La ville aux remparts

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Des remparts, et la plaine qui paraît infinie. Tout au bout la mer, peut-être. Quelle est cette ville où pénètre Paul par une nuit lourde de brouillard ? Une ville à la fois banale et mystérieuse, inconnue et sans nom, une cité étroitement ceinturée de remparts... Un hôtel quelconque et un semblant de vie ; une jeune femme croisée, un vieux curé en soutane, un rire cruel, des regards croisés, et cette solitude qui pèse... Les autres sont autant d'énigmes : est-il possible de sortir de soi-même ? Où sont les vrais remparts ?
Publié le : samedi 2 mai 2015
Lecture(s) : 8
EAN13 : 9782336376301
Nombre de pages : 176
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Michel Destombes-DufermontLa ville aux remparts
Des remparts, et la plaine qui paraît infnie. Tout au bout
la mer, peut-être.
Quelle est cette ville où pénètre Paul par une nuit
lourde de brouillard ? Et ce train où il se trouvait seul ?
Totalement seul. La ville aux remparts
Une ville à la fois banale et mystérieuse, inconnue et
sans nom, une cité étroitement ceinturée de remparts…
Un hôtel quelconque et un semblant de vie ; une jeune
Romanfemme croisée, un vieux curé en soutane, un rire cruel,
des regards croisés, et cette solitude qui pèse…
Des remparts, cela protège et, aussi bien, cela vous
enferme. Les autres sont autant d’énigmes : est-il
possible seulement de sortir de soi-même ? À moins que
ce ne soit les autres qui vous enferment…
Où sont les vrais remparts ?
Originaire du Nord de la France, Michel
Destombes-Dufermont est l’auteur de
plusieurs romans et récits, également de pièces
de théâtre pour public adulte et pour
enfants.
Illustration de couverture : Pastel sur carte à pastel du sculpteur
Bruno Lebel.
ISBN : 978-2-343-05877-1
Prix : 17 €
Michel Destombes-Dufermont
La ville aux remparts©L’Harmattan,2015
5 7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978 2 343 05877 1
EAN:978234305877111
11111111111,1111,1111,11111111111111111,1,11111111111111Lavilleauxremparts
111111111111111Écritures
Collectionfondée par Maguy Albet
Mignot(Fabrice), Haute tension au Laos,2015.
Michelson(Léda), Chapultepec,2015.
Aubert Colombani(Eliane), Le château du temps perdu,
2015.
Lozac’h(Alain), La clairière du mensonge,2015.
Serrie(Gérard), J’ai une âme,2014.
Godet(Francia), La maison d’Elise,2014.
Dauphin(Elsa), L’accident,2014.
Palliano(Jean), Lana Stern,2014.
Gutwirth(Pierre), L’éclat des ténèbres,2014.
Rouet(Alain), Chacune en sa couleur,2014.
Cuenot(Patrick), Dieu au Brésil,2014.
Maurel Khonsou et le papillon,2014.
D’Aloise(Umberto), Mélodies,2014.
Jean MarcdeCacqueray, La vie assassinée,2014.
Muselier(Julien), Les lunaisons naïves,2014.
*
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Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des
parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages,
peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
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Lavilleauxremparts
roman
L’Harmattan
111111111111111,11111111111111111Dumêmeauteur
Pèlerinages. Libre itinéraire de souvenirs, 11
ÉditionsL’Harmattan,collectionRuedesÉcoles.
L’inutile, 11
ÉditionsL’Harmattan.Théâtres.
11111111111111111111111111« Mais c’est l’âme qui est la plus malade – ou cette chose
qui est capable de souffrir la mort sans néanmoins
crever…»
GeorgesBernanos
(Lettre à Christiane Manificat)
«Ilnesuffitpasdesevoirtelqu’onest:lemondeestplein
de gens lucides – et anéantis. Il faut encore se vouloir tel
qu’onaàêtre»
MauriceBellet
«Legrandmalheurdecroirequel’onsaitquelquechose»
ChristianBobin
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«Dieus’estabsenté».Simpleconclusionémisederrièreun
front,nonsanscontentementdureste.D’ailleursquepeut
bien avoir à faire Dieu dans ce monde là, dans cette soli
tude qui est comme une absence… Pénétré de cette tran
quille et esthétique certitude, Paul s’est calé dans un coin
du compartiment avec un soin méticuleux. Le dos à la
marche, les mains prenant appui au fond des poches, les
jambestendues,ilperçoitlamoindrevibration,leplusim
perceptible mouvement de la vieille voiture de chemin de
fer.L’arcraididesoncorpstransmetunàunleschocsdes
roues de métal sur le rail, pointe sensible au sommet du
crâne. Seconde après seconde, résolu, il suit un voyage
qu’il a voulu sans but. Maintenant, il le veut à toute force,
ce voyage, et va le dos plaqué à la paroi, mouvements
contrariésau dessus du sol, mécanique complexe des sus
pensions, des essieux, des fixations, tout cet acier, toute
cettetechnique!
