Le dernier apprenti sorcier (Tome 5) - Les disparues de Rushpool

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L’agent Peter Grant, dernier apprenti sorcier et brillant enquêteur de la Police Métropolitaine de Londres – la Métro, pour les intimes – quitte cette fois la capitale britannique pour se rendre dans une petite bourgade du Herefordshire où les forces de police locales échouent à enrayer la vague d’enlèvements d’enfants dont leur communauté est victime. Assisté de Beverley Brook, Peter se retrouve bientôt embourbé jusqu’au cou dans une affaire pour le moins louche. Passe encore le danger omniprésent, la mauvaise humeur des flics du coin, la franche hostilité des dieux locaux… mais des boutiques qui ferment à 4 heures de l’après-midi ?! Quelle horreur !
Publié le : mercredi 10 juin 2015
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EAN13 : 9782290117439
Nombre de pages : 384
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Présentation de l’éditeur :
L’agent Peter Grant, dernier apprenti sorcier et brillant enquêteur de la Police Métropolitaine de Londres – la Métro, pour les intimes – quitte cette fois la capitale britannique pour se rendre dans une petite bourgade du Herefordshire où les forces de police locales échouent à enrayer la vague d’enlèvements d’enfants dont leur communauté est victime. Assisté de Beverley Brook, Peter se retrouve bientôt embourbé jusqu’au cou dans une affaire pour le moins louche. Passe encore le danger omniprésent, la mauvaise humeur des flics du coin, la franche hostilité des dieux locaux… mais des boutiques qui ferment à 4 heures de l’après-midi ?! Quelle horreur !


© Shutterstock / © Éditions J’ai lu
Biographie de l’auteur :
Nourri à l’eau de la Tamise dès sa naissance en 1964, si Ben Aaronovitch s’éloigne cette fois de la capitale de tous les imaginaires, c’est pour mieux lui rendre hommage. La série du Dernier apprenti sorcier, qui compte désormais cinq volumes, est en cours d’adaptation à la télévision britannique par la BBC.

Du même auteur
dans la même collection

Le dernier apprenti sorcier :

1. Les rivières de Londres

2. Magie noire à Soho

3. Murmures souterrains

4. Le rêve de l’architecte

Ce livre est dédié à Sir Terry Pratchett OBE
qui s’est dressé tel un chaispasquoi
sur les rivages rocheux de nos imaginations,
pour mieux nous ramener au port en toute sécurité.

PREMIÈRE PARTIE

CONTRÉES LOINTAINES



Jadis, au temps de ce roi Arthur

que les Bretons célèbrent et grandement honorent,

tout ce pays était rempli de fées.

La reine des Elfes avec sa joyeuse compagnie

dansait très souvent en maint pré vert1.

Le Conte de la femme de Bath, Geoffrey Chaucer

1. Devoir de vigilance


Je passais devant le Hoover Centre quand M. Punch se mit à hurler sa rage derrière moi – à moins qu’il ne s’agît d’un crissement de freins, d’une sirène ou d’un Airbus en approche finale de Heathrow.

Je l’avais entendu par intermittence depuis ma chute du sommet d’une tour d’habitation dans le quartier d’Elephant and Castle. Pas un vrai son, bien sûr : une impression, une expression de la ville elle-même – ce qu’on pourrait appeler un super-vestigium si Nightingale ne s’opposait pas farouchement à ce que j’invente ma propre terminologie.

Tour à tour menaçant, désespéré – quand je distinguais sa plainte dans le vent qui gémissait autour des rames de métro –, ou implorant – dans le grondement de la circulation sous la fenêtre de ma chambre en fin de journée. C’est un personnage versatile, notre M. Punch. Aussi changeant et dangereux qu’une bande de hooligans un samedi soir.

Cette fois, pour une raison qui m’échappait, il crachait sa rage, sa mauvaise humeur et sa rancœur. Pourtant, ce n’était pas lui qu’on obligeait à quitter Londres.

 

En tant qu’institution, la BBC vient à peine de souffler ses quatre-vingt-dix bougies. Nightingale se sent donc suffisamment à l’aise avec la radio pour tolérer la présence d’un poste numérique dans sa salle de bains pour écouter Radio 4 en se rasant. Dans son esprit, les présentateurs qui réduisent en charpie le politicien offert en sacrifice chaque matin sur l’autel de Today sont probablement toujours tirés à quatre épingles. Raison pour laquelle il entendit parler des disparitions d’enfants avant moi – ce qui ne manqua pas de le surprendre.

