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La trace du mal

De
176 pages
Mathieu, Cédric, Kévin et Benjamin sont en classe de sixième. Durant cette année scolaire, ils se retrouvent confrontés à des phénomènes et des événements qui les dépassent. Cédric est convaincu que les forces du mal en sont responsables, tandis que Mathieu estime que tout a une explication et qu'il ne s'agit que de coïncidences. Mais les événements étranges se multiplient à une cadence effrayante et les quatre amis vont avoir de plus en plus la sensation que quelqu'un ou quelque chose leur en veut personnellement.
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La Trace du mal
Emmanuel Ray
La Trace du mal





FANTASTIQUE











Le Manuscrit
www.manuscrit.com












Éditions Le Manuscrit
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com
© Éditions Le Manuscrit, 2005
ISBN : 2-7481-4905-X (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-4904-1 (livre imprimé)
EMMANUEL RAY

I / La tantine

Cédric redoutait souvent le samedi soir. Depuis le
début de ce mois de janvier sa mère, infirmière dans
l'hôpital de Vonnes, était de garde jusqu'au dimanche
matin. Certes, il pouvait alors profiter de cette maison
vide mais, il en venait toujours par conclure que cette
liberté de fin de semaine ne valait pas la présence de sa
mère. Celle-ci finissait toujours par lui manquer et il
partait rarement se coucher de bon cœur.
En fin d'après-midi, sa mère était revenue de l'hôpital
avec la tantine. Cédric savait que cette vieille femme
était sa grande tante mais il s'avérait incapable de la
situer sur l'arbre généalogique de sa famille. Pire, il ne
connaissait même pas son vrai nom. De toute manière,
le divorce de ses parents avait eu le don de l'isoler, lui et
sa mère, de la majeure partie de la famille.
La tantine revenait d'une longue hospitalisation.
Cédric avait cru entendre parler d'une « lomotobie »,
sans avoir la moindre idée de ce dont il s'agissait. En la
découvrant, il avait peiné à la reconnaître. Elle était
indéniablement différente et paraissait régulièrement
absente : elle fixait le vide en restant totalement
hermétique à son entourage. Ses traits vieillis et ses
regards sans vie effrayaient Cédric qui prenait, autant
que possible, le soin de ne pas se trouver dans la même
pièce qu'elle.
« Elle va dormir ici, cette nuit. »
Cédric eut du mal à masquer son regard inquiet sous
les épais verres qui grossissaient ses yeux, lorsque sa
mère prononça cette phrase. Il aurait aimé manifester sa
réprobation mais il savait que c'était inutile. Toutefois, il
ne pouvait s'empêcher d'en vouloir à sa mère de le
5 LA TRACE DU MAL
laisser seul aussi souvent. Elle s'évertuait à lui expliquer
quelle faisait de son mieux pour demeurer à ses côtés et
qu'elle ne pouvait pas elle-même décider de son emploi
du temps.
Après le dîner, pendant lequel la tantine n'avait cessé
de fixer Cédric de ses gros yeux inexpressifs, sa mère
partit pour l'hôpital. Elle ne serait pas de retour avant
cinq heures du matin. Depuis son départ, la tantine
n'avait pas bougé de sa chaise. Elle semblait fascinée par
le lave vaisselle. Cédric s'était discrètement éclipsé et
avait rejoint sa chambre sur-le-champ.
Habituellement, le samedi était pour lui l'occasion de
regarder une vidéo. Néanmoins ce soir, il ferait une
exception. La simple vue de la silhouette de la tantine
lui donnait l'irrémédiable envie de descendre se réfugier
dans sa chambre. Le programme s'avérait classique mais
sympathique. Il essayerait le jeu vidéo que son copain
Benjamin lui avait prêté, jusqu'aux alentours de 23
heures. Alors, il monterait se brosser les dents en
s'efforçant de ne pas éveiller l'attention de son hôte et
se coucherait avec l'espoir de s'endormir paisiblement.
Il glissa le CD dans sa console de jeu et pressa le
bouton POWER. « C'est parti pour l'aventure », songea-
t-il.
Au bout de deux heures passées devant son écran,
Cédric crut apercevoir un mouvement du coin de l’œil.
Il pivota sur lui-même et sursauta en discernant le corps
fantomatique de la tantine derrière la porte de sa
chambre, tout à coup grande ouverte. La tantine avait
descendu les escaliers et fait tourner la poignée de sa
porte sans faire de bruit.
6 EMMANUEL RAY

