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La triste histoire des frères Grossbart

De
480 pages
« On n'est pas des voleurs, on n'est pas des assassins. On est juste des gens de bien à qui on a fait du mal... » Nous sommes en 1364. Dans les sombres forêts de l'Europe du Moyen Âge, aucune sorcière, aucun démon ne rivalise avec les jumeaux Hegel et Manfried Grossbart. Pieux, mais horriblement cruels, les frères meurtriers entament un macabre pèlerinage sur les routes médiévales de l'Europe dans une quête vers la lointaine Égypte et ses tombes emplies de richesses. En chemin, ils vont croiser brigands, sorciers et prêtres défroqués, volant et tuant selon leurs besoins. Vous ne trouverez point d'antihéros poignant chez nos Grossbart, mais des meurtriers sans âme...
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Titre original : The Sad Tale of the Brothers Grossbart
Illustration de couverture : István Orosz
Design de couverture : Keith Hayes et Lauren Panepinto
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurent Philibert-Caillat
Traduction révisée par Zibeline & Co
ISBN : 9-782809-434941
ECLIPSE EST UNE COLLECTION DE PANINI BOOKS
www.paninibooks.fr
© Panini S.A. 2013 pour la présente édition. Copyright © 2009 par Jesse Bullington Première publication aux États-Unis par Orbit.

Dédié à Raechel, David, Molly, Travis, John, Jonathan.

PRÉFACE

L’HISTOIRE DES FRÈRES Grossbart ne commence pas avec la découverte, voici cinq cents ans, des pages enluminées de Die Tragödie der Brüder Große Bärte glissées au milieu d’une bible à demi copiée dans un monastère allemand, non plus qu’elle ne se termine avec l’incinération de ces irremplaçables manuscrits lors du bombardement de Dresde au siècle dernier.

Même la myriade de récits oraux, qui fut finalement compulsée par un moine anonyme dans le codex précité, constitue un point de départ bancal et, comme l’attestent les récentes découvertes des universitaires, les chroniques des frères Grossbart attendent toujours leur conclusion. La persistance pan-culturelle de ces contes médiévaux rend d’autant plus étrange leur absence de traduction moderne. Les seuls textes accessibles au lecteur contemporain restent une poignée de réimpressions des documents originaux, effectuées au XIXe siècle, ainsi que la traduction versifiée de Trevor Caleb Walker, heureusement épuisée car il est manifeste, tout au long des pages de cet ouvrage publié à compte d’auteur, que Walker était bien meilleur érudit que poète. C’est ainsi qu’est né le désir de relater Die Tragödie d’une manière qu’aurait appréciée son public originel.

La distinction faite ici entre les histoires et une histoire est, a priori, une première : plutôt que de considérer Die Tragödie comme une compilation de fragments indépendants, comparable au Roman de Renart (qui date de la même époque), je me suis concentré sur la quête qui anime les Grossbart, afin de reconstituer une narration cohérente et linéaire. L’un des avantages de cette approche est qu’elle permet d’intégrer des histoires auparavant demeurées sans lien, des divergences qui mettent en lumière certains aspects de la trame principale, quand bien même elles semblent de prime abord n’avoir rien en commun, hormis le temps et le lieu. Autre conséquence de cette approche, le voyage est ponctué de brefs «  bonds  » témoignant de l’élision d’aventures par trop répétitives.

Les érudits, curieux de savoir si l’auteur a choisi le camp des apologistes Dunn et Ardanuy ou celui des révisionnistes Rahimi et Tanzer, seront déçus : le récit qui suit est destiné à un public qui n’a pas encore fait la connaissance des Grossbart, si bien qu’il reste vierge de toute fioriture académique. Pour cette raison, et pour ne pas distraire inutilement le lecteur moyen, les pages qui suivent ne sont pas annotées, et l’interprétation la plus répandue de tel ou tel événement a été privilégiée par défaut lorsque des variantes existaient. Comme nous l’avons dit plus haut, les différentes versions régionales des aventures des Grossbart sont bien souvent remarquablement similaires, hormis en ce qui concerne le lieu où elles se déroulent.

FAIRE RESSORTIR CES inutiles divergences aurait nuit à l’objectif de ce projet, qui est de retranscrire le récit tel qu’il a dû être dans sa forme originelle. Après tout, le serf allemand moyen ne devait pas être conscient du fait que ses homologues hollandais blâmaient sa patrie pour avoir engendré les Grossbart, de même qu’un marchand de Dordrecht ignorait tout du fait que les Allemands de Bad Endorf tenaient sa ville pour le lieu de naissance des jumeaux.

Ceci est assez révélateur du gouffre qui sépare les lecteurs actuels du public originel des histoires, un public si différent de nous que nous ne pouvons pas le comprendre. Par exemple, les premiers conteurs et leurs premiers auditeurs devaient prendre très au sérieux les éléments fantastiques et violents du récit : seule la faible lueur d’un âtre ou d’un feu de camp les séparait de la nuit. Le XIVe siècle, qui vit cette histoire se dérouler et être racontée, était, comme l’écrit Barbara Tuchman en préface de son Histoire de la période : «  un âge de violence, de tourment, d’ahurissement, de souffrance et de désintégration ; l’époque, comme beaucoup l’ont pensé, du triomphe de Satan.  »

Or, ce n’est pas une décision arbitraire qui a poussé Tuchman à intituler son œuvre Un lointain miroir. Les tragédies et les atrocités semblent intrinsèquement pires lorsqu’on les considère longtemps après qu’elles se sont déroulées, mais malgré tout ce que nous avons accompli, des guerres continuent de faire rage, des soulèvements justes sont impitoyablement réprimés, les persécutions religieuses font florès, la famine et les épidémies déciment encore les innocents. Ceci n’a pas pour vocation d’atténuer les cruautés qui parsèment les pages qui suivent, ni d’en faire l’apologie, mais simplement de proposer au lecteur qui en aurait besoin un prisme à travers lequel les situer.

Nous ne saurons jamais si les Grossbart étaient des héros ou des monstres, car, comme le note Margaret Atwood dans son roman La servante écarlate : «   Nous pouvons faire revenir Eurydice du royaume des morts, mais nous ne pouvons pas la faire répondre à nos questions ; et lorsque nous nous retournons vers elle, nous ne l’apercevons qu’un bref instant avant qu’elle ne nous échappe et s’enfuie.  » Il est probable que les Grossbart auraient pris ombrage d’être associés à la sorcellerie du voyage d’Orphée aux Enfers. Quant au compte-rendu à venir de leurs aventures, nous ne saurons jamais si leur public médiéval l’aurait approuvé. Ce conte a été exhumé pour notre édification, et si j’ai effectué quelques ajustements afin qu’il corresponde à nos goûts modernes, son esprit perdure et reste inépuisable. «  Comme le savent tous les historiens,  » conclut Atwood, «  le passé est ténèbres, et empli d’échos. Des voix peuvent nous atteindre, mais ce qu’elles tentent de nous dire est empreint de l’obscurité de la matrice dont elles proviennent ; et, si fort que nous essayions, nous ne pouvons pas toujours les déchiffrer précisément à la lumière plus vive de notre propre époque.  » Gardons donc ces sages paroles à l’esprit ; dressons maintenant l’oreille et dirigeons notre regard sur les frères Grossbart et leurs débuts à Bad Endorf.

Jesse Bullington

I
Le Premier Blasphème