Le boa qui avale sa queue

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La République du Haram compte plus de 15 millions d'habitants. A l'Est, la population est surtout composée des Margous qui possèdent des pouvoirs spécifiques. Koudjougou est issu de ce peuple; après de brillantes études secondaires, il est admis à l'université de la capitale mais connaîtra nombre d'entraves dues à la situation politico-économique de son pays.
Publié le : jeudi 1 novembre 2007
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EAN13 : 9782296183209
Nombre de pages : 118
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LE BOA QUI AVALE SA QUEUE

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan 1@wanadoo.ft

ISBN: 978-2-296-04215-5 EAN : 9782296042155

Issaka Herman Traoré

LE BOA QUI AVALE SA QUEUE

L'Harmattan

Ecrire l'Afrique
(~ollection dirigée par Denis P1:ven

Dernières parutions Jean-Philippe STEINMETZ, La pirogue blessée, 2007. Maille Pierre KAMARA, Les ap]JétitsLféroces, 2007. Sylvie NTSAME, Mon anlante, [afelnlne de 1710n père") 2007. Christian DURIEZ, Zanlane, tradition et /noclernité clans la
1110ntagne du Nord-Canleroun, 2007.

Géraldine Ida BAKIMA POUNDZA, Expatriés en Guinée (Yonakry, 2007. Alexandre DELAMOU, Les 32 jours de grève générale en Guinée,2007. F~dna M EREY -APINDA, C~esoir, je fermerai la porte, 2007. Elllnlanuel F. ISSOZE-NGONDET, Un ascète clans la cour, 2007. Thérèse ZOSSOU ESSEME, Pour l 'anzour de Mukala, 2007. Philolllène OHIN-LUCAUD, Au n0171 destin, 2007. du Serge Armand ZANZALA, Les «(lé/nons crachés» cie l'aulre République, 2007. W. L. SA W ADOGO, Les eaux dans la calebasse. Ro/nan, 2007. Jean-Marie V. RURANGW A, Au sortir de l'enfer, 2006. Césaire GHAGUIDI, Les pigeons roucoulent sans visa ..., 2006. Norbert ZONGO, Le parachutage, 2006. Michel KINVI, Discours à Ina génération. La destinée cie l'Afrique,2006. Tidjéni BELOUME, Les ~5anycl'ln1ane, 2006. Malnady KOULIBAL Y, La cavale du nlarabout, 2006. Mallladou Hallla DIALLO, Le chapelet de Dèbbo Lobbo, 2006. Lottin WEKAPE, )tvw'Hl.romeoetjuliette. unis. co/n, 2006. Grégoire BIYIGO, Orphée négro, 2006. Grégoire BIYIGO, Homo viator, 2006. Yoro BA, Le tonneau des Danaides, 2006. Mohamed ADEN, Roblek-Kamil, un héros qfar-so171ali de Tacljourah, 2006. Aïssatou SECK, Et à l'aube tu t'en allais, 2006. Arouna DIABA TE")Les sillons d'une endurance, 2006. Prisca OLOUNA, Laforce de toutes 171es douleurs, 2006 Salvator NAHIMANA, Yobi l'enfant des collines., 2006.

A mon Fils Labidiedo CHE Guevara,

Chapitre I Dans le sanctuaire des grands prêtres traditionnels Chez les Margous aucun acte, aucun fait individuel ou collectif ne se passe, ne se réalise avant d'avoir été analysé par un grand prêtre. Ces derniers sont des grands initiés et dépositaires des savoirs ancestraux du Liyuaba, courroie de transmission entre le monde invisible et les mortels. Le Liyuaba est cet art divinatoire, qui interprète des dessins sur le sable. Au total seize signes occupent seize cases cosmiques. Chaque signe a un sens et chaque case cosmique également. De façon aléatoire en fonction de la position de chaque signe dans les cases, le grand prêtre ou "tambipwalo" analyse, décrypte, et interprète le passé, le présent et surtout le futur. Le prêtre a la capacité de lire en vous et de prédire les grands événements de votre passé, présent et futur. Mieux il possède des pouvoirs à même de vous protéger contre les mauvais esprits (mortels ou invisibles), ainsi que de faciliter votre réussite professionnelle, sociale, ou financière. Avant son départ pour Baila Atha, lequel voyage avait du reste été prédit quatre ans auparavant par le prêtre Dilati, Koudjougou, en bon fils du Margou, avait eu recours à plusieurs prêtres, dont son protecteur spirituel de tous les temps Dilati. De toutes les investigations, Koudjougou s'entendait dire que le voyage se passerait bien, qu'il ferait de brillantes études et aurait de très bons résultats, et surtout qu'il ne tomberait pas malade ou ne mourrait pas à Baila Atha. Chacun y allant de son savoir 7

