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Le Doux baiser du serpent (Les Sorcières de North Hampton**)

De
462 pages
Joanna et ses deux filles, la sage Ingrid et l’impétueuse Freya, savourent la paix retrouvée dans leur petite ville de North Hampton. Quand Freddie, le frère jumeau de Freya, réapparaît soudain après des siècles d’emprisonnement, la jeune fille commence par se réjouir. Car son frère adoré est forcément innocent. Mais c’est Killian, le fiancé de Freya, que Freddie accuse…
Ingrid, de son côté, est amoureuse pour la première fois. Matt Noble, le séduisant inspecteur de police, a gagné son coeur. Mais une histoire d’amour peut-elle s’épanouir entre une sorcière vierge et un mortel qui ne croit pas à la magie ?
Joanna, enfin, partagée entre ancien et nouvel amour, est contactée par l’esprit d’un mort et forcée de se replonger dans de douloureux souvenirs, heures les plus sombres qu’a connues sa famille.
Face au chaos qui menace leur équilibre, les trois femmes pourront-elles sauver ceux qu’elles chérissent ?

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Titre original :
The Serpent’s Kiss
Première publication : États-Unis et Canada
Publié avec l’accord de Hyperion, New York

© Melissa de la Cruz, 2012

Pour la traduction française :
© Calmann-Lévy, 2013

Couverture
Maquette : Laura Klynstra
Adaptation : Iceberg
Photographie : © Marta Bevacqua/Arcangel Images

ISBN : 978-2-36051-113-6

Pour Mike et Mattie

« Faute d’être charmé, le serpent mord. »

L’Ecclésiaste, x, 11

Il était une fois à North Hampton…

Trois femmes extraordinaires menaient des vies très ordinaires. Joanna Beauchamp, les cheveux argentés et la main verte, vivait dans un manoir colonial à l’extrémité nord-est de Long Island avec ses deux filles, Ingrid, la bibliothécaire locale, et Freya, la serveuse de bar sexy. Pendant un nombre incalculable d’années, elles avaient vécu paisiblement et discrètement parmi les résidents de leur petite ville ensevelie sous la brume.

Joanna passait ses journées à refaire la décoration de sa maison, à jardiner, à s’inquiéter pour ses filles, et à reporter tout son amour pour son fils disparu sur le garçon de six ans de la femme de ménage, Tyler. Freya, la rousse effrontée, avait conquis le cœur de Bran Gardiner, riche philanthrope, dont la famille était propriétaire, sur l’île portant son nom, du manoir Fair Haven. Elle avait célébré ses fiançailles par une aventure torride avec le frère cadet de son futur époux, Killian, à la beauté sombre et séduisante et à l’attitude insouciante.

Ingrid, blonde, hautaine et terriblement timide, était l’archiviste en chef de la bibliothèque et restaurait des plans architecturaux historiques. Quand elle ne luttait pas pour sauver sa bibliothèque chérie des griffes d’un promoteur immobilier local douteux, elle repoussait nombre de prétendants, dont l’avide lecteur Matthew Noble, un bel inspecteur de la police de North Hampton.

Mais malgré leurs vies en apparence normales, ces trois femmes partageaient un lourd secret. Déesses de l’Asgard, elles étaient sorcières dans notre monde. Les habitants de North Hampton ne s’étaient jamais doutés que Joanna, Ingrid et Freya n’étaient que trois des nombreux dieux et déesses égarés dans le Midgard après que le légendaire pont Bofrir qui reliait les deux mondes s’était effondré dans de mystérieuses circonstances.

Coincées dans notre monde et dans l’incapacité de rejoindre le leur, on leur avait interdit de se servir de la sorcellerie depuis que le Conseil Blanc avait promulgué la Restriction des Pouvoirs Magiques à la suite des procès de Salem, qui avaient mis un terme à cette pratique dans le monde du milieu. Mais, après avoir réprimé leur vraie nature toutes ces années, les trois femmes n’en avaient plus eu la force et s’étaient progressivement servies de leurs aptitudes d’un autre monde. La spécialité de Joanna était la guérison et le renouveau : capable de ressusciter les morts, elle donnait vie à des soldats de plomb. Ingrid, guérisseuse capable de lire la ligne de vie des gens et de voir l’avenir, s’était mise à user de sorts et de charmes avec parcimonie pour aider tout client confronté à un problème domestique délicat. Freya, spécialiste des histoires de cœur, servait des philtres d’amour grisants au bar le North Inn.