« Je croyais que vous écoutiez la radio dès que vous vous leviez, me dit-il au petit déjeuner.

— Je m’entraînais », répondis-je.

Dans les semaines qui avaient suivi la démolition de Skygarden Tower – avec moi au sommet –, j’avais été un témoin clé dans trois enquêtes, en plus de celle menée par l’Inspection générale des services. J’avais passé pas mal de temps en salle d’interrogatoire dans plusieurs commissariats de Londres, y compris au tristement célèbre vingt-troisième étage de l’Empress State Building, où la police des polices rangeait tous ses instruments de torture.

J’avais donc pris l’habitude de me lever tôt pour mon entraînement, puis de faire un peu de gym avant de partir répondre de cinq manières différentes à la même foutue question. De toute façon, je dormais plutôt mal depuis que Lesley m’avait taserisé dans le dos. Au début du mois d’août, on m’avait enfin laissé tranquille, mais l’habitude – et l’insomnie – était restée.

« On nous a demandé d’intervenir ? demandai-je.

— Pas officiellement, non, répondit Nightingale. Mais quand des enfants sont concernés, nous avons certaines responsabilités. »

Deux gamines de onze ans avaient disparu, chacune appartenant à une famille différente du même village, dans le nord du Herefordshire. La veille au matin, le 999 avait reçu un premier appel juste après neuf heures. Les médias avaient commencé à s’y intéresser dans la soirée, quand on avait retrouvé leurs téléphones portables à environ un kilomètre de leurs domiciles, près d’un monument aux morts local. Pendant la nuit, l’affaire avait pris une ampleur nationale ; selon Today, des recherches de grande envergure devaient débuter dans la journée.

Je savais que la Folie avait de facto des responsabilités qui couvraient l’ensemble du territoire, même si personne n’aimait en parler. Mais je ne voyais pas le rapport avec des disparitions d’enfants.

« Malheureusement, par le passé, expliqua Nightingale, il est arrivé qu’on exploite des enfants dans le cadre de pratiques magiques… » Il chercha la formulation qui convenait. « … moralement contestables. Nous avons toujours eu pour politique de surveiller ce genre d’affaires et, quand cela s’avérait nécessaire, de nous assurer de l’absence d’implication de certains individus.

— Certains individus ? relevai-je.

— Devins, guérisseurs et autres praticiens du même genre. »

Dans notre jargon, ces termes pouvaient désigner tout sorcier qui n’avait pas suivi l’enseignement de la Folie ou qui exerçait à la campagne.

Nous regardâmes tous deux en direction de Varvara Sidorovna Tamonina, ancienne membre du 365régiment spécial de l’Armée rouge, qui, assise à une autre table, lisait Cosmopolitan en buvant son café. Varvara Sidorovna, entraînée par les Soviétiques, entrait définitivement dans la catégorie des « autres praticiens ». Mais comme nous l’avions hébergée ces deux derniers mois en attente de son procès, son implication semblait peu probable.

Chose étonnante, Varvara s’était présentée pour le petit déjeuner avant moi, apparemment en pleine forme pour une femme que j’avais vue écluser presque deux bouteilles de Stoli la veille au soir. Nightingale et moi avions essayé de la soûler dans l’espoir de lui arracher davantage d’informations sur le Mage sans Visage, sans rien obtenir, à part quelques blagues franchement obscènes – mais, pour bon nombre d’entre elles, beaucoup moins drôles une fois traduites. Tout de même, la vodka aidant, j’avais presque dormi comme un bébé.

« Alors, c’est un peu comme ViSOR, dis-je.

— C’est la base de données des délinquants sexuels ? » s’enquit Nightingale qui, dans son infinie sagesse, ne prenait jamais la peine de mémoriser un acronyme en usage depuis moins de dix ans. Je confirmai ; il réfléchit à la question tout en se versant une nouvelle tasse de thé.

« Je préfère penser à la nôtre comme à une liste de gens vulnérables. Notre rôle, en pareille circonstance, est de nous assurer qu’aucun d’eux ne s’est trouvé mêlé à quelque chose qu’il pourrait regretter par la suite.