« Elle est folle », pensa Cédric à peine remis du choc
provoqué par cette vision aussi inquiétante
qu'inattendue. La tantine le regardait avec un sourire.
« Il faut que tu ailles te coucher, sinon ta mère ne sera
pas contente, éructa-t-elle.
- Oui, j'y vais tout de suite », répondit Cédric en
essayant de ne pas trahir ses doutes sur les aptitudes
mentales de la vieille femme. Il se leva et sortit de sa
chambre sans que la tantine n'effectuât le moindre
mouvement. Il monta les escaliers en priant le ciel que
celle-ci n'ait pas la mauvaise idée de le suivre pour
l'aider à exécuter sa toilette du soir.
Cédric se brossa les dents en une poignée de
secondes et quitta la salle de bain, le visage encore
mouillé. En dévalant les escaliers, il fut soulagé de
constater que la tantine avait délaissé le seuil de sa
chambre et avait même eu la présence d'esprit d'en
refermer la porte. Cédric s'arrêta et tendit l'oreille.
Aucun son n'émergeait de nulle part. Sans doute la
tantine était-elle remontée puis s'était couchée.
Il pénétra machinalement dans sa chambre et
sursauta une nouvelle fois. La tantine se tenait debout,
immobile devant son lit.
« Vas te coucher, maintenant », dit-elle d'une voix qui
révélait l'absence de dentier dans sa bouche. Trop
angoissé pour parler, il fit quelques pas de façon à
libérer l'entrée de sa chambre.
« Sors de là, hurla-t-il dans sa tête, et ne me touche
pas. »
Après quelques secondes d'un silence pesant, la
tantine se mit à marcher lentement et sortit de la pièce.
En la voyant aligner difficilement un pas devant l'autre,
Cédric regretta soudain de l'avoir traitée de folle et de
7 LA TRACE DU MAL
l'avoir volontairement évitée toute la soirée. Cette dame
avait été malade et il se sentait honteux d'avoir été aussi
distant. Il n'avait certainement rien à craindre d'elle.
Cédric éteignit sa lampe de chevet et s'allongea sous
ses couvertures. Il entendait la tantine monter les
escaliers puis fermer la porte une fois parvenue au
sommet. Cédric s'attendait à ce qu'elle se dirigeât de
suite dans la chambre d'amis mais, au contraire, il
semblait qu'elle passait dans différentes pièces.
« Mais qu'est-ce qu'elle fabrique ? Pourquoi elle va
pas se coucher ? », se demanda-t-il. Tandis que depuis
son arrivée son comportement s'était réduit à
l'immobilité, elle paraissait tout à coup hyperactive. Sans
se soucier du mea culpa qu'il venait juste de s'avouer, il
se leva et s'empressa de fermer la porte de sa chambre à
clé. Il avait beau se convaincre que c'était ridicule
d'avoir peur de cette pauvre femme, il se sentait
incapable de surmonter la tentation de se cloîtrer de la
sorte. Jamais il ne parviendrait à s'endormir en sachant
sa porte ouvrable de l'extérieur.
Cédric partit se recoucher et écouta attentivement les
bruits au-dessus du plafond de sa chambre. Le silence le
plus complet régnait. Les paupières closes, il ne tarda
pas à s'endormir pour de bon.



Cédric se réveilla brutalement en émettant un petit
cri. Avant de s'apercevoir qu'il était assis dans son lit, il
se recroquevilla en comprenant que c'était le vacarme
provoqué par l'agitation frénétique de la poignée de sa
porte qui l'avait si violemment extirpé de son sommeil.
La voix affolée de la tantine l'appelait au secours. Cédric
8 EMMANUEL RAY

