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Le captif de Mabrouka

De
150 pages
Avec l'âge, il est des êtres qui deviennent plus sensibles à la question de leurs racines. Pour Richard, cette obsession se transforme presque en besoin. A cinquante ans, malgré la résistance de sa femme Colette, il débarque dans la petite ville du sud marocain où il a vu le jour. Là, le vieux Charjane lui révèle le secret de Mabrouka, Richard découvre les mystères du Maroc dont il a toujours rêvé.
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Le Captif de Mabrouka
El Hassane AÏT MOH Le Captif de Mabrouka Roman
Du même auteur Le thé n’a plus la même saveur, L’Harmattan, 2009.        !  "#     !!"!"## $% !!"!"##
Et je sais les prestiges et le pouvoir sournois de ce pays, la façon dont il retient ceux qui s’y attardent, dont il les immobilise, les prive d’abord de questions et les endort…  
1 Terre natale Au loin, sur les bords de la route déserte s‟agitaitfébrilement une silhouette vague. Quelle est cette étrange forme noire aux contours indéfinissables ? marmonnai-je en essuyant du dos de la main quelques gouttelettes de sueur formées sur mon front. Co-lette me considéra d‟un regard faussement naïf, ajusta ses lu-nettes puis scruta longuement le point noir ondulant comme une menace à l‟horizon. Ses yeux exorbités me troublèrent. Et sans dire un mot, elle continua machinalement à éplucher sonGuide du routard. Et lorsque Colette ne disait mot, lorsqu‟elle secon-tentait seulement d‟un regard comme celui-là même qu‟elle ve-nait de me lancer c‟est qu‟elle m‟en voulait. D‟habitude la signi-fication dont étaient chargés ces regards persécuteurs demeura pour moi obscure jusqu‟à ce qu‟elle se décidât enfin àleur don-ner sens avec des mots éclairants. Depuis que nous avions quitté cette maudite ville de Zagora où, pour des raisons futiles, nous eûmes des échanges à la limite de l‟incivilité, aucun événement qui méritait d‟être relaté n‟advint. La route sur laquelle avançait lentement notre Logan de location était monotone et poussiéreuse. Hormis les flots de sable qui l‟envahissaient par endroits, elle ne présentait aucun signe de vie. Nos vacances dans ce lieu perdu n‟étaient pas vraiment des vacances au sens commun du terme. «C‟est une folie», répétait sans cesse Colette qui se demandait dans quel pétrin j‟allais en-core la conduire. Au loin s‟agitait toujours le point noir. Elle ne le quittait plus des yeux. Ce fut son nouveau centre d‟intérêt. Et tandis qu‟elle débitait savamment les mêmes remarques, moi j‟étais plongé
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dans mes rêveries incessantes. Toute ma vie, l‟idée de retrouver ma terre natale me hantait. Elle devenait avec l‟âge presque une obsession mais le passage à l‟acte a toujours été contrarié, non seulement par les vicissitudes de la vie, mais surtout par la pho-bie du voyage qui envenimait la vie de Colette et dont elle n‟a jamais pu se débarrasser. A l‟horizon, se dressaient à travers un léger voile brumeux les montagnes de l‟Atlas.-C‟est là apparemment, lançai-je à Colette à moitié endormie, quelque part derrière ces sommets arides. J‟appréhendais un peu cette rencontre avec ce lieu. Mais c‟était une idée qui a depuis longtemps germé dans ma tête et dont je n‟ai jamais pu me défaire. Depuis que j‟ai commencé à prendre conscience du parcours accidenté de ma vie, l‟idée de me rendre dans cet endroit-là ne me quittait plus et j‟ai vécu avec la conviction qu‟un jour je partirais. Plus qu‟un désir, c‟était presque un besoin qui grandissait en moi à mesure que j‟avançais dans l‟âge. A présent, j‟ai dépassé la cinquantaine, et c‟est l‟âge où la conscience aiguë de la brièveté de la vie commençait à de-venir persistante avec ce sentiment accablant d‟être mortel. Et avant de partir, on aimerait voir se réaliser une envie comme un dernier vœu avec cette illusion qu‟on pourra enfin mourir tran-quillement sans regrets ni remords. -Qu‟est-ce qui se profile à l‟horizon, lançai-je indifférent à Co-lette, est-ce une personne ? -C‟est une personne, dit-elle, un homme certainement. Le soleil en maître absolu des lieux déversait ses rayons brû-lants sur la vallée noyée dans son silence éternel. J‟eus l‟impression de remonter le temps, de retomber dans mon en-fance. Comme si soudain mes cinquante années de vie s‟évaporaient devant ce lieu que je n‟avais jamais connu et qui était pourtant le point de départ de mon existence. J‟étais sur le point de découvrir le passé préhistorique de ma vie en m‟approchant de ce lieu devenu presque mythique.De plus en plus, la silhouette se précisait à travers l‟épais nuage d‟une tempête de sable. C‟était un vieil homme engoncé dans sa djellaba noire, courbé sous le poids d‟un sac qu‟il portait
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