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LACUNES

De
361 pages
Quoi de plus excitant que de détenir le pouvoir de courber notre temps et notre espace ? C'est l'un des plus vieux rêve de l'Homme. Qui n'a jamais pensé et imaginé pouvoir se promener au milieu de badauds et seigneurs en plein Moyen-Age, en armure de Viking au Danemark celtique, en philosophe grec quelques 1500 ans avant J-C ? Antoine et Eric n'auraient jamais pensé transformer ce rêve en réalité. L'un es l'autre s'y sont attachés. Il est temps maintenant d'atteindre le but recherché. Mais est-il identique, finalement, pour Antoine et son fils ?
Voir plus Voir moins

2 Titre

Lacunes

3Titre
Yarol Parker
Lacunes
Tome 2 - On time
Science-fiction
5Éditions Le Manuscrit
























© Éditions Le Manuscrit 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00654-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304006544 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00655-1 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304006551 (livre numérique)
6 Titre

7Éditions Le Manuscrit
8
.





Scinder une histoire n’est jamais chose sim-
ple… Perdre le fil de sa lecture est parfois frus-
trant… Je le sais en tant que lecteur, tout
comme vous. Mais, pour autant, j’espère que
l’excitation procurée par la découverte de cette
suite (et fin) fera que vous me pardonniez cette
discontinuité inattendue. Le temps efface bien
des choses, n’est-ce pas ?

"C’est un malheur qu’il y ait trop peu
d’intervalles entre le temps où l’on est trop
jeune, et le temps où l’on est trop vieux. "
Montesquieu.

A mes deux Amours,
sans qui la vie n’aurait aucun goût,

A Eric, ami et frère,
Si je pouvais être à la place d’Antoine et de son
fils…

9
CHAPITRE 1
Suite à ce récit, Erik était de nouveau parti se
coucher. Antoine avait, quant à lui, littéralement
avalé l’ensemble des notes surréalistes de son
fils. Il avait téléchargé toutes les photos et tous
les films emmagasinés dans la caméra miniature.
Toutes ces merveilles inconcevables pour cet
esprit scientifique ! Louis IX avait fait le geste.
La lumière avait été si intense que les capteurs
CCD de la petite caméra avaient été rapidement
submergés d’informations et donc très vite sa-
turés. Mais le résultat était là ! Le vieil homme
avait été soigné et la pratique restait un véritable
mystère. De plus le ciel d’Antoine s’était obs-
curci à nouveau. Erik était sur le point de lui
révéler quelque chose d’incroyablement terri-
fiant. Antoine s’en était douté car le seul fait
qu’Erik eut été capable de le conserver déter-
minait le fait qu’il devait s’agir d’une faute grave
et irrémédiablement irréversible.
Erik avait dormi, en effet, de longues heures.
Il s’était levé tôt le lendemain matin, à la sur-
prise de son père qui ne l’avait pas observé si
11 Lacunes
excité depuis son retour d’Angleterre. Erik avait
balayé d’un grand revers du bras tous les ouvra-
ges, cahiers, dictionnaires et stylos du bureau de
sa chambre. Il avait alors ressorti et empilé sur
le plan gauche de l’épais meuble moult manus-
crits dont il connaissait chaque ligne, points et
virgules. Le plan droit avait été réservé aux ou-
vrages qu’Erik n’avait jamais eu le loisir de par-
courir ou de dévorer. Tout ceci n’avait qu’un
seul but et Antoine n’en avait pourtant pas érigé
d’hypothèses. « Erik est peut-être sur le point
de perdre la raison ? » s’était demandé Antoine.
Chacun de ses gestes avaient été emprunts
d’une insouciance de jeunesse retrouvée. Puis
Erik avait crié sa joie et sa victoire quelques
jours après son retour. La surprise avait été
grande mais confirmée. Et de nouveau, la
eséance de débriefing avait repris au matin du 4
jour post retour.
– J’imagine papa que tu dois te poser de
nombreuses questions sur ce que je te cache
depuis mon retour, non ?
– En effet.
– Eh bien, assis-toi et écoute-moi attentive-
ment papa.
– Je t’écoute.
– Je t’ai dit que j’avais volontairement décri
impudiquement les premières actions et le fonc-
tionnement optimal du parlement à Louis IX…
12 Lacunes
– Oui, et cela m’obsède, avait dit Antoine
nerveux.
– Ne t’inquiète pas, papa. Tu vas compren-
dre mon geste.
– Je l’espère mon fils, je l’espère. J’aimerais
tellement que tu n’ais pas fait de bêtises.
– Ecoute ! Ces 4 derniers jours, tu t’es cer-
tainement aperçu que j’étais à la recherche de
plusieurs textes retraçant les contes, les légendes
ou encore les anecdotes et différentes chroni-
ques de l’époque dont je suis revenu, non ?
– Oui, j’ai cru comprendre.
– J’ai donc classé tout ce que j’avais trouvé
en 2 piles : ceux que j’avais déjà longuement
parcourus avant mon voyage et tout ceux dont
je n’avais jamais lu une ligne.
– Oui et alors ?
– J’ai cherché et j’ai trouvé papa !
– Mais tu as trouvé quoi bon dieu Erik ?
avait hurlé Antoine.
– Je me suis trouvé…