fut alors saisi par la certitude qu'elle avait commis une
grosse bêtise, comme avoir mis le feu à la cuisine. Il
n'eut pas le temps de s'interroger sur l'heure qu'il était ni
sur la question de savoir pourquoi la tantine était encore
debout.
Pas loin de la panique, il jaillit de son lit et fonça
ouvrir la porte.
« Pourquoi tu as fermé ? lui demanda-t-elle aussitôt.
- Qu'est-ce qui se passe ? » fit-il plus préoccupé de
connaître les raisons de ce remue-ménage que par la
nécessité de lui répondre.
La tantine se calma et adopta une attitude immobile
plus familière.
« Dis-moi où c'est qu'on met la vaisselle », articula-t-
elle en exhibant un visage inanimé. Cédric porta sa main
à son cœur en guise de soulagement puis jeta un coup
d'œil à sa montre. Elle indiquait 2 heures 27 du matin et
il se rendit compte seulement à cet instant de l'absurdité
de la situation.
« A cette heure-là ! », lança-t-il en oubliant la crainte
que la vieille femme lui avait inspirée jusqu'alors. Elle
répéta sa requête et il dut se résoudre à lui apporter une
réponse en ajoutant qu'il était largement l'heure de
dormir. Immédiatement, elle se dirigea vers les escaliers
et commença à les monter en s'agrippant solidement sur
la rampe.
Le temps d'une dizaine de secondes, Cédric n'avait
plus peur mais était bougrement furieux.
« Et c'est elle qui ose me faire chier en me disant qu'il
faut que j'aille me coucher, que sinon ma maman va pas
être contente... », murmura-t-il en serrant les poings.
« Montre moi où qu’c’est ! » fit elle depuis le haut de
l’escalier. Cédric soupira et la rejoignit. Une fois à
9 LA TRACE DU MAL
l’étage, il ressentit un courant d’air froid qui lui donna la
chair de poule sous son léger pyjama. Il tourna la tête et
découvrit avec stupeur que la porte d’entrée était grande
ouverte. Il distinguait très clairement les lampadaires qui
illuminaient le quartier. Cette femme avait
complètement perdu la raison. En sentant l’air froid de
la nuit s’insinuer sous son vêtement, il se demanda
sérieusement si la tantine n’allait pas se révéler
dangereuse.
« Mais pourquoi t’as ouvert la porte en grand ? » cria-
t-il en courant la fermer. Au lieu de lui répondre, elle lui
demanda à nouveau de venir l’aider, depuis l’intérieur de
la cuisine. Cédric verrouilla la porte et glissa la clé dans
sa poche. Tout à coup, il fut très en colère envers sa
mère.
« Dans quelle merde tu m’as laissé », dit-il à voix
haute.
Il se dirigea dans la cuisine et désigna les étagères que
la tantine cherchait. Celle-ci les contempla sans parler,
comme si elle avait trouvé le Graal. Elle semblait
apaisée. Cédric s’éclipsa discrètement et redescendit se
coucher. Il retourna dans son lit en écoutant le silence
qui s’était enfin installé. La colère l'abandonna lorsqu'il
entendit des assiettes s'entrechoquer dans la cuisine,
située juste au-dessus de sa chambre.
« Elle est folle », dit-il à voix haute. La tantine était
réellement en train de ranger la vaisselle. Cédric ne se
sentait tout à coup plus chez lui. La maison qu'il
partageait avec sa mère perdait son caractère sécurisant
lorsque retentissaient, trois mètres au-dessus de sa tête,
les pas de la tantine mêlés aux battants des placards qui
se refermaient bruyamment dans la cuisine.
10 EMMANUEL RAY

Cédric déserta une nouvelle fois sa couette et partit
tourner la clé dans la serrure de sa porte.



Quand Cédric monta prendre son petit déjeuner, sa
mère lui annonça que la tantine était partie. Ses petits
enfants étaient venus la chercher tôt le matin. Cédric
s'assit et remplit la moitié d'un verre de jus d'orange.
« Tu ne t'es pas couché trop tard hier, au moins ? »
demanda sa mère qui n'avait pas l'habitude de le voir se
lever aussi tard.
Cédric hésita un instant, puis se lança. S'il avait
d'abord pensé garder le secret pour lui et ses copains, il
n'avait pas pu s'empêcher de tout raconter à sa mère. Il
lui expliqua toutes les bizarreries que la tantine avait
effectuées la veille. Sa mère lui coupa la parole avant
qu'il en ait terminé.
« Ne me prends pas pour une imbécile en débitant tes
salades. Je sais bien que ça ne t'enchantait pas de rester à
la maison avec la tantine, mais n'essaye pas de me
culpabiliser en disant n'importe quoi. »
Cédric était conscient qu'il mentait souvent à sa mère
et qu'elle avait toujours peine à croire ses dires. Mais
pour une fois il avait raison ; il n'essayait pas de faire
son intéressant, pourtant une de ses occupations
favorites, ni de réprimander une énième fois sa mère
pour l'avoir à nouveau laissé seul pendant la nuit.
« Je te jure que c'est vrai, insista-t-il. Elle est folle.
- Ne dis pas ça de la tantine ! s'énerva sa mère. Elle est
malade, tu aurais pu faire un effort pour être serviable
avec elle, au moins. »
11 LA TRACE DU MAL
Cédric se tut. Il ne parviendrait pas à faire avaler son
histoire à sa mère. Après une gorgée de jus d'orange, il
quitta la cuisine et s'enferma dans la salle de bain.




