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Le cabinet de Nicéphore P.

De
195 pages
Les patients vont et viennent, parfois se croisent sans se connaître, dans l'escalier de cet immeuble ancien du centre de Salonique, où le psychanalyste Nicéphore Phocas a installé son cabinet. Dans leur recherche d'une libération, dont le prénom Nicéphore "Celui qui porte la victoire" pourrait être l'annonciateur, leurs parcours se côtoient au sein d'un univers insolite dans lequel le labyrinthe des rues se superpose aux enchevêtrements des mots, propices aux ruses de la psyché.
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Yannis Vaïtsaras

Le cabinet de Nicéphore P.

Nouvelles traduites du grec par Philippe le Moller

collection
Amarante



































© L’Harmattan, 2013
5Ȭ7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978Ȭ2Ȭ343Ȭ01692Ȭ4
EAN : 9782343016924

Le cabinet de Nicéphore P.







Amarante



Cette collection est consacrée aux textes de
création littéraire contemporaine francophone.

Elle accueille les œuvres de fiction
(romans et recueils de nouvelles)
ainsi que des essais littéraires
et quelques récits intimistes.








La liste des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr




Yannis Vaïtsaras

Le cabinet de Nicéphore P.

Nouvelles





Traduit du grec par Philippe le Moller








L’Harmattan

Du même auteur



Ecouter comme Aimer. Histoires de psychanalyses ordinaires.
Traduit du grec par Philippe le Moller.
Editions L’Harmattan, Paris, 2012.






Sommaire


1. Le rendezȬvous
2. Le trou de la serrure
3. L’embouteillage
4. Le massage
5. Les lieux
6. Le rêve
7. Le soutienȬgorge
8. Le séminaire
9. L’escalier
10. Le regard
11. La trahison
12. Le chauffeur de taxi
13. Le cadeau
14. L’invention
15. La méprise
16. L’Éden
17. L’Oncle
18. La vitrine
19. La tentative
20. Le médecin
21. L’enterrement
22. L’éloge funèbre
23. L’intermédiaire
24. La lettre
25. Le bouquet
26. La pièce

1. Le rendezȬvous

Une chanson tournait en boucle dans sa tête… Cȇest
votre cœur dȇamadou... Tout le restant mȇindiffère, j’ai rendezȬ
vous avec vous !
C’était en effet leur premier rendezȬvous. Leur première
vraie rencontre. Rena avait dû jusqueȬlà se contenter d’enȬ
tendre sa voix au téléphone. Une voix d’homme, grave et
tendre à la fois, qui lui avait inspiré dȇemblée un sentiment
de sécurité, de certitude et de confiance. Cȇest à partir de là
quȇelle avait pu se mettre à rêver de cette rencontre avec
quelque assurance.
Cette idée dȇassurance, pourtant, la fit sourire. Qui eût
pu, en effet, être dȇun naturel moins assuré que le sien ? A
cela venait sȇajouter lȇoutrage, de plus en plus marqué, du
temps sur son visage. Son moral en avait pris un sérieux
coup. Elle n’était plus qu’une exȬbeauté de quaranteȬcinq
ans, prenant dangereusement la voie de la cinquantaine ;
une de ces exȬfonctionnaires, dont le prétendu « privilège »
se réduisait désormais à voir ses jours se perdre dans un
mortel ennui. Les quelques hommes qui entrèrent dans sa
vie en étaient définitivement sortis. Mis à part tous ces ex,
il ne lui restait à peu près rien !