Et Erik avait alors raconté à son père com-
ment il avait décidé de procéder quant à la re-
cherche de ses propres actions, dires ou gestes,
à l’époque de Louis IX. La pile d’ouvrages
connus avait été pensée de référence. Erik
connaissait pratiquement par cœur tous les ou-
vrages ou manuscrits de cette dite pile. Ainsi, il
avait alors eu la certitude que le personnage
13 Lacunes
qu’il avait incarné à l’époque de Louis IX n’y
figurait pas. Du moins, il en avait été sûr jus-
qu’ici et ainsi avant son départ. Il s’était donc
attaché à se retrouver dans les écrits de la se-
conde pile : les ouvrages inconnus jusqu’alors.
Erik avait parcouru très minutieusement tous
les manuscrits et s’était attelé à la recherche
d’un inconnu portant les armoiries de la famille
royale chantant l’avenir du premier parlement
de France le jour de sa création. Et les chroni-
queurs avaient été tellement surpris par cette
intervention que celle-ci avait figurée dans plus
de la moitié des écrits. Très logiquement, Erik
avait été convaincu qu’il découvrirait alors que
les ouvrages de la première pile, ne référençant
aucune donnée avant son départ sur le person-
nage qu’il avait interprété devant le roi, enfer-
maient de nouvelles informations qu’il n’avait
jamais pu lire.
– Tu vois papa, lorsque je me suis imposé
narrateur devant Louis IX, mon seul but était
de me faire remarquer par les conteurs, les écri-
vains et les chroniqueurs de l’époque.
– Et cela a donc fonctionné ? avait demandé
Antoine inquiet.
– Oui. Et tu ne peux pas savoir à quel point
il m’a été difficile de lire tous les chapitres ou
passages décrivant le personnage.
– Difficile ?
14 Lacunes
– Oui, difficile. Mets-toi à ma place ! Avant
mon départ, je lis et relis attentivement des ou-
vrages décrivant des personnages, des caractè-
res, des environnements et des réalités bien dif-
férentes des nôtres et à mon retour, je me dé-
couvre dans ces ouvrages ! Je t’assure papa, tout
mon être refuse purement et simplement de
l’accepter. Mon esprit, ma conscience et mon
subconscient n’adhèrent ni n’acceptent ces lec-
tures.
– Je tente de me résigner Erik. Mais si l’on y
réfléchit bien, en ce qui me concerne, il semble
que cela ne peut pas me paraître complètement
fou de te retrouver dans tes ouvrages !
– Pourquoi cela ?
– Tout simplement parce que, pour moi, qui
n’ait pas voyagé avec toi, ton récit fait parti in-
tégrante de mon passé ! L’Histoire a toujours
été ainsi en ce qui me concerne. Par contre –
Antoine se racla la gorge nerveusement – j’ai
beaucoup de mal à croire que tu aies pu ainsi
prendre un tel risque ! Tu savais que nous ne
devions à aucun moment faire ou dire quelque
chose qui puisse déstabiliser l’équilibre de notre
temps, et pourtant tu l’as fait !
– Je sais papa…
– Non tu ne sais rien ! s’était exclamé An-
toine. C’est de l’inconscience ! Sais-tu seulement
si nos propres lois et nos propres modèles
15 Lacunes
d’Etats ne proviennent pas en partie de ce geste
insensé et stupide ?
– Je n’en sais rien, effectivement.
– C’est insensé ! Quelle folie nous a pris,
avait presque chuchoté Antoine. C’est tout
j’espère Erik ! avait lancé Antoine. Tu n’as plus
rien à m’apprendre ?
– Je ne risquerais pas les fourches caudines
une nouvelle fois, si c’est cela que tu veux en-
tendre… j’ai compris.
– Vraiment ? Permets-moi de douter main-
tenant…
– Papa… encore une chose cependant…
– Je t’écoute, avait alors dit Antoine douce-
ment et pratiquement calmé.
– Je ne sais pas ce que tu en penseras mais…
je ne saurais ni pourquoi, ni comment mais
pendant pratiquement tout mon périple, il m’a
semblé, très désagréablement, que l’on
m’observait.
– Tu peux me redire cela ?
– Tu as bien entendu papa. Je pense que
quelqu’un me suivait. Du moins, l’impression
était si forte et si dérangeante que je pense ne
pas me tromper. Personne ne m’avait suivi et
observé auparavant dans ma petite vie. Moi qui
pensait ne pas savoir ni pouvoir détecter un
jour le poids de l’observation d’un anonyme…
eh bien, je suis sûr, au plus profond de moi, que
l’on m’espionnait.
16 Lacunes
– Inquiétant, avait alors soufflé Antoine litté-
ralement abasourdi. Mais tu dois délirer. Peut-
être les effets du retour…
– J’y ai pensé mais crois-moi, je n’ai jamais
été aussi lucide et cette impression me glace le
sang à chaque fois que j’y repense.