Faute de répression manifeste causée par leurs frasques magiques, les filles Beauchamp s’enhardirent : Joanna ramena un homme à la vie, Ingrid confia à la femme du maire un puissant nœud de fidélité et, chaque nuit, le North Inn se fit le décor d’ébats hédonistes bestiaux sous l’influence des puissants cocktails de Freya. Elles ne faisaient que s’amuser innocemment jusqu’à ce qu’une jeune fille du coin disparaisse, que plusieurs habitants souffrent d’une maladie inexplicable et qu’une sombre menace soit découverte dans les eaux de l’Atlantique, se répandant et empoisonnant la faune et la flore au large de North Hampton.

Quand on découvrit le cadavre du maire, les gens se mirent à se montrer du doigt et, pendant un moment, on se serait cru aux procès de Salem.

 

Se dépêchant de résoudre ce mystère, Ingrid avait découvert d’archaïques symboles nordiques sur les plans du manoir Fair Haven, la demeure ancestrale des Gardiner. Mais, alors qu’elle était sur le point de déchiffrer le code, les documents avaient disparu. Freya se trouva prisonnière d’un triangle amoureux, une situation qui remontait à des siècles plus tôt, à l’époque d’Asgard et de la création du monde. En ce temps-là, elle n’était pas encore une sorcière dans le Midgard mais une jeune déesse poursuivie par son véritable amour, Baldr, dieu de la joie, et son frère, Loki, dieu de la malice ; Bran et Killian Gardiner. Mais lequel était qui ? Avait-elle bien choisi ? Sans parler du zombie qui semblait se promener dans le coin. La résurrection opérée par Joanna avait mal tourné.

Bientôt, Norman Beauchamp, l’ex-mari de Joanna perdu de vue depuis longtemps, était réapparu, et tous s’efforçaient de sauver non seulement leur petite ville, mais les neuf mondes connus de l’univers du Ragnarok, une légende antique qui prédisait la mort des dieux.

Ils y parvinrent et bannirent Loki du monde du milieu, le renvoyant par le trou qu’il avait creusé dans l’Arbre de vie dans l’espoir que son voyage retour le refermerait. Mais le mystère de l’effondrement du pont demeurait, alors même que deux jeunes dieux avaient été punis pour l’avoir détruit : le malveillant Loki et le jumeau de Freya, Freyr, dont on avait retrouvé le trident magique parmi les ruines de l’édifice.

Les Beauchamp croyaient ne plus jamais le revoir mais, à la surprise de Freya, son jumeau était soudain réapparu un soir dans l’allée derrière le North Inn. Il s’était échappé des limbes et lui avait révélé avoir été victime d’un coup monté : il connaissait l’identité du véritable coupable.

Non, il ne s’agissait pas de Loki, que Freya avait connu sous le nom de Bran Gardiner. Selon Freyr, ou Freddie, comme il voulait qu’on l’appelle à présent, c’était Baldr qui avait fait en sorte qu’il porte le chapeau. Baldr, ou Killian Gardiner, dont Freya était amoureuse, était responsable de la destruction du pont.

À présent, Freddie avait soif de vengeance et il comptait sur Freya pour l’aider à l’assouvir.

Hallowen

Jeux de vilains

Chapitre premier

Retiens la nuit

La voix de contralto mélancolique de Patsy Cline gazouillait dans le juke-box du North Inn. Cela tranchait avec l’habituelle musique rock’n’roll qui poussait les clients estivaux à sauter de leurs sièges et à lever index et auriculaire pour symboliser les cornes du diable, une musique qui collait bien à l’atmosphère d’un début octobre : intime, douillette, douce avec une pointe de nostalgie. L’été indien était terminé. Quand la lumière se teinta d’or, annonçant le coucher du soleil, il commença à faire frisquet et l’odeur caractéristique de l’automne se répandit. L’Atlantique, visible depuis les fenêtres du bar, était agité d’énormes déferlantes venant se briser sur le rivage. On ne voyait plus de jeunes filles en bikinis batifoler sur le sable ni de feux d’artifice s’élever dans le ciel. La foule de la haute saison s’était dispersée, laissant la ville recluse du bord de mer aux gens du coin, les plages abandonnées et le point de ralliement populaire presque désert.

