La Troisième Prophétie

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La Troisième Prophétie de Jean de Jérusalem, qui annonce la fin de la Chrétienté et l’hégé­monie de l’Islam sur les peuples d’Europe, a disparu. Sa trace se perd à Saint-Michel-de-Cuxa, un monastère du sud de la France...

La Main Noire, une Organisation rendue célèbre par l’as­sassinat de l’archiduc d’Autriche à Sarajevo en 1914, cherche à tout prix à se l’approprier pour servir ses ambitions criminelles. La divulgation du texte serait en effet de nature à créer le chaos mondial...

Pris dans le tourbillon de ce complot aux rami­fications internationales, l’abbé Salvat, simple curé de village et Vincent, un jeune paysan à la recherche de sa mère, vont s’apercevoir que cette dernière est liée à la disparition du manuscrit. De Pise au lac de Garde, en passant par Séville et le Duomo de Milan, ils vont tenter de remonter, énigme après énigme, jusqu’à la prophétie tant convoitée.

Un Thriller étonnant et détonnant qui renouvelle littéralement le genre !


Publié le : jeudi 7 mai 2015
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EAN13 : 9782366521184
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ISBN 9782366521184

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La Troisième Prophétie
Gérard Raynal

Merci à Robert Azaïs pour son aide précieuse,

à Danielle et à Natacha

1

An de Grâce 1100 - Jérusalem, maison templière

Jean de Vézelay éprouvait toutes les peines du monde à trouver le sommeil. Des images traversaient son esprit, celles de massacres organisés au nom de Jésus par les croisés du pape, celles d’infidèles passés au fil de l’épée. Il se souvenait des flammes immenses qui brûlaient les villages. Mais c’était surtout son passage sur les pentes du mont de Jérusalem qui l’avait marqué. Là, il avait eu sa première révélation ! Là, les hallucinations lui étaient venues ! Il avait vu de grands navires traverser le ciel, il avait vu des éclairs destructeurs tomber des nues comme un châtiment divin, il avait vu des armées immenses anéanties par la seule force d’un Dieu qui n’était pas le leur. Tant d’images incompréhensibles s’étaient inscrites sur le rideau sombre de ses nuits, que le moindre bruit le faisait sursauter.

Il grogna, se retourna sur sa couche et se leva.

En ce début de décembre de l’an de grâce 1100, un froid intense régnait dans sa cellule. Il s’agenouilla sur le prie-Dieu, cacha son visage de ses deux mains et pleura. Le cauchemar était revenu ! C’était un rêve terrifiant ! Un rêve qui parlait de mort et de destruction. Une voix venue de l’intérieur de son âme lui narrait des choses effroyables. Cette fois encore, il fut pris d’une irrésistible envie d’écrire, afin de laisser une trace de toutes ces chimères qui perturbaient ses nuits. Il s’approcha de son écritoire, passa un vêtement de laine sur ses épaules et alluma la chandelle.

Il y avait dans ses mots des visages tordus de douleur, des hordes sauvages venues d’Orient sur de rustiques caravelles, il y avait des églises en feu, des têtes chrétiennes qui roulaient au pied des assassins. Il y avait des enfants esclavagés et d’autres massacrés, des filles forcées dans la couche de vieillards lubriques, des femmes soumises, des hommes réduits au rang de bêtes…

Mais tant d’autres choses le désespéraient ! Tant d’autres choses ! Il ne voyait rien pour son temps à lui, mais plutôt pour des ères reculées où luxure et corruption seraient la règle, où l’homme et la femme chercheraient à se confondre en un sexe unique, où le pape lui-même reconnaîtrait l’union d’un homme avec un homme, d’une femme avec une femme. Où copulation et jouissance seraient la règle universelle. Où l’enfant serait marchandise que l’on pourrait acheter et s’en amuser, où le corps humain serait démantelé afin d’être vendu en morceaux, comme une vulgaire marchandise. Une ère où la vie humaine ne vaudrait rien, où l’errance serait la seule chance de survie, où les sauvages arracheraient de leur maison des familles entières de chrétiens et les trucideraient dans le but de s’approprier leurs biens. Une ère où les valeurs spirituelles auraient disparu, où le nom de Dieu ne serait qu’un étendard utilisé pour asseoir la puissance des hommes, où le ventre des femmes serait devenu un instrument d’invasion.

Il respira à pleins poumons l’air glacial de sa chambre de moine afin de chasser toutes les impressions qui l’assaillaient. Son corps entier frissonnait maintenant.

Au-dehors, des chiennes en gésine hurlaient. Un cheval s’ébroua sous ses fenêtres. Le vent charriait entre ses mains des lames de froidure.

