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Le bateau est plein, je débarque

De
170 pages
Talès est allé en France en rêvant à l'image d'un pays lumineux et paradisiaque. Autant de clichés, distillés à profusion et à coup de campagne publicitaire en Afrique, qui s'effondrèrent comme un château de cartes au fur et à mesure que les jours passèrent. Dans un langage direct, l'auteur de ce pamphlet règle ses comptes et livre son sentiment sur le pays de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen, mais au-delà, fait le procès de l'Occident d'aujourd'hui.
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Koffi Célestin Yao
Le bateau est plein, je débarque
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
Le bateau est plein, je débarque
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen  Romans,récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions Kapashika DIKUYI,Une étrange famille congolaise et son odyssée, 2013. Patrick-Serge BOUTSINDI,Jour des funérailles à Poto-Poto, 2013. El hadji DIAGOLA,Ma femme m’a sauvé la vie,2013. Gilbert TSHIBANGU KANKENZA,À la rencontre du destin,2013. Abderrahmane NGAÏDÉ,Une nuit à Madina do Boé, 2013. Henri PEMOT,Kimpa Vita, Une résistante Kongo, 2013. Richard GUERIN,Le médecin errant de l’Afrique, les aventures de Jonas, 2013. Patrice ITOUA,La banque mondiale et la CEMAC, Un partenariat pour l’aide au développement de la sous-région, 2013. Baudouin Mwamba MPUTU,L’Afrique face au défi de la technoscience. Histoire et Enjeux, 2013. Vicky Mujinga KALAMBAY,Bilonda. Une écolière face à son destin, 2013. Obambé GAKOSSO,Les malades précieux, 2013. Ano NIANZOU,Sous les bombes de Char-kozy, 2013. Francine NGOIBOUM,Fleur brisée, 2013. Lang Fafa DAMPHA,African Aliens, 2013. Claude-Ernest NDALLA,Le Gourou. Une imposture congolaise, 2013. Salvator NAHIMANA, Angélique Gisèle Nshimirimana. Mon homme m’aurait mangée toute crue. Edition bilingue kirundi-français, 2013.Aboubacar LANKOANDE,La palabre des Calaos, 2013. Christian ROCHE,Amaï. Amour et rébellion en Casamance, 2013. Giovanni MELEDJE,Scandales d’amour, 2013.
Koffi Célestin Yao
Le bateau est plein, je débarque
Du même auteur Entretiens avec Grobli Zirignon, Éditions Cycas, 2010. Création en contexte, Éditions L’Harmattan, 2011. N’dolo :chants, jeux et danses en pays baoulé,L’Harmattan Vidéo, DVD, 2013. © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-30092-4 EAN : 9782336300924
À Aimé CÉSAIRE.
Je pense. Si le bateau est trop plein, je débarque. Allongé dans mon canapé, en zappant, je tombe sur une image de Nicolas Sarkozy. J’aime bien ce bouillant ministre de l’Intérieur français à la grande gueule, avec ses gesticulations incessantes qui ressemblent si fortement à un saltimbanque. Qu’il est drôle! me dis-je souvent quand je le vois à la télévision. Je l’aime bien, d’abord parce qu’il m’amuse, il me fait rire, je le trouve drôle. Ce que je trouve le plus amusant chez ce Sarkozy, c’est qu’il ne fait pas exprès. Il est « comme ça ! »,il faut prendre tout ce qu’il fait au premier degré. C’est vraiment la caricature de la politique. Cette fois, Sarkozy, la mine défaite se défend au sujet de ses problèmes conjugaux, mais pas la peine de m’y attarder, je zappe, il n’y a rien de nouveau. Allongé là, je me dis qu’il est temps de partir, de débarquer ici. Il est temps de rentrer chez moi, de partir. D’aller là où… je suis né un jour. Je tire une bouffée de la vieille pipe que je viens d’acheter dans une boutique de seconde main à Bastille, en suivant les journaux télévisés de 20 heures, au gré d’un zapping incessant et continu. La télécommande à la main, l’as du zapping que je suis devenu hésite entre plusieurs chaînes, ne sachant que choisir. De temps à autre, un regard sur les guignols de Canal+. L’actualité normale est prenante cette semaine. Pas le temps pour les frasques de Super-Menteur. Aujourd’hui, je ne peux vraiment m’y résoudre. Cherchant toujours plus d’informations et d’images fortes, par exemple, sur les événements de Ceuta et Melilla qui subitement ont fait irruption dans la presse locale. J’ai presque adopté la pipe depuis que Gildas m’a initié lors d’une petite soirée à domicile pour tuer l’ennui parisien. Tout bêtement, j’ai toujours pensé que la pipe était moins dangereuse à fumer que la cigarette. Non ! la cigarette, ce
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n’est pas mon truc, mon vrai truc à moi, ce que j’adore, c’est le cigare, car là, je n’ai pas à inhaler totalement la fumée. Pourtant, j’ai commencé à fumer la cigarette dans les années 1980, à Adjamé lors des vacances chez ma « tante »,en fait chez ma mère. J’ai essayé la Fine Menthol avec Darius et Fofana dit Fof, mais jamais je n’ai été en mesure de «couper »la fumée. Mes deux amis d’alors, de douze ans, le faisaient très bien. C’était comme d’habitude, pour faire le malin, pour crâner, à l’époque, fumer devant les petites filles boueuses du quartier Ébrié d’Adjamé. À propos, Talès, c’est mon nom, c’est mon pseudonyme, ce vieux pseudonyme que mes amis m’ont donné en classe de sixième parce que l’enseignante du cours d’anglais de sixième, cette pauvre conne, voulait faire un cours sur le mot anglais « tall ». J’étais déjà grand de taille à cette époque, très grand même pour mon âge, je fus naturellement désigné pour aller au tableau, pour la démonstration pratique; et là, devant une soixantaine de mes camarades du collège et lycée de Bingerville, le professeur d’anglais prononça la fameuse phrase:what’s your name? HubertDia, répondis-je.Hubert is tall, so Hubert is the tallest, reprit-elle.Everybody repeat with me, the tallest.The tallest again. The tallest! Cette enseignante d’anglais, comme je lui en ai voulu ce jour-là !Le temps est passé, de l’eau a coulé sous les ponts, mais ce qualificatif m’est resté collé à la peau. Aujourd’hui, nombreux sont mes amis qui ne savent pas mon vrai nom, à force de m’appeler « the tallest ». Je me suis moi-même plu à répondre à ce surnom et à l’adopter plutôt que de contrarier mes amis. On s’accommode de tout. Je savais qu’il ne m’aurait été d’aucun secours de me mettre en colère contre ce nom. Je savais très bien que me fâcher amuserait davantage la galerie et exacerberait plus le mal que de dissuader les amis de continuer de m’appeler ainsi. Le comble, c’est
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qu’un jour un camarade qui avait noté Talès sur une fiche d’appel en classe de sport, me demanda l’orthographe exacte du nom. Cela a fait jaser quand je lui ai dit que Talès n’était pas mon vrai nom, mais un surnom. Au fil du temps, je me suis habitué à ce surnom et je répondais volontiers à l’appel. Finalement, ce qui me surprenait véritablement, c’était d’être appelé par mon vrai nom.
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