Le croissant des larmes

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296168343
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Collection « Encres noires» sous la direction tk Gérard tk Silva

ClÙde de littérature africaine, Mérand Séwénou Dabla

-

Patrick

1. Crépuscule

et défi, Cyriaque R.

Yavoucho
2. Les saisons sèches, Denis OuS5OU-

Essui
3. Renaître à Dendé,
Roger

Darsinvùle

4. Sarraounia, Abdoubzye Mamani 5. Mourir pour Haïti, Roger Dorsinvùle 6. Concert pour un vieux masque, Francis Bebey 7.L'étonnante enfance d'Inotan, Anthony O. Biakolo 8. et 9. Le dernier jour de l'empire (2 tomes), Sembène Ousmane 10. Les exilés de la forêt vièrge, J.P. Makouta-Mboukou 11. La mort de Guykafi, Vincent de Paul Nyonda 12. Soleil sans lendemain, Tchicaya Unti B'Kune 13. Le temps de Tamango, Boubacar

30. Biboubouah, O\roniques équatoriales, suivi de Bourrasques sur Mitzio, Ferdinand Allogho Oki 31. Leur figure là... Nouvelles, Towally 32. La République des Imberbes, Mohamed A. Toihiri 33. La re-production, Thomas MpayiBuatu

34.Comme un signe dans la nlÙt,B. Laleye 35.Prisonnier du Ponant, E. Ologoudow
36. Retour à Soweto, S. Sepambz 37. Fils du chaos, M. Konate 38. La mort faite homme, Pius Ngandu Nkashama
39. La reine captive, David Ndachi

Tagne
40. Les sanglots

de l'esPOIr, Hamldou

..

Dia
41. Les filles du président, J.o. Kimbidima 42. Dakar, la touriste autochtone, Aissatou Cissokho 43. L'ex-père de la nation, Aminata Sow Fall 44. Vie et mœurs d'un primitif en Essonne Quatre-vingt-onze, Pius Ngandu Nkashama 45. Le jeu des maîtres, El Tayeb El Mahdi 46. L'homme au landau, Caya MaKhele 47. O\ronique d'une journée de répression, Moussa Konate 48. Quand Durban sera libre, Mewa Rangobin 49. Efuru, roman nigerian, Flora Nwapa (traduit de l'anglais par J. Demoulin Astir) SO. Les nocturnes vivent de larmes, Ibrahima Ly 51. Les résistants du Cap, Alex bz Guma 52. Le monde des grands, Aliouna Badara Seck 53. Cité 15, Djungu Simm 54. Cicatrices pour demain, M. Seck 55. Fureurs et cris de femme, Angèle

.. 14. Orphée d'Afrique, WelrWeTeLlkmg et Manuna Ma Njock 15. Le Président, Maxime NDebelca 16. Toiles d'araignées, Ibrahima Ly 17. Remember Ruben, Mongo beti 18. Les ruchers de la capitale, Ismaila Samm Traoré 19. Les Sofas, B. Zadi Zaourou 20. Du sang pour un trône, Oreick Aliou N'Dao 21. Elle sera de Jaspe et de Corail, Werewm Linking . 22. Le dernier des cargonautes, Sylvam &mm 23. Vive le Président; Daniel Ewandé 24. Quand les Afriques s'affrontent, Tandundu E.A. Bisikisi 25. Le pacte de sang, Pius Ngandu Nlalshama 26. Les eaux qW débordent, Bassek B.K. La retraite anticipée du ClÙde Suprême, DoumbiFakoly
28. Au verso du silence, Ernest Pépm 29. L'or du diable, suivi de Le cercle au féminin, Moussa Konaté

BorisDiop

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Rawiri

Le croissant des larmes

DU MÊME AUTEUR Semences, poèmes, Editions du Soupirail, 1982.

@ L'Harmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0285-2

J. TSHISUNGU

WA TSHISUNGU

LE CROISSANT DES LARMES
roman

Editions de l'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

AVERTISSEMENT
Ce livre, le lecteur attentif et honnête s'en rendra vite compte, est l'œuvre d'un cynique névrosé. Par conséquent, les situations, les lieux et les personnages qui y figurent ne devraient exister que comme produits de l'imagination maladive de son auteur.