Il descendit jusqu’à la chapelle où il s’agenouilla face au maître-autel. Il implora Dieu de faire cesser les horribles visions qui le torturaient de plus en plus souvent. Mais Dieu avait sans doute des choses plus importantes à accomplir. Des torrents de sang remplissaient les rues, des villes entières succombaient sous les coups des barbares infidèles, des prêtres mouraient pendus, ou leur tête finissait plantée au sommet de lances acérées. La chair des nouveau-nés nourrissait les pères à leur insu, les filles impubères étaient mariées de forces ou lapidées. Les femmes devenaient esclaves de maîtres rendus fous par une foi aveugle en un Dieu différent du leur, le monde n’était rien qu’un immense chaos. D’autres lieux de culte remplaçaient les églises, les peuples chrétiens étaient contraints d’adorer un Dieu qu’ils n’avaient pas choisi, ou de mourir…

L’obscur régnait partout, la joie avait quitté les cœurs.

Messire de Vézelay remonta dans sa cellule dans l’intention de coucher sur la page les mots de sa prophétie : « Lorsque débutera l’ère qui suit l’An Mille qui vient après l’An Mille - Les femmes de foi en Jésus auront les entrailles ouvertes - Et leurs viscères serviront à nourrir leur père ». Ce serait sa troisième prédiction. Dans les deux précédentes, il avait décrit ce que serait le monde de l’avenir, sans pouvoir désigner avec certitude l’époque où tout cela surviendrait. Mais là, des mots plus terribles et précis dansaient sur sa feuille, des mots qui racontaient la fin de l’ère chrétienne, qui racontaient la haine, la mort, la souffrance et la peur. « Ils subiront l’épieu, leur chair sera rôtie - et offerte en pâture aux chiens affamés et aux pourceaux… » Il écrivait comme pour lancer un avertissement à ceux d’entre les descendants de sa race qui liraient ses versets. Pourtant, il savait qu’ils n’y pourraient rien changer. Ce qui devait advenir adviendrait. Beaucoup de choses qu’il décrivait l’effrayaient. Ces navires volant au ciel, ces éclairs descendus des nuages pour tuer, ces épées qui semaient la mort à des lieues de distance, ces embarcations qui plongeaient au fond des océans, le terrorisaient. Bien sûr, il avait lu l’Apocalypse de saint Jean, et ne manquait pas de faire le rapprochement avec ses propres visions, mais chez lui c’était différent, ce n’étaient pas Dieu qui punissait les hommes, mais des humains qui avaient perdu leur âme. Il se désolait à cause de ces mortels des âges avancés qui allaient tant souffrir. Il aurait voulu que tout cela ne soit qu’un pur dérèglement de son esprit, mais il se sentait sain, messire Jean, et très éloigné des abysses insondables de la folie. Il avait des visions, seulement des visions.

Maintenant, debout devant sa planche d’écriture, il tremblait, comme pris par la fièvre. C’était le signe ! Mais la cloche appelait les moines à mâtines. Il devait rejoindre ses frères dans la chapelle afin d’entendre la messe.

L’office terminé, il se livra au père abbé en qui il avait placé toute sa confiance. Depuis le premier jour, ses visions, il les racontait à ce sage, ami de Jésus. Le vieil homme l’écoutait sans un mot et savait, par des regards d’une grande douceur, apaiser ses effrois et effacer ses doutes.

— Alors frère Jean, ce jour, je vous trouve bien épuisé, vous avez eu encore vos habituels cauchemars ?

— Certes, père abbé, ils sont revenus.

— Que vous ont-ils enseigné, cette fois ?

— Que dans l’ère qui viendra après l’an mille qui vient après l’an mille, la religion d’Orient dominera la terre, et qu’elle sèmera sur sa route une immense souffrance, des destructions et la mort de millions de chrétiens. Elles m’indiquent que les prêtres périront par l’épée, que Sa Sainteté, elle-même connaîtra la mort la plus atroce. Qu’un califat nouveau tentera d’imposer sa loi au peuple de Jésus.

— Ce ne sont que des songes, Jean !

— Non, messire abbé, non, pas seulement des songes, ces visions parlent un langage de vérité, elles me portent des images que jamais je n’aurais pu inventer. J’y vois des navires qui volent et des armes qui tuent par-delà les océans, j’y vois des bateaux s’enfoncer dans les eaux et en ressortir sans dommage pour y replonger encore. J’y vois de grandes maisons remplies de soleils exploser en semant la mort et la damnation de multiples lieues à la ronde. J’y vois les peuples s’entretuer au nom de Dieu, et les infidèles triompher partout. J’y vois des continents de glace fondre par la folie des hommes et des mers si grosses qu’elles avaleront les terres basses.

— Vous imaginez, mon frère.

— Mais comment pourrais-je imaginer de telles choses ? Comment mon esprit d’homme simple pourrait-il faire voler des caravelles ? Et par quel miracle verrait-il ce qui n’existe pas ?

— Je ne sais, frère Jean, je ne sais, mais je suis attristé de vous voir aussi fébrile et exténué à cause de rêves si violents.

