Le diable est-il noir ou blanc

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S'inspirant de sa propre biographie, l'auteur d'origine sénégalaise, retrace le parcours d'un jeune garçon africain élevé par sa grand-mère qui le nourrit de contes et de légendes et qui le met en garde contre l'homme blanc, auteur de toutes les turpitudes. Au fil du temps, le héros finira par découvrir que le mal peut se trouver dans l'un ou l'autre camp et que "le diable peut prendre la couleur de tout acteur maléfique".
Publié le : mercredi 1 octobre 2003
Lecture(s) : 235
EAN13 : 9782296336636
Nombre de pages : 123
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Le diable est-il noir ou blanc?

Collection Encres Noires
dirigée par Maguy Albet

Dernières parutions N°213 J-Michel Mabeko Tali, L'exil et l'interdit, 2002. N°214 M.Mahmoud N'Dongo, L'errance de Sidiki Bâ, 2002. N°215 Salim Hatubou, Le sang de l'obéissance, 2002. N°216 Zassi Goro, Le dernier Sîm-Bon, 2002. N°217 Nicolas Ouwehand, Le monument sur la colline, 2002. N°218 Okoumba-Nkoghé, Le chemin de la mémoire, 2002. N°219 Ch. Djungu Simba, On a échoué, 2002. N°220 Alexis Allah, L'enfant-palmier, 2002. N°221 Sylvestre Simon Samb, Humanité misérable, 2002. N°222 Cibaka Cikongo, La maison du Nègre, 2002. N°219 Ch. Djungu Simba, On a échoué, 2002. N°220 Alexis Allah, L'enfant-palmier, 2002. N°221 Sylvestre Simon Samb, Humanité misérable, 2002. N°222 Cibaka Cikongo, La maison du Nègre, 2002. N°223 Gabriel Kuitche Fonkou, Moi taximan, 2002. N°224 Charles Mungoshi, Et ainsi passent les jours, 2002. N°225 Dave Wilson, La vie des autres et autres nouvelles, 2002. N°226 Isaac Tedambe, République à vendre, 2002. N°227 Fanga-Taga Tembely, Dakan, 2002. N°228 Adelaïde Fassinou, Toute une vie ne suffirait pas pour en parler, 2002. N°229 Oumaou Sandary Albeti, Agagar, ange ou démon ?, 2002. No 230 J.Honoré WOUGL Y, Une vie de chien à SAMVILLE, 2003. No 231 Fidèle Pawindbé Rouamba, Pouvoir de plume, 2003. N° 232 Nestor SIANHODE, Embuscades, 2003. N° 233 Jean-Juste NGOMO, Nouvelles d'ivoire et d'outre-tombe, 2003. N° 234 Auguy MAKEY, Tiroir 45, 2003. N° 235 Justin Kpakpo AKUE, John Tula, le magnifique, 2003. N° 236 Marie-Ange SOMDAH, Un soleil de plomb, 2003. N°237 Georges NGAL, Giambatista Viko ou Le viol du discours africain, 2003. N° 238 Benoît KONGBO, Balénguindi, 2003.

Amadou Diao NDIAYE

Le diable est-il noir ou blanc?

L'HARMATTAN

L'Hannattan 5-7, rue de rÉ cole-Polytechnique 75005 Paris FRANCE L'Hannattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE L'Hannattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5216-0 @

REMERCIEMENTS

En écrivant ces lignes, mes pensées volent vers ma grand mère NGouye rendre heureuse TAM qui a tout sacrifié pour Je pense aussi à la adopté et

ma jeunesse.

famille Gallaire

du Val d'Ajol qui m'avait

avait changé en moi l'animosité race blanche.

que je gardais pour la

Je remercie m'ont encouragé Seck et Ndèye

toute ma famille et mes amlS qUl

à la rédaction, mes petites filles l<.ani Hélène Ndiaye qui ont assuré le

secrétariat. Une mention

spéciale à mon neveu Lamine qui ont été les de cette

N diaye et son épouse, Chanh N diaye promoteurs déterminants

pour la publication

œuvre, et tous ceux qui ont de près ou de loin aidé à sa réalisation.