9

Elle y avait bien réfléchi. Elle se souvint de ces vers si
touchants de Cavafy, sur les secours prodigués par « lȇalȬ
cool consolateur ». Mais pas question pour elle, bien sûr,
de sȇy laisser aller ! Elle devait réagir. Heureusement, il y
avait Internet ! Fruit merveilleux de la technologie ! Une
fameuse invention ! Un simple geste sur son petit bureau,
placé tout près de sa table de chevet, et voilà que les cieux
s’ouvraient ! Un foisonnement de possibilités soudain ofȬ
fertes !
Elle avait commencé en visitant les sites des compagnies
aériennes. Jetant son dévolu sur une destination aussi loinȬ
taine qu’improbable, elle choisissait les dates dȇaller et de
retour lui convenant le mieux, puis, juste avant dȇintroȬ
duire son numéro de carte de crédit, elle se ravisait brusȬ
quement, formait à l’improviste un tout autre projet. Elle
pouvait ainsi, à loisir, sans quitter sa chambre, s’offrir des
tours du monde imaginaires, quȇelle faisait durer jusqu’à
l’épuisement, après quoi il lui fallait bien se résoudre à reȬ
tomber dans le réel. Elle allumait alors une cigarette, se serȬ
vait un bon verre d’« alcool consolateur », mais non moins
culpabilisant, puis… Rien !

Inévitablement, elle éprouva bientôt le besoin d’étendre
le champ de ses pérégrinations virtuelles. Elle démarrait
alors sur le premier motȬclé qui lui passait par la tête : AlȬ
cool consolateur la conduisait à Cavafy, Cavafy à poètes alexanȬ
drins, puis à Alexandrie, etc. OlympicȬair ne proposait pas
de vol direct. Il lui fallait changer au Caire (Kaïro). Le nom
de la capitale égyptienne la renvoyait inopinément à la noȬ
tion philosophique de Kaïros, jadis entrevue à l’université :
le temps dévorateur des choses, cette dimension fugace, inȬ
séparable de la mort…

10

Ça, non ! Elle n’allait tout de même pas se laisser aller à
la déprime ! Épouser naïvement l’inclination commune !
Partout (télé, bienȬsûr, et avant tout soirées passées en
compagnie de différentes amies ou exȬcollègues) on parlait
dépression. Elle se devait de faire front, de résister à cette
emprise croissante de la morosité, d’éviter à tout prix
d’être happée par le syndrome. Les circonstances récentes
avaient conduit sa vie par des voies un peu sombres. Soit.
Mais, il y avait très certainement moyen d’y remédier. Un
événement quelconque pouvait intervenir, à l’occasion duȬ
quel la quarantenaire inutile et ratée céderait enfin la place
à une femme épanouie et rayonnante, maîtresse avisée de
son destin.
Il lui fallait avant tout rompre avec sa solitude. Elle était
lasse de lutter seule, dépourvue de soutien, contre le
monstre qui l’assaillait de l’intérieur. Il était temps de faire
le pas. Tel lui apparaissait le Kaïros des philosophes, dans
sa version positive et optimiste, même si les Grecs d’auȬ
jourd’hui se voyaient imposer l’emploi d’un vocable hiȬ
deux : le timing… Quoi qu’il en soit, l’heure était venue
pour elle de rencontrer l’âme sœur, de préférence logée
dans un corps masculin, capable de l’écouter, voire (pourȬ
quoi pas ?) de l’escorter dans ses rêveries de voyageuse imȬ
mobile.
La rencontre espérée eut lieu par l’entremise d’un site
spécialisé. La seule lecture de quelques lignes par lui rédiȬ
gées en un grec excellent a suffi. Il était à coup sûr celui
qu’elle attendait. Son prénom l’a d’emblée inspirée. Bien
que ce ne fût qu’un pseudonyme… Ou plutôt : d’autant
plus, car on ne choisit pas son prénom, tandis qu’un pseuȬ
donyme ne saurait être indifférent. Nicéphore ! C’était déȬ
cidément cet homme dont elle avait besoin. Un vainqueur.

11

Un gagnant. Pas un de ces perpétuels éreintés, de ces résiȬ
gnés ordinaires, de ses pusillanimes communs dont la fréȬ
quentation la ravalait, mettait à mal son amourȬpropre,
pour ne pas dire : estime de soi… Cette expression galvauȬ
dée, qui revenait si souvent dans les discussions entre
femmes, ne lui plaisait guère, mais elle devait admettre que
la sienne était au plus bas.

