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évoque ’amîé de Juîe et de Léa, à ’aube de ’adoescence, dans un port forié, secoué par e vent et a mer. Juîe observe et, pour ee, es grandes marées et es tempêtes se font ’écho des éans, des espoîrs, des désarroîs de ses copaîns, de ses amîs. La passîon amoureuse est d’autant pus menaçante que es adutes sembent îgnorer que eurs enfants puîssent ’éprouver. En ce moment înstabe, entre enfance et maturîté, se déveoppe chez certaîns jeunes une îdéoogîe du rîsque quî cherche paradoxaement à démupîer es sensaons physîques pour éteîndre ’angoîsse de vîvre. À côté d’occupaons paîsîbes, es jeux des enfants-ecteurs, des enfants-pêcheurs devîennent déis et a confusîon des senments cherche des souons radîcaes. CeTe icon est donc prîncîpaement une médîtaon sur a soîtude, sur ce vîoent soule de noroït, împrévîsîbe et parfoîs déchaïné, qu’est ’adoescence. L’hîstoîre de Léa, comme cee de Juîe, n’a pas a égèreté et a douceur que ’on aTrîbue souvent à a jeunesse.
est née dans un peIt port de la rade de Lorient. Après une carrière de professeur de leTres, elle a publié, aux édiIons L’HarmaTan, outre une thèse sur Le Clézio, un recueil de nouvelles et plusieurs romans, dontLe Marîn d’Anas (prix du roman d’AnIbes Juan-les-Pins). Elle a aussi écrit de nombreux arIcles, nouvelles, poèmes pour des revues comme Crîque,Conférences,Études,Acon poéque,Passage d’Encres,Hopaa
Iustraon de couverture : encre de Mîchee Labbé
ISBN : 978-2-343-12390-5 20
Michelle Labbé
Le briselames Roman
Le brise-lames
Écritures
Collection fondée par Maguy Albet Rigot-Muller (Hervé),Des gens sans histoire, 2017. Nouvelot (Eudes),La maison sur la plage, 2017. Layani (Jacques),Des journées insolites, 2017. Renoux (Jean-Paul),Une chanson pour Miss S., 2017. Banhakeia (Hassan),Le coupable, 2017. Akgönül (Samim),La proie, 2017. Francis (Raoul R.),À corps défendant, 2017. Mallinson (Adrian),Paris entre deux eaux, 2017. Le Guern (Jean-Marc),Points d’orgue, 2017. Verdun (Franck),Le métal dont nous sommes faits, 2017. Adriaensen (Walther),L’escale écossaise, 2017. Sandral (André),Chacun son cirque, 2017. Cathelin (Annie),En attendant les matins clairs, 2017. Chambaud (Henri),Des rencontres nécessaires, 2017. Lissorgues (Yvan),Sous la pierre, 2017. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Michelle Labbé Le brise-lames Roman
Du même auteur Exit indéfiniment, roman, L’Harmattan, 1997. Le Clézio, l’écart romanesque, essai, L’Harmattan, 1999. Le Marin d’Anaïs, roman, L’Harmattan, 2000. L’Endurance du voyageur, roman, L’Harmattan, 2002. Le Bateau sous le figuier, roman, L’Harmattan, 2006. La Suite américaine, nouvelles, L’Harmattan, 2010. Sam, roman, L’Harmattan, 2015. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12390-5 EAN : 9782343123905
Non pas pour toujours ici sur la terre  Mais seulement pour un bref instant  Même les jades se brisent  Même les ors se fondent  Même les plumes du quetzal se cassent  Non pas pour toujours ici sur la terre  Mais seulement pour un bref instant.  Nezahualcoyotl, 1402-1472,  prince-poète de Texcoco.  Poème traduit du nahuatl,  cité par J-M-G. Le Clézio  dansLe Rêve Mexicain. Jeunesse du fauve  Bassin en sang  Dans un bassin de lait Paul Éluard,Les Mains libres
I  Je suis de retour à Fort-Bras que j’ai quitté il y a quelque vingt ans. Exempt de fumée de cigarette, le bar a perdu ses cendriers vantant Ricard, Gitanes ou Negrita. À travers les vitres ruisselantes, l’averse voile le paysage d’où j’arrive. Je suis l’intérieur tout en restant l’extérieur, je suis dedans et dehors. Souvent je me suis confondue avec la pluie. On me dit : Tu vas aussi bien te promener quand il pleut, toi ? Oui, aussi bien. La pluie me lave, me désaltère, me dissimule et me protège. Elle vient à moi, elle part de moi, ce n’est pas un méfait météorologique, c’est une émanation. Une aura sans gloire, sans sainteté. Je ne suis pas triste. À moins que cette tristesse ne me soit devenue ordinaire et que je ne la perçoive plus. Je pleus. Et je me souviens.
