Le démon du soir

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Ce roman propose une tendre incursion dans l'univers amoureux des personnes âgées. Veuve et d'un certain âge, entourée par ses enfants et ses amis, Sandra mène une vie sereine, mais un peu ennuyeuse. L'irruption de Serge, à peine plus jeune qu'elle, réveille chez elle son envie de plaisir et de bonheur. Cette passion n'est toutefois pas exempte de jalousie et de larmes. Sandra retrouvera-t-elle un jour sa sérénité, et à quel prix ?
Publié le : samedi 1 septembre 2007
Lecture(s) : 67
EAN13 : 9782296280076
Nombre de pages : 129
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Le démon du soir

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03904-9 EAN : 9782296039049

Rose Péquignot

Le démon du soir

roman

L'Harmattan

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Aux éditions L'Harmattan
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CHAPITRE 1

Sandra Delaunay trouvait le temps long ce jourlà. Non qu'elle s'ennuyât bien sûr! Elle avait plusieurs tâches à remplir et un livre qui lui plaisait beaucoup à finir. Mais par instants elle ressentait avec malaise le vide de sa vie. Depuis près de deux ans, son mari était mort et, bien que très entourée par ses enfants et ses amis, elle était dans un état de solitude intérieure alarmant. Toute son existence, elle avait dû « courir après le temps» selon son expression, pour arriver à satisfaire tous les besoins des uns et des autres: sa mère, ses frères et sœurs, et plus tard un mari et plusieurs enfants qui, tous, trouvaient normal qu'elle fut là et toujours prête à tout pour le bonheur et le confort de chacun.

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Et cette vie très occupée lui plaisait, lui était nécessaire même. Elle avait aussi multiplié les occupations extérieures à la maison et ne refusait aucune invitation, ni aucune sortie, ni voyage. Son époux, brillant et passionné par son travail, courageux et infatigable, était, comme elle, toujours « sur la brèche ». Tous deux, de santé robuste et de caractère fonceur, s'entendaient parfaitement pour mener une vie remplie, tournée vers les autres et pour être toujours disponibles. Tous deux s'aimaient profondément et, bien qu'arrivés à un grand âge, étaient toujours amoureux et prêts à se le prouver. Malheureusement, la mort avait frappé Hervé, laissant Sandra seule et comme amputée de sa meilleure partie. Sandra se versa un grand verre de jus d'orange, s'installa près de la fenêtre donnant sur un jardin plein de fleurs, calme et ensoleillé, et se plongea dans son livre. Un coup de sonnette la fit sursauter. Elle n'attendait personne avant le soir. Elle répondit à l'interphone: - « Oui? » Une voix de femme jeune répondit: - « Madame Delaunay? » - « Oui, bien sûr! » - « J'ai un envoi de fleurs pour vous. » - « Ah! bon, je n'attends aucune livraison, pouvez-vous me dire de la part de qui? » 8

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- « Je ne sais pas, madame, mais il y a une lettre jointe. » Sandra, sa curiosité éveillée, appuya sur le bouton qui commandait l'entrée de l'immeuble. Quelques minutes plus tard, elle ouvrit sa porte à une toute jeune fille portant une énorme brassée de roses. La gamine s'exclama en riant: - « Ouf! je suis contente d'arriver, où dois-je les mettre? il faudra beaucoup d'eau! pensez donc: quarante roses! » Sandra, interloquée, murmura: - « Quarante roses, mais pourquoi? » - « Le monsieur a dit: c'est pour un anniversaire! » - « Ah ! bon. Merci et tenez, voilà pour vous» Et elle lui glissa un billet dans la main. - « Merci beaucoup et rappelez-vous: beaucoup d'eau pour les roses. » Et elle partit, fermant doucement la porte derrière elle. Sandra, dévorée de curiosité, déposa la gerbe sur l'évier et s'empressa d'ouvrir la lettre. Elle courut à la signature et resta interdite: Serge Escoffier. Certes, elle savait bien qui c'était! une relation de longue date plutôt qu'un ami proche. Quelqu'un que son mari et elle rencontraient très souvent à l'occasion de réunions professionnelles, congrès,
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cocktails, ou même chez des amis communs pour des dîners plus intimes. La lettre était assez brève, écrite d'une large écriture très masculine: «Chère, très chère Sandra, il y a aujourd'hui quarante ans que je vous ai rencontrée pour la

première fois. C'était - vous en souvenez-vous? - à
Gênes pour un congrès qui se tenait dans l'hôtel Colombo. Mais peut-être l'avez-vous oublié! pas moi. Cela fut le début d'un long attachement qui dure encore aujourd'hui. Bien sûr je n'en ai rien manifesté; j'avais pour votre époux une réelle estime et un profond respect et vous étiez un couple heureux, parfait, comblé de nombreux enfants. Mais aujourd'hui je sais que vous êtes seule, bien que vos enfants vous entourent. Et vous n'êtes pas faite pour vivre seule, j'en suis sûr. Sandra, voulez-vous de moi comme ami? Ne dites pas non sans réfléchir. Je vous appelle ce soir pour que nous nous rencontrions. Sandra, je vous en prie. Serge Escoffier. » - « Mais il est fou!! » Sandra avait parlé tout haut et tressaillit. Elle se répéta tout bas: - « Complètement fou! » Mais en elle un contentement diffus se levait et elle se sentit flattée. 10