du surnaturel et du monde invisible, certains lui donnaient des potions protectrices, d'autres des potions élevant le coefficient intellectuel, et bien d'autres potions à même de l'assister dans ce monde lointain où il n'avait jamais mis les pieds, et où certainement il ne croisera aucun membre de sa famille pour une longue année. Et pire, un monde où on ne peut faire des offrandes aux esprits ou aux mânes des ancêtres. Il était donc nécessaire de faire plusieurs offrandes afin de combler l'absence de rites des douze prochains mois. Pour les offrandes on offrait de tout, céréales de toutes sortes, animaux domestiques de tous genres, fruits et essences divers, etc. Les offrandes pour les esprits se faisaient partout, en famille, en brousse, aux carrefours des rues, sur les fourmilières. Quant aux mânes des ancêtres, leurs offrandes se passaient exclusivement en famille et par le doyen de la famille, généralement le père, l'oncle ou le grand frère. Seulement à défaut de ces derniers, l'intéressé pouvait les faire lui-même. Koudjougou pour s'assurer qu'il ferait de brillantes études, qu'il ne tomberait pas malade, ou qu'il ne rentrerait pas les pieds devant, avait effectué tous les rituels prescrits par les prêtres. Toutefois inlassablement, tous les prêtres lui ramenaient la même chanson, « fais attention il y a trop de personnes qui ne sont pas contentes et qui ne veulent pas que tu ailles en formation à l'extérieur. Ceux là ne sont pas trop dangereux, bien qu'ils s'activent nuitamment pour empêcher ton départ, beaucoup de leurs prêtres leur ont dit que ce n'était pas possible de t'empêcher de voyager. Cependant dans ton environnement familial, il en existe de plus méchants que ceux de ton service, et de plus puissants en matière de forces négatives. «Ta chance disaient-ils, c'est qu'actuellement ils ne sont pas au courant de ton 8

projet. Tu bénéficies donc de l'effet de surprise, toutefois il te faudra dormir d'un œil là où tu vas, car si jamais tu dormais des deux yeux, ils causeront ta perte ». Koudjougou demandait alors comment éviter d'être détruit par les siens, les prêtres répondaient: «Pour le moment nous parons au plus urgent, à savoir éviter que tes collègues ne te mettent des bâtons dans les roues. A ton retour nous nous occuperons des vrais méchants, ceux qui sont liés à toi par le sang. Il est difficile de faire quoique ce soit tant qu'ils ne se sont pas encore manifestés. Et mieux, on ne peut courir et se gratter le dos en même temps. Pendant que nous déployons nos forces et nos énergies pour que tu puisses vraiment avoir ta bourse, nos efforts seront vains si nous nous engageons actuellement dans un affrontement avec les « Bayulis », (expression qui désignaient les jaloux et tous ceux qui ne pensaient qu'à détruire leurs semblables). Dans le meilleur des cas on va œuvrer à ce qu'ils ne se rendent pas compte pour le moment que tu es sur un grand projet ». Chez les Margous, dormir d'un œil signifie ne pas baisser les bras, ne pas diminuer les visites chez les grands prêtres. Plus on est en contact régulier avec eux, plus ils maîtrisent votre étoile et votre environnement et peuvent mieux vous protéger. Seulement comment rester en contact permanent avec des gens qui sont à des milliers de kilomètres de là ou vous vivez? Koudjougou avait beau retourner la question, les réponses étaient difficiles, et il finit par se convaincre qu'il était mieux de faire le maximum pour se protéger avant de partir, dans la mesure ou à Baila Atha, la probabilité de trouver un grand prêtre du Margou était très faible, voire nulle. C'est avec la peur au ventre, peur d'être à la merci des Bayulis que Koudjougou se préparait pour son voyage à Baila Atha. Surtout que lui, Koudjougou, avait déjà été une fois victime des mauvaises intentions de ces Bayulis, quand il était à l'université du Fallah. 9

