La vision

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Nassim est un professeur de philosophie qui mène une quête mystique. Après la mort de son vieil ami Haj Omar qui partageait son intérêt pour la spiritualité, il se rend au village de Bab Al-Dounia, dont le nom signifie littéralement: la porte du monde, où se trouve le marabout du saint Moul Al-Zamane. Dans ce lieu étrange, espace sacré qui favorise les expériences spirituelles, il fait une série de rencontres qui le poussent au plus profond de son monde intérieur.
Publié le : samedi 1 avril 2006
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EAN13 : 9782296144996
Nombre de pages : 100
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La vision

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr

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2006

ISBN: 2-296-00392-3 EAN : 9782296003927

Mohamed Aouzal

La vision

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La communion avec la nature est une étape préliminaire pour toute véritable expérience mystique.

Le jardin était vide, seuls quelques oiseaux déchiraient le ciel en y dessinant des lignes de toutes formes. Leurs vols étaient brefs et ne couvraient que de petites distances, nécessaires pour chercher des refuges quelque part dans l'ombre des feuillages des arbres. D'un moment à l'autre, le silence s'interrompait par certains de leurs bizarres gazouillements. Il est vrai que le soleil brillait fort ce jour-là et que la chaleur était insupportable. Cette atmosphère n'avait rien d'extraordinaire, parce que la saison d'été dont le début était dans quelques jours avait, toujours, été marquée, dans ces régions-là, par des canicules suffocantes, même si durant les trois dernières années cette saison avait été plus tempérée. Les feuilles des arbres étaient figées comme des statuettes, ne donnant pour signe de vie qu'une légère verdure, témoin d'un reste de vigueur qui défie les mois de la sécheresse. La terre couverte d'herbes laissait voir dans certains endroits sa couleur originelle, un noir foncé. L'eau coulait dans les canaux en faisant entendre son murmure monotone. Personne ne savait depuis combien de temps l'eau jaillissait de la source, située en plein centre du jardin, et dont l'origine se trouvait quelque part dans les profondeurs de la Terre, mère de toute vie. C'était peut-être depuis des siècles ou peut-être depuis des millénaires. Les sons qui en émanaient donnaient une musique qui contrastait avec l'impression qui résultait de la chaleur torride. Le soleil était au zénith et ses rayons descendaient verticalement sur les sommets des arbres. C'était presque midi ou le début de l'après-midi. Les ombres étaient très courtes à cause de la position de l'astre. Les couloirs qui servaient habituellement de passages pour les visiteurs 7

étaient déserts, à ce moment-là. Le principal chemin finissait par une sorte de petit bosquet dont la végétation était particulièrement dense. De l'autre côté, vers l'est, il suffisait de lever le regard vers le haut pour voir la montagne. Mais la distance était trop courte ce qui empêchait l'observateur de contempler le paysage dans toute sa grandeur. Il ne parvenait à voir qu'une masse gigantesque qui s'élevait vers le ciel en lui cachant l'horizon, de telle manière que ses yeux n'arrivaient pas à saisir les contours qui faisaient distinguer les formes du relief. Nassim avait choisi, depuis quelques jours, cette heure pour venir au jardin. Il y avait presque une semaine qu'il avait vu ce paysage déserté de toute présence humaine. Cette trouvaille avait eu sur lui l'effet d'une révélation. Il était certain de pouvoir enfm contempler la nature quand elle est immaculée et n'est pas profanée par les gens qui, selon lui, avaient perdu le sens de communion avec ses composants et ses éléments. Il jouissait infiniment de ce tableau en en tirant des sensations complexes et incompréhensibles pour beaucoup d'individus. Assis sur un banc, il contemplait le jaillissement de l'eau de la fontaine qui montait puis descendait, après avoir atteint son point culminant, en traçant un arc. Tout à coup, il sentit un léger vent qui effleura ses joues et il leva sa tête pour voir le frémissement des feuilles vertes sous l'effet du souffle d'air. Ses moindres gestes étaient en synchronisation avec les éléments de la nature qui l'entourait. Il ressemblait à un chaman en communication avec les esprits de la toundra. Ses pensées étaient orchestrées avec le mouvement des feuilles des arbres, le son de l'écoulement de l'eau et les trajectoires des vols des oiseaux. Il sentit pendant certaines secondes ce qu'il appelait: l'impression d'unité avec les éléments. Il retrouva lors de cette brève durée qui lui sembla, toutefois, à un plongeon dans l'inf1t1Ï, une sorte de fusion totale avec la nature. Il devint un élément en harmonie avec les autres éléments, plus aucune frontière ne le séparait des arbres, de l'eau, de la 8

