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Le Cœur du Phénix

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Griffine Riddle mène une vie de collégienne normale dans la petite ville de Mooncove, en Angleterre.
Cependant, le jour où elle reçoit un mystérieux médaillon, sa vie s’en retrouve bouleversée : l’âme de la jeune fille est enchaînée à celle d’un elfe mort il y a des siècles.
Hallucination ? Rêve ? Griffine n’en croit rien. D’autant que de nombreux faits portent à croire que ce médaillon devait lui revenir pour une raison précise. Cela pourrait avoir un lien avec son père, mort dans d’étranges circonstances, lorsqu’elle était encore une enfant…
Griffine aura-t-elle le courage de rouvrir les vieilles blessures du passé ? L’amour et l’amitié suffiront-ils à repousser le maléfice du médaillon ?
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Mélusine Chouraki

Le Cœur du Phénix

 


 

© Mélusine Chouraki, 2014

ISBN numérique : 979-10-262-0081-9

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

 

 

 

 

 

 

Pour Lunastrelle, Ysa666 et Cally-Sama, mes correctrices préférées.

Et pour mes parents, mes deux meilleurs agents.

 

 

 

 

 

« On n’entre pas en Féérie en sautant la clôture. On n’y accède que par aventure, épreuve, enchantement, enfaytement, par amour. »

 

“La grande encyclopédie des fées” – Pierre Dubois.

 

Chapitre 1
Dans le caniveau

 

 

 

C’était une mauvaise journée, Griffine l’avait sentie venir dès le matin.

Son réveil n’avait pas sonné. Elle avait raté le bus, puis reçu une heure de colle pour son quatrième retard consécutif. À la fin des cours, le professeur de maths l’avait retenue pour lui faire un long sermon sur la ponctualité, si bien que lorsqu’elle était arrivée à la cantine, il ne restait plus que des yaourts en guise de dessert. L’après-midi s’était terminée par deux heures de sport et un ballon en pleine figure. Une branche de ses lunettes était tordue… encore une chance que les verres ne soient pas cassés.

Aussi, ce fut avec soulagement qu’elle sortit du collège pour se rendre à l’arrêt de bus. Mais elle s’arrêta lorsqu’elle aperçut la chevelure rousse de Sloane, la version locale d’un troll des cavernes. Elle était accompagnée de ses deux laquais : Mégane, sorte de manche à balai habillé gothique et surmonté d’une tête de fouine, et Alice, qui ressemblait à ce que serait devenue l’autre Alice, celle du terrier de lapin. Sauf que sur elle, le gâteau qui faisait grandir fonctionnait en largeur, mais pas en hauteur. Son survêtement bleu ultra-extensible avait tout du costume obligé du Pays des merveilles.

Le seul point commun que Griffine avait avec ces trois filles était l’âge : elles avaient quinze ans.

– Alors, la binoclarde… Combien t’as sur toi, aujourd’hui ? demanda Sloane.

Griffine évalua ses chances. À une contre trois : zéro. Elle resta immobile un instant puis elle fit volte-face et piqua un sprint.

Elle n’avait pas besoin de se retourner, elle les entendait courir derrière elle. Son sac à dos était lourd, mais si elle s’en débarrassait, ses poursuivantes le réduiraient en charpie.

Soudain, son pied glissa. Elle tomba et retint un cri de douleur. Sa cheville lui faisait mal ! Coincée, elle se retourna et vit les filles arriver à sa hauteur. Tandis qu’Alice lui saisissait les bras, Mégane se mit à la fouiller.

– Arrêtez, lâchez-moi ! Vous n’avez pas le droit ! cria Griffine.

Mégane tendit son maigre butin à Sloane : cinq livres.

– Quoi, c’est tout ? Allez, hop ! Dans les égouts ! décida la rouquine.

– NON !