— Ce ne sont pas des rêves, et puis, je n’y peux rien père, je n’y peux vraiment rien si je vois des églises brûler, des couvents écrasés, et des nones forcées, je n’y peux rien… tout cela m’est envoyé et je le reçois en toute humilité. Jésus lui-même semble incapable de me débarrasser de ces horribles visions. Alors, j’écris dans le but d’avertir ceux qui nous suivront, du danger qui les menace. J’écris pour ne pas devenir fou, pour apaiser en moi tous ces tourments.

Jean de Vézelay était envahi d’une profonde tristesse. « Pourquoi ai-je été choisi pour une telle mission ? » se demandait-il. Il avait peur. Pas pour lui, pas pour les siens, ses frères templiers, sa famille, ses amis, mais pour tous ceux qu’il voyait dans ses cauchemars, ces chrétiens de lendemains incertains qui, impuissants, se trouveraient bien seuls face à l’hégémonie des hordes venues leur imposer leur loi. Alors, il priait de toute la force de son âme. Il priait avec ardeur, avec passion. Toutefois, il savait que tout ce qui était écrit se réaliserait. Ses prières ne serviraient à rien.

Ses images reviendraient…

 

Le jour battait son plein maintenant sur Jérusalem. La vie coutumière avait repris avec ses tâches spirituelles ou temporelles qui l’accapareraient jusqu’à la nuit où, il le savait, ses images reviendraient. Le soir, avant de rejoindre sa cellule, il montait sur une haute terrasse attenante à la salle commune et qui surplombe la rue. De là, il pouvait se gorger du spectacle formidable de la ville élue. Des feux allumés sur les murailles, des ombres rendues gigantesques par les flammes de grands brasiers, les cris d’animaux en souffrance, ou de blessés que Jésus n’était pas venu secourir lui nouaient la tripaille. Il avait tant vécu de combats, consolé tant de mourants, que la douleur humaine lui était insupportable. Le ciel et la terre se confondaient dans le lointain. Il songeait à sa Bourgogne, aux années d’insouciances dans l’abbaye de Vézelay, en compagnie de ses frères novices. C’était le temps d’un bonheur révolu, le temps des rires, des jeux d’osselets, le temps de la vie sereine, sous le regard de Dieu. Enfant, il avait rapidement subi le grand choc de la foi. Jésus était devenu alors le personnage le plus important de son existence et Marie, la mère rêvée. Bien sûr, il aimait les siens également, mais cet amour-là, si pur, si grand, détaché des contingences matérielles, le tenait plus encore que les sentiments qu’il vouait à sa famille terrestre. Il n’avait jamais su expliquer pourquoi cette chaîne invisible le rattachait aux maîtres du ciel.

Mais aujourd’hui, il avait peur.

Peur de voir revenir les images, peur d’entendre dans sa tête le cri des suppliciés, peur que disparaisse sa foi en ce Dieu qui, il le savait désormais, allait abandonner son peuple.

2

Juin 1920 - Les Cramats, sud de la France

Vincent vit le vieil ouvrier s’arracher à une trouée lumineuse, tout en bas de la prairie. Sa grande carcasse brinqueballée par les irrégularités du terrain se dessinait sur l’herbe d’un vert parfait des Estrellas, le pré où paissaient les vaches du père. Jamais il ne l’avait vu si pressé. Ses bras immenses tournoyaient comme les pâles d’un sémaphore. L’homme franchit le ruisseau et fonça droit sur les Tuilières. Sa voix était audible maintenant :

— Mossou Vicens, mossou Vicens…

Le jeune homme savait déjà ce qu’on allait lui annoncer. Quelques mètres encore, et le vieillard serait là, tout près. Cela faisait bien longtemps qu’il n’était pas monté jusqu’ici, le vieux Séraphin, le chemin était trop pentu. Qu’est-ce qu’il y aurait fait, d’ailleurs, il ne s’occupait plus des vaches depuis belle lurette !

— Mossou Vicens, mossou Vicens… C’est la mère, la mère s’en va !

Vincent s’en doutait un peu, le matin même il avait quitté la mère dans un état qui ne laissait rien présager de bon.

— Le père veut que vous « venez », vite, vite !

Le vieux garderait les animaux, Vincent descendrait aux Cramats.

Plus il s’éloignait des Tuilières, plus l’anxiété montait en lui. Qu’allait-il découvrir à son arrivée ? Un corps sans vie ? Une malade en pleine crise ? Cela faisait des semaines que la maladie consommait petit à petit les poumons de la pauvre Adeline. Le soir, ses quintes de toux résonnaient entre les murs de la grande demeure et ses gémissements réveillaient toute la maisonnée, plusieurs fois par nuit. Vincent se levait et d’une main patiente, nettoyait la bave blanche et putride qui sortait de la bouche crispée de la pauvre malade.

