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La Saga des rois maudits

De
322 pages
Ce roman traite de la quête d'une démocratie introuvable dans un pays imaginaire : la république du Fassoba, située quelque part au sud du Sahara. Là-bas, la démocratie ressemble à la ligne de crête d'un horizon lointain et insaisissable : à mesure qu'on s'y approche, elle s'éloigne de vous comme un fantôme fugace. Cet ouvrage expose la difficile problématique du pouvoir en Afrique, ses enjeux complexes, ses multiples intrigues, les batailles feutrées de couloir entre différents clans pour la conquête du trône et le maintien du pouvoir.
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N’DiayeBah
LA SAGA DES ROIS MAUDITS OU LE CIMETIÈRE DES ILLUSIONS
Romàn
La saga des rois maudits ou le cimetière des illusions
N’DIAYEBAHLa saga des rois maudits
ou le cimetière des illusions
Roman *
Tropiques Éditions 2 rue René Clément – 93130 Noisy-le-Sec
Diffusion : Tropiques Éditions 2 rue René Clément, 93130 Noisy-le-Sec ISBN : 978-2-84943-044-6 EAN : 9782849430446
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07885-4 EAN : 9782343078854
PRÉFACE
Adame BA KONARE
* * *
Lorsqu’un cadet vous fait l’honneur de vous choisir pour préfacer son ouvrage, de surcroit le premier, il est difficile de dire non. Certes, on est conscient de la responsabilité que l’on prend d’asso-cier son nom à un texte délibérément polémique (c’est la loi du genre romanesque) et forcément manichéen, comme l’est par essence le monde politique dont l’auteur tire sa source d’inspiration. Malgré mon statut d’historien, donc forcément scientifique dans son approche, c’est en connaissance de cause que j’ai volontiers accepté de préfacer cet ouvrage. La saga des rois maudits ou le cimetière des illusionsest un livre tout à la fois énigmatique, suggestif et explicite. L’énigme commence par l’auteur lui-même. Jamais il n’a eu l’intention d’être un écrivain, comme il m’a confié. Mais c’est son amour de la Vérité et de la Liberté qui, me semble-t-il, l’a poussé à écrire. L’auteur n’oublie pas la source d’où il puise sa force et son inspiration : le Mali. Vu sous cet angle, l’ouvrage deN’DIAYE BAHpeut, à juste titre, être considéré comme un condensé d’histoire de notre pays. Car le roman traite de la quête permanente d’une démocratie introuvable dans un pays imaginaire, la République du Fassoba, situé quelque part au sud du Sahara. La démocratie y est semblable à la ligne de crête d’un horizon loin-tain et insaisissable : à mesure qu’on s’y approche, elle s’éloigne de vous comme un fantôme fugace. Ce roman expose la difficile problématique du pouvoir en Afrique, ses enjeux complexes, ses multiples intrigues, les batailles feutrées de couloir entre différents clans autour du trône pour sa conquête et les moyens de s’y maintenir. Dans un style foisonnant et pittoresque,N’DIAYE BAHnous entraîne sur les chemins entortillés et épineux de la marche poli-
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tique avec, en toile de fond, la vie socio-culturelle du Mali indé-pendant vers la quête démocratique. Sous sa plume, des figures variées balisent le terrain. Il vous semble, à travers les anecdotes, souvent vivre comme témoin des événements qui y sont relatés et sur lesquels, parce que vous les avez vécus dans une posture autre, vous portez un regard et des jugements peut-être différents, voire opposés à ceux de l’auteur. Sans fard ni artifice littéraire,N’DIAYE BAHn’hésite pas à remuer les concepts mobilisés sur ce long chemin, qui empreignent de leur sceau les aspirations de ce Mali nouveau : transition démo-cratique, bonne gouvernance, multipartisme intégral et liberté d’expression ; un joli bouquet à l’assemblage duquel il a participé lui-même comme acteur. La sortie du crépuscule de la dictature, l’ouverture démocratique, la liberté de la parole au sein d’un parti unique – qu’un de ses per-sonnages, une militante, assimile au « monde à l’envers » – témoi-gnent de la difficulté de l’enfantement. Mais y-a-t-il d’enfantement sans douleur ? Cette liberté d’expression,a prioriplus facile à dire qu’à obtenir et au nom de laquelle nombre de gens y laissent leur vie, est une valeur sacrée chezN’DIAYE BAH. La leçon tirée de ce récit est l’invitation deN’DIAYE BAHpour que chacun, dans sa position, joue sa part de responsabilité dans la construction du Mali démocratique, pour que s’enracine, enfin, vraiment enfin, une société nouvelle de justice et de liberté, qui s’accomplira en faisant barrage aux survivances d’un âge qui, dans un passé récent, a entaché notre révolution démocratique du sang de nos martyrs. Je souhaite donc que ce livre contribue à éclairer les lecteurs vers la connaissance et l’apprentissage de la démocratie.