Elle avait longuement balancé avant de se décider à lui
adresser enfin un message. C’était comme avec son nuȬ
méro de carte de crédit sur les sites des compagnies aéȬ
riennes. Elle s’accordait d’interminables plages de rêve, se
laissait bercer sur les vagues d’un océan de bonheurs fanȬ
tasmés, au gré d’un propos séduisant, d’une image auguȬ
rant des satisfactions enchanteresses autant que chiméȬ
riques. Mais elle réservait toujours pour la fin – avant
d’éteindre son ordinateur – un dernier retour au « profil »
de Nicéphore. Comme elle faisait aussi avec le chocolat.
Pour terminer sur le plus savoureux.

Vint enfin l’heure, tant attendue, de la révélation. Au
premier regard, son cœur à tressailli. L’alliance du beau et
du sérieux. Avec en plus un jeȬneȬsaisȬquoi, une touche de
douceur irrésistible. Une inquiétude pourtant : son âge.
ÉtaitȬil plus jeune qu’elle ? Probablement ! Une mèche de
cheveux gris, très heureusement placée, accentuait dangeȬ
reusement son charme. ÉtaitȬce l’effet d’un artifice ?
À peine assise, l’aura de son interlocuteur fit naître en
elle une sensation étrange et inquiétante. Instinctivement,
ses doigts se crispèrent sur son sac à main, un semblant de
sanglot lui resserra la gorge, elle fut sur le point de se lever
pour partir. De son côté, il attendait sa réaction, un sourire
désarmant sur les lèvres.

12

Elle ne savait que dire. Par quel bout commencer. Ni
comment se débarrasser de ce maudit sanglot qui s’était
installé en elle.
— Alors ?
Ces deux syllabes suffirent à lui faire retrouver, en reȬ
connaissant la voix entendue au téléphone, les sensations
qu’elle avait alors éprouvées. L’homme qui était en face
d’elle ne lui était pas étranger, elle avait eu pour lui des
sentiments et des pensées qui lui revenaient.
Mais comment s’adresser à lui ? PourraitȬelle évoquer
seulement les scènes dont elle avait rêvé tout en se formant
de lui une image sur mesure, selon son cœur, en se fondant
sur les rares éléments dont elle pouvait alors disposer : ses
messages… sa voix… son prénom ?
Enfin, elle se décida :
— Nicéphore ! Joli prénom… et prometteur à souhait !
— Hum…
C’était la première gaffe. Elle était là, en compagnie
d’un homme beau comme un dieu de l’Olympe, arborant
un sourire qui la remplissait d’aise, et elle, l’idiote, ne trouȬ
vait rien d’autre à lui dire… sinon qu’il avait un prénom
« prometteur » ! Au lieu de faire en sorte qu’il comprît
qu’elle était lasse des aventures sans queue ni tête, qu’elle
voulait désormais du concret, des sentiments fondés sur le
réel et vécus au présent, de la franchise, de la stabilité…
Elle retomba dans ses pensées. Il lui fallait absolument
faire feu du peu qu’il lui restait de confiance en elleȬmême,
pour se hisser à la hauteur des circonstances. Retrouver un
peu de sangȬfroid. Elle déposa son sac à main, passa ses
doigts dans ses cheveux, rajusta sa jupe neuve, décidée à
prendre un nouveau départ.

