La Trilogie Atlante - 2 : Les Fils du Soleil

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Grâce au courage de Tamara Whalings, la Guerre Sombre a pris fin. Les antiques races qui ont quitté leur monde pour la Grande Barrière, "là où l'univers avance" ont donné aux Atlantes une légitimité qu'ils utilisent pour bâtir une nouvelle alliance avec les peuples extraterrestres. Mais, pris par cette mission, ils négligent ce qui se passe dans les mondes de la Fédération et notamment sur Mars, pour une humanité traumatisée par la destruction de la Terre. Ils ignorent ainsi la menace que représente le Cercle, dirigé par le prophète auto-proclamé Ezéchiel Middlway.


Il se pourrait toutefois que Phoebe Oween, jeune femme naufragée et amnésique, ne soit la clef pour que soient à nouveau réunis les Fils du Soleil. A moins qu'elle ne les conduise tous dans une nouvelle guerre.

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782916307237
Nombre de pages : 536
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LES FILS DU SOLEIL —————————————————NAUFRAGESTELLAIREBe you still, be you still, trembling heart ; Remember the wisdom out of the old days : Him who trembles before the flame and the flood And the winds that blow through the starry ways, Let the starry winds and the flame and the flood Cover over and hide, for he has no part With lonely, majestical multitude. WILLIAMB.YEATS. Le son strident d’un réveil lui vrilla les oreilles. Elle sursauta dans sa couchette, en se cognant la tête contre le panneau supé-rieur. Ses paupières s’ouvrirent avec lourdeur. Elle avait la bouche pâteuse et la désagréable impression de ne pas savoir où elle se trouvait. Cela faisait trop souvent qu’elle éprouvait cette sensation. Elle avait fait de nouveau ce rêve, celui d’une pièce aux murs capitonnés de rouge. Elle se mit sur son séant avec une lente prudence, en frottant son front endolori. Elle aurait sans doute une belle bosse. Réagissant à son agitation, la cabine s’illumina soudain, en même temps que l’écran vidéo qui se trou-vait en face d’elle. Un visage moqueur, tout en rondeur, s’afficha et l’interpella. — Debout ! s’écria une voix féminine. — Que se passe-t-il ? grommela-t-elle en essayant de rassem-bler ses idées qui se bousculaient. — C’est ton quart. On t’attend au Central. — Pour quoi faire ? La femme sur l’écran éclata de rire. — On dirait que tu as trop fêté notre départ. Je te rappelle que tu t’es portée volontaire pour la première série de gardes à la sortie du système. Elle loucha sur l’image en se concentrant. Derrière la femme, elle pouvait voir des instruments de navigation et elle entendait le bip constant de leur balise de positionnement. Elle était à bord de l’Astarté, et faisait partie d’une mission de reconnaissance 9
LA TRILOGIE ATLANTE —————————————————commanditée par la Fédération, en route pour Zêta Herculis. Elle s’appelait... La panique la submergea un instant… Quel était son nom ? Il émergea des brumes de son esprit, qui se retiraient len-tement. Elle s’appelait… Phœbe Daniels. Et cette femme à l’air jovial, c’était Adénua Millers, chef de son équipe. Elles avaient fait connaissance au cours des deux mois d’entraînement qui avaient précédé leur départ. — C’est bon, Ad, j’arrive. — Heureuse de te revoir parmi nous. Il faudra que tu me donnes la marque de ton carburant. On dirait que ça décoiffe. Et elle partit d’un grand éclat de rire, avant de mettre fin à la communication. Phœbe se retrouva seule dans sa cabine, numéro 432, au pont 4, dans la section scientifique. Pourquoi avait-elle tant de mal à se souvenir, ce matin ? Elle secoua la tête. Plus de temps à perdre. Pendant ses ablutions matinales, la jeune femme replongea dans le passé. HER1 était une mission de reconnaissance et de reconquête. Il s’agissait de retourner dans le système de Zêta Herculis pour reprendre possession des installations coloniales qui avaient été abandonnées au début de la Guerre Sombre, lors du mouvement que tout le monde connaissait sous le terme de “Grande