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La Vengeance des Turbans Rouges

De
342 pages

Orchidée, une jeune chinoise, cherche à reconquérir les titres de noblesse que ses aïeuls détenaient à la Cour des Song , sous le nom de Yang Su. Lillith, surgissant de la planète des Ombres avec ses multiples pouvoirs, se propose de l’aider. Dans cette Chine qui ne fait qu’aborder la dynastie des Ming , elle devra introduire Orchidée à la Cour, auprès de l’impératrice, et favoriser ses amours avec le Grand Censeur Impérial, Zhao Soushui.


Dans le même temps, dès son arrivée sur la Terre, lorsque Lillith tombe dans Le-Bosquet-aux-Alouettes non loin de la demeure d’Orchidée, elle comprend qu’elle devra affronter une affaire bien plus compliquée, celle de combattre les terribles Turbans Rouges qui assassinent les hauts dignitaires de la Cour et menacent violemment le pays. Ces vulgaires brigands ont usurpé le nom de fidèles et vaillants soldats qui, autrefois, avaient hissé l’empereur Hongwu sur le trône des Ming. Avec l’aide de nombreux compagnons et de ses pouvoirs, Lillith va tenter de faire tomber la communauté des Turbans Rouges et de hisser la jeune Orchidée au rang qu’elle mérite.

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Résumé

Orchidée, une jeune chinoise, cherche à reconquérir les titres de noblesse que ses aïeuls détenaient à la Cour des Song, sous le nom de Yang Su. Lillith, surgissant de la planète des Ombres avec ses multiples pouvoirs, se propose de l’aider. Dans cette Chine qui ne fait qu’aborder la dynastie des Ming, elle devra introduire Orchidée à la Cour, auprès de l’impératrice, et favoriser ses amours avec le Grand Censeur Impérial, Zhao Soushui.
Dans le même temps, dès son arrivée sur la Terre, lorsque Lillith tombe dans Le-Bosquet-aux-Alouettes non loin de la demeure d’Orchidée, elle comprend qu’elle devra affronter une affaire bien plus compliquée, celle de combattre les terribles Turbans Rouges qui assassinent les hauts dignitaires de la Cour et menacent violemment le pays. Ces vulgaires brigands ont usurpé le nom de fidèles et vaillants soldats qui, autrefois, avaient hissé l’empereur Hongwu sur le trône des Ming.
Avec l’aide de nombreux compagnons et de ses pouvoirs, Lillith va tenter de faire tomber la communauté des Turbans Rouges et de hisser la jeune Orchidée au rang qu’elle mérite.

Du même auteur aux Éditions Numeriklivres
Le Pacte du rouleau sacré, Lillith à la recherche des époques, fantasy et aventure
Le Sphinx foudroyé, Lillith à la recherche des époques, fantasy et aventure
Le Temple rebelle, Lillith à la recherche des époques, fantasy et aventure
Le Poétesse des Impératrices, roman historique en trois tomes
Les Ateliers de Dame Alix, roman historique en six tomes

Jocelyne Godard

LA VENGEANCE
DES TURBANS ROUGES

Lillith à la recherche des époques

ISBN : 978-2-89717-933-5

numeriklivres.info

Les personnages

Alana : Servante d’Orchidée
Chang Chen : Commissaire de la région du Hebei
Chen Dao : Gouverneur de Nankin/4e cadavre
Fan Liu : Enquêteur local de la région du Hebei
Griffe-de-Tigre : Chef des Turbans Rouges
Hongwu : Empereur de Chine
Hong Xin : Général/2e cadavre trouvé sur la route de Tianjin
Hong Xiu : Général des armées impériales
Lillith : Vivant sur la Planète des Ténèbres
Ling Chong : Mandarin/1er cadavre trouvé au Pavillon des Lotus
Li Zhong : Nouveau général des armées
Mâ : Impératrice de Chine
Mao Xu : Magistrat/Juge à la Cour impériale
Orchidée, Yang Su : fille d’une dame de Cour et d’un chef mongol
Qian : Messager de l’impératrice
Shei : Dame de Nankin tenant une maison de thé
Tchou : Serviteur d’Orchidée
Zhao Soushui : Magistrat/Grand Censeur de la Cour impériale
Zhang Shu : Commissaire des Affaires militaires
Zhan Tang : Officier à la Cour impériale/3e cadavre
Zhu Wu : Nouveau commissaire militaire