13

— Après notre conversation au téléphone, j’ai rêvé de
toi… Pardon, de vous. Nous étions partis en vacances enȬ
semble, nous allions à Alexandrie. Mais puisȬje vous tuȬ
toyer ?
Il répondit d’un signe de tête qui semblait signifier
qu’elle pouvait faire comme elle voulait.
— Je sais que c’était toi car je me disais, dans le rêve, que
c’est seulement avec un Nicéphore, un porteur de victoire,
selon l’étymologie, que je parviendrais à franchir les barriȬ
cades, si chargées de mystère, qui se sont érigées peu à peu
en moi, et qui m’empêchent de vivre réellement ma vie.
Il semblait l’écouter avec intérêt. Elle se félicita d’avoir
habilement eu recours au récit de rêve, par le biais duquel
elle pouvait se permettre, sans déroger aux convenances,
de lui faire part de ce à quoi elle rêvait consciemment : acȬ
complir en sa compagnie une sorte de pèlerinage hédoniste
à travers les contrées voluptueuses hantées par la silȬ
houette de Cavafy.
Le rêve permet d’incomparables libertés. Les désirs les
moins avouables y trouvent la possibilité de s’exprimer.
Aussi son teint se coloraitȬil sous l’effet du plaisir intense
qu’elle prenait à ce qu’elle était en train de vivre : pouvoir
dire enfin, à quelqu’un de bien réel, ses aspirations proȬ
fondes, tout ce à quoi elle avait longtemps rêvé, un verre et
une cigarette à la main, face à l’écran de l’ordinateur. Et
Nicéphore était idéalement celui dont elle avait besoin
pour l’accompagner dans ces voyagesȬlà. IraientȬils un
jour, lorsqu’ils se connaîtraient mieux et que leur affaire (si
toutefois il y en avait une…) serait un peu plus avancée, à
Alexandrie ? À moins qu’Ithaque ne soit plus appropriée…
PeutȬêtre… Mais ils n’en étaient encore qu’au stade du
« plus, si affinités ».

14

En attendant, elle aimait bien qu’il fût discret et peu loȬ
quace. Elle eût été embarrassée d’être confrontée à des
questions personnelles ou intimes, ayant trait particulièreȬ
ment à des aspects d’ordre sexuel, des points qu’elle aurait
pu être tentée de dévoiler, cependant sans y parvenir.
Mais elle avait affaire à un vrai gentleman, sachant atȬ
tendre, ayant visiblement l’expérience des femmes, caȬ
pable de gagner leur confiance par l’écoute et le respect de
la juste distance. Les relations réelles se construisent dans
le temps.
Elle commença à se sentir lasse de parler. Combien de
temps avaitȬelle passé à se laisser aller au gré des chemins
complexes de sa fantaisie ? À voix haute ? Devant lui ?
Elle fut soudain prise de frayeur : comment allaitȬil réaȬ
gir ? VoudraitȬil la revoir ? Le flot impétueux jaillissant de
son âme ne l’avaitȬil pas terrifié ? Parmi les quelques paȬ
roles qu’il avait prononcées au téléphone, elle se remémora
celleȬci : « RencontronsȬnous une fois et nous verrons… »
Cette première rencontre était en cours. Mais cette
« fois » seraitȬelle en effet la première (comme elle le désiȬ
rait tant, sous réserve qu’il le souhaitât également, bien enȬ
tendu…) d’une interminable série ? Dans le cas contraire,
elle sortirait d’ici plus que navrée... Cette aventure vienȬ
drait s’ajouter à la longue série des ex, ce serait un naufrage
de plus. PourraitȬelle même le supporter ? Rien de moins
sûr.
Nicéphore s’est levé en souriant. Il s’est approché d’elle
en lui tendant la main. Rena était sur le point de chavirer.
— Très bien, ditȬil, si vous voulez, nous reprendrons la
prochaine fois.
Comment auraitȬelle pu ne pas le vouloir ?
— Mais… C’est déjà terminé ? fitȬelle interloquée.