Celapourraitpasserpourunbonheur,mêmequelasen
sationenestdevenueinconvenante.Cenepeutêtrelebon
heur,unbonheurseulement,parmid’autrespossibles.
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entrevu un bref instant dans les méandres de son infati
gable imagination. Il est tenté de noter ces mots de figure
emblématique,toutautourd’ellecesontdesimagesfloues
qui se promènent, et c’est dans sa tête, un flot de nuages
indécis,commeperdusdansunimmensecielbleu…
« Des cumulus bien hauts et bien blancs… Jusqu’à se
dissoudre,jusqu’àcequ’iln’yaitplusrien…»
Lesmotssontdangereux,dangereuxcommecesnuages
trop hauts, trop beaux, trop éclatants, et qui vous empor
tent dans leur ascendance, fruits vénéneux d’une pensée
émiettée.
Sans doute n’a t il pas voulu ces heures qui filent dans
lanuit.Ilperçoitcependantdudedansdelui même,defa
çon presque surréelle, la masse de la lourde voiture et ses
mouvements nocturnes. Le train va sa vitesse, indiffé
rent…Fairequecelanefinissepas,êtresuspenduàjamais
dansletemps,dansuneminusculeéternité.
Lentement, atome par atome, la buée s’est fixée sur la
vitre vibrante. Les vagues formes extérieures se sont es
tompées. Engoncédansl’angle ducompartimentsolitaire,
noyédansunerêveriedésormaisbéante,Paulfixecettemi
nuscule part d’univers qui file au temps. Il entend dehors
l’airmalmenéparletranchantdutrain,lesfrôlementsim
pétueuxduventdelamarche…
La vitre est bientôt totalement opaque. La lumière
tombe,jaunâtre,d’uneampouleélectrique.Ramassésursa
propre chaleur, presque effacé dans l’angle, Paul en vient
àpenserqu’ilesteffectivementseuldansletrain.C’estun
pressentiment obscur. Il se convainc peu à peu qu’il ne
peutqu’yêtreseul.Seuldansl’alignementdescouloirsba
lançant au gré des courbes, grondant parfois, secoué au
passagedequelqueaiguillage…
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l’engourdissement qu’il sent naître. Dans le couloir étroit,
les roues hurlent leur folle mélopée de métal. Elles trou
vent sur le rail d’acier de perçantes et froides harmonies.
Auboutdelavoitureuneportebatavecunpetitbruitmes
quinquiachèvededonnerauxlieuxleuraird’abandon.Il
vajusqu’àlaporteetdécouvreunautrecouloir,identique
et tout aussi vide. Il remonte l’ensemble du train. Une fe
nêtre est ouverte, le froid lui est une brûlure aux yeux, les
rideauxsontgonflésdesturbulencesdelavitesse.Unbref
instant il tente de fixer la nuit et son rapide défilé
d’ombres…
La dernière porte est bloquée. Par le hublot il voit la
masse sombre de la machine agitée de soubresauts… Un
longmomentilcontemplesanscomprendrecetteformede
ferquiavaleleskilomètresdevoies.Devant,cedoitêtrela
même nuit. Pourquoi en serait il autrement ? Il s’en re
tourneverssaplace,cellechoisieparhasard,toutàl’heure.
Làouailleurs?
Dans une courbe plus prononcée, tout le train s’incline
bientôtetparaîtplongerversungouffreinconnuavecune
inexprimable douceur, une effrayante régularité. Une
porteclaquedanssondos,ilseretournevivement.Iln’ya
personne…
«Serais jevraimentseuldanscetrain?»Unrictusd’in
quiétude a dû se former sur son visage. L’essentiel c’est
qu’iln’yaitpasdemiroir.
Il retrouve sa place, son bagage dans le filet. Il tire la
porteetseréinstalle,toujoursdosàlamarche.
Toutcelan’estrien,décrète t il,etilfermelesyeuxavec
force, longuement, jusqu’à la douleur. À peine les mots se
forment ils sur le voile pâle de la conscience, qu’il les
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que de ne penser à rien demande beaucoup d’énergie. Il
laissefaireleschosesetletemps…Ilareprissaposetêtue
dans une sorte de plaisir défait. La figure emblématique à
peine entrevue tout à l’heure a perdu de sa superbe, le
charmedel’inconnuestrompu.
La vitre est grise maintenant, à peine si l’ampoule fait
unrefletverslehaut.Danssonespritbercédesomnolence,
la musique du train fait désormais comme une onde
concentrique qui s’arrondit bientôt sur une eau noire, im
perceptiblebalancementdemystère.«Quefais tulà?»in
terrogeunevoix.
Illuisemblequeletrainralentitdepuisuncertaintemps
déjà. Les coups des roues sur le rail se sont faits moins ra
pides, la vibration générale moins dense et moins aiguë…
Est ilseulementprévuquecetrains’arrête?Ets’ils’arrête,
oùcelapeut ilêtre?