12 EMMANUEL RAY

II / Marcel et le canari

Mathieu, Kévin et Cédric s'étaient regroupés dans la
cabane de Benjamin. Celle-ci avait été ingénieusement
construite au milieu d'un chêne, deux mètres au-dessus
du sol. Tous les quatre avaient pris l'habitude de s'y
retrouver depuis qu'ils avaient noué des liens d'amitié,
au début de l'année scolaire. Mathieu et Benjamin se
connaissaient depuis la petite maternelle et étaient les
deux meilleurs amis du monde. Ils étaient inséparables
et se considéraient presque comme des frères. L’un
n’allait pas sans l’autre. En revanche, Cédric n'avait pas
fréquenté le même établissement scolaire qu'eux et
n’était devenu leur copain que depuis quelques mois.
Toutefois, ils s’entendaient à merveille. Quant à Kévin,
sa famille s'était installée seulement l'été dernier à
Vonnes. Les aléas de la rentrée avaient voulu qu'ils se
retrouvassent tous dans la même classe de sixième. Ils
s’étaient rapidement rapprochés et étaient devenus amis.
Complètement surexcité, Cédric ne tint pas sa langue
bien longtemps avant de leur révéler la folle soirée qu'il
avait vécue la veille. Il ne cessait de ponctuer son récit
de remarques telles que : « le mal était en elle », ou bien :
« c'est comme si elle avait été possédée ». A l'entendre,
on aurait cru qu’un zombie avait passé la nuit chez lui.
« C'est dingue, fit Benjamin assez déconcerté par
cette aventure peu banale.
- Attendez, intervint Kévin, ce que j'ai vécu c'est encore
mieux que ça.
- Ca m'étonnerait, le contra Cédric, mais vas-y quand
même.
- Vous allez pas en revenir, je peux vous l'assurer.
- Allez, s'impatienta Mathieu, balance. »
13 LA TRACE DU MAL
Kévin plissa les yeux et se lança.
« Hier soir, quand tout le monde était couché, j'avais
pas envie de dormir tout de suite. Alors j'ai mis la radio.
Mais j'arrivais pas à trouver celle que j'écoute, des fois.
Je la cherchais et je suis tombé sur une station bizarre.
C'est une émission présentée par un mec qui s'appelle
Marcel.
- Jamais entendu parler, remarqua Cédric.
- Y a une auditrice qui est venue dans le studio de la
radio, poursuivit Kévin. Mais ce Marcel il est super
vulgaire, il arrêtait pas de dire des gros mots et d'insulter
tous ses collaborateurs.
- Ca doit être fort, le coupa à nouveau Cédric.
- Pas autant que tu crois, rétorqua Kévin. Alors il a un
peu discuté avec la nana, des trucs classiques ; comment
tu t'appelles, t'as quel âge, qu'est-ce que tu fais, tout le
baratin quoi. Moi je pensais que ce Marcel, quand il était
vulgaire et qu'il insultait tout le monde, c'était pour rire.
- Ben ouais, acquiesça Benjamin.
- Mais en fait, il est sérieux.
- Oui, et alors ? demanda Mathieu.
- Et alors ça a commencé à devenir hard. Il s'est mis à
lui parler de cul, et la fille elle avait l'air moins à l'aise.
Là, elle avait plus du tout envie de déconner avec ce
taré. »
Les quatre garçons pouffèrent, et Kévin reprit.
« Il lui a dit : fous-toi à poils !
- J'hallucine ! s'exclama Cédric.
- Je te jure !
- Et elle l'a fait ? l'interrogea Benjamin, impatient de
connaître le fin mot de l'histoire.
- Ben non, elle voulait pas. Alors Marcel, y s'est mis à la
frapper.
14 EMMANUEL RAY