Ignorant ses protestations, Mégane et Alice la prirent chacune par un bras, Sloane par les jambes, et la traînèrent en direction d’un caniveau. Des détritus étaient amassés devant la grille, ce qui avait fait monter le niveau de l’eau au point de créer une petite mare. Les filles la jetèrent dedans puis s’enfuirent en ricanant.

Furieuse, Griffine sortit du caniveau en pataugeant dans l’eau chargée de détritus.

Lorsqu’elle parvint à se relever, ses vêtements se trouvaient dans un état lamentable. De la boue maculait sa jupe, elle avait un papier d’emballage de cheeseburger accroché dans les cheveux… sans parler de l’odeur ! Même son sac avait pris l’eau, ses cahiers et les feuilles de son classeur ne devaient plus servir à rien. Pas question de prendre le bus dans cet état ! De toute façon, ces pestes lui avaient volé tout son argent.

Résignée, elle suivit le chemin de sa maison, gravissant la pente raide de la longue rue qui menait tout en haut de Mooncove, petite ville de Cornouailles, au sud-ouest de l’Angleterre.

La bâtisse apparut bientôt. C’était une ancienne ferme, avec ses murs clairs en bois et son toit d’ardoises sombres couvert de lichen. À l’origine, les volets des fenêtres arboraient un beau vert feuille, mais la peinture avait vieilli et les ferrures étaient rouillées. Un acacia avait poussé contre le mur de l’entrée, et son feuillage faisait office d’auvent. La porte de la maison tenait mal, il fallait toujours la soulever à mains nues, que ce soit pour ouvrir ou fermer.

Une fois rentrée, Griffine laissa tomber son sac sur le sol, puis se dirigea vers la salle de bains. Elle soupira devant l’image que lui renvoyait la glace. Sa chevelure brune était pleine de résidus douteux. Son visage affichait un air défait et malheureux. Elle avait toujours eu les joues trop remplies et des yeux noisette grossis par les verres de ses lunettes.

Je suis moche ! pensa-t-elle.

Une fois propre et en pyjama, elle alla dans la cuisine prendre son remède miracle : le pot de Choconuts.

Alors qu’elle tartinait une tranche de pain, sa mère, Soriane Riddle, entra. Elle portait une robe noire courte avec un tablier. Griffine comprit qu’elle rentrait juste de son deuxième travail et qu’elle n’avait pas eu le temps de se changer. Sa mère était caissière au supermarché le matin, servait des pâtes et des pizzas Chez Tonio l’après-midi et faisait deux heures de plonge au salon de thé de la ville, après la fermeture en fin d’après-midi. Tout cela suffisait juste à payer l’emprunt de la maison et s’acheter de quoi vivre.

– Bonjour, Griffe.

– Bonjour.

Alors qu’elle passait près de la table, la mère se figea. Elle se pencha vers la jeune fille et lui prit le menton, l’obligeant à la regarder. Griffine se maudit pour sa stupidité : même si elle s’était lavée, elle n’avait pas pensé à mettre du fond de teint sur l’ecchymose à sa joue gauche, un cadeau des copines de Sloane.

– Oh, Griffe… Encore ? !

Griffine dégagea son visage et reporta son attention sur sa tartine.

– Il faut soigner ça. Tu viens, qu’on aille dans la salle de bains chercher de quoi faire un pansement ?

– Non, merci, je suis assez grande pour me débrouiller, répondit sèchement l’adolescente.

– Mais chérie, il faut qu’on fasse quelque chose, tu…

– NON ! Je ne peux rien faire ! Elles sont trois, et elles n’arrêteront jamais. Elles se fichent de ce que tu dis. Tu les as déjà prévenues la première fois qu’elles m’ont frappée, tu ne te souviens pas ? Et depuis, zéro changement ! Alors, qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

– Tu devrais prendre des cours de défense… du judo, ou autre chose. Tu te rappelles ? Je te l’avais conseillé.

– Oui, jusqu’à ce que ton banquier t’annonce que ton compte serait à découvert si on augmentait les dépenses !