Mais aujourd’hui, elle agonisait.

Du réduit transformé en chambre depuis que la mère ne pouvait plus monter à l’étage, aucun bruit ne sourdait, sinon celui d’une prière. L’abbé Soubielle dressé devant le lit, goupillon bien en main, arrosait copieusement la mourante. Puis il se signait et prononçait des mots en latin que nul ne pouvait comprendre. L’arrivée de Vincent l’arrêta net.

Le garçon s’approcha de la mère et caressa sa joue en un geste d’une inhabituelle douceur. Elle le sentit, ouvrit les yeux que la fatigue avait clos, et marmotta quelques mots :

— Fils… demande-leur… de partir…

Il les fit sortir, le père en tête, suivi du curé, de son enfant de chœur, et de l’infirmière, une religieuse du couvent de sainte Catherine, qui s’était installée chez eux le jour où la maladie avait cloué la patronne au lit.

— Viens, fils, j’ai quelque chose à te dire.

Le jeune homme se pencha vers sa mère, allongée sur sa couche de souffrance, l’oreille si près de sa bouche, qu’elle aurait pu la baiser ou la mordre. Elle fit pire que la mordre en murmurant :

— Écoute Vincent… je ne suis pas ta mère !

Il se releva d’un coup, indigné ! « Je ne suis pas ta mère ! » Il pensa qu’à l’approche de la faucheuse, elle délirait. Mais les lèvres bougeaient encore, et il devinait, dans un salmigondis informe de mots, toujours la même phrase : « Je ne suis pas ta mère ! » Les yeux de la mourante brillaient d’un feu presque joyeux que le garçon trouva singulier et même inconvenant. « Je ne suis pas ta mère ! »

Quelques instants plus tard, après que son corps de suppliciée se tordît dans un sursaut effrayant, il s’avança encore. Elle ne respirait plus. Une sorte de sourire figé s’était inscrit sur sa bouche. Vincent s’en étonna. « A-t-elle vu l’autre côté du rivage ou a-t-elle pris du plaisir à me délivrer cette annonce assassine ? », se demandait-il.

Jamais il ne le saurait !

 

*

 

Un seul d’entre les employés, un certain Hippolyte Ramonet, travaillait déjà aux Cramats avant la naissance de Vincent. C’était un taciturne, pas facile à aborder, mais dont le cœur explosait de gentillesse. C’est avant le repas du soir que le garçon l’interpella :

— Hippolyte, je peux te voir ?

Un grognement lui servit de réponse.

— Tu la connaissais depuis longtemps la mère ?

— Oui, longtemps !

— Avant ma naissance ?

— Bien avant !

— Tu m’as vu naître alors ?

Le vieil homme posa sur Vincent un œil curieux, s’éloigna, bougonna à nouveau :

— Oui, je t’ai vu naître.

— Dis-moi franchement Hippolyte, je suis son fils ou non ? Parce qu’avant de mourir, elle m’a annoncé qu’elle n’était pas ma mère.

La lourde tête du journalier battait en lentes oscillations. Il s’appuya au tronc d’un conifère qui bordait le chemin, bourra sa pipe, la mâchouilla quelques instants, mais ne l’alluma pas.

— Je la fumerai après la soupe, dit-il.

— Raconte-moi Hippolyte, j’ai besoin de savoir ce qui s’est passé à l’époque de ma naissance. Si tu m’aimes un peu, dis-le-moi !

Le vieil homme tourna bride et s’engagea sur le chemin du retour.

— Hippolyte !

Il interrompit sa marche un instant, puis la reprit, sans même se retourner. Vincent le rattrapa, le prit par un bras.

— Alors, pourquoi tu me dis rien ?

— J’ai rien à dire !

Mais le garçon savait que ce renoncement, ce refus de se livrer, cachait quelque chose d’inavouable.

— Si tu veux pas parler, c’est que tu connais des choses qui font mal.

Les yeux de l’ouvrier, embués de larmes, racontaient à sa place des histoires désolantes.

— Tu m’aimes vraiment pas… et moi qui croyais… et moi qui pensais avoir trouvé en toi une sorte de grand-père…

Alors, parce qu’il l’aimait et ne voulait pas le perdre, ce gamin, il racla sa gorge, calma un sanglot, et d’une voix monocorde, lentement, comme on récite, raconta… Il raconta que le père et la mère ne pouvaient pas avoir d’enfant.

— Un jour, ta vraie maman est arrivée. Elle a demandé de l’ouvrage et il y en avait. Elle était belle, très belle, elle ressemblait à la vierge Marie de Consolation, tout le monde l’aimait ici, oh ça oui, tout le monde l’aimait ! Alors, elle s’est trouvée enceinte, lança-t-il d’un ton presque plat.

— De qui ?