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Puis elle évoqua l'image de l'homme qui lui envoyait cette lettre inattendue: un homme grand aux épaules solides, à l'allure jeune encore malgré ses quatre-vingt ans, aux yeux vifs et gais, aux cheveux blancs. Elle détaillait dans son esprit les souvenirs qu'elle avait de lui: le sourire séduisant, l'élégance de la mise, la répartie facile, la courtoisie parfaite. - « Eh là ! se dit-elle, il te plaît cet homme! » Et elle rit toute seule, d'autant plus sincèrement qu'elle ne croyait pas, mais alors pas du tout, qu'elle pût être l'objet d'un tel attachement. Elle pensa encore une fois: - « C'est de la folie! » Sandra était lucide quand elle voyait ce qu'elle était devenue. Certes, elle était toujours soignée et bien habillée. Grâce au coiffeur, ses cheveux, épais et bouclés, avaient gardé leur teinte « châtain doré». Elle était peu ridée ayant toujours suivi les conseils de sa mère au nombre de quatre: II ne pas grimacer trop en parlant pour éviter les rides d'expression! 21ne pas fumer. 31porter impérativement des lunettes nOIres dehors, sauf sous la pluie. 41employer une très bonne crème. Mais Sandra avait conscience de ses quatrevingt quatre ans. Elle avait grossi ces derniers temps, pas trop mais elle n'avait plus ce corps musclé et élancé qu'elle avait gardé si longtemps.
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Elle soupira: - «Le pauvre! il ne me voit pas comme Je SUIS. » Et elle pensa: - «C'est comme Hervé qui ne me voyait pas vieillir et qui voulait toujours... » Elle rougit furtivement au souvenir des étreintes amoureuses de son époux et derechef pensa: - « C'est fini tout çà, que veut-il ce Serge? » Puis elle pensa aux roses et les arrangea dans deux grands vases de cristal; elle en posa un sur la table basse devant le canapé pour les avoir tout près d'elle et soupira de plaisir: elles étaient d'un rosethé délicat et sentaient bon. Puis, tout à coup, elle relut la lettre de Serge: il allait téléphoner disait-il, que répondre? que décider? Elle n'avait pas très envie de l'encourager, elle craignait les changements que cela amènerait dans sa vie paisible et recluse; mais en elle, en même temps, un plaisir diffus à se savoir désirée et recherchée se faisait plus précis. - «Qu'est-ce que je risque après tout? une visite ou deux et puis quoi? il ne veut tout de même pas... » Mais justement elle n'était pas très sûre qu'il n'ait pas des « idées », des visées sur elle. - « A mon âge! il est vraiment gonflé» pensa t-elle, parlant comme ses petits-enfants. « Et lui non plus n'est plus si jeune après tout! » 12

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Il lui parut plus vraisemblable qu'il ait envie de compagnie. Elle savait qu'il vivait seul; il avait été marié mais sa femme était morte accidentellement à l'âge de trente ans et il ne s'était pas remarié, il n'avait pas d'enfant. Elle se souvenait que, parfois, il était accompagné d'une jolie femme, pas toujours la même d'ailleurs! mais il n'avait pas la réputation d'un homme à femme. Elle pensa à nouveau: - « Qu'est-ce qui lui prend tout d'un coup? » Puis elle repensa à la lettre: Gênes, I'hôtel Colombo, c'était si vieux tout ça! bien sûr: quarante ans! elle ne pouvait y croire et se sentait à nouveau un peu émue. Bon, on verra bien, et elle s'efforça de penser à autre chose. Elle vécut la fin de l'après-midi dans un état de rêve. Certes, cela ne l'empêchait pas de préparer le repas pour son fils Pierre qui venait dîner avec sa femme, ni de lire les journaux, ni de répondre au téléphone mais tout cela comme dans une brume légère qui l'isolait en quelque sorte. Vers 19 h Serge l'appela. - « Sandra, avez-vous lu ma lettre? puis-je venir vous voir? » - «Non, pas ce soir, j'attends mes enfants pour dîner et puis... », elle se tut quelques secondes, « et puis je ne suis pas sûre de vouloir que vous veniez. » 13

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- «Allons, Sandra, ne faites pas l'enfant, de quoi avez vous peur? » Et il rit, de ce rire chaleureux dont elle se souvenait si bien. - «Je n'ai pas peur de vous, bien sûr, mais je trouve que vous êtes fou! » - «Allons bon! je suis fou parce que je vous envoie des roses? » - « Non, pas pour les roses, elles sont magnifiques et je vous en remercie, mais pour votre lettre: voyons Serge, je suis une vieille femme, très vieille! plus vieille que vous je crois et je n'ai pas enVIe... » Elle se tut, n'osant pas préciser ce dont elle n'avait pas envie. - « Très bien, je ne viendrai pas chez vous mais je passe vous prendre demain à midi et je vous emmène déjeuner. » Et sans plus attendre, il raccrocha. Sandra, encore secouée par cet entrain, ne savait plus que penser. Puis elle eut envie de rire, de se sentir plus jeune, de s'abandonner au plaisir du moment. Après tout, elle était bien libre de céder au caprice de cet ami dont la fidélité la touchait. Et elle se mit à penser à ce qu'elle allait choisir comme vêtement pour ce déjeuner.

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