Antoine s’était levé, extrêmement énervé et
stressé et avait surpris Erik par cette réaction
incisive et violente. La peur pouvait parfois in-
hiber le contrôle des sens et Erik en avait fait
les frais ce jour là. Par énervement, le bras droit
d’Antoine avait jeté couteaux, fourchettes, as-
siettes et verres sur le sol dans un fracas in-
commensurable puis était parti s’enfermer plu-
sieurs jours durant dans son bureau à la suite de
ces annonces. Erik avait alors supposé que
toute cette excitation retomberait rapidement
mais il n’en avait rien été. Antoine était furieux
et terrifié. Du moins, ceci était ce qu’Antoine
souhaitait en partie qu’Erik analyse. En réalité,
cet enfermement volontaire avait été bénéfique
et indispensable à la concentration et au senti-
ment de victoire prochaine. Antoine était, bien
plus qu’Erik, convaincu que la solution se pré-
senterait à eux sous peu. Seule la composante
de surveillance à laquelle avait été exposée Erik
inquiétait véritablement Antoine.
Dès lors, la machine avait été lancée : An-
toine avait répertorié toutes les phases de voya-
17 Lacunes
ges possibles, compte tenu de la fréquence des
orages électromagnétiques. La fenêtre suivante
avait été repérée quelques 3 semaines plus
tard… le temps suffisant à leur niveau
d’expérience soudain pour préparer le départ
suivant. Et les discussions concernant la cible
suivante avaient repris, à la fois douces et
acharnées.
– Je croyais que nous étions d’accord sur le
fait d’aller confirmer ou infirmer les rumeurs et
ragots concernant la mort de Léonard de Vinci,
avait insisté Antoine.
– Nous l’étions papa, mais j’y reviens…
– Et pourquoi donc ?
– Parce que je pense qu’il n’y a aucun mys-
tère spécifique autour de la mort de Monsieur
de Vinci ! Et donc, que notre mission de témoi-
gnage n’a pu lieu d’être autour de ce décès, avait
annoncé Erik.
– Ah oui ? et en es-tu bien sûr ? avait de-
mandé Antoine à Erik vigoureusement.
– Non, en effet. Mais comme tu me l’as si
bien fait remarquer, nous nous approcherons
une nouvelle fois encore de notre époque si
nous validons ce voyage ci et le fait que mon
intervention passée puisse être présente dans
tous les livres qui m’entourent me glace les os.
– Tu marques un point. Il t’a fallu te lire
pour que tu me fasses confiance sur les répercu-
tions éventuelles que tu infligerais ?
18 Lacunes
– Oui et pour le coup, je préfèrerais
m’éloigner un peu de notre siècle et de notre
territoire, avait lancé Erik.