Désertion.” Cela faisait près de quinze ans que la Fédé-ration des Mondes Terriens n’avait pas mis le nez là-bas. Comme on ignorait ce qui s’y trouvait, on avait préféré mettre sur pied une expédition mixte, militaire et civile. Phœbe avait été recrutée à sa sortie de l’université, il y avait un peu plus de six mois. Elle avait fait ses classes sur Ganymède, avant de rejoindre le système d’Alaraph. L’Astartéétait un vaisseau militaire de reconnaissance, un survivant de la Guerre Sombre, qui avait été remis en état pour cette mission. Le maître à bord était le capitaine Don Shep-pard, proche de la retraite, secondé par deux officiers ayant eux-mêmes sous leurs ordres une vingtaine de personnes, dont les chefs d’équipe comme Adénua. Quant à Phœbe et ses collègues techniciens, sans fonction à bord pour le moment, ils servaient de bouche-trou en attendant une affectation une fois sur place. Phœbe ouvrit un placard et en sortit son complet de travail bleu nuit, juste orné d’un disque vert cerné d’argent, la couleur de son équipe. Elle sortit sur le pont 4 presque désert. Elle soupira, 10
LES FILS DU SOLEIL —————————————————inquiète de ne pouvoir retrouver son chemin dans le labyrinthe de couloirs qui couraient sous la coque de l’Astarté. Les installa-tions étaient très spartiates, les murs recouverts d’une peinture d’un gris terne et juste ornés de panneaux avertisseurs ou indica-teurs. Elle utilisa un ascenseur anti-g un peu brusque pour re-joindre le pont supérieur, déjà beaucoup plus animé. Elle croisa deux mécaniciens qui redescendaient à la salle des machines. L’un d’eux posa sur elle un regard étrange et insistant. Elle s’efforça de ne pas y prêter attention. L’estomac un peu chaviré, sans doute de ne pas avoir pu déjeuner, faute de temps, elle poursuivit sa route pour déboucher sur le Central, nom donné par l’équipage au poste de commande, même s’il ne se trouvait pas au centre du vaisseau. C’était l’endroit le plus impressionnant, avec la salle des machines, de l’Astarté. Le capitaine Sheppard finissait de parcou-rir les derniers holocubes, en compagnie d’Alexis Wrona et An-tonio Sammati, ses deux lieutenants. Le Central était assez grand, aussi Phœbe eut-elle du mal à retrouver Adénua. Elle la vit enfin au milieu d’opérateurs devant leurs machines. Elle se dirigea vers son amie qui la salua d’un sourire, avant de se lever de son siège, pour lui laisser la place. — C’est à toi de jouer. Le secteur est tranquille. Il n’y aura pas grand-chose à voir d’ici à Zêta. — Ouais, fit un autre. À se demander pourquoi on retourne dans ce coin perdu. Il y avait plus près. — Que veux-tu dire ? réagit Ad, tendue. — Qu’on n’était pas obligé de commencer par Zêta. Il y a d’autres colonies plus près qu’on pourrait récupérer, comme As-térion, par exemple : ça fait tout de même plus de deux années-lumière de moins à voyager dans ce vieux tas de ferrailles. — Encore un qui regrette de s’être engagé. La chef d’équipe croisa ses bras sur sa poitrine. — Il faut savoir ce que tu veux, canaille. — Par les temps qui courent, on prend le boulot qu’on peut, ou on entre dans le Cercle. Je ne réponds pas aux critères du Cercle, alors... La paie est correcte en plus. Je dis juste qu’on fe-rait mieux d’aller à Astérion. — Tu ignores donc ce qui se passe là-bas ? intervint un opéra-teur-radio aux traits juvéniles. C’est une colonie sécessionniste. 11
LA TRILOGIE ATLANTE —————————————————— Il n’y en a plus depuis que Beta CDB est tombée, rétorqua l’homme au méchant profil d’aigle. — Astérion tient tête à la Fédération depuis quinze ans. Tous les vaisseaux envoyés là-bas ont disparu durant des mois et quand ils ont fait leur réapparition, ils étaient vides. La FMT a mis la zone en quarantaine. On sait pourtant qu’il continue de se passer de drôles de trucs par là-bas. — Peu importe. C’est pas notre route, grommela Adénua. — Les Confédérés ont voulu garder Aquatica. Phœbe eut une curieuse sensation dans l’estomac en enten-dant ce nom, comme une décharge électrique. Elle sentit le re-gard de