Les chevaux

Flèche-de-Feu : Cheval de Qian
Loess : Cheval du seigneur Zhao Soushui
Lune-Blanche : Cheval d’Orchidée
Satane : Cheval de Lillith
Trois-Couleurs et Petite-Anguille : Chevaux de Yin et Yang

Les personnages des visions

Fu Hao : Reine de l’époque de Bronze
Mu Guying : Combattante de la dynastie des Song
Mulan : Combattante de la dynastie des Tang
Qiu Jin : Jeune révolutionnaire contre la dynastie des Qi

Prologue

Surgie de la nuit des temps, Lillith est dotée du pouvoir d’explorer les époques et de traverser les siècles en franchissant les frontières, poussée par sa faculté de naviguer dans l’espace avec Satane, sa jument robotisée aux ailes articulées, que lui a donnée son maître, le Seigneur des Ténèbres.

Mais Lillith est une rebelle et n’accepte aucune mission qui ne porte pas secours à celles et à ceux qui ont besoin de son aide. Sur la Planète de la Terre, elle s’y plaît, y respire, s’y trouve à l’aise. Elle y rencontre des personnages qui ont fait la Grande Histoire des Terriens et les consulte pour réussir les tâches que ses missions exigent.

Ses intuitions sont fortes et ses pressentiments d’une exactitude rigoureuse. Quand elle doute de la cause qu’elle défend, elle fait intervenir ses visions qui la guident et lui expliquent ce qu’elle ne comprend pas.

Lillith est de tous les temps, tous les lieux et se glisse dans la peau de tous les personnages. Au fil des dix mille ans qui la transportent, chacun de ses parcours est un apprentissage d’où elle ressort plus forte et plus habile.

Magie, sortilèges, voyances, amour, suspense, divination au plus profond de l’Histoire des Époques, tout lui sert pour débrouiller les situations les plus complexes, délivrer des messages, mener des enquêtes, éclaircir des mystères dans les lointains pays où le destin la pousse.

1. Arrivée à Tianjin

La bourrasque de vent souleva la terre. Lillith sentit son corps projeté dans l’espace tournoyer, s’élever, s’incliner, glisser. Après de nombreuses virevoltes au-dessus des roches qui éclataient, ses pieds se posèrent brutalement sur le sol en un lieu qui n’allait pas cesser de la surprendre. Satane, sa fidèle jument, replia ses ailes et secoua sa crinière brune d’un air bravache comme pour l’assurer qu’en ce monde où elle était tombée et dans un siècle qu’elle ne connaissait pas, elle était là près d’elle et ferait en sorte de l’aider quoiqu’il arrive.

Lillith avait donné le nom de Satane à sa jument parce qu’elle lui avait été offerte par l’Ange des Ténèbres qui, un jour, s’était battu sur la planète de la Terre avec l’Ange des Lumières pour lui être supérieur.

De ce combat vieux comme le monde, Lillith n’avait cure et, bien que farouche, combattive, un peu rebelle et surtout ivre de liberté, elle n’avait qu’un désir : mener ses missions avec amour et ses enquêtes avec justice et détermination.

Lillith respira lentement, à plein poumon, consciente qu’elle laissait derrière elle la galaxie qui avait vu le jour de sa naissance. Sa naissance ! Mais quand était-elle née ? Une question qu’il ne fallait pas lui poser puisqu’elle n’en savait rien elle-même. Surgie de la nuit des temps, Lillith était dotée d’un pouvoir, celui de voyager à travers les temps en franchissant les frontières.

