Le château du temps perdu

De
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Michel, ingénieur agronome, grand céréalier du sud de la Touraine, occupe la maison de maître de la Caillère, son domaine que tout le monde appelle " Le Chatiau ". Il est bon patron, pas fier, il aurait tout pour être heureux s'il n'était pas flanqué d'une juriste bornée, son épouse. Sa cousine germaine, une artiste-peintre, revient au pays pour mieux se consacrer à sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Michel veut lui apporter toute son aide... fraternellement ? Ça se discute. Bientôt la cousine va se trouver en butte à la sottise d'une juge des tutelles. Michel, scandalisé, réagira brutalement. Justice sera ! La juge y laissera toutes ses plumes.
Publié le : lundi 23 mars 2015
Lecture(s) : 26
EAN13 : 9782336373829
Nombre de pages : 138
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Eliane Aubert-Colombani

Le château
du temps perdu

Roman
































© L’Harmattan, 2015
5Ȭ7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978Ȭ2Ȭ343Ȭ05758Ȭ3

EAN : 9782343057583

Le château du temps perdu

Écritures
Collection fondée par Maguy Albet


Lozac’h (Alain), La clairière du mensonge, 2015.
Serrie (Gérard), J’ai une âme, 2014.
Godet (Francia), La maison d’Elise, 2014.
Dauphin (Elsa), L’accident, 2014.
Palliano (Jean), Lana Stern, 2014.
Gutwirth (Pierre), L’éclat des ténèbres, 2014.
Rouet (Alain), Chacune en sa couleur, 2014.
Cuenot (Patrick), Dieu au Brésil, 2014.
Maurel (Patrick), Khonsou et le papillon, 2014.
D’Aloise (Umberto), Mélodies, 2014.
JeanȬMarc de Cacqueray, La vie assassinée, 2014.
Muselier (Julien), Les lunaisons naïves, 2014.
Delvaux (Thierry), L’orphelin de Coimbra, 2014.
Brai (Catherine), Une enfance à Saigon, 2014.
Bosc (Michel), MarieȬLouise. L’Or et la Ressource, 2014.

*
**
Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des
parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages,
peut être consultée sur le site www.harmattan.fr

Eliane AubertȬColombani

Le château du temps perdu

roman




















L’Harmattan

Ouvrages de l’auteur :

Le Doctorant – Zia Vito, Editions Jean Paul Bayol 2014.
La Perdrière, Marivole CPE, 2014.
Portraits de Femmes, Maison de Jour de Fête, 2013.
Journal dȇun collabo 1945Ȭ1946, LȇHarmattan 2013.
Étoile, Fondencre, 2012 (préface de Paul Veyne).
Lȇâne et le bon Dieu, Albiana, 2009.
Nouvelles de Corse (ouvrage collectif), Magellan, 2008.
La Buse, Albiana, 2008.
Lȇappel de lȇîle Albiana, 2007.
Journal dȇun collaboȬ1944, LȇHarmattan, 2006.
Le cousin, Le Rocher, 2005.
La Fin du collabo, Le Rocher, 2004.
Tuer le juge, LȇHarmattan, 2001.
Alzheimer au quotidien, LȇHarmattan, 1999.
Simon le Corse, Critérion, 1994 ; Christian Lacour, 1997.
La Mère allemande, Denoël, 1991.
LȇÉlève de Clémence, Denoël, 1991.
Les Silences de lȇaube, Carrère, 1986.
Le Journal dȇun collabo, Denoël, 1984, LȇHarmattan, 2006.
Le temps des cerises, Les Presses de la Cité, 1983 ;
Denoël,1990 ; MaxiȬLivre, 1996 ; LȇHarmattan, 2000.
Un homme de la terre, Le Cercle dȇOr, 1978.
La Guérison, Le Cercle dȇOr, 1974.
La Perdrière, Le Cercle dȇOr,1971. Prix Guy Vanhor, 1971.

Chapitre 1

Angéline et Michel étaient cousins germains et ils se resȬ
semblaient beaucoup, même chevelure brune, bouclée,
mêmes yeux grands et noirs. Quand ils venaient en vaȬ
cances chez leur grandȬmère, les fermiers et les ouvriers
agricoles remarquaient :
— DiraitȬon pas qui sont frère et sœur ?
1
" "
— Ils semblent au grandȬpère Bodicheau qu’était un
bon bouhoume, point fier.
2
— La boune femme, y elle, est ben pu haute .
— Comme tu l’dis, c’est un sacré bestiau !
3
" de
La conversation reprenait devant une Ȉfillette vin
blanc :
— Le gendre Galpy, celui qui s’est marié avec Alice
Bodicheau, ses domestiques disent qu’il est ch’ti, et qu’la
4
"
boune femme a intérêt à barrer sa gouleȈ. C’est pourtant
"
y elle qu’a les terres, lui, il s’est amené qu’avec son couȬ
5
tiauȈ.