son amie sur elle et leva la tête pour la rassurer. Elle se sentait pourtant de nouveau patraque. — Qu’a-t-elle de spécial, cette planète ? — D’où est-ce que tu sors, ma beauté ? s’exclama l’opérateur-radio en lui adressant un clin d’œil qu’elle n’apprécia pas du tout. C’est une planète bleue, presque identique à... L’homme hésita un instant, avant de bafouiller : à la Terre. Aucune autre planète n’a subi un terraformage aussi poussé. Il paraît que durant la Guerre Sombre, les Atlantes étaient les derniers survivants dans ce sec-teur de la Fédération. Tous les autres mondes avaient été éva-cués, jusqu’à la limite des treize années-lumière. Ils ont surmonté la Désertion. Il y avait une Communauté sur cette planète. On raconte que les Reens auraient réduit les humains en esclavage. — Ce sont des histoires, rétorqua l’autre opérateur au profil d’aigle. J’ai vécu dans le système de My Herculis avant la Déser-tion et je me souviens que les Confédérés se débrouillaient bien sans avoir besoin d’esclaves. Le Cercle fait courir toutes sortes de bruits à leur sujet, mais il n’y a rien de vrai dans ce qu’ils disent. Moi, un Reens m’a sauvé un jour... Il s’interrompit brusquement, car le capitaine venait dans leur direction. Les deux opérateurs se replongèrent dans leur projec-tion holo. et Phœbe affecta de vérifier ses cubes d’enregistrement. Adénua se pencha vers elle et lui chuchota, avant de partir : — N’écoute pas ces grosses badernes. Notre but, c’est Zêta H et une place au soleil. Le reste, on s’en fiche. À ce soir. La jeune femme se contenta de hocher la tête pour lui ré-12
LES FILS DU SOLEIL —————————————————pondre. Sheppard passa à sa hauteur et s’arrêta. Elle le sentit un bon moment dans son dos, silencieux. La tête rentrée dans les épaules, elle attendait qu’il lui fasse une remarque sur son retard ou sur sa façon de manipuler les instruments. Elle avait l’impression que ses doigts obéissaient à une volonté propre : elle avait à peine conscience de ce qu’elle faisait. Au bout d’un mo-ment, intriguée, elle osa se retourner. Le capitaine avait les yeux fixés sur elle. Elle frissonna en reconnaissant la lueur qu’elle voyait danser dans ses prunelles. Elle l’avait déjà vue chez d’autres hommes, dans une autre vie. Sheppard avait une mau-vaise réputation de chasseur impitoyable. Il y avait eu une his-toire... elle ne se souvenait plus très bien. C’était avec une femme qui faisait partie de l’équipage de son ancien vaisseau, leBravarius. Il l’avait mise enceinte et l’avait débarquée à la première escale, dans le système de Gamma Leporis, sur un mauvais monde. Elle avait réussi à regagner Mars et avait déposé plainte contre lui. Elle voulait qu’il reconnaisse son enfant et qu’il assume son édu-cation. Il avait refusé et s’en était tiré à bon compte, grâce à sa position dans les Forces Fédérées. La femme avait disparu mysté-rieusement. Sheppard avait continué d’accumuler des conquêtes. Phœbe trembla imperceptiblement. C’était quelque chose qu’elle avait appris très tôt. Cacher ses émotions, ne pas montrer à ce genre d’hommes qu’elle avait peur d’eux. Sammati apparut dans son champ de vision. Il lui adressa un bref coup d’œil, sur-pris que son capitaine prête ainsi attention à une simple opéra-trice. Elle aimait bien Sammati. Il avait une certaine conception de sa fonction qui faisait qu’il ne tenterait jamais de coups par derrière. Par contre, Wrona était un véritable lèche-cul, une petite fripouille qui avait réussi à entrer dans les Forces Fédérées pour en profiter un maximum et en faire le moins possible. Phœbe vit Sammati se placer entre elle et le capitaine. Elle put enfin enfiler son casque. Avant de le brancher, elle entendit les bottes de Sheppard grincer sur le revêtement, près de son siège. Les deux hommes s’en allaient, ce qui la calma aussitôt. Elle sentit le regard de l’opérateur-radio. Du coin de l’œil, elle pouvait voir qu’il la considérait d’un drôle d’air, hésitant entre l’hilarité et la jalousie. Elle devait être cataloguée comme chasse gardée du capitaine. Au moins, elle ne serait pas enquiquinée par les autres séducteurs de 13