Comme à chaque fois qu’elle quittait sa galaxie, Lillith était revêtue de sa tunique jaune resserrée à la taille par une large ceinture bleue qui, en s’ajustant sur ses hanches, l’enserrait jusqu’au ventre.

Elle portait de hautes bottes, des bracelets de cuir et un collier au ras du cou. Ses longs cheveux noirs en perpétuel mouvement flottaient sur sa cape rouge. Une cape qui avait le pouvoir de se déchirer en deux lorsqu’elle se trouvait en difficulté, laissant deux pans écartés au centre desquels lui apparaissaient les images dont elle avait besoin pour élucider ses énigmes. Mais lorsqu’il n’y avait aucune urgence ou aucune conséquence grave, les visions lui arrivaient simplement, rapidement et lui permettaient d’agir selon les aléas du moment.

Satane avait autant de pouvoirs qu’elle, ceux de traverser les époques et les frontières sans que la valeur du temps n’intervienne. Cependant, comme à chaque fois qu’elle changeait de galaxie, Lillith et Satane avaient dû se méfier de la disposition des étoiles.

 

***

 

Mais tout s’était bien passé et, à l’exception de la bourrasque qui les avait accueillies sur la Terre et les mouvances qu’elles avaient subies, elles respiraient à présent avec une satisfaction évidente l’air parfumé et l’odeur mouillée du sol tout en observant les alentours.

De l’eau ! Il y avait de l’eau non loin de là.

Un lac, un fleuve, une rivière, un torrent peut-être ? Lillith tourna la tête. Son instinct en éveil la prévenait qu’un filet d’eau devait s’étirer à quelques lieues d’elle, serpentant jusqu’à la ville la plus proche.

Le ciel un peu gris s’étendait à l’infini et, plus loin, des feuillages d’une intensité débordante attirèrent son regard. C’était un bosquet de roseaux, de joncs et de mûriers sauvages. Des bruits y fourmillaient, des insectes s’y cachaient, des ombres y bougeaient et tout indiquait qu’il s’y passait quelque chose.

On aurait presque pu dire que tout paraissait tranquille mais, soudain, Lillith se mit à observer un homme accroupi, camouflé dans le bosquet assez large pour dissimuler aussi son cheval. Un bel animal au pelage fauve qui ne se lassait pas de se gaver d’herbe grasse qu’on voyait pousser au travers du passage servant de porte à cet enchevêtrement de feuillages.

Tassées derrière le gros érable dont le tronc les cachait de justesse, Lillith et sa jument attendirent silencieusement pour tenter de savoir ce que cet homme bizarre cherchait à faire, prêtes à repartir promptement au moindre incident.

L’homme était accroupi. Il semblait attendre. Il tendait l’oreille comme s’il était aux aguets et que les bruits à proximité l’intriguaient. Pourtant, tout autour, le calme ne laissait filtrer que le bruissement des feuillages, le froissement des ailes d’un papillon et le cri d’un oiseau qui passait au-dessus du bosquet.

Enfin, l’homme perdit patience et se leva. Il tourna la tête vers Lillith sans l’apercevoir, ce qui permit à la jeune fille de voir l’estafilade qui partait de son œil gauche jusqu’à son menton. Il attendit encore quelques minutes, l’œil et l’oreille en alerte, avant de se décider à grimper sur son cheval. Puis, il disparut dans le jour qui commençait à briller.

Lillith qui s’était accroupie se leva et fit quelques pas. Le bosquet qui, silencieusement, l’entourait lui sembla tout à coup vide mais elle voulut s’en assurer. Sans faire de bruit, elle se hasarda prudemment derrière l’amoncellement de branches et de feuillages, là où l’homme avait attendu si longtemps, son regard fixé sur la route. Levant les yeux, elle vit qu’un ciel de verdure l’encerclait. En se dressant, les ramures qui s’étoffaient se rejoignaient à la cime et si l’ouverture du bosquet n’avait pas été aussi grande, elle n’aurait jamais pu apercevoir l’homme.