AVERTISSEMENTS

Sur requête de mes petits-enfants de leur écrire quelque chose

me demandant expérience

sur mon

longue et variée, je prends mon courage à deux mains pour tenter ce premier essai tiré de l'empreinte indélébile que le colonialisme m'a laissée. Que ceux que ces lignes qui vont suivre intéresseront leur en fassent gré; que ceux qu'elles ennuieront leur pardonnent leur fautive générosité.

CHAPITRE I

AVANT LA RENCONTRE BLANCS

AVEC LES

Le blanc a toujours suscité en moi des sentiments inextricables, des sentiments de peur, d'envie, d'admiration, de dégoût, de soupçon, selon ce qu'on racontait sur lui. En tout cas, très tôt dans mon jeune âge, ma grand-mère me préparait à me méfier des blancs. Elle me recommandait d'éviter dans la rue de rencontrer un fou, un chien, un bœuf ou un blanc. Elle reprenait avec insistance, inlassablement, ces recommandations dont j'avais pris parti et j'évitais, en attendant de voir un blanc, de croiser le trio chien, bœuf et fou. L'école rurale recrutait à l'âge de huit ans. Je venais de passer sept hivernages et le maître d'école qui prenait popote chez nous m'avait déjà recensé pour l'ouverture prochaine des classes... En ce temps, les cours se terminaient par des chants. Avec les camarades-candidats à la prochaine rentrée des classes, nous avions déjà pris le pli d'investir tous les jours la cour de l'école pour entonner les chœurs avec les élèves. Nous savions déjà, à quelques déformations près, toutes les chansons.

La deuxième préoccupation quotidienne était d'assister au passage du car qui reliait les deux provinces du Djoloff et du Baoll et qui traversait notre village. C'est en allant assister à l'arrivée du fameux car que j'eus un jour le malheur de trouver à mes pieds un porte-monnaie plein à craquer de billets de banque. Malgré les recommandations de ma grand-mère de ne jamais ramasser quelque chose nulle part, même dans notre propre maison, je fus tenté par cette surprenante trouvaille. En rassemblant mon courage à deux mains, je pris le porte-monnaie. Je présenter retournai ensuite à la maison pour le à Grand-Mère. Mais à peine ai-je tendu

l'objet que j'entendis mes oreilles bourdonner sous l'effet d'une gifle magistrale: " - Vas le retourner où tu l'as pris", gronda-t-elle. Je pris mes jambes à mon cou pour retourner au dit endroit, quand le hasard me mit dans cette course nez à nez avec le chef du village. Je lui tendis le portemonnaie en lui expliquant mon aventure et en pleurant pour la façon dont grand-mère m'avait accueilli. Le temps de f111irces explications, l'on vit un mauritanien courir comme un fou dans notre direction et s'affliger en termes maures dont nous ne retenions que celui d'ouguiyas, à comprendre" billets de banques" en naar ~angue maure). Le chef du village lui demanda le montant de la somme qu'il y avait dans son porte-monnaie, mais ce dernier s'obstinait à ne pas se faire comprendre et répétait beaucoup r beaucoup d'ouguiyas. Fatigué du charabia 6

indéchiffrable de notre hôte, le chef lui remit le portemonnaie que l'autre arracha avec quelques mots que nous comprîmes être des remerciements. . . Quand je dis à la Vieille que tout était en ordre, que le propriétaire du porte-monnaie avait retrouvé son bien intact et avec l'arbitrage du chef de village, cela ne la rassura point. Grand-mère continua de plus belle à me rouer de coups en disant qu'à cause de moi 1 auront accès à elle car, pensait-elle, le les toubabs propriétaire du porte-monnaie pourrait en parler à l'administration qui viendrait me chercher pour me mettre en prison, et peut-être avec elle du même coup. Pendant plus de trois mois, je subissais les coups et les répriq1andes de grand-mère quand les libanosyriens, qui tenaient commerce au village, venaient à passer près de chez nous. Elle ne pouvait distinguer le toubab du Libanais. Cette aventure me mettait dans une grande aversion pour le toubab.