LA TRILOGIE ATLANTE —————————————————l’équipage. Sheppard, c’était une autre paire de manche... Peut-être qu’elle se faisait des idées, songea-t-elle, maintenant que la menace s’était éloignée. Peu probable, vue la réputation du capi-taine. Il faudrait qu’elle en parle à Adénua ce soir. Elle saurait la conseiller. Elle s’occupait des caméras extérieures du vaisseau, un travail éprouvant, car il fallait sans cesse rester en éveil. Ad lui avait dit qu’il n’y avait rien à voir, mais pas rien à faire. L’Astarté était un vieil engin avec des sautes d’humeur. Son ordinateur de bord aurait eu besoin d’une bonne réinitialisation. Comme ça coûtait trop cher pour la mission à laquelle il participait, c’était un hu-main chargé de faire les corrections d’image. L’entretien des ca-méras était important pour le moral de l’équipage. C’était le seul lien avec l’extérieur, car le vaisseau ne possédait aucune baie vi-trée, pas même un hublot. Là encore, ça coûtait trop cher et l’Astartéavait été conçu pour le combat et pas pour la croisière. Il était recouvert d’une carapace d’alliage qui le faisait ressembler à un gros insecte et qui portait encore les traces des échauffourées auxquelles il avait participé. Comparé aux derniers croiseurs dont les Forces Fédérées s’étaient dotées avec Dieu seul savait quel argent, l’Astartéétait une larve. Phœbe braqua une caméra sur l’étoile la plus proche, une géante rouge. Elle se moquait de con-naître son nom, elle la trouvait belle. Puis elle se laissa captiver par le spectacle qui s’offrait à elle de toutes ces étoiles, où que le regard puisse se poser. Parmi elles, il y avait Astérion. Elle n’osa cependant pas demander sa position à l’ordinateur de bord. Ce n’était pas sur leur route, avait dit Adénua. Il n’y avait donc au-cune raison de s’y attarder. Pourtant, elle était intriguée et y pensa durant tout son quart... Elle avait passé le relais à une jeune femme aux cheveux châ-tains, à qui l’opérateur-radio s’était empressé de faire son numé-ro. Un peu titubante, Phœbe sortit du Central, après avoir passé des heures à se brûler les yeux à l’éclat des étoiles. Elle avait des flammes sous les paupières et une curieuse impression d’ivresse. Elle s’appuya contre le mur du corridor pendant quelques ins-tants. Ses pensées sautaient du coq à l’âne sans raison. Elle était inquiète et ça lui tordait le ventre... À moins que ce ne soit la 14
LES FILS DU SOLEIL —————————————————faim. Elle avait pourtant avalé quelques barres nutritives durant son quart. Leur goût insipide était une horreur, mais les rations ne valaient guère mieux. Elle passa au distributeur et décida d’aller manger à l’atrium. On appelait ainsi une vaste salle de réu-nion qui accueillait toutes les activités de détente que l’équipage pouvait s’accorder – elles n’étaient guère variées. La jeune femme se remit en route. Il valait mieux qu’elle se dépêche d’aller man-ger, avant qu’on ne lui trouve une autre affectation. On n’aimait pas beaucoup les désœuvrés sur l’Astartéelle devrait montrer et qu’elle méritait sa place, jusqu’à ce qu’on fasse appel à ses véri-tables compétences. Elle avala sa ration dans un atrium désert, en parcourant les dernières nouvelles sur un lecteur holo. Le cube parlait de leur départ dans un petit article qui ne faisait même pas une colonne. Le reste de la page – vieille tradition gardée du temps où les jour-naux étaient tirés sur du papier – était consacré à un scandale qui mettait en cause plusieurs députés de l’Assemblée Fédérale qui seraient sans doute contraints à démissionner. On ajoutait que des candidats s’étaient déjà manifestés : ils appartenaient tous à des mouvements indépendants, plutôt conservateurs, qui prô-naient l’accélération du processus de reconquête des colonies abandonnées durant la Guerre Sombre, projet contre lequel se prononçaient les députés corrompus. Denzel Oakley, le N°2 du Cercle, avait déclaré, au sujet de cette affaire, qu’il était temps