— De ton père, Vincent ! Justine, elle s’appelait Justine, c’était chasse gardée, personne n’avait le droit de la toucher, personne à part lui ! Et un matin, tu es né, petit. Tu aurais vu comme elle était contente de t’avoir, tu aurais vu !

Vincent semblait désemparé.

— Elle est où maintenant, tu le sais toi ?

— Non, un jour, peut-être deux mois après ta naissance, elle a disparu !

— Mais dis-moi Hippolyte, elle l’aimait mon père pour avoir fait un enfant avec lui ?

L’ouvrier passa une main agacée dans ses cheveux, sous le béret crasseux qu’il ne quittait jamais.

— Parle, je t’en prie, le poussa Vincent.

— Il l’a forcée à faire ces choses. Je le sais, je l’ai vu ! Un soir, j’étais dans le pailler avec elle, je lui portais sa soupe, parce que ta mère ne la voulait pas dans la maison. J’ai entendu l’échelle craquer, alors je me suis caché. Il est venu, et il l’a prise de force… elle a crié, il a placé sa main sur la bouche de la pauvrette, alors personne n’a entendu, sauf moi, bien sûr !

Maintenant, Vincent était rouge de colère. C’est en le voyant ainsi, qu’Hippolyte tenta de se justifier :

— Si j’étais intervenu, il m’aurait renvoyé, et moi, j’avais ma Julia à nourrir à l’époque, je pouvais pas, alors je me suis occupé d’elle, je l’ai soignée, je lui ai apporté de l’eau, je lui ai tenu chaud entre mes bras. Elle a pleuré longtemps.

— Pourquoi elle n’est pas allée voir la gendarmerie ?

— La gendarmerie ! Mais mon petit, personne ne l’aurait crue, ça aurait été la parole d’une pauvre fille contre celle d’un notable, n’oublie pas qu’à l’époque ton père était conseiller municipal ! Mais le pire, c’est qu’il est revenu.

— Il est revenu ?

— Oui, tous les soirs, il montait au pailler dans l’espoir de recevoir son petit cadeau, et elle, la pauvrette, elle s’était habituée à lui abandonner son corps sans se révolter, parce qu’elle avait peur.

Vincent était choqué d’apprendre que son géniteur l’avait conçu en forçant sa mère. Il ne pourrait plus le regarder en face sans être dégoûté. Un vrai saligaud !

C’est là, à cet instant précis, qu’il décida de partir à la recherche de celle qui lui avait donné la vie.

Le vieil homme avoua :

— Je portais ça sur mes épaules comme le Christ sa croix. Aujourd’hui, je viens de poser la mienne sur le bord du chemin. Tu sais, garçon, je n’ai jamais pu pardonner à ton père d’avoir autant maltraité ma petite Justine, elle avait à peine quatorze ans à l’époque !

— Quatorze ans ! s’exclama Vincent visiblement scandalisé.

Il ajouta énervé :

— Je la retrouverai !

Hippolyte gratta son front luisant de transpiration. Chacun de ses silences se teintait d’émotion. Il poursuivit :

— Alors, ils l’ont chassée et t’ont gardé comme leur fils !… Elle est revenue deux fois, la première, tu devais avoir deux ans, elle était seule… et là… Il l’a attirée dans la grange en lui faisant croire que tu y étais, et l’a encore forcée. La seconde fois, c’était il y a quatre ans, elle était arrivée en compagnie d’un manchot, et toi tu étais dans les prés de Malaigua avec les vaches.

— Tu as dit un manchot ?

— Oui, un manchot. Le père les a fait fuir avec son fusil !

Vincent serrait ses poings. L’envie d’aller châtier cet homme indigne qui avait fait tant de mal à sa mère le tenaillait, mais il se retint. Difficilement !

— Elle avait porté plainte à la gendarmerie à l’époque. Ils sont venus interroger ton père. Finalement, on n’en a jamais plus entendu parler. Il connaît beaucoup de monde, tu sais ! Comme pour ajouter à la détresse du garçon, il ajouta :

— Il y a quelque temps, le manchot est revenu, seul. Il voulait te parler soi-disant, mais ton père l’a frappé avec sa fourche et il a dû s’enfuir, sinon il se faisait embrocher.

— Il l’a blessé ?

— Oui, je crois bien, vu comme il saignait le misérable !

— Mais c’est monstrueux ! ne sut que répondre le jeune homme.

 

La nature s’éveillait à peine, des chiens aboyaient dans le lointain. Un coq s’égosillait. Un léger vent du Nord caressait la cime des grands chênes. Une nouvelle journée se levait sur les Albères que les pluies du printemps avaient revigorées.