L’argument avait fait mouche. Erik avait par-
faitement manœuvré pour éviter cette époque
et, a fortiori, les choix initiaux. A la seule idée
que son fils puisse de nouveau tenter un éclat
Historique auprès de Léonard de Vinci, An-
toine avait accepté d’y renoncer. Erik en avait
alors profité pour proposer un nouveau saut
temporel vers une époque, plus lointaine donc,
mais bien plus hasardeuse. Pour autant, Antoine
avait accepté cette cible pour les mêmes raisons
que son fils, du moins le croyait-il : une avide
curiosité portée depuis toujours sur la langue
écrite de l’un des peuples les plus mystérieux de
tous les temps : les Runes Vikings. Et dès lors,
les 3 semaines qui avaient suivi étaient devenues
incontrôlables. Précipitées activement par
l’ensemble des recherches et une somme consi-
dérable de données à ingurgiter par les deux sa-
vants fous, les semaines avaient défilé.
19 Lacunes
Lundi 15 décembre 2003,23 h 27
Louannec, Bretagne – France,
Journal post-retour - 32ème jour de consi-
gnation - Notes 1ère Expérimentation Hu-
maine.
« 23 h 28 : Erik est revenu avec de terrifian-
tes nouvelles : de possibles modifications du
passé, comme nous l’avions envisagé… Je ne
sais s’il sera capable de se contenir et d’enrayer
cette excitation permanente qui l’anime depuis
que nous travaillons sur ces expérimentations.
Quoiqu’il en soit, nous avons obtenu quelques
réponses non négligeables et qui, je l’espère,
nous permettrons de poursuivre dans le sens
attendu.
00 h 12 : Je viens de terminer le compte-
rendu de ces derniers jours et il en ressort qu’à
première vue, et même si les calculs de mes
confrères tendent à indiquer le contraire, la pos-
sibilité de voyage vers le futur semble moins
évidente que celle du voyage dans le passé. Il est
en effet plus facile de concevoir que ce qui a
déjà été soit encore et que ce qui n’a pas encore
été soit déjà. De plus, nous savons maintenant
(sans pouvoir encore le prouver mathémati-
quement) que simultanéité et instantanéité sont
les maîtres mots de nos expériences ! Notre hy-
pothèse d’avoir la possibilité et la capacité de
dépasser la « barrière » du temps s’est confir-
20 Lacunes
mée. Il semble bien que, simultanément, le
voyageur est ce qu’il est dans son époque et ce
qu’il doit être ou ce qu’il a été dans l’époque in-
vestie. L’instantanéité du parcours dans le
temps suppose la réalisation effective et actuelle
de tout le passé et de tout le futur. Pour que le
voyageur se retrouve, par exemple, en 1890 à
l’instant où j’écris ces mots, il faut que tout ce
qui représente le moment de l’année 1890 qu’il
investit soit effectivement quelque part au mo-
ment où j’écris, dans notre univers ou dans une
autre dimension. Et il semble bien que ceci ait
été vérifié pendant le voyage d’Erik. Du moins,
si celui-ci ne « déraille » pas, nous pouvons le
concevoir ainsi !
00 h 25 : A priori, la notion de déterminisme
ne semble affecter que le passé. Les faits et ges-
tes passés d’Erik ont été consignés et rapportés
à travers le temps. Le présent a donc modifié le
passé. Mais il nous est impossible aujourd’hui
de dire si les actions que nous menons en ce
moment même bouleversent le futur. Si tel était
le cas, cela voudrait dire que notre présent a
peut-être déjà été modifié par des actions futu-
res… Peut-être que ces mots serviront à quel-
qu’un d’autre dans le futur.
01 h 02 : Si nous représentons le passé d’une
autre humanité, cela voudrait-il dire que les
Hommes vivent encore plus ou moins en har-
monie ? Si, en effet, je me base sur ces derniers
21 Lacunes
jours d’expérimentations, nous pouvons penser
que la réalisation actuelle de tout le passé et de
tout l’avenir est effective et simultanée. Le futur
étant actuellement réalisé, il se trouve, peut-être,
à une époque plus ou moins lointaine une per-
sonne qui a découvert la possibilité de voyager
dans le temps. A partir de l’instant de cette dé-
couverte jusqu’à l’infini, on peut imaginer aisé-
ment que l’homme a tout le loisir d’explorer les
époques ultérieures et antérieures à la sienne. Et
si nous pouvons imaginer ceci, il devient évi-
dent que si notre époque n’a pas encore été en-
vahie par nos descendants, c’est que le monde
se porte bien dans notre futur. C’est une hypo-
thèse probable. Après tout, comment croire que
le futur serait mauvais s’il est loisible à une poi-
gnée d’hommes d’aller se réfugier dans une
époque passée ou future en cas de catastrophe
universelle imminente dans leur présent ?
01 h 16 : Je vais me coucher. A la première
heure demain, les mystères Runiques occupe-
ront nos réflexions. »
22
CHAPITRE 2
Le lendemain matin…
– Tu connais mon attirance pour les légendes
et les mythes celtes, non ? avait ainsi demandé
Erik à son père.
– Ouais. Comment oublier ?
– Oublier ?
– Oui, comment oublier les heures pendant
lesquelles tu nous racontais encore et encore tes
lectures Vikings et moyenâgeuses. Qu’est-ce
que tu as pu nous occuper avec tout cela ! s’était
remémoré Antoine, pensif et à haute voix.
– Tant que cela ?
– Oui plutôt ! Et dès ton plus jeune âge ! En-
fin… dès que tu as commencé à savoir lire, tu
t’es naturellement dirigé vers des bandes dessi-
nées ou des contes celtes dont tu t’abreuvais
pendant des heures au point parfois que ta mère
et moi nous inquiétions de ne plus t’entendre et
te voir jouer comme tout gamin de cet âge.
– Je n’avais jamais réalisé…
– … à quel point ? eh bien oui ! Je te le
confirme. Et tout naturellement, nous n’avons
23 Lacunes
pas été très étonnés que tu décides de poursui-
nd evre tes études de 2 et 3 cycles dans les lettres.
Enfin, j’espère que tu as pu y trouver ce que tu
cherchais. J’aurais tellement aimé que ta mère
puisse connaître ton parcours.
– Je sais papa, moi aussi… Enfin, j’ai effecti-
vement trouvé et récolté un grand nombre de
réponses à mes questions juvéniles et lointaines.
Et d’ailleurs, puisque nous en arrivons à ce
point…
– Nous y voilà ! Allez, je t’écoute ! Que vou-
lais-tu me présenter sur cette civilisation ances-
trale ? avait lâché Antoine.