Un couple dansait un slow, seul au milieu de la piste, tandis que quelques habitués rejoignaient le bar après leur journée de travail et se dispersaient par petits groupes. La serveuse en titre, Freya Beauchamp, profitait de ce rythme de travail moins soutenu pour s’octroyer une pause. La jolie rousse était assise, les coudes sur le bar, la tête dans les mains, les yeux brillants tandis qu’elle regardait Killian Gardiner chanter derrière le comptoir. Sa voix grave et profonde, comme une caresse au milieu de la nuit, parfaite pour un duo. « I’m back where I belong, back in baby’s arms. »

Voilà ce que Freya aimait chez lui : il continuait de lui faire la cour avec la même ferveur. Avec panache. Bien que fiancés et sur le point de se marier, le jeu de séduction ne prenait jamais fin avec lui. Ils ne risquaient pas de sombrer dans l’ennui d’un couple qui zappe d’une chaîne à l’autre, cherchant désespérément à se divertir, frustré d’une vie passée sur le canapé, sa romance ardente devenue un vague souvenir. Et c’était une bonne chose, car Freya aimait les sensations fortes, l’excitation perpétuelle du flirt, la chasse constante, et la chaleur qui l’envahissait dans ces moments tendres inattendus, comme cette sérénade sensuelle.

Elle se pâma devant Killian dont les cheveux tombaient sur ses cils noirs tandis qu’il saisissait le shaker pour préparer le cocktail habituel d’un client qui venait d’entrer. Il versa la vodka d’un geste théâtral et ajouta une goutte de vermouth sur le fond de glace dans le récipient argenté.

Freddie se trompe à son sujet, songea-t-elle. Quand son frère jumeau était revenu des limbes un mois plus tôt, il regorgeait d’accusations extravagantes, toutes dirigées contre son bien-aimé. Freddie était convaincu que Killian lui avait volé son trident, s’en était servi pour détruire le pont et l’avait laissé sur place de sorte que les dieux accusent le fils de la mer aux cheveux d’or.

Son jumeau voulait à tout prix se venger, mais il avait accepté à contrecœur de laisser sa sœur tirer la situation au clair si elle promettait de l’aider à découvrir la vérité et les secrets de son petit ami. Freya avait fini par accepter, le cœur lourd. Elle avait peine à croire Killian capable de pareille perfidie. Il savait à quel point elle était proche de son frère : comment aurait-il pu faire preuve d’autant de cruauté par cet acte grave et… impardonnable ? Et si c’était le cas, comment avait-elle pu ne pas le voir ? Était-il possible que ses sentiments, ainsi que leurs relations sexuelles à couper le souffle, aient biaisé son jugement ? Non. Freddie avait forcément tort. Il avait passé trop de temps dans les limbes : il n’avait pas les idées claires. Elle avait confiance en Killian. Ils avaient été si longtemps séparés, mais maintenant qu’ils s’étaient retrouvés, ils étaient heureux. Ils nageaient dans le bonheur, à vrai dire. Elle avait retrouvé les bras de son bébé, comme le disait la chanson.

Killian la surprit en train de le dévisager : il sourit et ses yeux bleu-vert s’illuminèrent.

Freya lui sourit à son tour, plongeant au plus profond de son regard, mais toujours à la recherche d’un détail qui pourrait le trahir. Quels secrets lui cachait-il ? Avec sa vision de sorcière, elle fouilla en profondeur les recoins de son âme, mais elle n’y vit que le reflet de son amour pur et simple.

La chanson de Patsy Cline se termina. Killian fit tournoyer le shaker en l’air avant de le rattraper adroitement dans son dos, le tout sans la quitter des yeux. Il le posa énergiquement sur le comptoir, fit un clin d’œil à Freya et, juste là, l’espace d’une fraction de seconde, d’un millième de seconde peut-être, elle aurait juré avoir aperçu quelque chose qu’elle n’avait jamais vu avant, ou n’avait jamais voulu voir : une infime lueur malveillante. Elle avait disparu avant qu’elle puisse mettre le doigt dessus, mais cela suffit à la faire frissonner.

– Tu as froid, chérie ? s’enquit Killian, se penchant par-dessus le bar pour réchauffer ses mains dans les siennes.

Freya haussa les épaules.

– Je vais très bien.

Mais elle se demandait si elle le connaissait vraiment. Ils avaient été séparés pendant des siècles. Quelque chose aurait pu le changer entre-temps. Pourtant la chaleur de ses mains paraissait lui assurer que rien de cela n’était vrai. Il les laissa glisser sur les siennes pour verser le mélange du shaker dans un verre à martini à l’intention de l’habitué au bout du bar.