1
ressembler
2
fière, méprisante
3
petite bouteille
4
gueule
5
couteau

7

— P’tête ben, mais il a été assez filou pour racheter,
6
pour une bouchée de pain, les domainesȈtourȈà chez lui.
— D’où qu’t’au sait ?
— De mon beauȬfrère qu’a m’né le tracteur quand le
Roger s’était cassé un abattis.
— L’aut’ gendre, le corse, le mari de la Simone, c’était
un bon gars, franc comme l’or, c’est grand d’mage qu’il
ait été zigouillé en Algérie.
— Qui qu’elle avait besoin d’aller chercher un
militaire ?
— Ça plaisait point à la grandȬmère.
— A c’te heure, elle touche la pension, c’est mieux que
rin !
— Oui, parce que l’héritage, il lui a passé sous le nez.
Si Michel Galpy, le petitȬfils, l’héritier de la Caillère
n’avait pas entendu directement ces propos, tout au long
des décennies, l’essentiel lui en était parvenu.
Après la mort des grandsȬparents, les désaccords des
survivants, la retraite de ses parents, il restait maître d’un
domaine de trois cents hectares, d’une maison de maître
" "
que les gens du pays appelaient le Châtiau , et de comȬ
muns en lisière d’un grand bois.
Durant ses études à Paris, à l’Ecole d’Agronomie, il
avait rencontré, Gisèle Meunier, future magistrate, c’est
du moins ce à quoi elle aspirait. Ils avaient entamé une
liaison, lui sans grand appétit, tout simplement, parce
qu’il n’avait pas voulu faire d’effort pour chercher
l’oiselle rare avec laquelle il aurait pu disserter sans fin
sur l’avenir de l’agriculture européenne, sur l’intérêt des
OGM, en quoi il croyait fermement, sur les problèmes des
éleveurs du sudȬouest… etc., etc., et surtout avec laquelle

6
autour

8

il aurait pu décortiquer son petit moi chaudement
endormi, son tempérament de poète à peine éclos. Il ne se
donnait pas l’excuse de la préparation des examens. Il
prétendait, sans le formuler, gérer raisonnablement sa
sexualité pour son équilibre et sa santé, de même qu’il
avait cessé de fumer. La liaison aurait dû s’égoutter
lentement jusqu’à la fin de l’année universitaire, puis en
juillet : basta ! on promettrait peutȬêtre de se souhaiter la
bonne année.
C’est durant les vacances de Pâques qu’il commit
l’erreur fatale.


Il invita Gisèle à la Caillère, et là, celle qui prétendait
être magistrate un jour, qui appartenait au 18 % de dangeȬ
reux imbéciles qu’on retrouve dans toutes les grandes
écoles, à fortiori dans celle de la magistrature, celleȬci
"
donc, à la vue du ChâtiauȈ, jura qu’elle serait capable,
nom de nom, de s’accrocher à vie, à cet intellectuel,
économiste les pieds hors des baskets, et de s’installer au
"
ChâtiauȈ. Ce qui fut juré, s’accomplit ou, plus
précisément, la contraception fut interrompue. Trois mois
plus tard, Michel était ingénieur agronome, Gisèle
enceinte, juriste râtée. Le mariage s’annonçait comme une
aurore ou un orage à chacun de choisir.
Quelques années passèrent, les parents Galpy se retirèȬ
rent à Tours, tout heureux qu’on leur confie MarieȬAnge,
leur petiteȬfille, quand elle eut l’âge d’entrer au lycée.

