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Le Dévoilement du silence

De
149 pages
Glory a été vendue par sa mère alors qu'elle n'avait que huit ans. Achetée par une femme qui avait besoin d'une esclave, elle est recueillie plus tard par Mbombo Sita, une femme sans enfant. Elle est choyée, elle est adulée, elle est rebaptisée Tantie. Elle fait de bonnes études et travaille dans une entreprise de micro-finance. Un jour, elle rencontre Gwéha, jeune homme marié dont la santé de la mère est fragile...
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Le Dévoilement du silence
Littératures et Savoirs Collection dirigée parEmmanuel Matateyou Dans cette collection sont publiés des ouvrages de la littérature fiction mais également des essais produisant un discours sur des savoirs endogènes qui sont des interrogations sur les conditions permettant d’apporter aux sociétés du Sud et du Nord une amélioration significative dans leur mode de vie. Dans le domaine de la création des œuvres de l’esprit, les générations se bousculent et s’affrontent au Nord comme au Sud avec une violence telle que les ruptures s’accomplissent et se transposent dans les langages littéraires (aussi bien oral qu’écrit). Toute réflexion sur toutes ces ruptures, mais également sur les voies empruntées par les populations africaines et autres sera très éclairante des nouveaux défis à relever. La collectionLittératures et Savoirsest un espace de promotion des nouvelles écritures africaines qui ont une esthétique propre ; ce qui permet aux critiques de dire désormais que la littérature africaine est une science objective de la subjectivité. Romans, pièces de théâtre, poésie, monographies, récits autobiographiques, mémoires... sur l’Afrique sont prioritairement appréciés. Dernières parutions Sophie Françoise BAPAMBE YAP LIBOCK,Le Dévoilement du silence, 2010 Pierre Olivier EMOUCK,Les chiens écrasés, 2010. Duny FONGANG,À l’ombre du doute, 2010. Grégoire NGUEDI,La Destinée de Baliama, 2010. Floréal Serge ADIEME,La Lionne édentée(roman), 2010. Jean-Claude ABADA MEDJO,La parole tendue (poésie), 2010.
Sophie Françoise BAPAMBE YAP LIBOCK
Le Dévoilement du silence Roman
Du même auteur Ouvrages didactiques, co-auteur de : nde La langue française au second cycle classe de 2, Afrédit, 2009 ère La langue française au second cycle classe de 1, Afrédit, 2009 La langue française au second cycle classe de Terminale, Afrédit, 2009 Roman La Trouble en héritage, Clé, 2007 © L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13321-1 EAN : 9782296133211
Afin que l’humain, tiré de la terre, cesse d’inspirer l’effroi…
Dans une concession, un après-midi de pluie, aux environs de seize heures, un vendredi, un homme est assis sur une terrasse. C’est une assez grande maison, dans une clôture au portail toujours ouvert. Même de nuit. La cour est parsemée d’arbres fruitiers, de légumes, de chiens et de quelques coqs qui semblent avoir compris qu’il est strictement interdit de se risquer hors du portail, fût-il ouvert. Les feuilles des arbres sont secouées, agitées par le vent équatorial qui accompagne les pluies de décembre. L’homme lit un livre : «un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du Ciel… Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et toutes ces choses vous seront données par-dessus tout...»
Soudain, une mangue se détache, traverse le feuillage touffu de l’arbre qui la portait et tombe sur le sol. L’homme l’entend, l’homme la voit. L’homme dépose son livre sur le siège et va chercher la mangue. Elle est tout ovale, elle est toute belle. Elle est bien mûre, elle a l’air bien bonne. L’homme la retourne dans sa main, et se dit qu’il l’offrirait bien à son amie…
Or dans la maison de cet homme, il y a beaucoup d’enfants qui risquent de sucer cette mangue, s’ils la voient. L’homme la cache bien sous des feuilles mouillées, avec la ferme détermination de la reprendre le matin pour l’emporter chez son amie. L’homme reprend sa lecture. La pluie cesse. Les enfants sortent et se mettent à jouer dans la cour. L’homme continue sa lecture en guettant de temps en temps, et du coin de l’œil, la direction prise par les enfants pour leurs jeux. Pour couper court, il leur interdit de jouer sous les arbres...
L’homme se dit que son amie apprécierait bien cette mangue. C’est le soir, il est fatigué et va se coucher, les enfants aussi. Tout semble réussi, la mangue est sauvée.
Soudain, le coq chante. C’est déjà l’aube ! La nuit aura été bien courte, en tout cas l’homme a dormi d’un seul trait. Il allume sa lampe de chevet et consulte sa montre. Il se lève, il s’étire, il enfile sa tenue de sport, puis se sauve de la maison. Il va dans la cour soulever les feuilles, là où il avait caché la mangue de son amie. Il la retrouve, elle est bien fraîche, elle est bien belle. Il l’enfouit dans la poche de son survêtement. Il se rend compte que la fermeture a
cassé, elle ne peut plus se fermer. La mangue risque de tomber... Non, pense-t-il, elle ne tombera pas. Voilà l’homme qui marche dans la rue. Il fait sa marche habituelle du samedi, sauf que cette fois, il a choisi la route qui mène chez son amie. De temps en temps, il passe sa main droite sur la poche gauche de son survêtement pour s’assurer que la mangue ne tombe pas. Le coude gauche la repousse sans cesse vers l’intérieur de la poche. L’homme est content comme un enfant… Quelque temps seulement après, il réalise qu’il est dans le quartier de son amie. Il s’était sans doute mis à rêvasser un peu ! Il se dirige vers la maison. Il sonne. Il entre. Son amie entend la sonnerie, elle regarde à travers la fenêtre et elle le voit. Elle va à sa rencontre sur la terrasse, un sourire ravageur aux lèvres. Ils se saluent. L’homme sort glorieusement la mangue de sa poche et la tend à son amie :
- Elle est à toi, je te l’ai gardée. Elle est tombée hier pendant que je préparais mon culte, je l’ai cachée, et voilà, je te la donne, elle est à toi. L’homme sourit grandement, comme un enfant…
- Merci ! répond Tantie. Je vais bien la laver et je vais la garder. Je la sucerai ce soir en pensant à toi. Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle lave la mangue et la met au frais, puis elle apprête un petit déjeuner pour son ami. Des carottes râpées, des haricots, du pain complet, du lait, de la salade de fruits. Elle le regarde manger. Pendant ce temps, elle boit de la citronnelle bien chaude. C’était la dernière coupe de salade de fruits qu’elle avait servie, pense-t-elle. Elle en referait bien une autre tout à l’heure, en la parfumant de sa première mangue de la saison, pourquoi pas ?