La bourse de Niingnimgbadama Finalement Koudjougou se convainquit qu'il valait mieux parer au plus urgent, à savoir sécuriser son départ à travers la bourse, et ce d'autant plus que ce n'était pas une bourse du gouvernement de la République du Haram. La bourse en question était négociée auprès d'un organisme partenaire de WorldWide Welfare plus connu sous l'appellation de 3W, pour lequel Koudjougou travaillait. L'organisme Niingnimgbadama, dont le siège se trouvait à Baila Atha, à travers son programme de renforcement des capacités des partenaires avait un volet pour les pays du Sud. Koudjougou par l'intermédiaire du représentant de Niingnimgbadama au sein de WorldWide Welfare, avait déposé une demande de bourse depuis bientôt deux ans. La première année, sa demande étant arrivée tardivement, Koudjougou n'avait pas pu bénéficier de cet appui. Mais loin de se décourager, l'année suivante il réintroduisit sa demande, surtout que cette fois ci, son collègue et ami de Niingnimgbadama, Patrick, travaillait maintenant au siège à Baila Atha. La demande fut accordée, mais partiellement car la République du Haram ne figurait pas sur la liste des pays prioritaires pour cette bourse, même si les critères de priorité étaient du reste discutables. Koudjougou devait compléter le montant accordé afin de pouvoir poursuivre ses études. Niingnimgbadama suggéra à Koudjougou de demander un complément de la bourse à WorldWide Welfare, car cette organisation sœur avait aussi un volet de renforcement des capacités des agents. Ce que Koudjougou fit, en introduisant une demande officielle auprès de la représentante de son service tout en mentionnant qu'une grande partie de la bourse était déjà subventionnée par Niingnimgbadama. La représentante de WorldWideWelfare, rassura Koudjougou qu'elle allait faire tout son possible pour qu'il bénéficie de 10

cet appui. Toutefois elle demandait un peu de temps pour consulter son conseiller senior Poutognaba qui était un citoyen de la république du Haram, contrairement à la représentante qui était expatriée. Koudjougou se dit alors que l'affaire était dans la poche, car si l'expatriée était d'accord, son compatriote le serait beaucoup plus. Mais au retour de ce dernier, la représentante envoya un email à Koudjougou dans lequel, elle mentionnait qu'après entretien avec Poutognaba, ce dernier lui avait dit qu'une telle subvention encouragerait d'autres agents à partir pour des études, créant ainsi un vide au niveau des différents départements. De ce fait concluait-elle, «je suis au regret de ne pouvoir vous venir en aide financièrement, mais croyez moi cela n'a rien de personnel, et je vous souhaite beaucoup de courage et de chance afin que vous puissiez réunir les fonds additionnels pour vos études ». La représentante de WorldWide Welfare au-delà de son email officiel, accorda un entretien privé à Koudjougou. Au cours de celui ci, elle dit qu'elle regrettait profondément pour l'appui financier, mais qu'elle restait disponible pour tout autre appui que Koudjougou estimerait nécessaire de sa part en tant qu'individu, et au besoin était prête à lui faciliter un accès au crédit pour ses études. Cependant ce que la représentante et Koudjougou lui-même oubliaient, c'est que le système bancaire dans la république du Haram ne prévoyait pas de crédits pour études comme on en voit en occident. Naïvement, Koudjougou entreprit des démarches auprès de sa banque afin d'avoir accès à un crédit pour ses études. Au niveau de la banque il s'entendit dire que cela n'était pas possible d'une part parce que cette ligne de crédit n'existait pas, et d'autre part, la probabilité pour qu'un jeune étudiant africain en Occident revienne au pays étant faible, la banque ne prendrait le risque de financer un tel projet. Par la même occasion, la représentante Oifa se proposa de faciliter la réinsertion de Koudjougou au sein de son Il

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