Observant attentivement le lieu, elle ne vit rien qui put susciter sa curiosité ou sa méfiance et, pourtant, un pressentiment, dû à ses instincts perpétuellement en éveil, lui dicta de revenir sur les lieux à l’aube suivante. Mais où serait-elle demain ? Le tourbillon de vent qui l’avait transportée en ce lieu voulait-il qu’elle y restât ?

Revenant à son érable, elle enfourcha Satane et prit le chemin qui se trouvait devant elle. Un panneau piqué au bout d’un pieu en bois lui indiqua qu’il s’agissait de la route de Tianjin dans la province du Hebei et qu’elle se trouvait en un lieu qui se nommait le Bosquet-aux-Alouettes.

C’est alors que le soleil qui commençait à se montrer disparut. Le ciel s’obscurcit, devint noir en quelques secondes et un souffle violent la poussa. À chaque coup de vent, quand Lillith avait une vision, les ailes de Satane la poussaient vers d’autres lieux.

Le ciel s’ouvrit et l’absorba toute entière. Disparue, partie dans un tourbillon qui, en ces profonds pays d’Asie, prenait le nom de typhon, ses pieds se posèrent une seconde fois sur le sol tandis que le vent s’était calmé et que le ciel avait repris une teinte azurée normale. La surprise de Lillith aurait été grande si elle avait appris, en cet instant même, qu’elle se trouvait à très peu de distance d’où elle était tombée tout à l’heure.

Mais l’endroit où elle se releva n’était pas de tout repos. Elle fut soudain happée par une horde de chevaux qui sembla combler Satane de plaisir. Les cavaliers chevauchaient botte à botte, tassés pour mieux faire bloc. Ils battaient de leurs petites cravaches les flancs de leurs chevaux tout en portant un masque de fureur sur le visage. Pourtant, dans cette masse hurlante, car des cris sauvages se percutaient de toutes parts, plus d’un cavalier arborait un sourire vainqueur.

À voir ces hommes, il n’était pas compliqué de deviner des cavaliers hardis, téméraires et rompus à tous les exercices à cheval.

— Nous, les Mongols, nous les vaincrons ! hurla l’un d’eux.

— Qui ? hurla Lillith à son tour en s’accrochant à la crinière de sa jument.

— Les Chinois. D’où viens-tu donc pour poser la question ?

C’est à peine si l’homme tourna la tête et s’aperçut que c’était une cavalière qui lui posait la question. Lillith avait tout son temps pour apprendre que les filles mongoles chevauchaient aussi bien que les hommes et qu’elles savaient se tenir en croupe, comme eux, des jours entiers sans s’arrêter, dormant s’il le fallait sur le dos du cheval. Cela, Lillith était aussi capable de le faire. Elle ne dépareillerait pas l’harmonie fougueuse de la horde.

Les impétueux cavaliers étaient vêtus d’une tunique colorée et matelassée qui retombait sur un pantalon large et bouffant. Le crâne enveloppé d’un chapeau rond à large bord, le sabre battant leur flanc, la botte agile, ils poussaient leurs cris comme si chaque son qui sortait de leur gorge était un signe de victoire.

Les Mongols semblaient ne pas vouloir s’apaiser ni même se maîtriser. Apparemment, ils avaient décidé de tout se permettre, tout balayer de leurs cris enragés et de leurs gestes furieux. Où se rendaient-ils avec cette ardeur qui défiait le ciel et la terre, cette fougue qui prenait l’aspect d’un acharnement sans proportions ni limites ?