— Vous croyez que cela risque d’être le cas dans cette affaire ?

— Non, c’est peu probable. Mais en la matière, je préfère pécher par excès de prudence. » Il sourit. « Par ailleurs, quelques jours à la campagne vous feront le plus grand bien.

— Ben voyons. Rien de tel qu’un bon kidnapping pour me remonter le moral.

— Exactement », conclut Nightingale.

Après le petit déjeuner, j’avais donc passé une heure à l’annexe, le temps de récupérer toutes les informations indispensables sur le réseau et de charger mon ordinateur portable à bloc. Je jetai mon sac PSU – on m’avait récemment déclaré à nouveau bon pour le service – dans le coffre de ma Ford Focus avec un nécessaire de voyage. Je ne pensais pas avoir l’usage de ma combinaison ignifugée, mais mes grosses rangers feraient probablement mieux l’affaire que mes chaussures de ville. Je m’étais déjà rendu à la campagne, et je ne suis pas du genre à commettre deux fois la même erreur.

Je retournai dans la Folie proprement dite ; Nightingale m’attendait dans la bibliothèque, où il me tendit un dossier en papier kraft maintenu fermé par des rubans rouges décolorés. Il renfermait une trentaine de pages, aussi fines que du papier de soie, couvertes de texte tapé à la machine ; il contenait également la photocopie d’une sorte de document d’identité.

« Hugh Oswald, dit Nightingale. Il a combattu à Anvers et Ettersberg.

— Il a survécu à Ettersberg ? »

Nightingale détourna les yeux. « Il est parvenu à rentrer en Angleterre, mais il a souffert de ce que l’on appelle aujourd’hui le syndrome de stress post-traumatique. Il touche toujours une pension d’invalidité – il s’est mis à l’apiculture.

— Il est puissant ?

— Disons que je vous déconseille de le mettre à l’épreuve. Mais je le soupçonne d’être un peu rouillé.

— Et si je suspecte quoi que ce soit ?

— Vous le gardez pour vous, vous opérez un repli discret et m’appelez à la première occasion. »

Avant que je puisse m’éclipser par la porte de derrière, Molly surgit silencieusement de son domaine – la cuisine. Elle m’intercepta. Me gratifiant d’un faible sourire, elle inclina la tête sur le côté d’un air interrogateur.

« J’avais l’intention de m’arrêter en route », me justifiai-je.

Elle fronça les sourcils.

« Je ne voulais pas vous déranger », ajoutai-je.

Molly me tendit un sac Sainsbury’s orange. Je le trouvai étonnamment lourd.

« Qu’est-ce qu’il y a dedans ? » demandai-je, mais Molly se contenta de sourire, dévoilant beaucoup trop de dents. Elle tourna les talons, s’éloignant d’une allure nonchalante.

Je soupesai le sac avec précaution – ces derniers temps, Molly avait un peu levé le pied sur les abats, mais il lui arrivait encore de se montrer assez excentrique dans ses associations culinaires. Je pris soin de placer le tout à l’arrière, par terre, à l’ombre du siège avant. Quels que soient les ingrédients qui entraient dans la composition de ces sandwichs, mieux valait éviter qu’ils se gâtent sous l’effet de la chaleur, commencent à puer ou se transforment spontanément en une nouvelle forme de vie.

Je me mis en route par une radieuse journée londonienne – le ciel était bleu, les touristes envahissaient les trottoirs le long de Euston Road ; depuis leurs voitures aux vitres baissées, les banlieusards haletants regardaient avec envie les jeunes gens qui flânaient en shorts et en robes d’été. Après m’être arrêté dans un garage près de Warwick Avenue pour faire le plein, je me colletai avec le labyrinthe à sens unique temporaire qui faisait le tour de Paddington. Puis je montai sur l’A40 – saluant au passage la splendeur Art déco du Hoover Building –, cap sur ce que nous autres Londoniens avons pour habitude d’appeler « le reste du monde ».

Après avoir laissé M. Punch et la M25 derrière moi, je réglai l’autoradio sur Five Live, une station d’information continue qui se donnait beaucoup de mal pour tenir toute une journée avec grosso modo une demi-heure d’actualités. On n’avait pas retrouvé les enfants, les parents avaient lancé un appel « plein d’émotion », et policiers et volontaires fouillaient toujours la région.