de mettre à bas les vieilles conceptions de l’avant-guerre et leurs serviteurs, afin de repartir sur des bases nouvelles et construc-tives, pour un nouvel élan vers les étoiles et les mondes qui at-tendaient les mains de pionniers courageux. Il fallait dire que la situation dans les mondes fédérés était assez inquiétante. La Guerre avait eu pour conséquence de ruiner pas mal de transpor-teurs. Des centaines de personnes s’étaient retrouvées sans em-ploi dans la plupart des colonies fédérales. Des usines avaient été fermées, faute d’échanges et de matières premières en prove-nance des systèmes extérieurs, abandonnés ou sécessionnistes. Là encore, cela avait causé du chômage. Il y avait aussi le choc causé par la disparition de la Terre qui drainait vers elle beaucoup de richesses. Alpha du Centaure, Altaïr, le système de Alaraph, véri-tables plaques tournantes, avaient vu leur trafic diminuer. À cela 15
LA TRILOGIE ATLANTE —————————————————s’ajoutaient les crises qui avaient frappé le système de Sol, lorsque Mars avait voulu prendre la place de la Terre et que Ganymède, Callisto, Io et Europe s’y étaient opposés. On avait craint un instant qu’éclate une guerre civile. Le Cercle avait envoyé des médiateurs pour calmer la situation. Phœbe savait en gros ce que représentait le Cercle. C’était une organisation religieuse fondée par le pasteur Ézéchiel Middleway à l’issue de la guerre. Elle avait pris de l’importance en participant à la reconstruction. Elle dis-posait de fonds énormes, dont on ignorait l’origine. Elle était de tous les combats, donnant son avis sur tout. Elle avait offert à la Fédération d’envoyer sa milice pour combattre les sécessionnistes de Beta CDB. Tout le monde avait été impressionné par ces hommes en uniforme écarlate, portant une grande croix de fer sur leur poitrine et canardant les rebelles sans la moindre hésita-tion, alors que des officiers des Forces Fédérées avaient refusé de faire feu sur les insurgés. Lors de leurs procès, le Cercle avait demandé la clémence et avait été entendu. Les officiers avaient été condamnés à une peine de cryogénisation réduite. L’un d’entre eux était même entré dans l’organisation, par la suite. Il répétait d’ailleurs souvent que Dieu lui avait montré la voie du-rant son sommeil et qu’il était désormais un autre homme. Il s’agissait de Denzel Oakley. Phœbe éteignit le lecteur holo. et se frotta les yeux. En rou-vrant les paupières, elle remarqua un homme assis au fond de l’atrium et qui la regardait avec insistance. Il s’agissait du même mécanicien qu’elle avait croisé le matin même. Elle n’aimait pas la façon dont il la fixait. C’était comme d’être observée par un ani-mal vicieux. Il se leva, en faisant grincer sa chaise contre le revê-tement du sol. Pendant un instant, elle crut qu’il venait vers elle. Il ne la quittait pas des yeux. Elle fit mine de se lever, avant qu’il ne l’ait rejointe. Un groupe de techniciens entra à son tour dans l’atrium, avec un joyeux tapage. L’homme donna l’impression d’hésiter, de se rétracter, pour tourner les talons et sortir à grands pas de la salle. La jeune femme poussa un soupir de soulagement. Elle devenait paranoïaque. Cet homme ne lui voulait rien. Il y avait peut-être quelque chose qui clochait chez elle. Elle attendit pourtant quelques instants, avant de quitter l’atrium et retourner à sa cabine. Elle croisa Sammati qui lui demanda si elle avait une 16
LES FILS DU SOLEIL —————————————————affectation. Comme elle lui répondait par la négative, il l’envoya au hangar pour aider à la répartition de l’approvisionnement sur les différents ponts. Elle y travailla jusqu’à l’heure du dîner. À l’atrium, elle retrouva Adénua en pleine discussion avec deux autres chefs d’équipe : un grand Noir au visage couturé de tatouages, dont la blancheur des dents éclatait, lorsqu’il partait de son grand rire tonitruant, et un blond du nom de Voller, dont la rumeur disait qu’il était dans les petits papiers de Wrona. Phœbe se glissa silencieusement dans ce petit groupe. Voller lui lança