montagne et des oiseaux. Il savait que certains psychologues appellent cet état d'être le sentiment océanique et qu'ils l'expliquent par une régression à des stades archaïques de la perception, mais il n'était pas en accord total avec leur explication car elle relevait, selon lui, d'une conception psychopathologique de la moyenne qui ne prend pas en considération les expériences paroxystiques comme l'amour et les quêtes esthétiques et mystiques. Il avait l'habitude de ce genre de plaisirs ineffables qui étaient pour lui une jouissance de la beauté cachée derrière ce qu'il appelait le masque apparent des êtres. Mais après chacun de ces instants là, où il lui arrivait de prendre conscience du lien mystérieux qui l'unissait aux diverses formes de vie, il sentait un épuisement et une angoisse semblables à ceux qui suivent normalement une crise épileptique. Cette intuition d'une brève durée semblait à une éternité et la sensation qu'elle lui procura était indescriptible. La tristesse qu'il sentait, après chacun de ces moments là, lui était inexplicable. C'était une succession d'états paradoxaux, au début il avait l'impression de toucher une étoile avec ses doigts et il finissait par se voir limité et déterminé par la logique commune, ne pouvant échapper à sa condition d'être un homme comme les autres et ne pouvant se libérer des contraintes de la matière. Alors qu'il était l'objet de ce sentiment d'affliction, il décida de quitter le jardin afin de rentrer chez lui. Il avait pu assouvir un besoin qui avait commencé à devenir une habitude dont il ne pouvait se débarrasser facilement. C'était un désir inexprimable car il s'agissait d'une sensation et d'un sentiment très étranges et que ne procure aucune des situations ordinaires de la vie. Il était, depuis longtemps, un expérimentateur des sentiments et du corps. Il était, depuis plusieurs années, attentif à l'écoute de la moindre variation de ses perceptions. Il avait même connu presque toutes les fortes sensations et émotions qui étaient souvent contradictoires, partant de l'extase de la danse ou de la musique pour arriver au grand 9

effroi qui prend une personne en danger de mort; en passant par la quiétude résultant de la contemplation d'un beau paysage. Il avait vécu plusieurs situations limites qui lui avaient permis de plonger au fond de lui-même et ainsi connaître tous les dédales de son monde intérieur. Il était une sorte de laboratoire ambulant, un champ pour ce genre d'expériences fortement insolites. Toutefois, il n'avait jamais pu comprendre parfaitement ces sentiments plutôt inclassables et qui expriment toute l'intensité de l'existence en un éphémère laps de temps. Le chemin du retour offrait des paysages divers, des tableaux vivants faisaient apparaître les formes des êtres et des choses comme des chefs d'œuvre divins dont la beauté était le résultat d'une nécessité esthétique qui leur était inhérente. Aucun élément ne devait avoir une autre forme que celle qu'elle avait adoptée. Chaque objet ou être était unique et en plus irremplaçable. Eliminer le moindre rocher ou couper la plus petite branche aurait mutilé, une fois pour toute, la totalité que formaient les composants. Il marcha pendant un quart d'heure, mais il était encore loin de la maison. Il n'était pas d'ailleurs pressé, ne travaillant pas l'après-midi, il pouvait prendre tout son temps. Dans sa solitude, il se sentait libre comme un enfant et il se comportait de la façon qui lui plaisait, sans être gêné par le jugement de qui que ce soit. Loin des regards, il sentait la profondeur et l'originalité de ses pensées. C'était vrai qu'il était différent des autres mais il partageait avec eux le meilleur sentiment qu'ils éprouvent, l'amour de la vie. Il s'arrêta brusquement, ébloui par un paysage extraordinaire, il s'agissait d'un rocher aux formes étranges d'où se dégageaient une majesté et une grandeur inexplicables. Ce rocher lui rappela la vénération dont jouit ce genre d'objets chez les shintoïstes japonais et qu'ils baptisent I<.ami en y voyant l'incarnation d'une puissance surnaturelle exprimant quelque chose de divin. Lui aussi avait la certitude que les arbres et les rochers aux formes étranges et inhabituelles sont dotés d'une puissance que leur 10

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