- J’apprécie à sa juste valeur ce geste révélateur d’un attachement sincère, d’un attachement simple, mais d’un attachement pur, dit-elle à son ami. C’est pour moi une action anodine, mais marquant une complicité dans les petites choses de la vie.
Peut-être son ami a-t-il compris, se dit-elle, peut-être pas ! Elle hausse les épaules. Mais elle est marquée par ce geste que plusieurs âmes qui se veulent supérieures trouveraient banal. Elle le sent,
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elle le vit, et elle le partage. Son ami est encore plus heureux. Il a réussi ! Son objectif est atteint. Son amie est contente, et lui aussi.
Après avoir mangé, l’homme se sent fatigué. Il se rend dans la chambre de son amie, il se couche et il s’endort. Quant à elle, elle va dans la cuisine pour préparer sa salade. Elle découpe une pastèque grosse comme deux têtes d’homme, elle découpe un ananas de quatre kilos, elle découpe des papayes si rouges qu’elles feraient penser à des pamplemousses greffés, elle coupe des oranges bien mûres qu’elle presse dans la bassine, puis elle prend la petite mangue qu’elle épluche délicatement, en découpe la chair en fines lamelles qu’elle introduit dans l’appareil. Elle en suce le noyau. Puis elle remue le tout. Elle aime bien ce parfum de mangue ! Elle verse sa salade de fruits dans une gamelle qu’elle referme hermétiquement avant de rejoindre son ami dans la chambre.
Entre-temps, son ami s’est réveillé. Il n’a pas l’air très content. Peut-être un autre coup de fil agaçant ! se dit-elle, mais elle se refuse à poser des questions. Elle lui demande simplement s’il veut manger. Non, répond-il, il ne veut pas manger ; il a des obligations dans sa maison. De plus, il n’a pas encore digéré tout ce qu’elle lui a servi tout à l’heure. Elle le laisse partir sans chercher à savoir la nature de ces obligations. Elle lui dit au revoir, avec cependant un léger pincement au cœur, et il s’en va… Elle le raccompagne jusqu’au portail, puis elle rentre à son tour se coucher. Dommage qu’il parte si vite, pense-t-elle. Elle aurait bien voulu le voir rester encore quelque temps… C’est bien déplaisant, mais tant pis ! Et elle s’endort. Soudain, son téléphone sonne. Troublée dans son sommeil, elle sursaute, elle répond. - Allo ! - Oui bonjour Tantie! C’est Mbombo man qui appelle… - Mbo’o, ça va ? - Ça va. C’est Mbombo Sita qui est malade. Elle m’a demandé de t’appeler pour te dire qu’elle a trop mal au ventre, elle ne sait plus quoi faire.
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- C’est depuis quand ?
-Je ne sais pas exactement, mais elle se plaint peut-être depuis près de deux semaines. Elle s’est purgée, mais ça ne va toujours pas. - Dis-lui de faire son sac, je viens la chercher demain, dès la sortie du culte pour l’emmener à l’hôpital.- Comment va Sôgôl ? - Sôgôl va bien. Il est seulement inquiet pour la maladie de Mbombo Sita. - Ok ! Salue-les. A demain donc. Bye bye ! - Bye Tantie. Tantie est à présent réveillée, plus question de se rendormir. Elle jette un coup d’œil sur sa montre-bracelet. Il est seize heures ! Elle a dormi plus de deux heures, elle a un petit creux. Elle pense à la salade de fruits qu’elle vient de faire. Elle saute du lit et va dans la cuisine. Elle ouvre la grande gamelle dans laquelle elle a gardé sa salade. Les senteurs des fruits de saison envahissent ses narines. Elle parvient quand même à distinguer celles de la petite mangue ! Elle se sert une bonne coupe et appelle son ami, tout en mangeant. - Allo Gwéha ! - Salut Tantie ! C’est comment ? - Je suis là. J’enjoy ma salade de fruits parfumée à la mangue. C’est très bon. - Qui te prend pour me faire ? Moi je suis passé à la pharmacie chercher pour maman le médicament de midi qui était fini. Je lis des documents qui peuvent m’aider pour ma prédication. - Ok ! Moi je voulais juste te saluer. - D’accord, bonne soirée. - Attends garçon ! J’ai oublié de te dire que je dois aller chercher Mbombo Sita au village demain. Elle m’a fait appeler ; elle a mal au ventre. Je compte l’emmener voir le gynéco lundi. - Comment comptes-tu y aller ?
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