Ma conscience et mon effort sont d'un lieu, d'un espace et d'un moment donnés.
v.Y. Mudimbe, L'Odeur du Père, 1982.

Aucune société ne peut se plaindre de ses intellectuels sans s'accuser elle-même car elle n'a que ceux qu'elle fait. J.P. Sartre, Situations, VIII, 1972.

Pour Esther, Christian et Patricia, mon mystérieux petit monde.

l
C'était, apparemment, le crépuscule de la saison pluvieuse. Quelques nuages irrités par le cosmos effieuraient un soleil avare. Puis, un faisceau de rayons lumineux se brisa sur ma calvitie. Le temps d'un battement de paupières. Comme je venais de rater la traversée du fleuve M., je résolus d'aller m'enfermer dans la bibliothèque de la Maison des Jeunes. J'implorais mes aïeux, fantômes souterrains, pour qu'il fit beau le lendemain quand je débarquerais sur la rive droite du fleuve. En professeur missionnaire. En marchand opiniâtre du savoir pour la grandêur de l'humaine condition. Pour la terre entière. Pour le salut de ses Iles polychromes et de ses chétives civilisations littéralement bouffées par la robotique... avancée ou quelque chose de semblable. En attendant, je m'éloignais du port, traînant péniblement mon sac de voyage plein d'ouvrages, de traités divers. Je cheminais. Marchais sur des trottoirs malmenés par une douloureuse diarrhée d'ordures ménagères : balayures, détritus et immondices. Ici, à côté d'un carrefour, bâillait un ravin ouvrant chaque instant davantage les tréfonds de ses entrailles assassines. A quelques pas de là, au cœur d'un profond marécage, pourrissaient trois grosses bêtes domestiques. Passaient quelques badauds squelettiques, ventre désert. Ils promenaient, pour taire leur chagrin et leurs pleurs quotidiens, des avions, des voitures, des camions

LE CROISSANT

DES LARMES

et des bateaux fabriqués avec du matériel de récupération. S'arrêtaient quelques hommes d'autres continents s'attendrissant sur le génie infantile et les inventions locales. Tombant parfois dans une béate admiration qui amusait les gosses de Solokanville, la capitale. Les gamins, séduits par le regard généreux des touristes, se retrouvaient parfois entre les jambes de ces mâles. Toute une nuit. Tout un jour. Naissait ainsi un moyen de vivre. Coulaient les saisons sous les tropiques. Cette saison-là fut, en effet, celle de la cinquième année de ma carrière d'enseignant sur l'île de Tompois. Le pays qui m'avait donné le jour et m'avait offert l'Europe en spectacle. De ma naissance, j'avais gardé un souvenir excellent. Une poignante image. De mon enfance se détachaient quelques réminiscences souillées par l'âge et l'époque. Je savais encore entendre, en écho infiniment lointain, le bruissement des feuilles giflées par le vent turbulent de la savane boisée. Même défleuri par l'âge, je me laissais encore piéger par la sensation du frémissement. Frémissement de mon corps frêle sur les feuilles de bananiers, lieu de mon premier vagissement. C'était, aux dires de ma mère, au bord du Mono, autrefois cours d'eau timoré, aujourd'hui métamorphosé en fleuve tonitruant. Chantant dans son lit des cantiques invariables à la gloire de l'île qu'il baignait. L'île natale méconnaissable, qui me reçut à mon retour de Pasir. Pour un réenracinement. Définitif. Provisoire. Transitoire. Qui eût pu le croire! La première lune fut malaisée. Le souvenir de l'Europe immanent. Coriace. Germant dans. les fibres de mon corps. Se greffant sur le cœur de ma femme. Trempé, en néophyte faisant ses classes, dans les mœurs insulaires, après vingt-trois ans d'exil volontaire, moi, le professeur B.D., je refusais de m'accrocher aux Ombres florissantes régnant sur l'île. A l'inverse de la commune passion, je m'agrippais à la civière où s'étalait mon rêve d'homme responsable. JO

LE CROISSANT

DES LARMES

Rêve que ficelait le coma de mon île. Que voyais-je? Sinon des ténèbres économiques qui planaient durablement sur ce vaste royaume. Cette .