Il s’en était suivi une longue introduction de
données et informations basiques concernant
les premières populations celtes qu’Erik avait
pris le temps matériel d’étudier pendant ses tou-
tes premières années d’études. Les mois et les
années de recherches documentaires avaient été
entremêlées de lectures Scandinaves, Anglo-
saxonnes et germaniques. Le Moyen-Âge
s’étendant sur plus de mille ans - de 500 à envi-
ron 1500 - l’Histoire avait mené et passionné
Erik des Vikings au Roi Soleil. Or, la civilisation
Viking avait toujours présenté aux yeux d’Erik
d’innombrables zones d’ombres. Insupporta-
bles pour le documentaliste, ces fameuses pé-
riodes ou coutumes inconnues ou méconnues
avaient ainsi représenté le saint Graal de ses an-
24 Lacunes
nées de recherche. Erik avait alors entamé un
long monologue saisissant de réalisme, de
pragmatisme et d’ironie.
– Tu dois savoir, papa, que les Vikings
étaient des Scandinaves rendus célèbres dans
toute l’Europe pour leurs nombreux assauts et
e eraids répétés entre les IX et XI siècles. Malheu-
reusement pour eux, comme pour notre soif de
savoir d’ailleurs, l’Histoire les dépeint souvent
comme des êtres assoiffés de sang, des sauvages
passionnés et très violents. Les ouvrages et les
divers auteurs des siècles passés les décrivent
souvent comme des conquérants qui semèrent
la terreur en Angleterre et sur les côtes de
l’Europe pour satisfaire leur volonté de domi-
nation.
– C’est vrai. Du moins, de ce que j’en
connais, je n’ai jamais lu autre description de
cette civilisation, avait confirmé Antoine. Du
plus lointain de mes lectures, les Vikings étaient
souvent décrits comme des gens féroces et
animés d’un profond désir de pouvoir et de ri-
chesse.
– Oui. Et c’est fort dommage papa. Parce
que, comme moi, tu as lu des ouvrages ou des
articles écrits par des Historiens qui se basaient
essentiellement sur des écrits chrétiens. Mais si
tu savais ce qu’il m’a été donné de lire sur ce
peuple, ses mythes et ses légendes, avait soufflé
Erik.
25 Lacunes
– Je te crois. Tu as certainement dû décou-
vrir cette civilisation sous un angle différent.
– En effet ! Sans pourtant occulter le fait
qu’ils aient effectivement pillé, massacré, rasé et
empêché des régions entières de communiquer
et de commercer, j’ai pu découvrir
d’innombrables facettes totalement ignorées ou
effacées par les écrits chrétiens et les conver-
sions forcées au christianisme dès l’an mille de
notre ère.
– Tu me donnes l’eau à la bouche Erik. Vas-
y, dis m’en plus maintenant. Parle-moi un peu
de ces étranges conquérants.
– Je savais que cela t’intéresserait. Bon, par
où commencer ?
– Si tu me parlais un peu de leur religion et
de leurs Runes ? avait indiqué Antoine avec
avidité.
– Pourquoi pas. Ce sera en effet un bon dé-
but. Ok ! avait acquiescé Erik quelques minutes
plus tard. Allons-y. Mais juste pour finir sur
l’aspect « cruauté » de ce peuple, tu dois égale-
ment savoir que ces fameux Vikings violents et
incontrôlables faisaient partie d’une minorité au
sein de leur propre communauté. Ils prove-
naient très souvent de l’élite aristocratique.
– Intéressant… Sinon, côté religion ?
– En fait, ces hommes et femmes celtes
montraient très peu d’égard pour les cultures ou
les religions des pays qu’ils foulaient.
26 Lacunes
– Je pensais plutôt à « leur » religion, avait in-
sisté Antoine.
– Ah… Eh bien, de ce que nous en savons,
très peu d’entre eux savaient écrire, et la plupart
des informations d’ordre religieux, spirituel ou
culturel se transmettaient de bouche à oreille ou
à travers l’expression artistique. Ils transpor-
taient très peu de choses pouvant expliquer
leurs origines et leurs convictions personnelles
et ne disposaient pas d’un panthéon évident ni
de système de croyance ou d’écriture. Atten-
tion ! Je ne dis pas qu’ils ne croyaient en rien. Je
dis juste qu’il n’a pas été évident pour les Histo-
riens de développer une réelle compréhension
des religions et de la mythologie des Vikings.
– J’ai saisi Erik.
– Il n’existait pas de religion unique et com-
mune à tous les peuples scandinaves. Pendant
e eles III et IV siècles, deux groupes de dieux
étaient adorés : les Aesir et les Vanir. Plus tard,
ils furent réunis pour former un seul panthéon
de douze déités principales. Ce panthéon était
mené par Woden.
– Qui ? s’était enquis Antoine, surprenant