On n’en était qu’au deuxième jour, mais les présentateurs commençaient déjà à adopter le ton désespéré de gens à court de questions à poser aux reporters présents sur le terrain. Ils n’en étaient pas encore réduits à demander À quoi pensent les victimes en ce moment, d’après vous ?, mais ça n’allait probablement pas tarder.

On établissait des comparaisons avec Soham ; heureusement, personne ne manqua de tact au point de faire remarquer que, dans cette affaire, les deux filles étaient mortes avant que quiconque n’ait composé le 999. Le temps pressait, disait la radio ; la police et les volontaires passaient la campagne environnante au peigne fin. On se demandait si les parents lanceraient un appel dans les médias ce soir ou attendraient le jour suivant. En l’absence de nouvelles, la discussion tourna pendant dix bonnes minutes autour de la stratégie médiatique des familles, avant d’être interrompue par un journaliste envoyé sur place qui avait réussi à interviewer quelqu’un du coin. Une femme déclara alors, avec un accent de la BBC un peu vieux jeu, que tout le monde était sous le choc, que ce genre de choses n’est pas censé se produire dans un endroit comme Rushpool.

Au bulletin d’informations suivant, j’appris que le petit village de Rushpool, situé dans le comté rural et somnolent du Herefordshire, constituait le théâtre d’une opération de police majeure pour retrouver deux fillettes de onze ans, Nicole Lacey et sa meilleure amie Hannah Marstowe, qui avaient disparu depuis quarante-huit heures. Les voisins étaient sous le choc et le temps pressait.

J’éteignis la radio.

Nightingale m’avait suggéré de descendre de l’autoroute à Oxford Services, puis de passer par Chipping Norton et Worcester. Mais mon GPS, à qui j’avais demandé de m’indiquer l’itinéraire le plus rapide, me recommanda de contourner Bromsgrove par la M42 et la M5, puis de ne sortir qu’à Droitwich. Soudain, je roulai sur une série de nationales étroites qui serpentaient à travers des vallées, au-dessus de ponts en dos d’âne, avant d’échouer à l’ouest de la Teme. À partir de là, je me retrouvai sur un réseau de voies secondaires encore plus tortueuses qui traversait un paysage champêtre tellement photogénique que ça ne m’aurait pas surpris outre mesure de croiser Bilbo Bessac au détour d’un virage – à condition qu’il ait décidé de conduire une Nissan Micra.

Bon nombre de ces routes étaient bordées de haies plus hautes que moi, et assez épaisses pour se frotter à l’occasion contre la Focus. J’aurais très bien pu passer à cinquante centimètres d’une des filles disparues sans me rendre compte de sa présence.

Obéissant toujours sans broncher aux instructions de mon GPS, je négociai un virage en épingle à cheveux qui m’amena sur une crête boisée, suivie d’une montée plutôt raide baptisée Kill Horse Lane. Au sommet de la colline, je quittai la route, poursuivant mon ascension par un chemin de terre qui semblait s’ingénier à grignoter le dessous de ma voiture. Après un nouveau tournant, je vis un cottage et, derrière, une tour ronde – haute de trois étages, et coiffée d’un dôme ovale qui lui donnait un profil étrangement baroque. Le GPS m’informa que j’étais arrivé à destination ; je m’arrêtai et sortis pour jeter un coup d’œil.

L’air chaud et immobile sentait la craie. Le soleil de fin de matinée brillait assez fort pour créer une brume de chaleur le long du chemin blanc et poussiéreux. J’entendais des oiseaux pousser des cris dans les arbres voisins ; plus loin, un claquement régulier et cadencé. Retroussant mes manches, je décidai d’aller voir ce que c’était.

Derrière la clôture, le terrain descendait en pente vers une cuvette où se dressait un cottage en brique à deux étages, entouré d’un jardin composé, en vrac, de carrés potagers, de serres miniatures et de poulaillers recouverts de fil de fer barbelé destiné à décourager les prédateurs. Bien que la maison fût de construction récente, son faîtage avait quelque chose de bancal, tout comme l’alignement de ses fenêtres. Une porte latérale ouverte donnait sur un couloir encombré de bottes en caoutchouc boueuses, de manteaux et autres trucs de plein air. C’était en désordre, mais pas négligé.