Nous étions à l’aube de la cinquième, début septembre. J’avais onze ans. L’école avait depuis longtemps acquis un inéluctable tour rébarbatif mais la perspective de retrouver Mademoiselle Avril, notre professeur de français de sixième, nous consolait. Elle était jeune, mince, jolie, élégante et bienveillante. Brune, les cheveux qui bouclaient inévitablement en fin de journée même si elle les avait lissés avec ardeur le matin et un rouge à lèvres cerise qui nous paraissait le comble de la séduction. Si l’on veut définir les sentiments qui nous rattachaient à Mademoiselle Avril, que nous ne nommions pas « Avril » par son nom de famille seul, comme pour les autres enseignants, mais toujours le faisant précéder du respectueux et admiratif « Mademoiselle », il faudrait penser à l’amour qu’on peut éprouver pour une sœur ou une mère admirée ; il faudrait cependant ajouter l’attirance puissante et imprécise qu’on ressent souvent si jeune pour une belle femme, un bel homme et qui ressemble
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au sentiment amoureux tant le fait de l’approcher, de le frôler s’accompagne d’émoi. Cet élan vers Mademoiselle Avril avait fait de la littérature une douceur sinon une passion et nous savions par cœur des passages duPetit Prince, d’Alice au Pays des Merveilles,deLa Belle et la Bête,duFantôme de Canterville,deCroc-Blanc,duBarbarade Prévert,deMa Bohême de RimbaudOh ! là ! là ! Que d’amours splendides j’ai rêvées !clamions-nous avec conviction.  La rousse Christelle, qui ressemblait à un mât de misaine, tant elle était grande et sans aspérités, avait écrit une lettre à Mademoiselle Avril, dont celle-ci préféra ne pas parler mais dont Christelle nous montra le brouillon.« Je vous aime baucou tro et j’aimerai bien vous embrassé et vivre toujour ché vous. »Quoique nous comprenions Christelle, nous n’admettions pas sa démarche. Les déclarations d’amour, nous disions-nous, étaient destinées au sexe opposé et supposaient des âges à peu près équivalents. Nous avions déjà quelques principes dont l’expérience peinait à nous défaire. L’événement Christelle et sa lettre d’amour dataient de l’année scolaire précédente. Le matin même de cette nouvelle rentrée, nous cherchions des yeux dans la cour de récréation, entre les tilleuls puis à travers les vitres de la salle des profs, notre chère Mademoiselle Avril. En vain. Parmi les professeurs qui allaient venaient, on remarqua une nouvelle adulte, un peu forte, à la mise vieillotte, voire négligée. On commença à se douter qu’elle remplaçait Mademoiselle Avril. On se désola. On en aurait pleuré. Christelle pleurait vraiment, les larmes coulant le long de ses joues sans qu’elle s’en préoccupe. Ce qui fut encore plus consternant et dû à la répartition des professeurs par le principal, c’est qu’on récolta, à la place de Mademoiselle Avril, non pas la nouvelle mais quelqu’un qu’on connaissait déjà de réputation : la Mère Douçat.
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Adieu le Petit Prince rêvant de sa rose, de la Bête attendant qu’on l’aime malgré sa laideur, adieu le vertige d’Alice plongeant vers d’étranges profondeurs, adieu les rêves d’amour que nous faisions sur Mademoiselle Avril, la mariant au professeur d’arts plastiques, au jeune pharmacien, à quelque capitaine arrivant au port, toutes voiles dehors. Resta la réalité contre laquelle en cinquième nous nous rebellions secrètement : nous élèves assis sans broncher dans notre classe, attendant le cours et tournés vers le ciel de la porte qui brusquement s’escamota devant l’opulente corpulence de la Mère Douçat. Léa n’était pas encore là. Elle arriva quelques minutes plus tard. Je vais essayer de me présenter telle que j’étais à cette époque, moi Julie X (prononcer Ixe). Je devins souvent Rachel ou Soizic ou même Victoire ou même Tante Juliette et plus tard Léa, et encore plus tard Joseph. Ma peau n’était pas encore étanche. Mon esprit pas encore enraciné. J’avais un moi flottant, pas tout à fait je, pas tout à fait elle. Selon la nuance de mes souvenirs, j’opterai pour « je » ou pour « elle » ou pour « on » ou pour « nous ». Nous enfants, présagions tout, de cette connaissance secrète, dont la conscience ne connaît rien. Nous ne savions rien explicitement. Nous aurions été incapables de dire ce qui se passait en nous, ce qui se passait autour de nous, de mettre l’amour en théorie. Mais nous le connaissions déjà d’une connaissance aveugle, nous en présagions déjà la violence avant de l’avoir vraiment vécu, vague sur laquelle on erre, où le corps, magnifié, le mien, le tien, prend une telle amplitude, devenant et architecture et couleur et parfum et musique et danger qu’il bouffe notre espace de raison. Peut-être faudrait-il expliquer ce savoir non-su, et par une pénétration du vécu (ferveur pour Mademoiselle Avril, colères de la Mère Tape-Dur, épanchements de Léa et de Tante Juliette dont je vais vous parler) et par un
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