Erik.
– Odin ! si tu préfères. Et autour de lui, l’on
retrouvait Tir, Thor, Balder, Frey, Freyia, et
Frigga. Tous vivaient à Asgard, dans le palais
Valhalla. Odin et ses jeunes guerrières…
27 Lacunes
– Ah, attends. Laisse moi réfléchir, cela va
me revenir… les Walkyries, c’est cela ? s’était
écrié Antoine.
– Oui ! Tu m’impressionnes ! Donc je di-
sais… Odin et les Walkyries y donnaient
d’immenses banquets en l’honneur des héros
décédés. Par contre, et ceci est plutôt fort inté-
ressant, contrairement aux dieux de la plupart
des religions, les anciennes déités nordiques
n’étaient pas invincibles ou immortelles ou en-
core bénies. Non ! Elles étaient soumises au
Destin et la tradition voulait qu’elles soient
condamnées à périr dans une destruction finale
opérée par les forces du mal. L’univers devait
disparaître et de cet anéantissement surgirait
alors un nouveau cosmos et une nouvelle géné-
ration de dieux et d’humains qui vivraient côte à
côte dans une parfaite harmonie.
– Eh bien ! Quelle vision pessimiste de la vie,
dis-moi ! s’était alors écrié Antoine.
– Comme tu dis papa !
– Pour finir sur ce point, il existait un certain
nombre de rituels dans cette « religion ». Mal-
heureusement, la plupart n’ont pas résisté à
l’épreuve du temps. De plus, le christianisme
s’est établi petit à petit en Scandinavie dès l’an
mille et il a contribué à l’oubli et à la marginali-
sation de tous les rites Vikings. D’ailleurs il me
semble me souvenir que le Danemark a adopté
ele Christ et ses apôtres au X siècle et la Nor-
28 Lacunes
vège et la Suède, quelques cent ans après.
L’avènement de la chrétienté a modifié bien
évidemment l’éthique et les rituels des Vikings.
Mais tu dois comprendre une chose…
– Laquelle ?
– Il est important de comprendre que la my-
thologie des Vikings n’était pas intrinsèque à
leur religion, contrairement à beaucoup de
cultures. Il était donc tout à fait possible pour
eux d’adopter la religion chrétienne tout en
continuant d’adorer leurs déités familières.
– Ah ouais ? bien pratique en effet…
– Oui. Par exemple, Frey pouvait continuer
d’encourager la fertilité sur leurs terres tout en
cohabitant avec le Christ. Il m’a souvent été
donné de lire que les Vikings étaient prompts à
devenir chrétiens parce que leurs dieux n’étaient
pas infaillibles et qu’ils pouvaient être influen-
cés. Dès lors, l’invincibilité du Christ pouvait
exercer une attraction sur ces peuples qui com-
battaient pour placer leur foi dans quelque
chose ou quelqu’un capable de maîtriser les
événements. Certains Historiens pensent
d’ailleurs que le mythe chrétien a pu être intégré
dans le mythe nordique. Et c’est également
mon point de vue, si tu veux tout savoir…
– Je comprends mieux maintenant les diver-
ses implications.
29 Lacunes
– Ca, c’était pour le côté « religion ». Tu vou-
lais également que je te parle des Runes, c’est
cela ? avait alors interrogé Erik ?
– Oui, que sais-tu sur ces écritures mysti-
ques ? Enfin, pour moi… avait souligné An-
toine.
– Je peux t’en dire beaucoup ! J’ai potassé
suffisamment le sujet, papa. Pour commencer,
t’a-t-il été donné de voir ou de toucher une
pierre runique ?
– Uniquement en photo, mon fils, rien
d’autre. Je crois me souvenir avoir lu un article,
un jour, sur la pierre de Kensington, avait émis
Antoine.
– Bien, c’est déjà cela…
– Pourquoi cette remarque Erik ?
– Parce qu’elle peut te donner une idée de ce
qu’étaient des Runes, mais cette pierre n’est
malheureusement qu’une contrefaçon d’une
pierre perdue et oubliée.
– Je n’en savais rien mais si tu le dis… Nous
en reparlerons une autre fois tout de même, tu
veux bien ? Pour l’instant, j’aimerais t’entendre
me parler de leur histoire.
– Ok. Eh bien, les Runes étaient des caractè-
res faits de traits droits et obliques. Ils parais-
saient, pour la plupart, primitifs et inaptes à être
calligraphiés sur papier délicat.
30 Lacunes
– En effet, j’ai plutôt l’impression qu’ils
étaient faits pour être gravés par des barbares,
avait proféré Antoine.
– Oui mais souviens-toi ! L’on s’est souvent
trompé sur la nature même de cette civilisation.
Et crois-moi, l’on s’est beaucoup abusé égale-
ment sur le manque de subtilité et de finesse de
ces lettres et de cette écriture en général papa.
– Eh bien vas-y ! Donne-moi envie d’en sa-