3

1920 - Paris, siège de la banque R…

La salle secrète du conseil située au sous-sol de l’établissement bancaire bruissait d’agaçants murmures. Ils étaient une vingtaine, réunis autour d’une immense table de bois rouge. Afin de n’être pas reconnus, presque tous avaient revêtu la coule traditionnelle de l’Organisation, dont le coqueluchon aux bords tombants escamotait les visages. Abraham R. installé sur une petite estrade en surplomb de l’assemblée, les regardait sans un geste, sans laisser apparaître la moindre émotion. Chaque fois qu’il les réunissait, il leur annonçait des choses importantes, un nouveau projet, une mission du plus grand intérêt. Tous se doutaient qu’une telle séance allait engendrer de redoutables événements. Abraham R. se leva.

— Frères, dit-il, je tiens à vous faire part d’un projet magnifique dont la réalisation provoquera, je l’espère, la chute de l’Occident et la mise sous contrôle des démocraties dégénérées qui le composent…

Un bourdonnement de satisfaction inonda la salle. La chute de l’Occident et le chaos mondial étaient leurs souhaits les plus chers. Ils rêvaient tous, à l’instar des grands banquiers qui dirigeaient l’Organisation, de transformer les peuples en esclaves, soumis à leur idéologie mondialiste, de créer une société idéale libérée de ces idoles ineptes qui l’abrutissent depuis des millénaires, sans nations, sans races, une société universelle, bâtie autour de la consommation de masse et tournée entièrement à leur profit. Une société dont le seul Dieu serait Belzébuth, leur maître. Les membres s’agitèrent. Aucun bruit ne sourdait de l’extérieur. Fenêtres, portes, étaient fermées et même calfeutrées.

— … comme vous le savez, notre dernière action en 1914 n’a pas rendu ce que nous en attendions, mais les dégâts qu’elle a occasionnés en Europe nous ont permis, vous m’en êtes témoins, de nous enrichir.

Un nouveau murmure de mots étouffés s’éleva. Les têtes s’agitèrent en mouvements irréguliers d’avant en arrière.

Un des participants, le dénommé Léon T., un des rares à ne pas porter l’habit, demanda la parole. C’était un personnage respecté et craint. Sa proximité avec les groupes agissants de l’Organisation en faisait une autorité redoutable. Sur un claquement de doigts, il pouvait mobiliser une véritable légion prête au sacrifice. D’une voix posée, il affirma :

— À Sarajevo, nous avons mal agi. Sans l’intervention de quelques-uns de mes hommes, la cible n’aurait pas été atteinte. Il n’est pas question de faire une nouvelle fois montre d’un tel amateurisme.

Des voix s’élevèrent soit pour approuver les propos de l’orateur, soit pour dénoncer l’excès d’alarmisme dont il faisait preuve.

Abraham R. les interrompit d’un geste.

— Frères, je vous en prie, qu’importe le passé, nous en tirerons les leçons, soyez-en certains, mais ce qui nous occupe aujourd’hui est d’un ordre complètement différent. Ce ne sera pas un Archiduc que nous trouverons en face, mais une communauté bien plus forte, bien plus structurée et ramifiée que la royauté autrichienne.

Il se tourna vers Léon T. et lui parla d’un ton adouci :

— Cher frère, ce sera encore à toi et aux tiens que je demanderai un investissement total. L’ennemi que nous allons combattre possède, en plus de la détermination, l’avantage du nombre. Il est présent partout, dans tous les pays. Il dispose d’une banque, d’un état souverain non reconnu encore, mais avec lequel plusieurs grands pays tels la Chine et l’Inde, entretiennent des relations diplomatiques intenses. Son maître tout puissant est vénéré par la plupart des dirigeants du monde. En outre, il possède une armée secrète et surtout une fortune colossale.

Le silence s’installa. La description de ceux qu’ils allaient devoir affronter avait refroidi les ardeurs. « Il est présent partout, dans tous les pays. Il dispose d’une banque, d’un état souverain… d’une armée secrète et surtout d’une fortune colossale ». Ces mots ne cessaient de tourner dans les esprits des participants. Nul ne pouvait se représenter un tel royaume. Abraham R. poursuivit :

— Mais dans le cas présent, nous allons devoir montrer notre ruse et notre intelligence. Il s’agira de tourner la formidable puissance de cet ennemi, à notre avantage.

Là, le propos devenait incompréhensible. Comment était-il possible de tourner à son propre avantage la force d’un ennemi si important ? Cela n’avait aucun sens à leurs yeux. Mais Abraham R. savait ce qu’il disait, nul dans l’assemblée d’ailleurs n’aurait osé mettre sa parole en doute.

— Expliquez-nous, cria un vieil homme dont le ventre proéminent tirait dangereusement sur les coutures de l’habit.

— J’y viens ! J’y viens ! fit Abraham R. d’une voix ferme, je vais tout vous expliquer.

Ils se détendirent, s’installèrent le plus confortablement possible, prêts à entendre les éclaircissements de ce chef qui les avait tant de fois habitués à des révélations détonantes.

