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Roger Zelazny Le signe du Chaos Le cycle des princes d’Ambre, VIII
Roger Zelazny
LE CYCLE DES PRINCES D’AMBRE VIII Le signe du Chaos
Traduit de l’américain par Jean-Pierre Pugi
Denoël
Cet ouvrage a été précédemment publié dans la collection Présence du futur aux Éditions Denoël.
Titre original : SIGN OF CHAOS (Arbor House, New York)
©The Amber Corporation, 1987. ©Éditions Denoël, 1989, pour la traduction française.
Roger Zelazny (1937-1995) a débuté sa carrière d’écrivain en 1962, publiant ses premiers textes dans le magazineAmazing Stories.La paru-tion de son premier roman,Toi l’immortel, est saluée en 1965 par un prix Hugo, obtenu ex æquo avecDunede Frank Herbert. Zelazny obtient dès lors une multitude de récompenses prestigieuses, saluant la reconnais-sance critique de son œuvre. Mais c’est surtout avec la publication de son œuvre majeure,Le cycle des Princes d’Ambre, récit d’univers parallèles qui comporte dix volumes et de nombreux produits dérivés, que l’auteur rencontrera un immense succès public. L’œuvre de Roger Zelazny s’appuie sur les mythologies tradition-nelles (hindoue, égyptienne, amérindienne, celte...) pour explorer les thèmes de l’immortalité et de l’accession au statut divin.
À Phil Cleverley et nos saisons passées au soleil : Merci pour tous leskokyu nages.
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J’éprouvais un certain malaise, sans pouvoir en définir la raison. Je n’étais pas déconcerté outre mesure de me retrouver dans un bar en compagnie d’un Lapin blanc, d’un personnage de petite taille ressemblant à Bertrand Russell, d’un Chat qui arborait un large sourire, et de mon vieil ami Luke Raynard qui chantait des ballades irlandaises alors qu’une étrange fresque défilait derrière lui en obte-nant au passage un statut de véritable paysage. La Chenille bleue qui fumait son narguilé sur le cha-peau d’un champignon géant m’impressionnait for-tement, car il est très difficile d’empêcher ces pipes à eau de s’éteindre, mais telle n’était pas la cause de ce que je ressentais. Il s’agissait d’une scène paisible, et que Luke fût parfois entouré d’étranges compagnons n’était pas une nouveauté. Alors, à quoi fallait-il attribuer cette vague angoisse ?
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La bière était bonne et nous avions même un buffet froid à notre disposition. La clarté dispensée par les démons occupés à tourmenter une femme rousse liée à un poteau de torture était telle que le simple fait de porter le regard dans leur direction blessait les yeux. S’ils avaient à présent disparu, ce n’en avait pas moins été une vision magnifique. Tout était magnifique, d’ailleurs. Quand Luke chantait Galway Bay, les flots étaient si brasillants et beaux que j’aurais aimé y plonger et m’y perdre. Triste, aussi. Cela se rapportait aux émotions... Oui. Une étrange pensée. Quand Luke chantait un air mélan-colique, je me sentais empli de tristesse. Lorsque la mélodie était gaie, je devenais joyeux. L’empa-thie paraissait plus puissante que partout ailleurs, en ce lieu. Je tentai de me remémorer à quel moment remontait mon arrivée dans ce bar, mais les rouages de mon cerveau semblaient s’être grip-pés. Cela me reviendrait, tôt ou tard. Une réunion agréable, vraiment... J’observais, écoutais, goûtais, ressentais et trou-vais cela extraordinaire. Tout ce qui retenait mon attention était fascinant. N’avais-je pas eu l’inten-tion de poser une question à Luke ? J’en avais la vague impression, mais mon ami était occupé à chanter et j’avais en outre oublié ce que je souhai-tais lui demander. À quoi étais-je occupé, avant de me trouver en ce lieu ? Déterrer ce souvenir eût réclamé un effort
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