un regard inamical, en remarquant son statut devolant, mais le Noir, qui s’appelait Geretti, lui tapa amicalement sur l’épaule, avant de les quitter. Les deux femmes se retrouvèrent seules, après le dé-part du blondinet que la jeune femme décida de caser dans le rayon nuisible. Elle plaignait ceux sous ses ordres. Durant le peu de temps qu’elle l’avait entendu parler, elle n’avait perçu que “ Moi, je... ” Une formule qui définissait tout à fait le bon-homme. De toute manière, pour s’acoquiner avec Wrona, il fallait soigner son égocentrisme..., enfin pas trop. Ad nota la mine sombre de sa partenaire et lui demanda : — Qu’est-ce qui t’arrive encore ? Tu ne t’es toujours pas re-mise de ta gueule de bois ? — Aujourd’hui, je me suis demandé si j’avais ma place dans ce vaisseau. J’ai l’impression de vivre dans un autre monde. — T’inquiète, tu t’y habitueras. — J’en suis pas si sûre, rétorqua Phœbe avec un frisson. Qu’est-ce qu’ils ont, tous les mecs d’ici ? — J’ai fait un calcul, répondit Adénua en s’asseyant à une table et en lui faisant signe d’en faire autant. Il y a environ trois hommes pour une femme à bord de l’Astarté. Étant donné que toutes ne sont pas des canons, cela réduit d’autant le choix de ces messieurs. Tu ne devrais pas autant te plaindre si on te regarde. D’autres voudraient être à ta place. — Même quand c’est le capitaine ? Ad pâlit et se pencha vers elle pour lui chuchoter : — Tu n’es pas sérieuse ? — Quand t’es partie, ce matin, je l’ai senti dans mon dos. C’était comme d’avoir un serpent qui vous siffle aux oreilles. —Je vais me débrouiller pour changer ton affectation. 17
LA TRILOGIE ATLANTE —————————————————— C’est ça, pour que tout le monde à bord croie que je suis ta protégée. Non merci. Et puis, le capitaine saurait que j’ai remar-qué son petit manège. Il peut accélérer la course. Je m’en sortirai. — Je garderai un œil sur toi. Je n’ai aucune envie qu’il te dé-barque sur un astéroïde, parce qu’il t’aura mise en cloque. Phœbe ferma les yeux un court instant. Un fantôme de sou-venir venait de lui passer par la tête, mais il lui avait échappé et elle ne parvenait pas à saisir son parcours pour tenter de le faire renaître. Elle rouvrit les yeux sur son amie inquiète. — Ad, quelque chose cloche chez moi depuis ce matin. — J’ai bien l’impression que tu as dû abuser d’un mauvais carburant à ta petite fête d’hier soir. — Une fête ? Avec qui ? s’exclama-t-elle. — Je t’ai vue sur les docks avec un mec et une bouteille. Tu tenais plus debout. T’as eu bien raison d’en profiter, quand on voit l’ambiance à bord. Ça donne envie de revenir à Alaraph par ses propres moyens. On va se prendre un bon repas et profiter de notre soirée. Elles se levèrent toutes les deux en même temps pour se diri-ger vers le distributeur du Service Automatique de Restauration (S.A.R.). Phœbe regarda son amie se mouvoir avec une noncha-lance étonnante. Adénua était une personne qui forçait le respect, ne serait-ce qu’à cause de son mètre quatre-vingt de haut. Elle était taillée tout en force, avec des rondeurs généreuses là où il fallait. Son visage, ni beau ni laid, forçait l’attention. Elle avait des traits asiatiques, avec une bouche trop grande, et des yeux en amandes qui s’étiraient jusqu’aux tempes sous des sourcils fins et arqués. Son nez était un peu empâté, au milieu de ses pommettes hautes. Ses cheveux noirs étaient coiffés en brosse sur le haut du crâne et retombaient en boucles serpentines sur sa nuque. Ses mains... Phœbe frissonna sans savoir pourquoi. C’étaient des mains de tueuse. La gauche était ornée d’une bague, un gros an-neau d’or grossier qui accrochait la lumière. Les ongles étaient courts et soignés. La jeune femme regarda ses propres mains : ses ongles étaient rongés par endroit et elle portait des traces d’écorchures qu’elle ne s’expliquait pas. Ses mains étaient très blanches, comparées à celles d’Adénua et ne semblaient pas habi-tuées aux manipulations qu’elle avait dû faire aujourd’hui. Sous 18
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