- Pour de vrai ? demanda Mathieu.
- Je te jure, assura Kévin. On entendait très bien les
coups et elle criait.
- C'est de la radio, ajouta Mathieu, on peut faire croire
n'importe quoi avec des bruits.
- Ben alors, ça avait l'air super vrai. Comme elle refusait
toujours, Marcel il a continué à la frapper, encore plus
fort. Elle criait de plus en plus et même elle chialait, j'en
suis sûr. Il l'a battue jusqu'à ce qu'elle crève.
- Arrête, c'est des conneries tout ça, fit Mathieu. Ils ont
fait semblant.
- Si t'avais entendu comme moi, tu dirais pas ça. La fille
on l'entendait plus et Marcel, y s'est mis à gueuler : C'est
qui le plus fort ? Et les autres, dans le studio, ils ont
répondu : C'est Marcel ! »
Benjamin et Cédric paraissaient abasourdis, tandis
que Mathieu haussait les sourcils d'incrédulité.
« Mais c'est quoi, cette radio ? fit Benjamin.
- Justement, c'est ça qui est bizarre. Marcel, y donnait
jamais le nom de la radio et aucun numéro de
téléphone. Mais le son était vraiment très net, ça devait
être une radio locale.
- Une radio pirate, conclut Mathieu. S'il n'y avait pas de
numéro de téléphone, c'était ne pour pas qu'on puisse
les repérer. Et qu'est-ce que c'est la fréquence ?
- Ca fait chier, ce matin j'ai voulu écouter mais j'ai pas
réussi à la retrouver.
- C'est bien une radio pirate, confirma Mathieu. Ils
n’émettent qu'à certains moments. »
Tous gardèrent le silence un moment, en pleine
réflexion sur cette insolite anecdote.
« Ca m'a foutu les jetons, chuchota Kévin.
15 LA TRACE DU MAL
- C'est dingue, les deux trucs qui vous sont arrivés hier
soir, constata Benjamin.
- Non seulement, indiqua Mathieu, ce gars n'a pas tué
cette fille, mais c'est juste une coïncidence que ça soit
arrivé hier soir.
- Non, le contredit Cédric, c'était pas une coïncidence.
La tantine, quand j'y repense, elle donnait vraiment
l'impression qu'elle était possédée par un démon, que le
mal était en elle.
- Ca va, l'interrompit Mathieu, tu nous l'as déjà dit. Je ne
vois pas comment tu peux affirmer que le mal était en
elle ; c’est débile.
- Mais parce que c'est vrai ! Si tu l’avais vue, tu serais
d’accord avec moi. Je suis sûre qu’elle est dangereuse, je
te jure. Je dis pas que c’est de sa faute, mais elle était
terrifiante. Je me demande de quoi elle aurait été
capable. Ce Marcel aussi il est possédé par le mal, mais
pour lui c’est encore pire, il a tué cette fille. Et comme
par hasard, les deux événements se sont passés le même
soir. Je crois que cette nuit c'était un moment
particulier, où les forces du mal étaient regroupées et
ont agi ensemble.
- T'es fou toi, le contraria Mathieu, où t'as vu ça ? »
Un nouveau silence allait s'installer lorsque Benjamin
annonça :
« Mon canari, on l'a retrouvé mort ce matin.
- Ah bon ? C'est dommage, je l'aimais bien, dit Mathieu.
Comment c'est arrivé ?
- On sait pas. Ce matin mon père est entré dans la
cuisine et il l'a vu en bas de sa cage, les pattes en l'air.
- Il est mort cette nuit ! s'écria Cédric. Vous voyez que
j'ai raison. Cette nuit le mal est allé jusque dans la cage
de ton oiseau et a décidé de le faire mourir. »
16 EMMANUEL RAY

Mathieu secoua la tête en signe de désapprobation,
puis les trois autres se mirent à le regarder d'un air
interrogateur.
« Quoi ? leur demanda-t-il. Vous voulez savoir si il
m'est arrivé un malheur cette nuit, c'est ça.
- Ben, je sais pas, répondit Kévin.Y t'arrive jamais rien
d'exceptionnel à toi.
- Ce que vous racontez ça n'a rien d'exceptionnel, même
si ça peut sembler troublant.
- Non, c'est plus que ça, assura Cédric, les coïncidences
ça n'existe pas. Il y a des forces qui nous manipulent et
qui décident de ce que nous vivons. Et ces forces
étaient envahies par le mal hier soir.
- Je ne sais pas où t'es allé pêcher un truc pareil, dit
Mathieu, mais moi j'appelle ça le destin. »




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