voir plus ! s’était extériorisé Antoine.
– En tout premier lieu, les Runes n’étaient
composées que de majuscules. En second lieu,
il n’existait aucune ponctuation dans les phra-
ses. Pas un seul « signe » équivalent au point ou
encore à une virgule…
– Oulah ! La relecture ne devait pas être très
évidente non ?
– En effet papa. Les Historiens, les scientifi-
ques et les archéologues ont mis plusieurs siè-
cles à comprendre de nouveau ces symboles.
– Toutes ces Runes faisaient partie d’un
même alphabet ? s’était enquis Antoine.
– Oui. Un alphabet que l’on appelait… par-
don, que l’on appelle encore aujourd’hui le Fu-
thark.
– Une raison particulière à ce nom ?
– En effet. Cet alphabet porte ce nom précis
en raison de l’association de ses premières let-
tres. « F » était la première lettre, « u » la se-
conde, « t » la troisième, et ainsi de suite…
31 Lacunes
– Ah ok, mais sait-on d’où provient cet as-
semblage ? avait formulé Antoine.
– Pas précisément justement. Si l’on s’en ré-
fère aux croyances celtes, cet alphabet aurait été
ramené par Odin lui-même lors de sa tentative
d’accéder à la connaissance universelle.
– Ca, c’est pour l’aspect « traditions » mais
réellement ?
– En fait, cela reste plutôt sujet à contro-
verse, papa. Mes confrères pensent aujourd’hui
que ces Runes auraient été transmises par des
commerçants et des tribus de Germains mi-
grants pendant des siècles du sud de la Germa-
nie au Nord de l’Europe. Et beaucoup d’entre
nous attisent cette thèse en regard des nom-
breuses similitudes entre cet alphabet et les sys-
tèmes phoniques et alphabétiques latin, grec et
étrusques.
– Je comprends. Et sur sa composition ?
– Complexe papa… très complexe ! Pour te
edonner une idée, au III siècle, il comporte
24 lettres pour un alphabet unique. Mais
5 siècles plus tard, on le retrouve sous 4 formes
se différentiant légèrement et allant de 16 à
33 lettres !
– Bien, avait lâché Antoine dubitatif. Mais…
pour une même contrée ?
– Non papa ! L’Angleterre avait le sien mais
également la Suède, le Danemark et la Norvège.
Et ce n’est qu’à l’arrivée du christianisme que
32 Lacunes
ces alphabets commenceront à disparaître, avait
expliqué Erik. Les toutes dernières gravures re-
trouvées impliquent d’ailleurs des textes chré-
tiens.
– Mais auparavant ?
– Comment cela, avait demandé Erik.
– Oui, avant les textes Chrétiens… qu’est-ce
qu’on pouvait lire sur les objets gravés ? Sait-on
cela ? A-t-on réussi à les traduire ?
– Pour beaucoup des objets retrouvés, la tra-
duction est incertaine. Sur tous les peignes en
ivoires, les tablettes pyrogravées ou les pierres
de collines, il semble que les textes aient été en
permanence liés à des dédicaces et des poèmes
guerriers ou philosophiques. Parfois même à de
la magie.
– Je m’en doutais. Tu voulais en arriver à ce
point ? avait soupiré Antoine.
– Non rassure-toi papa, je ne te parlerai ni de
la goécie, ni de rabdomancie et encore moins de
géomancie !
– Quoi quoi quoi ? Parle-moi simplement
Erik, s’il te plait ! Avec des mots clairs et fran-
çais ! que je puisse te comprendre, tout de
même ! s’était écrié Antoine.
– Ah tu vois ! tu comprends maintenant ce
que j’endure quand tu me parles d’entropie ou
de Boucle du Genre Temps. Mais laisse tomber,
je t’expliquerai peut-être un jour.
– Et donc ? sur les Runes… ?
33 Lacunes
– C’est tout ce que je peux t’en dire papa. Et
tu en sais maintenant beaucoup sur le sujet !
C’est plutôt frustrant, comme tu peux le com-
prendre, pour quelqu’un comme moi.
– Je m’en doute, mais je suis sûr que tu en
connais encore un rayon sur le sujet « Viking »,
je me trompe ?
– Non papa, tu ne te trompes pas… par
contre, je vais te décevoir mais je voulais te par-
ler d’un point précis de l’Histoire Celte… avait
murmuré Erik.
– Me décevoir ? Sur quoi ? Parle-moi. Eclaire
mes lanternes… qu’as-tu décidé de ramener du
passé ?
– Ce que je vais te dire est très égoïste papa,
mais même si je sais que tu es attaché aux Ru-
nes mais ce n’est pas ma cible…
– Dis toujours !
– Uniquement des souvenirs…
– Je ne comprends pas. N’est-ce pas ce que
nous tentons de faire ? avait demandé Antoine,
inquiet ?
– Si si, mais là, je pensais vraiment à quelque
chose de personnel.
– Tu me fais peur Erik, dis-moi.
– En fait, je te parle d’une sensation. Le tou-
cher…
– Pardon ?
– Du calme papa. Ne t’inquiète pas.