Le train s’arrête en effet. Au fond, Paul ne s’y attendait
pas.Ilestprisaudépourvu.Lesfreinsontgrincéetlebruit
désagréable résonne encore en lui. Il n’a nullement envie
d’êtredérangé,etcetarrêtledérange.
Silencepesant.Ilafroidetvientdes’enapercevoir.Ilse
lève d’un bloc et en ressent une vive douleur dans les
jambes raidies. Il contemple un long moment la vitre em
buée.Unhalos’yestforméoùlalumièresedécomposeen
franges sales. Réprimant un violent frisson, rageur, Paul
passelamainsurlavitreglacée.Lafenêtreestenuninstant
comme un tableau brisé, dégoulinant. Un mur, un lampa
daire apparaissent, distordus par les fines veinures d’eau.
Unmurdebrique,sombre.Unpanneaugrinceàcequidoit
être un vent léger. On n’y lit plus rien. Ce doit être une
gare…
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s’empare deson bagage,court à la porte et descend.Iln’y
apersonne.Paulestdansunegarecommetouteslesgares,
et qui n’a pas de nom. Les pieds sur un quai désert, le ba
gage au bout du bras, la question s’impose à nouveau de
savoir ce qu’il fait là. Pourquoi n’être pas resté dans le
train ? Il estime qu’une force inconnue a dû le porter
jusqu’àlasortie,hypothèsequ’ilqualifielàencore,etavec
un plaisir sournois, d’esthétique. Il décide alors de dési
gnerduterme fabuleux de destincette rencontre inopinée
entre les semelles de ses chaussures et le quai de la gare
inconnue. Cette idée lui apparaît d’un seul coup être du
plusgrandchic.
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Un brouillard gris pèse sur le quai. Le lampadaire aperçu
du train se dresse avec son halo à la forme incertaine de
disques irisés. Mur et quai luisent de l’eau de cette brume
tenace et lourde. Le sol lui même paraît suinter ce reflet
graisseux.Lespectacle,dansseslimitesouatées,aquelque
chosed’infinimentdésolé.Paulmarcheverslaportedubâ
timent. Une lumière jaunâtre tombe par les fenêtres et pa
raît lustrer les pavés. Il respire péniblement, comme s’il
était essoufflé. Cet air trop épais, cet air chargé des mille
particulesdel’eaususpendue.
La porte est ouverte. C’est une petite salle des pas per
dus.Deuxguichetssurmontentuncomptoirdechêneclair.
Auvudel’exiguïtédelasalle,Paulenvientàpenserqu’il
serait difficile d’y perdre beaucoup de pas. Derrière la
grande vitre, deux bureauxet leursiège. Maisiln’y aper
sonne… Un coussin coloré parade sur le plus éloigné des
fauteuils,d’uneépaisseurpourpostérieurdélicat.
Les bureaux donnent l’impression d’avoir été quittés à
l’instantet tout à la fois,laissésàeux mêmes depuis long
temps,ayantacquisuneviepropre,dansuneautredimen
sionpeut être…
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tarder, alors Paul pourra obtenir la réponse à la question
simplequ’ilafiniparseposer:«oùsommes nous?»
Surlatabledetravaililaperçoitundecesgrandslivres
à colonnes parcourues de lignes vertes et qui servent à la
comptabilité,toutpareilsàceuxquesagrand mèreutilisait
autrefoisdanssoncommerce,voilàbienquelquesdizaines
d’années, au moins. Pas même de machine à écrire, c’est
pourtant un objet sophistiqué que l’on aimait autrefois à
faire trôner sur les bureaux. Pas de machines à écrire,
moins encore d’ordinateurs. Sur un cahier ouvert, tout à
côtéd’unepiled’autrescahiersidentiquesetrecouvertsde
papierbleu,commeàl’école,ilpeutdiscerneruneécriture
qui lui semble, à première vue, et en regard de la distance
à laquelle il la considère, parfaite. Cela ressemble à ces
pagesdudébutdel’autresiècle,toutesrempliesdeprocès
verbaux et de comptes rendus. Les pleins et déliés d’une
calligraphied’unautretempsyoccupentlafeuilleavecélé
gance.Cen’estpourtantqu’uneécrituredechefdegare,et
même de petite gare si l’on prend soin de noter qu’autre
fois, aux chemins de fer la hiérarchie valait bien celle des
armées.Uneformedeperfectionunpeuvaine.
Surlatableontrouveunensembleimposantdecrayons
finement taillés, des porte plume, un téléphone aussi,
commeonenvoitdanslesvieuxfilms,avecsonboîtierde
bois et la manivelle de la magnéto qu’on ne peut évidem
mentfairetournerqued’unefaçonfrénétique.Letoutdoit
faireunpoidsrespectable.Levantlesyeux,ilconstate que
la lumière est dispensée par une simple ampoule couron
née d’un abat jour de tôle émaillée identique à celui qui
était dans l’atelier de son grand père. Il réprime un sou
rire tout en songeant qu’il serait fâcheux d’aborder avec
uneminemoqueuselechefdegare.
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