La rage de Thor

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Ces histoires furent contées à la cour de Halfdan III le Noir, roi du Vestfold, par un scalde nommé Bjarni Olofsson.

La lyre de Bjarni s’est éteinte depuis longtemps, mais quand souffle le vent du Nord, tendez bien l’oreille : il vous emmènera dans les neuf mondes où vivent les dieux, les humains, les créatures étranges, l’aventure, la magie, l’amour et, parfois, l’humour. Alors frémiront pour vous les feuilles immémoriales d’Yggdrasil, le frêne cosmique.

Écoutez...

Écoutez l’histoire d’Oddbjörn qui, pour retrouver son honneur, jura devant le thing, l’assemblée des hommes libres, de rapporter l’épée d’un géant de glace.


Publié le : vendredi 15 novembre 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791093026015
Nombre de pages : non-communiqué
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Pierre Efratas

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Sagas des Neuf Mondes

Couverture : Catherine Nodet

© 2013 Flammèche Éditions

Tous droits réservés pour tous pays.

contact@editions-flammeche.com

http://www.editions-flammeche.com

ISBN : 979-10-93026-01-5

Ces histoires furent contées à la cour de Halfdan III le Noir, roi du Vestfold, par un scalde nommé Bjarni Olofsson.

La lyre de Bjarni s’est éteinte depuis longtemps, mais quand souffle le vent du nord, tendez bien l’oreille : il vous emmènera dans les neuf mondes où vivent les dieux, les humains, les créatures étranges, l’aventure, la magie, l’amour et, parfois, l’humour. Alors frémiront pour vous les feuilles immémoriales d’Yggdrasil, le frêne cosmique.

Écoutez…

Grand roi, nobles jarls, femmes et hommes libres, le temps est venu de vous raconter une nouvelle histoire. Repoussez vos bancs, allongez vos jambes, prenez la main de la personne aimée et ne la lâchez surtout plus car je vous emmène maintenant dans un lieu où règne la peur sourde. Vous êtes prêts ? Allons-y…

… Vous n’êtes plus dans la halle aux banquets où le festin est si généreux et la joie si douce. Sous vos pieds s’étend le pelage lépreux d’une mousse grise, brillante d’humidité. Autour de vous, des arbres d’onyx noir aux troncs noueux, plus larges que trois bonnes maisons, si hauts qu’on n’en distingue pas le faîte, exsudent des souffles occultes aux remugles de putréfaction. Plus loin, des buissons rampants aux mufles emmorvés de déjections innommables, des massifs de fougères pourpres recroquevillées sur des cœurs à nu, des ruisselets de liquides coagulés tractant dans leur mouvement lent des graillons ensuqués de mouches mortes, des mains cadavéreuses de feuilles gangrenées, pâles.

Le silence écrasant vous poignarde l’âme.

La faim traîtresse vous retourne le ventre.

La bise cruelle vous fripe la peau.

Le froid perfide vous fendille les os.

En un mot comme en cent : bienvenue… bienvenue dans la forêt de Myrkvid.

C’est là que, à bout de souffle, ayant réussi l’exploit d’atteindre et de contourner les fortifications colossales d’Ásgard – que seule une poignée d’hommes a pu voir – impuissant à traverser les vagues furieuses d’une mer de ronces pour pénétrer dans le pays des géants du givre, le jeune Oddbjörn fils d’Agmund avait échoué.

Les bras ballants sur ses hardes déchirées, une boue sombre et fétide dégouttant sur ses braies en charpie et ses bottes trouées, rien ne pouvait rappeler les promesses de triomphe et de gloire dont il s’ensoleillait depuis le début de son aventure. Son épée esquintée par une lutte impossible avec les ronciers dissimulait sa honte dans un fourreau de lin dépareillé, et le vestige de bois ébréché qu’il s’entêtait à porter attaché au bras gauche ne pouvait plus porter le nom de bouclier, sinon sous l’effet d’un mélancolique et lointain souvenir.

À dire vrai, de toute la volonté d’acier qui les avaient entraînés lui, ses grandes proclamations et sa folle certitude, il ne subsistait que les témoignages silencieux inscrits sur son visage volontaire : bouche renfrognée, œil turquoise vif et critique, cicatrices guerrières, barbe et cheveux couleur noix embroussaillés comme sous l’effet d’une perpétuelle colère. S’il avait encore eu la force de soutirer des paroles au puits de son désespoir, Oddbjörn aurait clamé le peu de considération que, désormais, il éprouvait envers lui-même. Faible comme son père, fuyard comme sa mère, il ne lui restait plus qu’à remâcher sa honte en guise de repas en attendant que les infâmes bestioles qui infestaient cette forêt ne lui crèvent les yeux et les oreilles pour le dévorer à son tour.

Mais pourquoi donc ce pauvre garçon avait-il abouti dans la forêt séparant le monde des dieux Ases et celui des géants du givre ? Première partie de la réponse : à cause de sa jeunesse. À quinze ans, c’est-à-dire au moment où l’enfant prévalait encore dans l’homme naissant, Oddbjörn avait cédé à la double et irrépressible pulsion du défi revanchard et de la bravade téméraire. Et à sa place, mes bons amis, vous auriez peut-être fait de même – ce qui m’amène à vous livrer la deuxième partie de la réponse…

Donc, trois ans avant de se retrouver sous les frondaisons hostiles de Myrkvid, le jeune homme vivait, solitaire, à l’écart du village de Ringisak sur la rive orientale du grand lac Mjórs. Je dis bien « solitaire et à l’écart », puisque personne ne daignait jamais lui parler, sauf pour lui faire ressentir le poids de son indignité et lui imposer des corvées harassantes.

— Nettoie ceci, fils d’un lâche !

— Porte-moi ça, fils d’une traînée !

Et Oddbjörn, la tête basse, les muscles rompus par l’effort et l’esprit soumis par la haine, portait, nettoyait, trimait. Il n’avait aucune raison de relever le menton : son père, le jarl Agmund n’avait-il pas sauvé sa misérable peau en trahissant ses hommes lors d’un raid sur la Grande Ile ? Capturé par les Pictes qui couvraient leurs corps de peinture bleue et leurs mains de sang bien sombre, il avait commencé par refuser de dire où se cachaient ses compagnons, acculés dans un bois.

— Quel temps tu nous fais perdre ! avait soupiré Grenhtirr Fortrenn le chef des Pictes.

Pour en gagner, il lui avait...

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