— Comme vous l’avez sans doute compris, l’ennemi qui sera le nôtre se nomme « Église catholique »… Et la mission que nous devrons honorer ensemble porte le nom de code de JP3.

Un vaste mouvement de désapprobation s’empara des participants. On entendit des ohhhhh désemparés, presque désespérés. L’Église catholique, voilà bien l’adversaire qu’ils redoutaient tous de combattre. Mais Abraham R. continua sans tenir compte de la contestation qui, pourtant, se lisait dans les mouvements désordonnés de l’assemblée :

— Ce que je vais vous livrer à l’instant ne doit surtout pas sortir de cette pièce, la moindre fuite serait fatale à notre projet…

Il laissa flotter un silence embarrassé, avant d’ajouter :

— … et à celui ou ceux qui l’auraient provoquée.

Ils savaient à quoi s’en tenir. Abraham R. ne lançait jamais d’avertissements à la légère. Plusieurs membres de la Société en avaient d’ailleurs déjà fait les frais. Ils ne pouvaient plus en témoigner.

— C’est essentiellement à toi frère Sacha que je vais m’adresser maintenant, continua-t-il, le groupe dont tu tiens les commandes est un maillon absolument indispensable à la réussite de notre entreprise. Nous devrons nous montrer implacables dans la recherche qui sera la nôtre, il faudra taper à coup sûr, et ne pas hésiter comme nous l’avons fait en 1914. Ceux que nous voulons débusquer auront à leur disposition un maillage gigantesque de lieux où se réfugier. Mais l’objet de notre quête ne nous échappera pas, dussions-nous démonter pierre à pierre chaque église, chaque monastère d’Europe.

« Vaste programme ! », pensèrent les membres de l’Organisation.

L’ambiance se faisait de plus en plus houleuse, car Abraham R. le savait : l’incertitude n’est jamais source d’apaisement.

— De quoi s’agit-il donc ? hurla presque un homme qui jusqu’ici s’était tenu à l’écart de tous les mouvements d’humeur.

— Je vais te le dire frère… JP3 signifie qu’au centre de notre problème se trouve un certain prophète nommé Jean de Jérusalem, voilà la raison du J. Le P désigne une prophétie. Ce sage médiéval en a laissé quatre… le 3 évoque la troisième de ces révélations…

— En quoi cela mérite-t-il une telle réunion ? cria une voix jeune jaillie du bout de la table.

— J’y viens, frères, j’y viens, ne vous montrez pas si impatients…

Abraham leur décrivit alors par le menu, les tenants et les aboutissants de l’affaire qui les concernait tous. À chacun, il précisa la tâche qui lui incombait, il lança des avertissements, prodigua des conseils, attribua des bons points à tous ceux qui s’étaient illustrés au cours des actions précédentes, admonesta ceux dont le comportement avait dévoilé quelques faiblesses. Tous l’écoutèrent sans un mot, sans exprimer, par un geste, une attitude, un regard, la moindre objection. Mais quand il leur parla de la Compagnie des Illuminés de Bavière{1}, une nébuleuse resurgie des temps immémoriaux, ils comprirent que la partie ne serait pas si facilement gagnée.

— Nous aurons l’avantage de la surprise et l’appui, dans les villes concernées, de notre excellent réseau. Nous aurons pour nous la détermination et l’anonymat. Nous devancerons tous nos ennemis grâce à une préparation minutieuse. Faites-nous confiance.

Ils lui faisaient confiance. Rien jusqu’ici n’avait entravé la marche de l’Organisation. Bientôt, elle dominerait le monde. Pourtant, Abraham R. n’ignorait pas que la plupart des membres présents deviendraient bientôt inutiles et même dangereux. Il s’en occuperait une fois l’affaire JP3 conclue.

 

Plus tard, précédés par un frère lancier et un moine équipé d’une gigantesque épée, ils rejoignirent en file un recoin de la salle aménagé en temple, où ils s’adonnèrent à une célébration dans laquelle la terre, l’air, le feu et le sang se partageaient la vedette. Ils brûlèrent de l’encens, rompirent le pain sacré, burent un vin plus rouge que rubis, jetèrent des poignées de sable et de blé sur le sol. Puis ils firent entrer un de leurs frères, porteur d’un colis qu’il posa sur une table placée au centre de la chapelle. Ils se réunirent autour d’un paquet de linge qui bruissait et duquel, tout à coup monta le pleur d’un nouveau-né. Abraham R. sortit un couteau recourbé d’un écrin doré, le leva et le planta dans le cœur de l’enfançon qui mourut sur le coup !

— À la gloire de Belzébuth, cria-t-il.

— À la gloire de Belzébuth, firent comme en écho les autres participants.

 

Une agape des plus généreuses les rassembla autour d’une table remplie de superbes victuailles.

L’opération JP3 était lancée ! Et bien lancée !

