inquiets de sa vulnérabilité. Un des précurseurs de la modernité dont nous revendiquons l'achèvement, René Descartes, voyait l'Homme de l'avenir, grâce à la domestication de la science, «maître et possesseur de la nature ». Nous pouvons nous réjouir à raison de nos connaissances sur la nature qui nous valent un bien-être évident, mais notre satisfaction retombe devant une réalité contemporaine qui nous inquiète tous: dans le même temps où nous réalisons ces avancées prodigieuses, nous en perdons dangereusement la maîtrise et plus grave, nous devenons moins raisonnables. La Renaissance et les Lumières en Occident voyaient dans une exploration systématique des mondes nouveaux mis à jour par cette lecture inédite du réel un nouvel âge dans l'accomplissement de L'Homme, voire le dernier de son évolution immémoriale vers les cimes de la grandeur dans la galaxie du vivant. Enthousiasme d'autant plus légitime que, face à des soucis vitaux et des difficultés d'une rare complexité qui paralysent notre action de l'homme et rendent pénibles notre bien-être, la compréhension rationnelle du réel, forte de ses capacités d'élucidation et de son efficacité pratique, était et demeure salutaire et nécessaire. Auréolés de ce précieux et gigantesque pouvoir, les architectes du monde contemporain commettent eux aussi le même péché d'orgueil que les serviteurs zélés de l'absolutisme politique et religieux. Fanatiques, ils nous embarquent sans boussole dans un navire incertain, ils nous confinent dans les limites étroites d'un savoir théorique et pratique tenu en laisse par une interprétation strictement utilitaire de la destinée humaine. Après l'espoir d'un progrès simultané dans l'ordre de la connaissance de la nature et dans l'ordre des valeurs morales et politiques, nous
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sommes en train de déchanter devant notre propre état de délabrement anthropologique qui, chaque jour, et de notre fait, s'assombrit davantage comme si dans nos gènes était embusqué le syndrome de l'éternel retour du tragique. En maints lieux de ce monde demeurent, à peu près dans le même état de ruine où les lectures des temps anciens nous les décrivent, représentations et usages barbares dont nous croyons souvent avoir glorieusement tourné les pages sombres. Pour une époque assise sur ses certitudes telle la nôtre, malgré les doutes où nous plongent au fil des jours de sombres évidences, nous serions avisés de revenir sur nos pas et retourner vers ces voix lumineuses de l'écriture recluses dans l'ombre, mais qui, à chaque époque, dans chaque civilisation, ont porté leurs regards au-delà de l'espace et au-delà du temps de l'histoire immédiate. Parlons des écrivains, des poètes, des peintres, des mages, des musiciens, des philosophes, parlons de ces photographes prodigieux du présent, prophètes lucides de l'avenir et médecins de l'esprit, parlons de tous ces artisans et bergers des richesses immatérielles du cosmos, parlons ici de Senghor, Okri et Mveng, trois plumes d'Afrique qui ont choisi, chacune, dans son temps, de suggérer à la conscience universelle les voies d'une nouvelle écriture de la diversité humaine. Leurs textes s'inquiètent de nos rencontres manquées avec les grands souffles de l'esprit, pointent nos inconséquences persistantes qui pourraient nous être fatales à court terme. Pourquoi autant de dissonances entre les morales vertueuses de nos sagesses et nos réalisations historiques? Ne vidons-nous pas nos conquêtes de l'esprit de leurs vertus fabuleuses pour le seul intérêt de nos logiques égoïstes de pouvoir et de domination? Nous devons nous en souvenir: 1'histoire du christianisme, comme il en fut pour de nombreuses autres religions ou sagesses, aussi respectables que soient les Évangiles et
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leur messager, est tout à la fois l'histoire du Christ homme de paix, l'histoire de ces martyrs morts pour la justice universelle, mais aussi l'histoire de ces preux chevaliers d'épée et de feu que des bulles papales ou des décrets impériaux autorisèrent à répandre des marées de sang humain aux quatre coins de la terre. En Afrique, la rébellion soudanaise, bien mal nommée «armée de résistance du Seigneur », est paradoxalement partie prenante dans l'une des guerres les plus meurtrières qui scandent l'actualité médiatique du continent. Laissons un instant les errements du religieux et penchons-nous quelque temps sur la santé de l'humanisme politique moderne. N'est-ce pas dans l'Europe de la civilisation et au sein de son pôle d'excellence le plus avancé qu'eut lieu, scientifiquement planifiée et cyniquement menée, avec le concours savant des esprits réputés les plus cultivés de leur temps, la négation extrême de l'Homme par l'Homme? Terre d'accueil, terre hospitalière, terre de paix dit-on, l'Afrique contemporaine n' a-t-elle pas elle aussi déjà en bonne place dans le musée des horreurs un génocide au passif de son histoire récente? Quand nous reconnaîtrons-nous le sinistre mérite d'avoir rendu la haine subtile et séduisante au fil des âges en jouant avec cynisme et talent de l'éternelle magie du verbe? Cette haine prospère de nos jours à travers les artifices du raisonnement qui en glissent le venin dans nos croyances populaires, elle prospère derrière les façades respectables de nos catégories politiques et juridiques, la haine prospère quand nos lectures idéologiques et tactiques des textes sacrées rattachent notre cruauté délibérée à la volonté des dieux. Et toujours arrive le moment fatal où ce jeu d'apprenti sorcier nous foudroie avec nos propres armes de mort. Capables aujourd'hui d'anéantir en un tour de main l'espèce humaine, nous sommes incapables de bâtir une convivialité planétaire véritable. Comme des Molochs, nucléaire et atomique hantent notre avenir, la
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boîte de pandore est plus que jamais ouverte. Et le délire n'est plus du côté des mythes et autres histoires séculaires de fin du monde naguère raillés par un savoir qui se voulait absolu parce que rationnel. On peut affirmer en ce début de millénaire que c'est la sacro-sainte rationalité marchande qui délire et donne raison aux mythes et autres prudentes sagesses antiques. Car si dans un passé récent, nous détruisions d'autant plus que nous pouvions aussitôt reconstruire, il est arrivé le moment où seul le néant serait. C'est maintenant que nous devrions être ou ne plus être. Comment pourrions-nous longtemps faire l'économie d'une mutation substantielle de nos regards et valeurs si nous voulons semer dès maintenant les forces qui demain libèreront les énergies fécondantes du nouvel âge impératif de l'homme? Quelles que soient nos résolutions à ce sujet, une évidence se fait jour chaque jour. Nous n'y parviendrons jamais sans une sonde profonde dans nos systèmes de représentations, nos schémas individuels et collectifs, nos modes d'action. Tous, à cette thérapie collective, devrions être à la fois patients et thérapeutes. Et parce qu'il n'est de véritable magie qu'en l'Homme, notre foi en cette tâche sans précédent dans l'histoire humaine est primordiale. Mieux, c'est moins aux financiers arrogants, aux planificateurs bornés de nos économies, à ces analyses à courte vue qui du politique ne voient que le quantitatif ou le stratégique, que nous devons en ces moments délicats prêter oreille attentive. Écoutons plutôt ces autres serviteurs de l'humanité, parfois solitaires, éloignés du tumulte de la multitude et consumés par les flammes de l'esprit, présents aux moments les plus graves de l'histoire des peuples sans tambours ni trompettes. Eux que l'indifférence du commun des mortels happés par les soucis de l'immédiat laisse de marbre, claironnent le cantique de la rédemption de l'Homme malade de luimême.

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