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Bamako, le 11 novembre 2015
Chapitre I
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Badianguine débarqua un soir de novembre dans la peti-te ville de Neguedougou avec, comme seul bagage, une simple couverture en cotonnade bleue délavée. Il se dirigea vers le domicile du chef de village, Dougoutigui, où il fut reçu dans le vestibule par N’fa Zanke, le conseiller le plus écouté et le plus influent, l’homme de confiance de Dougoutigui, son bras droit. Dougoutigui appliquait à la lettre les conseils de N’fa Zanke et lui confiait les missions les plus difficiles et les plus secrètes. Il sollicitait son avis pour tous les litiges, les conflits fonciers, les querelles de ménage et de succession, etc. N’fa Zanke était son œil, son oreille, son éminence grise. Le petit Badianguine était un miraculé, le seul rescapé ayant échappé aux flammes meurtrières et dévorantes d’un incendie qui avait consumé toutes les cases de son village jusqu’à la dernière brindille. Dans sa folie meur-trière, le sinistre n’avait même pas daigné épargner les récoltes que les villageois avaient conservées jalousement dans leurs greniers. L’enfant entourait ses origines familiales d’un épais voile de mystère, gardait volontairement le silence sur ses parents, éludant intelligemment les questions embarrassantes. Grand de taille, doté d’un physique de déménageur, le teint d’un noir d’ébène, beau comme un dieu grec, Badianguine s’inséra très vite dans la famille de Dougoutigui, sous l’aile protectrice et l’œil bienveillant de N’fa Zanke, qui l’avait adopté et le considérait déjà comme son propre fils.
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De temps à autre et de façon inexpliquée, l’enfant – qui n’était âgé que de onze ans – se mettait en retrait du grou-pe joyeux de ses compagnons de jeu et se mettait à pleu-rer en silence, avant de rejoindre aussitôt ses camarades sur l’aire de jeu. Un matin, N’fa Zanke prit l’enfant par la main et alla l’ins-crire dans l’unique école du village. Badianguine se distingua très vite par sa capacité d’assimilation et de compréhension et surtout par une intelligence hors du commun. L’instituteur confia un jour à son père adoptif que son rejeton était un surdoué. N’fa Zanke suggéra alors à Dougoutigui d’associer le gamin à ses audiences, il en fit son assistant et son inter-prète. Badianguine dressait les procès-verbaux de réunions, rédigeait les comptes rendus d’audience, tenait la comptabili-té des impôts collectés auprès des chefs des villages voisins ; il devint rapidement son homme à tout faire. Un jour, entouré de ses conseillers sur la grande place du village, Dougoutigui vit au loin une foule bruyante s’appro-cher au son des tam-tam. Au milieu, entouré d’une nuée d’enfants trépignant de joie, Badianguine tenait un drapeau, et esquissait quelques pas de danse. La foule s’immobilisa devant les notables, et les tam-tam crépitèrent de plus belle, amplifiant la clameur et le vacarme de la foule et attirant beaucoup de badauds et de curieux. Puis un homme surgit et demanda le silence : « Dougoutigui, dit-il, votre fils Badianguine vient d’être sacré champion de lutte à l’issue d’un tournoi qui a regroupé les cinquante meilleurs jeunes de notre province, nous sommes venus l’accompagner et vous présenter son trophée ». Dougoutigui demanda à N’fa Zanke de s’approcher et lui murmura quelque chose à l’oreille. L’accueil sans être tiède n’était pas à la hauteur des attentes du jeune lutteur ; il lisait une vague déception sur le visage de ses parents adoptifs.
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Franchement peu heureux, N’faZanke se leva, ajusta sa chéchia blanche, s’appuya sur son bâton qu’il ne quittait jamais et remercia la foule au nom du chef de village et de toute la notabilité. Puis la foule se dispersa et se dirigea vers la grande place pour continuer à festoyer et à danser jusqu’au petit matin. Tard dans la nuit, quand toute la maisonnée se fut cou-chée, N’fa Zanke tambourina à la porte de son fils qui se réveilla en sursaut, surpris par cette visite impromptue de son père : « Mon fils, ton rang d’enfant de chef ne te per-met pas de te battre dans les arènes comme un gladiateur, ta place est dans la cour de Dougoutigui, une école d’initiation et de formation aux arcanes du commandement et du pou-voir. Un jour viendra où ni moi, ni Dougoutigui ne serons de ce monde ; avec ton frère Hamadi, tu feras alors certai-nement partie de l’élite intellectuelle qui prendra en mains les destinées de Fassoba. Sache qu’un matin, très tôt, un grand saint, venant des lointaines provinces du nord et en partance pour le pays des Maures, fit une courte escale ici. Il ne passa qu’une nuit sur place, avant de reprendre sa route le lendemain, avec ses talibés ; mais il lança la prédiction suivante : ‘Vous allez bientôt recevoir un jeune orphelin d’un village voisin qui dirigera ce pays dans un avenir pas lointain’. Depuis, on ne l’a plus revu. Nous avons fait déjà les sacrifices nécessaires que l’homme de Dieu a prescrits. Il a remis ce talisman pour toi, son totem est la mauvaise gouvernance. Tant que tu dirigeras ce pays dans la crainte de Dieu, la transparence, le strict respect de ses intérêts et de ses populations, notam-ment les plus démunies, ton pouvoir sera à l’abri des convulsions et des soubresauts porteurs de graves périls ; si par malheur tu t’en éloignais, il serait emporté comme un
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