Soriane baissa tristement les yeux.

– C’est vrai… Je sais, chérie.

Griffine pinça les lèvres. Non, sa mère ne savait rien. Depuis la mort de son père, la jeune fille avait du mal à trouver une raison de vivre. Soriane, au moins, avait une échappatoire : elle se plongeait dans le travail du matin au soir. Et lorsque Griffine se plaignait qu’elle ne lui accordait plus d’attention, celle-ci lui rappelait qu’il fallait que quelqu’un travaille pour combler le vide financier laissé par son mari.

Dans un soupir, la mère s’assit près de sa fille.

– Je pense qu’il est temps que nous ayons une petite discussion, toi et moi. Ton professeur principal m’a appelée. Il a dit que tu es encore arrivée en retard aujourd’hui. Tu as eu une heure de retenue. Tes notes ont chuté en maths, en histoire et même en français, ta matière préférée !

Griffine émit un soupir. Qu’aurait-elle pu répondre ? Qu’elle en avait assez de cette vie, qu’elle voulait partir, fuir loin d’ici, de ce monde qu’elle détestait chaque jour de plus en plus ? Non, cela ne ferait qu’aggraver la situation.

– Je n’ai pas envie d’en parler.

Soriane plissa les yeux. Elle aussi souffrait, même si elle prenait sur elle pour continuer de vivre et les couvrir financièrement toutes les deux.

– Très bien, si c’est comme ça… Débrouille-toi seule. Je dois y aller, je travaille au restaurant italien ce soir. L’autre serveuse est malade, je fais des heures supplémentaires. Commande-toi à manger, mais ne te couche pas trop tard.

Griffine la regarda partir. Une fois qu’elle eut entendu la porte d’entrée claquer, elle se leva et monta dans sa chambre. Elle prit un livre traînant sur son bureau et s’assit sur son lit.

 

Elle l’ouvrit à la page de son poème préféré :

« Dans notre prochaine existence,

Nous nous garderons bien d’être humains.

Nous serons deux oies sauvages,

Volant bien haut dans le ciel.

Les neiges aveuglantes,

Les mers et les eaux,

Les monts et les nuages,

Les poussières rouges du monde,

De loin nous les regarderons

Comme si nous n’étions jamais tombés. »

 

L’auteur s’appelait N’Guyen-Khac-Hieu, un poète vietnamien. Quand elle était petite, son père lui lisait ce poème chaque soir, avant qu’elle s’endorme.

Elle ressentit un pincement au cœur. En cet instant, elle aurait voulu être une oie sauvage, s’envoler vers les nuages, quitter cette ville triste pour d’autres horizons.

Une vie meilleure, n’importe où.

 

Chapitre 2
Feuille volante

 

 

Le lendemain, Griffine savait que son calvaire continuerait. Certes, on était mercredi, elle n’avait donc cours que le matin : une heure d’espagnol, une autre d’anglais puis une dernière de français. En temps normal, elle aurait quitté le collège à midi, mais elle avait reçu une heure de retenue, ce qui l’obligeait donc à rester jusqu’à treize heures.

Tandis qu’elle traversait le couloir pour se rendre au sous-sol du collège, elle croisa Sloane et ses copines, qui lui souhaitèrent de bien s’amuser en retenue.

Griffine leur lança un regard noir, puis poussa la porte de la salle de retenue. Il n’y avait qu’un bureau, celui du surveillant, ainsi que des bancs où les élèves devaient rester assis jusqu’à la fin de la retenue.

La surveillante, une vieille femme maigre à l’air revêche, saisit le papier de retenue que Griffine lui tendit puis la regarda s’asseoir sur un des bancs.

La jeune fille déglutit. Passer une heure enfermée dans cette pièce avec cette espèce de sorcière ne l’enchantait guère, mais que pouvait-elle faire d’autre ?

Résignée, elle sortit son classeur d’exercices et se mit à ses devoirs.

