La Tondue

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Aurore, une vieille dame, s'incruste dans la vie de Quentin, un journaliste quadragénaire, qui vit à Charloupe, une ville qui pourrait s'appeler Chartres (Eure-et-Loir)... Elle veut qu'il romance une période de sa vie à la fin de la deuxième Guerre Mondiale. Lui n'a aucune envie de se transformer en biographe. Elle finit par lui avouer qu'à l'âge de 16 ans, elle a été tondue parce qu'elle aimait le fils d'un général allemand. C'est une tragique histoire d'amour, de musique et aussi de sexe, qui se termine de nos jours avec une fin inattendue et émouvante.
Publié le : vendredi 1 octobre 2010
Lecture(s) : 71
EAN13 : 9782336284101
Nombre de pages : 186
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LA TONDUE Un amour de jeunesse francoallemand
Ethnographiques Collection dirigée par Pascal LE REST Ethnographiques veut entraîner l’œil du lecteur aux couleurs de la vie, celle des quartiers et des villes, des continents et des îles, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des blancs et des noirs. Saisir le monde et le restituer en photographies instantanées, de façon sensible et chaude, proche et humaine, tout en préservant la qualité des références, des méthodes de traitement de l’information et des techniques d’approche est notre signe et notre ambition. Déjà parus Bertrand ARBOGAST,Voyage initiatique d’un adolescent… Lancelot et le vieux, 2009. Mohamed DARDOUR,Corps et espace chez les jeunes français musulman. Socioanthropologie des rapports de genre, 2008.Jacques HUGUENIN,La révolte des « vieilles » : Les Panthères Grises toutes griffes dehors, 2003. Pascal LE REST,Des Rives du sexe,2003. © L’Harmattan, 2010 57, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 9782296131057 EAN : 9782296131057
Bertrand ARBOGAST LA TONDUE Un amour de jeunesse francoallemand
L’Harmattan
Du même auteur chez L’Harmattan : VOYAGE INITIATIQUE D’UN ADOLESCENT… Lancelot et le vieux (octobre 2009)
Putain de journée ! Tout va mal aujourd’hui. Au réveil, je découvre que le chien a pissé sur le tapis. A tous les coups, j’ai oublié de le sortir hier soir. J’asperge le tapis de Perrier et je vais prendre ma douche. Ensuite bombe nettoyante et balaibrosse. Il vaut la peau du cul mon beloutch et je ne veux surtout pas qu’il reste des traces de pisse. Salaud de Titus ! Titus c’est mon labrador noir. Je ne l’ai pas engueulé, car je n’arrive pas à me souvenir si on a été faire pissou hier soir. De toute façon, il ne fait jamais ses besoins dans la maison, soit il est malade, soit c’est moi le coupable. Mais il aurait pu choisir de pisser sur le carrelage. Je suis rentré tard et un peu arrosé ou plutôt un peu alcoolisé. On a fêté le départ en retraite de Gaston Prêtre, le chef du SR de notre journal. Dans sa tête il était déjà en retraite depuis trois ans et dans les faits aussi hélas. Nos SR, c'estàdire nos secrétaires de rédaction, tournaient donc au ralenti ces derniers temps, sans véritable chef. Le chouchou du patron, placardisé faute de poste libre à la hauteur de ses supposés talents, était aux ordres pour la relève et a obtenu le poste. Ce mec est absolument nul, pour les mauvaises langues cette promotion est due à son art de la pipe, il sucerait, cette fois avec talent, son chef bienaimé. Pour d’autres langues de putes, c’est parce que ce mec est francmaçon et qu’il a fait entrer dans
sa loge notre rédac en chef. Pour ma part je n’y crois pas trop, notre patron est catho à outrance. Je le soupçonne même d’être antiavortement et anticapote, il fabrique ses mômes à couilles rabattues, sa femme est encore vaillante, mais elle ne va pas tarder à ressembler à une vache allaitante. Elle est d’ailleurs pas terrible avec sa jupe bleu marine, son chemisier blanc et ses chaussures hautes sans talon. Elle promène sa smala et son mal de vivre sur les sentiers aménagés au bord de la rivière. Pour qui aime marcher le long des rives, impossible de rater la petite famille. Il faut dire que son mec, c'estàdire notre DG (directeur général) qui est aussi notre ReC (rédacteur en chef) est très radin et que les bords de l’eau c’est gratuit ! Donc hier j’avais un peu bu pour fêter le départ de ce gentil feignant de Gaston, pour oublier la promotion de notre lèchecul de service et aussi pour trinquer à la prochaine grossesse de la femme de notre patron qui se nomme Gonzague de SaintMacloux. Quand on décline son nom à la rédaction, c’est Gonzague de SaintMachin. Vous avez compris comme on l’aime notre nobliau ! Par ailleurs dans leDictionnaire de la Noblessenom n’est pas cité, son par contre celui de sa femme y figure en belle place. Elle se nomme Charlotte de Gontobireaux Montrillard. Un peu de poudre sur le tapis, je