contrée au beau milieu de l'océan Atlantique revêtait
une forme de croissant sur les mini-cartes géographiques que les agences de voyage diffusaient, par dizaines de mille à l'étranger, afin que les touristes pussent affiuer sur le sol tompois. Cette terre ferme. Ce croissant froid. A l'odeur glaciale variable. Ce Croissant des larmes sempiternelles. Infinies! J'avais, comme nombre de mes compatriotes, la soif du changement sur la gorge. On entendait souvent dire les hommes et les femmes du Croissant, en une manière de consolation: " Ça ira ". La formule, devenue proverbiale, faisait fortune parmi l'anxieuse population tompoise, gardienne désabusée de valeurs idéales: patriotisme, liberté, démocratie, tolérance, droits de l'homme. Valeurs, hélas! tenues en horreur par l'Ombre politique. Mais qu'avait-elle en tête, cette Ombre? Que respirait-elle dans ses narines cuivrées? Le démon. Le diable. Machiavel. Sûrement. Pauvre Ombre! Elle apprenait au peuple à rire. Le peuple pleurait. Elle lui demandait des salves d'applaudissements. Il grinçait les dents. Elle l'invitait solennellement à se trémousser les jambes faméliques. Il dormait. A faire l'amour. Il ne montrait aucun empressement, en fin de compte il s'en abstenait. A travailler. Il choisissait de prier beaucoup et souvent. Complot. Désobéissance civile. Alors, comme disaient les thuriféraires du Système Ombrageux, vive l'Ombre politique. Amen. Amen. Alléluia! Le peuple se tenait donc tranquille. Interrogez-le. Il vous dira qu'il est déçu par la gestion de l'Indépendance. On

s'en prenait au Mouzoungou, le Blanc. On lui reprochait d'être insensible aux jérémiades de la négraille. En fait, ce n'était pas, avouons-le, son affaire. Lui qui vint, à l'aube du 15ème siècle, le fouet dans une main et l'Evangile dans l'autre, bâtir sa prospérité et celle de 11

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LE CROISSANT

DES LARMES

ses rejetons sur les squelettes des indigènes vaincus. Je marchais toujours en direction de la bibliothèque; m'appuyant sur les talons éculés de mes chaussures noires, fumant cigarette sur cigarette; croisant des Bazoungous (les Blancs) roulant en voiture, des autochtones martelant le sol de leurs ancêtres. Il y avait parmi ces autochtones des femmes enceintes, portant des charges soit sur leur dos voûté, soit sur leur tête écrasée par ces modes archaïques de transport. Ça me rappelait les premiers âges de l'homo sapiens tels qu'ils étaient décrits dans les manuels de préhistoire. En arrivant à l'arrêt de bus, je tirai de ma poche la moitié d'un mouchoir, essuyai mon visage dégoulinant de sueur. L'attente fut, comme à l'accoutumée, longue. L'espoir ardent. Vif. De touchantes scènes défilaient devant mes yeux: des marchandes de légumes, du charbon de bois, des taxis à sept, huit ou neuf places! Des voitures tropicalisées ! On s'y engouffrait, hésitant, comme on pouvait, pourvu qu'on arrivât à destination. Les taxis de la mort. Regardez les tombeaux accueillir quotidiennement avec avidité quelques malchanceux. Pour échapper à la mort sur les routes, on était tenu d'aller chez la Grande Féticheuse de la ville. La protection, pour l'éternité, pouvait, moyennant de grosses sommes d'argent, vous être assurée. Elle consistait en une poudre verdâtre tirée d'une écorce d'arbre sauvage. Poudre dont le protégé devait, à chaque réveil, s'enduire obligatoirement le visage avant de traverser le seuil de sa porte. Merdique arrêt de bus! En me plantant ici, venant du port, en ce jour de mai, c'était mille jours de ma vie insulaire qui défilaient. Déprimé d'attendre, je me décidai à brûler à pied les deux kilomètres qui me séparaient de la bibliothèque. Chemin faisant, je croisai deux de mes collègues qui m'informèrent du versement sur nos comptes d'un quart de notre salaire que le Ministère de l'Enseigne12

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