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La sacoche mystérieuse

De
238 pages
Il ne restait plus que quelques minutes à Biwolé et Orynghore pour qu'ils se disent "oui" devant monsieur le maire de Yaoundé IV, à Kondengui, lorsque le fiancé s'éclipsa. De retour dans leur appartement à Ekounou, la fiancée désabusée trouva, gisant à même le sol, la sacoche dont le disparu ne se séparait jamais. Après deux jours de contrition, la jeune femme perça le mystère. Il était à la hauteur de ses appréhensions... Que de souvenirs longtemps refoulés !
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Emmanuel Célestin MBA RGA2
LA SACOCHE MYSTÉRIEUSE
LITTÉRATURES ET SAVOIRS
La sacoche mystérieuse
Littératures et Savoirs Collection dirigée parEmmanuel Matateyou Dans cette collection sont publiés des ouvrages de la littérature fiction mais également des essais produisant un discours sur des savoirs endogènes qui sont des interrogations sur les conditions permettant d’apporter aux sociétés du Sud et du Nord une amélioration significative dans leur mode de vie. Dans le domaine de la création des œuvres de l’esprit, les générations se bousculent et s’affrontent au Nord comme au Sud avec une violence telle que les ruptures s’accomplissent et se transposent dans les langages littéraires (aussi bien oral qu’écrit). Toute réflexion sur toutes ces ruptures, mais également sur les voies empruntées par les populations africaines et autres sera très éclairante des nouveaux défis à relever.  La collectionLittératures et Savoirsun espace de promotion des est nouvelles écritures africaines qui ont une esthétique propre ; ce qui permet aux critiques de dire désormais que la littérature africaine est une science objective de la subjectivité. Romans, pièces de théâtre, poésie, monographies, récits autobiographiques, mémoires... sur l’Afrique sont prioritairement appréciés. Déjà parus Maboa BEBE,Ewande. Amour, peurs, espoir, 2014. TOMA de l’EAU,Soir au village ou Globalisphère, 2013. Léonard FOKOU,L’Aurore de l’Aurore, 2013. Germain DONFACK,La paix à tout prix, 2013. Sosthène Marie ATENKÉ-ÉTOA,Les poèmes de la passion, 2013. AYANGMA-BONOHO,Noire cité, 2013. SALTAIRE,Judas de jadis – Judas d’aujourd’hui, 2013. Herbert MOFFO KAZE,La dent du coq, 2013. Léonard FOKOU,L’Odyssée d’un enfant dans un monde en dérive,2013. Sophie Françoise BAPAMBE YAP LIBOCK,Le dévoilement du silence, 2013. Pierre HINIMBIO TAÏDA, Sur le chemin de l’espoir. La colère des esprits, 2013. Leonard FOKOU, The Eventful Life of a Child in a Lost World, 2013. Cercle AFFO AKKOM,Nostalgiaques, précédé deManifeste Accomien, 2012. Élisabeth YAOUDAM,Contes et mythes mafa du Cameroun, 2012. Eugène Abel NTOH,La main invisible, 2012.
Emmanuel Célestin MBARGA2 La sacoche mystérieuse
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06031-6 EAN : 9782343060316
A mon père et à ma mère. mes filles Ursule Sonia et Blandine Emmanuelle l’abbé Balthazar Mendouga in mémoriam
Avant-propos
L’ouvrage que vous avez entre vos mains, je me réjouis que vous le classiez aujourd’hui parmi les genres littéraires courants. Si cela n’est pas fait, dommage, mais j’aurai quand même essayé. Comme le dit un penseur : « il est dur d’échouer, mais il est pire de n’avoir jamais essayé de réussir ». Il faudrait néanmoins que je vous en dise peut-être un mot avant tout jugement de valeur. Sait-on jamais !
Tenez ! Je venais d’achever mes études à l’université de Yaoundé comme cela était courant à notre époque pour tous les étudiants n’ayant pas pu obtenir une note supérieure ou égale à 12/20 à leur examen de licence. C’est très exactement à cette période que feu mon père choisit de tomber gravement malade. Soit dit en passant, ce n’est pas cette maladie qui l’emportaad patres. Il fut hospitalisé dans une formation sanitaire pendant plus d’une année. Au regard de ce qui précède, je me résolus, contre l’avis de mes aînés, de replier au village pour m’occuper des plantations familiales. C’était pour ces derniers, signe d’échec dans ma vie et par ricochet dans la leur. Mon père aussi était du même avis qu’eux. Or, je n’exerçais aucun métier à Yaoundé qui pouvait justifier que je continue à y vivre. Bien plus, je me considérais comme une charge pour mes aînés qui par ailleurs étaient de condition modeste. Ma décision était prise, irréversible : il fallait la mettre à exécution. Je dois aujourd’hui avouer qu’elle n’était pas facilement digeste puisque je devais rompre avec une certaine manière de vivre et d’être. Je devais quitter quelques amis avec lesquels je cheminais depuis de longues années aussi bien au lycée, à l’université qu’au quartier. Ceux-ci tentèrent aussi de m’en dissuader. C’était peine perdue.