Dans l’espace dégagé devant le bâtiment, deux Blancs regardaient un troisième en train de couper du bois. Tous trois étaient torse nu, ils portaient des shorts kaki. L’un d’eux, plus âgé que ses deux acolytes et coiffé d’un chapeau australien vert, m’aperçut. Il dit quelque chose. Les autres se tournèrent vers moi, la main en visière. Le vieux me fit signe et commença à monter vers moi.

« Bonjour », dit-il avec l’accent australien. Il était bien plus âgé que je ne l’avais pensé au départ – la soixantaine, peut-être même plus. Son corps mince semblait couvert de cuir plissé. Je me demandai si j’avais trouvé mon homme.

« Je cherche Hugh Oswald.

— Vous vous trompez de maison. » Il fit un signe de la tête en direction de la tour. « Il habite dans cette fichue baraque. »

L’un des deux jeunes vint se joindre à nous sans se presser. Des tatouages montaient depuis son short jusqu’à ses épaules et descendaient le long de ses bras. Jamais je n’avais vu un motif comme celui-là auparavant. Des plantes grimpantes et des fleurs entrelacées, mais dessinées avec une précision absolue, comme dans les ouvrages de botanique du XIXe que j’avais eu l’occasion de consulter dans la bibliothèque de la Folie. C’était suffisamment récent pour que les rouges, les bleus et les verts soient toujours vifs et nets. Il me salua de la tête.

« Un problème ? » demanda-t-il – lui avait l’accent anglais, mais d’une région que je ne reconnus pas.

Près du cottage, le troisième type souleva à nouveau sa hache.

« Il est venu voir Oswald, expliqua le vieil homme.

— Oh, fit le plus jeune. D’accord. »

Ils avaient tous deux les mêmes yeux, bleu pâle, comme un jean délavé ; les lignes de leurs mâchoires et de leurs pommettes présentaient des similitudes. Des parents proches, à n’en pas douter – père et fils, à vue de nez.

« Vous avez l’air d’avoir chaud, reprit le vieux. Je peux vous offrir un verre d’eau ou autre chose ? »

Je refusai, tout en les remerciant poliment.

« Vous savez s’il est chez lui ? »

Ils échangèrent un regard. En bas de la pente, la hache s’abattit encore – crac –, fendant une nouvelle bûche.

« C’est probable, dit le vieux. À cette époque de l’année.

— Je ferais mieux d’y aller, alors.

— N’hésitez pas à repasser par chez nous au retour. Ce n’est pas si souvent qu’on a des visiteurs dans le coin. »

Je hochai la tête en souriant, puis pris congé. Il y avait même une terrasse panoramique au sommet du dôme. C’était la maison d’un professeur excentrique tout droit sorti  d’un  livre  pour  enfants  du  début  du  XXe siècle – C.S. Lewis aurait adoré.

L’ombre offerte par l’auvent en cuivre qui surplombait la porte d’entrée était la bienvenue. J’étais sur le point d’appuyer sur le bouton d’une sonnette électrique terriblement banale, y compris jusqu’à l’espace réservé au nom laissé vierge, quand j’entendis l’essaim. Regardant derrière moi, je vis un nuage d’abeilles sous les branches d’un des arbres qui bordaient le sentier. Elles émettaient un bourdonnement insistant, mais je remarquai qu’elles occupaient un volume bien particulier dans l’espace, comme pour le délimiter.

« Je peux vous aider ? » demanda une voix derrière moi.

Je me retournai ; une femme blanche, la trentaine, se tenait dans l’entrée – elle avait dû m’apercevoir par la fenêtre. Plutôt menue, elle portait un short de cycliste noir avec un pull-over sans manches en lycra jaune et noir. Elle avait des cheveux blonds décolorés, courts et frisés, les yeux sombres, presque noirs, et une bouche extraordinairement petite en forme de bouton de rose. Son sourire révéla de petites dents blanches.

Je déclinai mon identité et lui montrai ma carte de police.

« Je cherche Hugh Oswald.

— Vous n’êtes pas de la police locale. Vous venez de Londres. »

J’étais impressionné. La plupart des gens ne prennent même pas le temps de vérifier que la photo de la carte correspond au visage de leur interlocuteur.

« Et vous êtes ?

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