Lillith commençait à se poser les questions d’usage qui, habituellement, hantaient son esprit lorsqu’elle amorçait une mission. Qui faudrait-il aider ? Elle ne savait qu’une chose. Il s’agissait d’une jeune fille, à peu près de son âge, quelque part en difficulté, qui vivait dans les parages.

Ces Chinois que la horde de Mongols voulait vaincre étaient-ils déjà soumis ? Pour l’instant, elle se laissait entraîner sans en savoir davantage. Mais le peu qu’elle avait appris situait assez bien les choses pour quelle se fasse déjà une idée précise sur l’opinion qu’elle endosserait et vers quel côté pencherait son cœur.

Lillith essaya de s’écarter pour rejoindre le bout de la file et tenter de s’échapper du flot des cavaliers. Satane et elle s’étaient bien amusées à galoper avec eux, n’écoutant plus que le vent qui sifflait à leurs oreilles mais, à présent, Lillith devait suivre ses instincts qui lui commandaient de poursuivre son chemin ailleurs.

Mais tout à coup, la dépassant, huit sabots raclèrent le sol en soulevant la poussière, une cravache fouetta l’espace et l’on aurait pu croire que le cri qui fusa perçait l’univers. Lillith et Satane furent encadrées en quelques secondes. Les deux chevaux qui l’entouraient faisaient voler leurs crinières qui tourbillonnaient autour de leurs têtes.

— Moi, Kubilaï Khan, petit-fils de Gengis Khan, je soumettrai les Song.

Lillith dut freiner pour ne pas se laisser érafler par ce cavalier qui semblait être le maître de la horde. Elle le vit disparaître et rejoindre les hommes qui chevauchaient en tête de file. L’autre le suivit.

Le typhon qui l’avait laissée là se réveilla avec toute la violence dont il était capable. Dans le ciel, les oiseaux fuyaient en poussant des piaillements affolés. Le vent fit rage et déracina les arbres. La terre se souleva et engloutit ce qu’elle pouvait avaler de faune et de flore.

La horde des cavaliers mongols avait disparu et Lillith se retrouva seule à chevaucher sur une route isolée qui longeait un océan en furie. Une tornade l’emporta sur la grève et la fit chuter violemment. Satane était couchée et cherchait péniblement à se relever.

Au loin, Lillith vit un navire s’écraser contre un rocher. Elle aperçut des bras levés s’agiter désespérément. Elle entendit des voix qui réclamaient de l’aide mais elles étaient emportées par le vent dont le mugissement était devenu intolérable. Enfin, portant son regard sur sa jument, elle eut un soupir de soulagement en voyant qu’elle était debout et s’approchait d’elle. Le vent la poussa, la tira, la broya. Elle ne parvenait même pas à redresser son buste.

Elle tourna la tête vers le bateau. Il avait inexorablement coulé et ne laissait que le souvenir d’une triste vision. Pas un seul naufragé n’avait pu rejoindre la grève.

Elle voulut de nouveau se relever, le vent la poussa durement en avant et elle tomba le nez dans le sable, les mains crispées et les cheveux plaqués sur le visage. Pourquoi avait-elle des arrivées sur la Terre toujours aussi brutales ? Quelque part dans la galaxie, une voix se fit entendre :

— Je suis Fu Hao, reine vénérée à l’âge du Bronze. Je peux t’aider si tu es en difficulté.

— Fu Hao !

— J’ai été très célèbre en mon temps. Parfois, mes facultés de discernement reviennent et mes pouvoirs d’autrefois me sont accordés. Alors, je viens me reposer quelque temps sur la terre. Hélas, voilà deux mille ans que j’en suis partie et je ne reconnais plus rien.

— Deux mille ans, c’est beaucoup, jeta Lillith d’une voix douce. Mais, moi, je viens de la Nuit des Temps et je ne pourrais dire combien de milliers d’années me séparent de cet instant précis.