4

1920 - Pise, Italie

Frère Giovannino le savait depuis très longtemps déjà, on viendrait le chercher.

À dater du jour où avec ses amis Don Fernando, les frères Ignacio, Giuseppe, Vittorio, et Stanislas, il avait eu la chance d’étudier de près le manuscrit de Jean de Jérusalem, il s’était senti menacé. Des impressions, des intuitions ne cessaient de l’habiter. Il n’y avait rien eu de concret, sinon d’étranges visites au monastère. Sinon des messages incompréhensibles reçus d’un mystérieux correspondant qui racontait un passé dont il n’avait plus aucune souvenance. En ce sens, l’œuvre de son frère Jean avait considérablement changé sa vie. Mais il ne regrettait rien. Les deux années passées dans les sous-sols de Montserrat à lire et à commenter la troisième prophétie, à la traduire, à en effectuer des copies, compteraient parmi les plus belles de sa vie. Il y avait rencontré l’amitié, la fraternité en Jésus. La solidarité devant la maladie, le partage. Il y avait rencontré le travail en commun, l’échange d’idées. Il y avait appris à vivre en promiscuité avec d’autres érudits, à accepter leurs opinions. Les cinq autres moines, il les avait déjà rencontrés ou en avait entendu parler à Santa Maria delle Grazie, le monastère milanais où il avait passé de longues années de solitude et de prière.

Au début, la lecture du texte l’avait effrayé. Il décrivait des choses horribles, et dépeignait avec précision la fin de la chrétienté. Pourtant, peu à peu, il avait admis les sinistres prévisions. Le destin de ses frères, de sa famille, de ses amis, la vie de ses successeurs, les drames de l’Église ne pouvaient qu’être voulus de Dieu. Depuis sa prime jeunesse, il avait placé son existence dans sa main miséricordieuse. Jamais il n’avait été déçu. Et surtout pas le jour où le frère Ignacio avait livré à leurs ennemis les secrets contenus dans le manuscrit. Non, malgré cela, il ne s’était pas senti trahi ! Il ne lui en avait pas voulu. Même s’il n’avait pas compris pourquoi il avait agi de la sorte. Les voies du Seigneur ne sont-elles pas impénétrables ? Pourtant, Jean de Jérusalem méritait mieux que cette félonie, c’était leur père, c’était leur maître. Giovannino, lui, se sentait en collusion avec ce fondateur de l’ordre des Templiers. Il ressentait à son endroit une grande affection. Les siècles qui les séparaient ne comptaient pas. Le texte les avait rapprochés de façon irrépressible. Chaque soir, dans la solitude de sa cellule de moine, il ne pouvait s’empêcher de parler à ce sage du bout des âges.

Après la forfaiture d’Ignacio, l’un ou l’autre de ses complices s’était parfois laissé aller à l’amertume. Mais les deux dernières pages, celles qu’ils préféraient tous, leur redonnaient espoir. Ce passage-là, il aimait à le parcourir sur une des copies qu’il avait emportées dans sa chambre. Il le trouvait magnifique, rempli d’espoir. Il le trouvait tellement porteur de foi en l’avenir, qu’il en oubliait les parties où la souffrance, la mort, la haine commandaient.

Quand le matin même, on l’avait appelé en urgence auprès d’un ami milanais, un vieux prêtre qu’on lui avait annoncé mourant, il ne s’attendait pas à tomber dans un guet-apens. À peine était-il arrivé à l’adresse indiquée, que trois grands gaillards avaient fondu sur lui. Bien sûr, il n’avait pas résisté. Aurait-il pu d’ailleurs ? Il s’était laissé prendre sans un cri, sans la moindre contestation. Ils l’avaient fait monter dans une voiture automobile. C’était la première fois pour lui. Il savait que ce serait également la dernière. Ils avaient roulé longtemps à vive allure, sur des routes souvent défoncées. Les trois ravisseurs ne lui avaient pas adressé la parole. D’ailleurs, il n’aurait pas répondu, si cela avait été le cas.

Il avait reconnu la ville où ils étaient entrés. Il s’y était rendu souvent avec ses parents, dans son enfance.

 

*

 

Le sombre avait recouvert la vieille cité depuis une heure déjà. Si les rues du centre-ville étaient encore congestionnées par une foule de noctambules plutôt bruyants, la Piazza dei Miracoli {2} ressemblait quasiment à un désert. Seuls de rares passants l’animaient encore. Et ici ou là, un chien errant. L’ombre effaçait tout, et n’était un rayon de lune qui perforait parfois les nuages, une vaste obscurité aurait noyé la sublime Santa Maria Assunta, la cathédrale. Personne n’avait donc pu remarquer les quatre ombres qui s’étaient glissées le long du Campo Santo, le cimetière, avaient contourné le Battistero {3} en forme de dôme, s’étaient introduites dans le Campanile, la fameuse tour penchée, et en avaient...

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