Mon arrivée au village fut accueillie avec enthousiasme. Mes frères et sœurs en étaient ravis. Il faut peut-être que je précise que dans nos langues, les appellations cousin et cousine sont inexistantes. C’est une aberration que d’appeler son père « oncle », fût-il lui-même le cousin éloigné de son géniteur. Les frères et les sœurs aussi, précision très importante, ne connaissent pas de division chez nous. L’on ne saurait
couper un frère ou une sœur au milieu pour obtenir une moitié ! Un demi-frère, quelle idée diabolique ! Je fus donc accueilli triomphalement par less membres de ma famille du village qui, selon toute vraisemblance, ne supportaient pas l’idée que la concession de leur frère soit envahie par la broussaille alors que celui-ci, quoique malade, était encore en vie et qui plus est, avait fait des enfants. Depuis quand un individu qui a fait des enfants meurt-il ? On se mobilisa tous dans la salubrité des locaux et leurs abords. On livra une guerre sans merci à toute cette broussaille irrévérencieuse. Le surlendemain de mon arrivée, nous partîmes au champ.
J’étais comme un messie pour les jeunes du village. Les vieux plagiaient honteusement nos idées. D’ailleurs, toutes les idées novatrices que j’apportais ici étaient acceptées avec allégresse. J’organisais des groupes de travail. L’on devait travailler de manière rotative dans les plantations des uns et des autres et les résultats étaient fabuleux. Pour éviter des litiges, nous travaillions avec le chronomètre : trois heures bien sonnées de travail et non trois heures au travail. Telle était notre devise. Après le travail en équipe, tout le monde pouvait vaquer à ses occupations. Certains allaient tendre des pièges tandis que d’autres se rendaient à la pêche. Le fleuve Nyong arrose abondamment notre contrée et y charrie du poisson. Cependant, nous avions tous une activité extracommunautaire qui nous liait : la cueillette du vin de palme. C’était une activité nouvelle pour moi et je m’y exerçais à cœur joie puisqu’en plus de la consommation, elle nous permettait d’avoir un peu d’argent de poche. En effet, nous livrions les excédents de nos extractions à des clientes qui les distillaient sous forme d’alcool frelaté prisé par les villageois. L’Odontol (1) ça s’appelle. Sans que nous en sussions la signification exacte, le samedi était décrété « samedi anglais » : pas de travaux champêtres, rien que des activités ludiques…
Le déclic viendra un jour de l’un de mes frères qui, selon moi-même, est le véritable géniteur de cet ouvrage que je me refuse de classifier dans un genre littéraire précis sans votre permission expresse. Selon lui, tout le monde jasait dans mon dos et, bien sûr à mon insu. Selon monsieur tout le monde donc, j’avais déclaré à qui voulait m’entendre que j’allais à l’école, mais je me retrouvais maintenant au village, cueillant et buvant du vin de palme comme les campagnards ignares, discutant les pistes de porc-épic avec eux pour y
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tendre des pièges. Ce colportage n’était pas pour amuser mon frère qui savait, selon ses dires, que je les dépassais tous. Je me mis à rire à gorge déployée, mais au fond de moi-même, je dois le reconnaître sincèrement, j’étais profondément touché par ces propos. En effet, j’étais bardé de parchemins universitaires, mais mes frères et moi menions, depuis plusieurs mois déjà, les mêmes activités rurales. En quoi est-ce que j’étais différent de ces derniers ? C’est à ce niveau que commença mon activité de cogitation que j’aurais dû mener depuis belle lurette. Ce qui me distinguait de mes frères et sœurs, c’était justement ces diplômes que je n’exploitais pas. Je pensais donc à la façon de les exploiter de manière judicieuse. Fallait-il les exposer dans une vitrine au salon ? Ç’aurait été là une solution peu originale et à la limite du ridicule. Qu’est-ce que je pouvais bien faire avec des diplômes en lettres modernes françaises ? Plusieurs idées parcoururent la boîte qui garde mon crâne. Premièrement, je crus que je pouvais offrir mes services de façon bénévole à l’école primaire voisine. Là, je serais d’un apport indéniable pour mes jeunes frères du village. Mais cette solution me parut inappropriée. Elle manquait d’originalité, car n’importe qui pouvait s’y résoudre pourvu qu’il disposât même d’un Brevet d’études du premier cycle douteux. Il me fallait un acte original, une action d’éclat, pour m’exprimer comme les politiciens, qui me distinguerait des autres que je ravalais désormais au rang de la racaille. Il fallait prouver, j’en avais grandement besoin, à quiconque médisait de moi, à cette plèbe analphabète que les moutons marchent ensemble, mais ils n’ont pas le même prix. Je ne parvins pas à trouver le sommeil de la nuit. Vers une heure du matin, l’idée d’écrire un roman me vint à l’esprit. Ah oui, il était temps ! L’idée partit d’un constat simple ; si j’avais été un ingénieur en agriculture, j’aurais cultivé un champ expérimental différent de celui des autres villageois. Si j’avais effectué des études en médecine, ne serais-je pas en train d’exercer comme tel ? Alors me suis-je dit, si tout un chacun s’essayait dans son domaine de compétence, cela pouvait avoir des résultats fabuleux sur le plan national. Je me levai instamment, allumai la lampe tempête posée au chevet de mon lit, pris la ramette de papier posée sur la table, m’armai de mon stylographe et m’installai sur le rustre bureau de mon père. Je ne savais pas ce qu’il fallait écrire, mais j’étais chargé à bloc au point où je bravai courageusement en quelques heures la peur de la feuille vierge. Lorsque mes frères vinrent me chercher à sept heures du matin, j’étais
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