— Tu es donc plus âgée que moi, reprit la reine Fu Hao. Cependant, j’ai un avantage sur toi, je connais ce pays parce que j’y ai régné un jour, alors que toi, tu ignores tout de lui.

— Tu as raison et c’est pourquoi je vais accepter ton aide.

— Que veux-tu ?

— Depuis que je suis tombée ici, je tourbillonne, je virevolte, je suis happée, je galope, j’apparais et je disparais. Rien de tout cela ne m’approche du lieu où je dois me rendre.

— Eh bien, dans quelques instants, tu vas t’y trouver.

La voix de Fu Hao disparut et Lillith se retrouva seule, se balançant dans les airs à côté de Satane. En levant la tête, elle vit la longe que la jument agitait au-dessus d’elle. Elle oscillait de droite à gauche. Lillith l’attrapa d’une main et se laissa lentement soulever par la force de l’animal qui retombait sur le sol.

Enfin, elle put grimper sur son dos et, filant bride abattue, c’est à peine si elle vit l’océan se rétrécir, s’allonger, devenir en quelques secondes un fleuve tranquille qui coulait paisiblement entre deux rives bordées d’ajoncs et de roseaux.

La première maison qu’elle trouva en bordure du courant fut providentielle. Une jonque était attachée sur le bord du fleuve. Ce n’était pas une simple embarcation, une barque de pêcheur, un esquif fragile qui sillonne les bords de l’eau pour aller au-devant des petits poissons qui désertent les profondeurs en s’aventurant près du rivage.

La jonque attachée près de la maison semblait confortable et s’apparentait à un bateau de plaisance avec une grande voile articulée de lattes colorées. À la poupe et à la proue se dressait, avec une majesté teintée d’impertinence, une tête de dragon à crête relevée et aux écailles vernissées.

Sur le pas de la porte, Lillith tenant Satane par la bride vit une jeune fille et une vieille femme qui la regardaient tranquillement s’avancer. Elles avaient l’une et l’autre un visage bienveillant.

— Eh bien, jeune fille ! Te serais-tu perdue le long du fleuve jaune ? questionna la vieille femme.

— Cela arrive souvent quand le fleuve est en crue et déborde sur les routes, dit à son tour la jeune fille. Les voyageurs doivent alors l’éviter et prendre des chemins de traverse. Veux-tu entrer dans notre maison et te reposer quelques instants ?

— Avec plaisir, répondit Lillith qui, en fait, n’attendait qu’une telle proposition pour se reposer des tourments qu’elle venait de subir.

— Nous avons une écurie, veux-tu y mettre ton cheval ? Nous lui donnerons de l’avoine et de l’eau fraîche.

Cette accueillante invitation laissa Lillith dans l’euphorie la plus complète. Elle sentait ses nerfs se détendre et porta son attention sur les deux femmes qui la faisaient entrer sans façon.

— Je m’appelle Orchidée, poursuivit la jeune Chinoise. Et toi ?

— Lillith.

— Et elle, fit la jeune fille en désignant la vieille femme, c’est Alana, ma vieille servante qui m’a nourrie de son lait et s’est occupée de moi après la mort de ma mère. Sans elle, je crois bien que je serais morte au moins vingt fois.

Puis, elle détailla Lillith et abaissa les yeux sur ses pieds tandis qu’Alana, qui avait disparu quelques secondes, arrivait précipitamment le souffle court, une main sur la poitrine, l’autre tenant des chaussons :

— Tes pieds sont trempés, veux-tu les mettre ?

Sans même attendre la réponse, elles installèrent Lillith sur un tabouret joliment sculpté et Alana se mit en devoir de lui ôter ses sandales pour lui enfiler les chaussons de feutre.

Soudain, Orchidée se mit à rire :

— D’où viens-tu pour que tes pieds soient aussi grands que les miens ?

Lillith la regarda, étonnée. C’était bien la première fois qu’on lui disait qu’elle avait de grands pieds.

— Pourquoi ? Je croyais que mes pieds étaient comme tous les autres.

