La rue de la Ruche

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Un déménagement banal, comme il en existe tant. Et pourtant, dès le départ, le narrateur sent un malaise. L'endroit n'est pas vide. La rue de la Ruche bourdonne dans une vibration magnétique. Peu à peu, elle prend le pouvoir et l'appartement est complice. C'est l'histoire d'une obsession. Cette jeune femme, en face, l'attire et le fascine. Sa présence entêtante s'impose. Il comprend vite qu'il lui faudra aller au bout de son délire. Coincé à sa fenêtre, il se transforme en voyeur...
Publié le : jeudi 19 juin 2014
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EAN13 : 9782336352039
Nombre de pages : 162
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Un déménagement banal, comme il en existe tant. Et pourtant, dès le départ, le narrateur sent un malaise. L’endroit n’est pas vide. La rue de la Ruche bourdonne dans une vibration magnétique. Peu à peu, elle prend le pouvoir et l’appartement est complice. Il perd le contrôle de sa vie. C’est l’histoire d’une obsession. Cette jeune femme, en face, l’attire et le fascine. Sa présence entêtante s’impose. Il comprend vite qu’il lui faudra aller au bout de son délire. Coincé à sa fenêtre, il se transforme en voyeur. Mais qui donc est cet enfant qu’elle traîne avec elle ? La réalité se transforme et déplace les limites.
Philippe Leclercqvit à Schaerbeek avec son épouse, sa bellefille et sa mère. Ce père de trois enfants partage sa vie entre son métier – vendre des jeux de société –, sa femme et l’envie de se raconter. Plus d’un demisiècle de palpitations cardiaques gonfle son sac à dos.
Illustration de couverture de l’auteur
ISBN : 9782875970060 14 €
9 7 8 2 8 7 5 9 7 0 0 6 0
Philippe Leclercq
La Ruede la Ruche
La Rue de la Ruche
Du même auteur chez un autre éditeur :
-Est-ce que ce monde est sérieux ?, Chloé des Lys, 2012.
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La Rue de la Ruche
Philippe Leclercq
D/2014/13.281/7
© L'Harmattan-Belgique
GrandPlace 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
À mà grànd-mère.
À mon père.
À tous ceux dàvànt
À màmàn.
ISBN: 978-2-87597-006-0
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www.editions-academia.be
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J’entends mon cœur battre et j’ai l’impression qu’il bat pour nous deux. Un coup sourd, puis le chuintement du sang qui circule. Un coup sourd… Femme. Absorbe-moi pour mieux me libérer. Je la guette depuis ma pénombre intérieure. Un coup sourd… Elle glisse de pièce en pièce. Elle ôte un vêtement, boit son café, allume une cigarette. Un coup sourd. Le chuintement… C’est bête, je le sais. Je sais que c’est bête, mais je me dis Tant que mon cœur battra je pourrai la con-templer. S’il venait à s’arrêter, je la perdrais. Je veux la voir tous les matins. Je me lève très tôt pour cela et elle ne se doute pas que je l’observe. Ça n’a aucune im-portance d’ailleurs. Je crois qu’elle n’en serait pas perturbée. Cela l’amuserait. L’épaisseur de deux fenêtres et la largeur de la rue nous séparent.
Voilà une semaine que j’ai emménagé dans ce nouvel ap-partement. Je l’ai remarquée tout de suite. Depuis, je veux l’apprendre par cœur pour mieux la réciter. Un sentiment confus d’être lié s’impose à moi comme un repas mal digéré. Sa présence me poursuit à moins qu’elle ne me précède. Je ne sais pas. C’est troublant. Je l’imagine dans son logement vide. Son histoire m’intéresse pour mon histoire. Je me vois lui parler. Je me borne à la regarder vivre. Je suis fasciné. Je ferme les yeux comme pour l’invoquer. J’ai des soucis à régler. La vie est bizarre. J’aurais pu acheter n’importe quel autre appartement dans Bruxelles, mais il a fallu que ce soit celui-ci. Aujourd’hui, je comprends pourquoi. Il y a ce rhododendron qui pousse au bas de son im-meuble. Je ne l’avais pas vu. Il est couvert d’abeilles du lever au couchant. Rue de la Ruche. Voir ces insectes butiner au pied de son immeuble me donne envie de leur miel. Je lui attribue par avance mille vertus fantasmées. La sagesse, la rémission, la paix. Les clés des arcanes. Firmin l’apiculteur m’en a promis un pot rempli. Le soleil se lève enfin. C’est le matin. Les tentures s’ouvrent aux fenêtres comme des pétales de fleurs véné-neuses. Les façades restent impassibles sous cette valse lente. Moi aussi. Elle ne ferme jamais ses rideaux. Je lis en elle à livre ouvert. Quand elle descend dans la rue, je crois la perdre. Mais c’est pour mieux la retrouver. Je l’imagine prenant le tram. Les hommes se retournent sur elle. Elle sait à merveille don-
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ner l’impression de ne pas s’en apercevoir. Elle garde son air distrait et elle comptabilise. Un, plus un, plus lui et encore lui là-bas. Elle sourit. La journée sera bonne. Elle adore le ciel bleu et l’air frais du matin qui donne le rose aux joues. La ville lui permet d’exister. Les roues crissent sur l’acier des rails. L’affluence serre les corps. On se touche, on s’évite. On se cramponne. Le tramway secoue les équilibres instables.
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2.
Firmin est passé m’apporter le miel. J’ai dû le laisser entrer. Je n’aime pas trop sa façon de tout inspecter en me parlant. Il a vu les caisses en souffrance, les meubles mal agencés. Il m’a demandé pourquoi je n’avais pas de tentures aux fe-nêtres, pourquoi je n’allumais pas. Une vraie commère de quartier. Son miel est suave. Il me procure le plaisir espéré. Mon âme frissonne et s’ouvre, ma vue est perçante. Une certaine ivresse m’envahit. Ce serait parfait s’il n’y avait les douleurs au ventre. Partout dans la rue, les trottoirs s’ouvrent sur des plantes, des arbustes qui s’accrochent aux façades. Celui-ci est un rhododendron Ponticum. Firmin m’a confirmé qu’il était splendide. Ses fleurs sont magnifiques, d’un mauve presque lumineux. Les abeilles ne s’y trompent pas qui n’ont d’ailes que pour elles. Je suis certain que l’arbre n’était pas là il y a deux mois, avant que je n’achète l’appartement. J’ai essayé d’en parler à Firmin, mais le sujet ne l’intéressait pas. Il sem-blait davantage préoccupé par l’inspection des lieux. Sacré Firmin ! Je le garde sous la main, il peut m’être utile.
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