Après le départ du plombier, Michel eut le temps de
survoler les évènements antérieurs qui avaient plombé ou
enrichi sa vie. Au dos d’une facture, il écrivit :

9


Sur mon tombeau,
on chuchotera
« il aurait pu, il aurait dû… »
mais le meuglement des vaches
les aboiements de César
l’odeur… ah ! l’odeur
des corps des bêtes
chanteront, témoigneront
de ma victoire cachée…


Il s’était assis dans la salle à manger du Belvédère, un
manoir dont sa tante Simone Piérini était propriétaire. Il
"
7
avait offert la goutteȈau plombier, comme il se doit, et
maintenant, il savourait un verre de porto. Le porto, la
goutte, comme jadis, étaient rangés parmi d’autres
alcools, dans la desserte, à gauche de la vitrine. Que les
meubles, les faïences, les liqueurs aient conservé leurs
places, le comblaient d’un bonheur extraordinaire.
Le temps s’était contracté et il y voyait un heureux préȬ
sage. Angéline, sa cousine, allait arriver dans une huitaine
de jours. Elle accompagnait sa mère gravement atteinte
par la maladie d’Alzheimer. Elle avait choisi de s’installer
au Belvédère avec la malade, pour des raisons
d’économie.
— Je n’aurai besoin que d’une gardeȬmalade dans la
journée, la nuit je dormirai à côté d’elle.
— Je t’aiderai pour les courses, avait dit Michel.
— Tu as autre chose à faire.
— Je t’en prie, c’est la moindre des choses !

7
alcool

10

Depuis trois mois, il avait veillé à la bonne marche des
différents travaux nécessaires pour la rénovation d’une
vieille bâtisse, belle, mais parfaitement incommode, surȬ
tout quand il était question d’y séjourner avec une
malade.
Quand Michel commandait, il obtenait tout dans un
laps de temps tolérable, et avec un maximum de qualité,
parce qu’il était riche, mais aussi « point fier » et « bon paȬ
tron comme y en a point ». Remise en marche du
chauffage central, pose de huit fenêtres en PVC qui
déparaient la façade. « Aucune importance du moment
qu’elles sont fonctionnelles » avait déclaré Angéline. Il
avait obtempéré. Elle s’était fiée au goût de son cousin
pour la décoration des deux salles de bain. Avec
jubilation, il avait choisi un carrelage italien aux couleurs
éclatantes comme s’il lui offrait une corbeille de fleurs.
Elle l’avait également chargé de trouver une infirmière
qui viendrait, chaque jour, faire la toilette de la vieille
femme, – ce qui n’avait pas été facile à négocier – et de
choisir une gardeȬmalade, adroite, chaleureuse, avec si
possible, l’accent de Chaumussay. Ce qui devrait
permettre à Angéline de vivre en paix quelques heures
par jour.
Il lui avait téléphoné :
— Hélène Marquet… elle embauchera dès son arrivée.
— Tu crois qu’elle est vraiment humaine, respectueuse
de la malade ?
— Affirmatif mon colonel ! je suis allé deux ans à
l’école avec elle.
C’est une bonne fille, elle a besoin de fric. Elle
travaillait au noir chez le notaire Merisier qui la payait
avec un lanceȬpierre, et puis elle n’a pas de mec, tu seras
tranquille.

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— Bon ! Je te fais confiance et… estȬce qu’il y a assez de
charbon ?
— J’ai fait livrer.
— Combien estȬce que je te dois ?
— On verra ça plus tard.
Pour lui, cela signifiaitȈjamaisȈ.

Le temps qui se rétracte, c’est aussi l’espace qui
rétrécit, l’univers qui n’est pas plus gros qu’un atome ou
qu’un boson de Higgs ! Michel ne se croit plus, n’est plus
au Belvédère devant son deuxième verre de porto, mais
chez leur grandȬmère, à la Caillère, au mois de juillet…
Après déjeuner, les domestiques et journaliers font la
sieste dans la grange ou sous le grand poirier. On crève
ࡌ ࡌ
de chaud. Angéline vient de se faire fâcher par la grandȬ
mère, parce qu’elle a dit, à table, devant tout le monde,
ࡌ ࡌ
qu’elle aimait bien embrasser sur la goule , César, le
briard. Angéline a huit ans, Michel en a onze. Il sait qu’on
ne doit pas parler des baisers sur la goule, parce que ça
commence comme ça et ça finit plus bas. Il se promet de
l’expliquer à sa cousine, et pour se faire bien comprendre,
il posera ses lèvres sur les siennes, et il glissera la langue,
sous l’autre langue, la petite anguille rose. Elle trouvera
que c’est bien meilleur que les lèvres noires de César et sa
langue trop plate.
Il attend Angeline comme chaque aprèsȬmidi de vaȬ
cances. Elle va venir… elle vient ! non, ils ne continueront
pas la lecture de L’invasion, le roman d’ErckmannȬ
Chatrian, avant il y aura la langue… Hélas ! manque de
chance, impossible ! parce qu’Angeline pleure, et qu’elle a
un besoin urgent de raconter ses malheurs. Elle dit que la
grandȬmère est méchante. Elle raconte, pour la troisième

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