— Non, ils sont grands. Pourtant, tu possèdes un cheval. Tu n’es pas de la classe paysanne ni de celle du petit peuple des villes.

Orchidée prit place à côté d’elle sur un autre tabouret tout aussi magnifiquement sculpté. Elle étendit ses jambes cachées par sa longue tunique fleurie et montra ses pieds :

— Regarde ! Ils n’ont pas la grâce exigée par la société où la mode réclame que le pied d’une Chinoise soit si petit qu’il peut tenir entièrement dans la main d’un homme.

Lillith laissa sa surprise éclater, puis écouta sa jeune compagne poursuivre :

— Mes pieds sont ceux d’une fille mongole faite pour courir et chevaucher. Pourtant, au palais et dans la capitale de Nankin, certaines femmes mongoles se sont pliées à cette rigoureuse pratique et ont bandé les pieds de leurs filles. Bien que ma mère fut chinoise, elle n’a jamais voulu suivre cette coutume que mon père, d’ailleurs, exécrait.

— Les Mongols ! murmura Lillith. La horde que j’ai rencontrée !

— Les Mongols ne sont plus en Chine, la rassura Orchidée. Beaucoup sont morts, tués par les Turbans Rouges. Les autres ont été repoussés jusque dans leur pays. L’empereur Hongwu a fondé la dynastie des Ming.

— Alors, ce ne sont plus les Song, dont les cavaliers parlaient.

— Non ! À présent, ce sont les Ming.

Lillith songea que les cavaliers parmi lesquels elle avait chevauché un instant et qui voulaient vaincre les Chinois avaient été finalement les vaincus. Voilà une information intéressante qu’elle se félicitait de connaître.

Les deux femmes l’invitèrent à souper et Lillith ne put refuser, d’autant plus qu’elle éprouvait le désir d’accepter. Du riz parfumé aux champignons et du canard rôti furent servis par Alana et la discussion se poursuivit dans la plus agréable des harmonies.

Seulement, Lillith insista pour qu’Orchidée parlât d’elle et non l’inverse. Avant de se confier, elle voulait s’assurer qu’il s’agissait de la jeune fille qu’elle avait pour mission d’aider.

— Qui es-tu ? demanda-t-elle.

— Orchidée, je te l’ai dis. Ma mère est née sur une jonque et mon père sur un cheval. Moi, ajouta-t-elle en souriant, j’ai vu le jour entre les deux, sous un ciel hélas annonciateur de mille tourments.

Elle s’arrêta un instant, puis comprit que si elle poursuivait son explication, son invitée comprendrait vite. C’est exactement ce qu’elle désirait. Alors, elle reprit :

— Mon ascendance est compliquée mais je la connais si bien qu’il m’est facile de la raconter. Avant de rencontrer mon père, ma mère était une courtisane de la Cour de Nankin. Fille d’un lettré chinois, elle n’avait pas été sans recevoir la culture d’une éducation sélectionnée. Aussi m’a-t-elle inculqué la musique, la poésie et la calligraphie. Hélas, les cavaliers mongols, qui envahissaient encore la Chine à cette époque, en massacrant les rebelles, tuèrent toute ma famille.

— Oh ! murmura Lillith, attristée par ce récit. Quel chagrin pour toi ?

Orchidée secoua la tête, acquiesçant d’un signe affirmatif.

— C’est Alana et Tchou, mes fidèles serviteurs, poursuivit-elle, qui ont sauvé ma mère, seule rescapée des effroyables tueries. Elle avait alors dix-huit ans. Alana et Tchou, qui n’étaient guère plus vieux qu’elle, l’ont emportée loin du palais jusqu’à cette jonque qui appartenait à mon grand-père. Avant de fuir, Tchou avait réussi à prendre une cassette d’argent et il aida ma mère à faire bâtir la maison.

— Et c’est là que vous avez vécu ?