passerai l’aspirateur ce soir et vite un café. Et merde, je m’en renverse sur ma chemise et me voilà obligé de m’en repasser une autre. Je n’ai pas de femme à la maison, disons que je n’ai plus de femme fixe à la maison. La mère de mon fils s’est tirée avec un professeur, elle ne supportait plus mes absences de journaliste plus ou moins bien justifiées, mes pas d’heure, mes cuites et j’en passe. C’est un métier de con, pas moyen de garder une femme à la maison si tu fais bien ton boulot. Les nuls, j’exagère, disons tous les journalistes moyens, les besogneux, ont tous gardé la même femme, pas de problème au foyer, ils sont à l’heure pour les repas et réussissent même à s’absenter du journal pour aller faire réciter leurs leçons à leurs mômes. Moi, j’ai tout faux, je n’ai jamais réussi à m’occuper vraiment de mon enfant. Mais bon ça s’est bien terminé, mon fils qui est papa à son tour a bien réussi sa vie,
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il m’aime et je l’adore. Et puis il me permet de garder un lien avec sa mère, c’estàdire mon ex. J’ai oublié, elle est aussi enseignante, je l’ai rencontrée professeur de français et de latin et depuis elle a grimpé dans la hiérarchie Éducation nationale, elle gère désormais les lycéens, elle est proviseur dans un lycée de banlieue, et elle en chie. Mon tapis est sauvé, je sens bon le Signoricci, le chien a uriné et même fait sa crotte dehors lors d’une promenade éclair et il est rangé dans mon minuscule jardin de ville. J’ai repassé un Lacoste noir à la place de la chemise tachée, et me voilà parti pour le journal, j’ai dix minutes en voiture à faire quand tout va bien. La journée était mal barrée avec la pisse sur le tapis et le café sur la chemise mais la mauvaise série s’arrête là. Mon lecteur CD ne tombe pas en panne etSankarad’Alpha Blondy crache tous ses décibels, il est 9 heures du matin, la voiture ronronne et je ne crève même pas ! Comme tous les jours, je trouve une place à quelques centaines de mètres du canard, c’est bon de marcher le matin. Conférence de rédaction de 10 heures. Ce cher Gonzague se déchaîne et casse tout ce qui est dans le journal. Cela avait été pourtant validé hier matin, mais le soir notre chevalier de l’information rentre tôt à la maison donner la becquée à sa nichée, et bien sûr entretemps d’autres nouvelles tombent, d’autres pistes informatives sont à suivre et les articles sensationnels promis quelques heures plus tôt par nos journalistes d’élite n’ont plus rien de bandant, sont même carrément nuls. Et moi, responsable de la rédaction, je dois me démerder avec tout ça. Impossible de réécrire cette mauvaise prose, je peux juste injecter un peu de dynamisme et retirer quelques lourdeurs, mais ces articles ne seront jamais récompensés par un prix Albert Londres ! La concurrence a des chefs de service qui restent tard au journal
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et le résultat est là. Leur canard est bien meilleur que le nôtre ce matin. Et le Gonzague de… en est tout froissé. Je travaille depuis vingt ans àL’Eveil du Centre. Notre journal est le leader sur Charloupe, ville de 150.000 habitants située à 150 kilomètres de Paris. Nous sommes premiers dans tout le département et l’autre journal,Le Petit Républicain, rame. Notre concurrent n’est pas dans son département d’origine, il est bien meilleur sur ses terres, mais il est aussi làbas tout seul. Notre journal marche donc plutôt bien avec comme partout ailleurs une diminution récurrente de lecteurs et une baisse conjoncturelle de publicité. Enfin on ne perd pas encore trop de fric, tout va à peu près bien malgré la crise. J’ai 42 ans, j’ai eu mon fils à 20 ans, Brigitte, mon ex, a dix ans de plus que moi, mon fils, qui s’appelle Oscar, est aussi devenu papa à 20 ans, sa copine n’a que cinq ans de plus que lui et cela nous donne en ma personne un tout jeune grand père. Ma vie c’est le journal, je n’ai le temps de penser à rien d’autre. J’ai bien sûr du temps libre, mais je le consacre souvent à rédiger des critiques de livres, de théâtre et à faire des magazines pour notre supplément du dimanche et tout cela gratos, c’est du volontariat… Après cette colère matinale de Gonzague, je réunis ma rédaction et nous imaginons le journal de demain. Les rendezvous sur l’agenda sont inexistants, il faut inventer. Plusieurs sujets pressentis foirent faute de trouver les bons interlocuteurs. Après vingt minutes laborieuses, nous réussissons à établir un chemin de fer, le journal de demain ne sera guère plus brillant que celui d’aujourd’hui, c’est ça une mauvaise journée qui démarre. La réunion est terminée, ma petite troupe d’une dizaine de journalistes s’éparpille.
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