15

Pendant les quelques jours qui avaient précédé, elle
avait réfléchi à ce qu’elle allait dire, au choix des expresȬ
sions qu’elle emploierait, mais elle avait oublié de prendre
en compte les contraintes liées au temps, alors qu’il était
clairement indiqué, sur le site www.psychanalyste.gr, que la
durée d’une séance était de quaranteȬcinq minutes.
En descendant l’escalier, étonnamment légère, elle se dit
qu’il n’était pas question, cette fois, de se raviser, comme
elle avait fait si souvent, avec son numéro de carte de créȬ
dit, sur le site d’OlympicȬAirways.
Ce voyage immobile promettait d’être captivant… et
« porteur de victoire », même si le terme n’en était pas
connu.

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2. Le trou de la serrure

Il lui avait suggéré de passer à son cabinet le soir, si elle
voulait, après 21 h 30. C’était l’heure à laquelle il terminait.
Il n’était que 21 h 28, et elle se tenait déjà là, devant l’entrée
de son immeuble, habillée pour sortir, sachant qu’il aimait
bien, après le travail, aller prendre un verre dans un enȬ
droit calme. Comme il n’aimait pas le bruit de la foule, elle
lui proposerait de retourner au bar où luiȬmême l’avait emȬ
menée le soir de leur première rencontre. A moins qu’il ne
lui proposât de rester chez lui. Un cadre si agréable, de si
bon goût ! Sortir ou pas, ça lui était égal, dès lors qu’elle
était avec lui.
A 21 h 31, elle vit sortit sa dernière patiente. Une jeune
femme belle et fine. Ne sachant trop quelle contenance
prendre, elle se tourna vers la boutique de l’antiquaire siȬ
tuée juste en face, ce qui lui permit d’observer discrètement
le reflet dans la vitrine de l’élégante silhouette, qui passa
derrière elle, d’un pas ferme et rapide, laissant vaguement
flotter dans l’air les notes éparses d’un parfum qui lui semȬ
bla être le sien… à lui !
Ce fut comme si une horde de reptiles l’eût soudain enȬ
cerclée. Comme si un flot amer emplissait ses entrailles.
Une jalousie rageuse s’empara de son cœur. SeraitȬce que
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quelque chose était en train de se passer entre eux ? Pendant
qu’elle poirotait en bas comme une idiote, devant sa porte,
il prenait tranquillement son temps avec sa prétendue paȬ
tiente !
S’efforçant de bannir l’affreux soupçon, elle prit une
longue respiration et elle sonna. Il lui ouvrit la porte en
souriant gentiment, comme d’habitude, l’appelant ma chéȬ
rie… Elle oublia tout dans ses bras.
Elle vivait là, pensaȬtȬelle, un authentique amour. Avec
un homme qui lui plaisait enfin vraiment, doué qu’il était
de toutes les qualités qu’elle recherchait, et qu’elle n’avait
jamais trouvées toutes réunies chez ceux qu’elle avait pu
rencontrer jusqu’alors. Un homme en compagnie duquel
elle éprouvait un sentiment de calme et de sécurité. Dont
elle pouvait dire avec une quasiȬcertitude, même en ne se
fondant que sur le peu qu’elle connaissait de lui, qu’il était
d’un naturel équilibré et généreux, qu’il ressentait pour
elle un sentiment sincère, de bon aloi, et que leurs sensibiȬ
lités s’accordaient à merveille.
Depuis leur première rencontre, le plus clair du temps
qu’il leur était donné de passer ensemble avait été consacré
à se découvrir l’un l’autre. Elle aimait cette exploration.
Elle était curieuse de tout ce qui le concernait : son corps,
ses odeurs, ses goûts, ses lectures et musiques préférées. Et
aussi son cadre de vie. Point capital ! Plus important pour
lui que ne l’étaient son corps et ses vêtements.
C’était un merveilleux appartement du centreȬville. Elle
en avait été charmée d’emblée, presque autant que de sa
personne : un espace vaste et savamment distribué, des
plafonds hauts, le charme des balcons face à la mer, deux
portes d’entrée… et, dans son cabinet, cette petite porte déȬ
robée qui donnait sur les chambres !

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