Soudain, un bruit étrange la tira de ses exercices d’anglais. Levant les yeux, elle vit que la surveillante s’était endormie. Sa tête pendait mollement sur le côté, un léger filet de bave était visible au coin de ses lèvres.

Griffine secoua la tête, quand une idée lui vint. Pourquoi ne pas profiter de la somnolence de la surveillante pour sortir de la salle et rentrer chez elle ? Non, c’était trop risqué.

La jeune fille regarda sa montre. Plus qu’une demi-heure avant qu’elle puisse sortir de là.

Avec un profond soupir d’ennui, la jeune fille referma son classeur. Une feuille d’exercices s’échappa de ce dernier. Elle voleta à travers la pièce jusque sous une porte dans le mur droit de la salle.

Énervée, Griffine se leva et marcha jusqu’à la porte. Elle hésita, puis l’ouvrit.

Il faisait noir de l’autre côté. À tâtons, elle trouva l’interrupteur et l’activa. La pièce était remplie de caisses. Il y avait également deux tables de ping-pong abîmées, ainsi qu’un vieux trampoline couvert de toiles d’araignées.

Griffine vit que sa feuille avait glissé jusque sous l’une des tables. La jeune fille descendit les escaliers pour la prendre, quand une voix résonna.

– Eh, toi ! Qu’est-ce que tu fais là ? Laisse-nous !

D’abord, Griffine ne vit personne. Elle regarda autour d’elle, mais il n’y avait aucun signe de la surveillante dans la pièce. Ses ronflements lui parvenaient toujours depuis la porte.

Maintenant qu’elle y pensait, cette voix sonnait masculine. Et la personne qui venait de l’interpeller avait un accent étrange.

Peut-être un autre surveillant de l’école venu relayer sa collègue ? Mais où était-il ? La porte était toujours ouverte et personne ne se tenait dans l’encadrement.

La jeune fille baissa les yeux et aperçut enfin celui qui l’avait abordée.

Son interlocuteur dépassait à peine ses genoux. Elle crut d’abord que c’était un enfant, mais la peau de son visage était parcourue de rides et il avait une barbe grise avec une petite ligne noire en son centre. Il portait des vêtements de cuir usés. Un bonnet rapiécé couronnait sa tête.

– Alors, qu’est-ce tu fais ici, jeune fille ?

Choquée, Griffine ne répondit rien. Elle rêvait, elle en était sûre.

Mais l’adolescente fut bien plus surprise quand elle en vit un deuxième apparaître près du premier. Il était identique en tous points, mise à part sa barbe qui arborait une belle couleur noire.

– Laisse tomber, elle ne peut pas nous voir, ce n’est qu’une humaine, dit le second.

– Ah oui ! J’oublie toujours ça.

Ils firent demi-tour ensemble et se dirigèrent vers les caisses. Ce geste laissa à Griffine le temps de se ressaisir.

– Mais si, je vous vois ! Qu’est-ce que vous vous imaginez ? Que je suis aveugle ?

Les deux nains se retournèrent aussitôt. Après un moment de silence, celui à la barbe grise dit : « Tu peux vraiment nous voir et nous entendre ? »

– Sans blague ! Pourquoi je ne vous verrais pas ?

Le nain s’approcha et se mit à tourner autour d’elle.

– C’est très curieux… Je pensais qu’il n’y avait plus aucun humain capable de nous voir, à moins de porter une amulette ou une pierre de vision sur soi.

Lorsqu’il se pencha sous la jupe de la jeune fille, cette dernière le repoussa d’un coup de pied. Son compagnon brandit alors une fronde et lui jeta une pierre à la tête. Griffine recula en gémissant de douleur. Le nain en profita pour aider son compagnon à se redresser.

– Non mais, vous êtes dingues ou quoi ? Vous allez m’expliquer qui vous êtes, à la fin ? ! aboya la jeune fille en se massant la tête.

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