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CHAPITRE II

PREMIERE RENCONTRE BLANCS

AVEC DES

Un matin, de bonne heure, le cneur annonça la nouvelle du jour en ces termes:

public

" - Sur invitation de Bour Ndiaye, le chef, le commandant de cercle visitera la semaine prochaine notre village. Que toutes les dispositions utiles, soient prises afin que l'accueil soit des plus agréables et des plus réussis". Le lendemain, hommes et femmes appuyés par les enfants s'occupaient de la propreté du village. Les femmes, après avoir balayé la place où devait se tenir la rencontre, s'activaient à tamiser le sable pour enlever les moindres brindilles de paille afin de rendre l'endroit extrêmement propre. Le jour J, de bonne heure, le tam-tam fut battu avec une rage exceptionnelle. Vieux et jeunes, femmes et enfants, sortirent habillés de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Cela donnait au village une atmosphère digne des Mille et Une Nuits. Les gamins se réunirent 8

en assemblée générale pour bâtir une stratégie efficace afin de pouvoir suivre les évènements sans éveiller la vigilance des parents. Les acacias des alentours étaient ciblés. Nous nous séparâmes par petits lots bien avant l'arrivée de la foule, enfourchâmes nos loges et nous aplatîmes contre les branches comme de véritables lézards. Les cavaliers étaient partis très tôt avec un groupe de griots pour constituer l'escorte d'honneur à l'arrivée du Commandant. Tout à coup des coups de fusil éclatèrent annonçant l'arrivée de notre hôte de marque. Les tam-tams grondèrent; les danseurs et les danseuses entrèrent en transe. Dans un nuage de poussière, les cavaliers, rivalisant de prouesse, faisaient faire à leurs chevaux les mouvements les plus extravagants. Nous n'avions pu ni voir la voiture du commandant noyée dans les poussières, ni en entendre le bruit couvert par le brouhaha cacophonique de la foule. Une espèce d'estrade de fortune avait été montée pour que le commandant puisse être vu de tout le monde. L'envie de voir un toubab en chair et en os me serrait fortement le cœur. Je fus comblé quand je vis monter sur l'estrade un couple. Le Commandant était accompagné de sa dame. L'homme blanc était habillé d'une grande tenue blanche avec des boutons et divers autres ornements dorés sur les poches, les épaules casque blanc, il y avait quelque comme un bijou. et même sur son chose qui brillait

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Voir une femme blanche hanté mes rêves pour dire merveilleusement surpris d'en gratifié. dévolu J'oubliai le commandant sur cette curiosité

n'avait pas encore combien j'ai été être fortuitement pour porter mon Elle portait

de la nature.

comme son mari une tenue de couleur blanche mais la jupe était tellement courte qu'elle laissait paraître toute la nudité de ses jambes. Son chapeau de paille jaunâtre était orné de plumes. C'était la première fois que je voyais une femme adulte dévoiler ses jambes au regard du monde. Cela capta mon attention examen méticuleux et me poussa à un

de ce corps étranger des pieds à la

tête. Une chemise transparente laissait voir des seins bien protégés par une enveloppe de tissu (le soutiengorge) dont le nom ne me devint familier que bien plus tard, car les femmes de nos villages n'en faisaient guère usage. Subitement, trois brefs coups de tam-tam réclamèrent l'attention de la foule. Il s'ensuivit un silence de mort. Le chef fit défiler les notabilités du village, y compris les deux Libanais qui y tenaient boutique. Ensuite, par un discours saccadé et entrecoupé de beaucoup de "mon commandant", le chef souhaita la bienvenue au couple administratif et à sa suite. Le grand interprète officiel du commandant, un wolot un Toucouleurl, traduisait dans approximatif le discours aux populations.

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