34 Lacunes
Erik s’était alors attelé à la description de ses
travaux de recherche pendant toute son adoles-
cence et ses études. Il n’était pas toujours très
aisé de comprendre, de synthétiser et de vulga-
riser la mythologie celte. Les obstacles étaient
majeurs du fait du manque de sources fiables.
Au contraire des Grecs et des Romains qui
avaient laissé nombre de documents, œuvres et
études attestant de leurs croyances, de leurs tra-
ditions et de leurs habitudes, le reste de
l’Europe avait failli sur ce point. Heureux les
hommes des siècles passés qui avaient eu la
chance de tenir entre leurs mains des ouvrages
calligraphiés complets de conteurs celtes.
L’écriture était un impératif pour les Grecs et
les Romains, politiquement structurés de façon
à garantir le commerce ou leurs administrations.
Il n’en était pas de même pour les Celtes. Leurs
organisations demeuraient beaucoup plus sim-
ples et ne requérrait pas l’emploi régulier d’un
langage écrit. De plus, la transmission des my-
thes et des légendes se faisait exclusivement de
façon orale, de génération en génération ou de
druide en druide.
– Pour enfoncer le clou, un grand nombre de
contes, d’histoires ou de chroniques ont été
sculptées dans le bois ! avait lancé Erik désabu-
sé.
– Effectivement… il n’est pas vraiment sur-
prenant que nous ne puissions en lire beaucoup.
35 Lacunes
– Je ne te le fais pas dire, papa. En plus…
– Oui ?
– Il semble que toutes les traductions que
nous ayons aujourd’hui, dans nos ouvrages, re-
flètent déjà une interprétation !
– Une interprétation ? Mais effectuée par
qui ? s’était enquis Antoine.
– Par les chrétiens essentiellement. Le tout
était de démystifier les dieux et leurs descen-
dants et de les diminuer face au Christ !
– Ah… Je comprends. Et donc ? avait ques-
tionné Antoine au bout de quelques minutes de
réflexion. Où veux-tu en venir ?
– Je veux… Pardon… j’aimerais pouvoir lire
des mots et des phrases Celtes que l’Eglise n’a
pas déformé à travers les siècles, papa.
– Tu veux dire…
– Oui ! Des documents ethnographiques
exacts et dénués d’arrière-pensée ou encore des
contes ou des récits d’aventures entachés
d’authenticité à l’encontre des souhaits de la
Rome papale ! s’était exclamé Erik.
– … les documents d’origine, c’est cela ?
Ton Saint Graal… n’est-ce pas ?
– Oui papa. J’ai découvert, tout au long de
mes années d’études, que quelques lettrés
avaient pris le parti de transmettre sous une
forme exacte mais maquillée, les anciens mythes
et les récits légendaires. N’ayant pas l’envie
compréhensible de finir sur un bûcher, ces
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