Depuis que la Restriction avait été levée, Freya, tout comme le reste de la famille Beauchamp, était autorisée à se servir de ses pouvoirs. Par conséquent, le bar était maintenant réellement enchanté. Au North Inn, le travail précédant l’ouverture consistait à animer des douzaines de couteaux pour hacher de la menthe, couper des citrons, des citrons verts et des oranges en rondelles, épluchant leur zeste en copeaux. Les philtres d’amour figuraient de nouveau au menu, et les boissons se mélangeaient parfois toutes seules, mais la magie s’étendait aussi à d’autres domaines, comme arranger une coupe de cheveux ratée, ou offrir à un client aux vêtements démodés un relooking glamour. Les gens se disaient qu’il s’agissait de tours de passe-passe, à coup de fumée, de miroirs, ou qu’ils avaient peut-être bu un verre de trop.

Killian descendit remplir les seaux de glace et, pendant son absence, Freya se convainquit qu’elle devenait paranoïaque, qu’elle n’avait rien vu. Les yeux de son bien-aimé avaient simplement reflété la lumière du soleil couchant. C’était tout.

Quelqu’un mit une pièce dans le juke-box et l’atmosphère changea tandis que les guitares stridentes des Kings of Leon remplissaient l’établissement. Ça avait été comme ça toute la soirée depuis que Sal avait ajouté des vieilleries à la machine : une ballade de Roy Orbison suivie d’une chanson de Feist, Aretha Franklin puis Metallica, les Sex Pistols précédant les Jackson 5. La musique faisait des allers-retours dans l’histoire du hit-parade, un peu comme si Long Island était en dehors du temps. Alors que le couple sur la piste de danse entamait un shimmy, Freya avisa Betty Lazar, une quadragénaire, qui entrait dans le bar. La pauvre avait la mine complètement défaite. Freya ne l’avait pas croisée depuis un moment. Tandis que l’assistante juridique se traînait jusqu’au bar, une série d’images défila dans la tête de la serveuse : une journée éreintante, ces foutus avocats, un dîner préparé au micro-ondes, trois chats. Dès que Betty s’assit, un énorme verre à martini, rempli d’un liquide bleu électrique avec, à sa surface, une pointe d’écume, apparut devant elle dans un nuage de fumée.

Quelqu’un s’écria : « Un verre enchanté ! Un verre enchanté ! » et la dizaine de clients applaudit et acclama le tour de passe-passe.

Épatée, Betty en but une gorgée et poussa un soupir.

– Ouaouh, Freya, comment as-tu su ce dont j’avais précisément envie ? Je ne suis pas venue depuis une éternité. Ça, c’est du service ! Qu’est-il arrivé à cet établissement ?

– On a fait quelques améliorations, sourit Freya, songeant qu’une femme aussi gentille que Betty ne devrait pas passer ses nuits seule à regarder des séries policières à la télé.

 

Ils fermèrent boutique tôt. On était mardi et le dernier client avait quitté le bar à dix heures. La température était brusquement descendue en soirée. La passerelle menant à l’île des Gardiner grinçait, instable, se balançant sous l’assaut des vagues. Freya tenait Killian par la main tandis qu’ils allaient leur chemin dans l’obscurité, avec pour seule lueur celle de Fair Haven et du phare au loin.

– Quelle belle nuit, remarqua-t-elle en serrant ses doigts.

Elle aimait l’automne. C’était sa saison préférée : les feuilles dorées, l’air frisquet, l’odeur terreuse de citrouilles bien grosses annonçant de bonnes récoltes.

– Mmmh, reconnut Killian en se penchant pour l’embrasser.

Elle lui rendit son baiser, l’attirant vers elle de sorte qu’ils se trouvèrent bientôt fermement enlacés. Les baisers de son amant étaient énergiques, comme elle les aimait, et ils se pressaient l’un contre l’autre, la chaleur entre eux se faisant plus torride à chaque instant. Ils étaient toujours impatients de se toucher, et Killian la souleva de l’étroite passerelle pour qu’elle puisse enrouler ses jambes autour de ses hanches. Il se pressa davantage contre elle : elle se sentit poussée un peu trop loin sur le garde-fou et perdit l’équilibre, lui échappant des mains. Elle tomba en arrière par-dessus le parapet, ses boucles blond vénitien et son écharpe battant au vent. L’espace de quelques secondes terrifiantes, elle crut qu’elle allait tomber dans les eaux d’encre jusqu’à ce que Killian parvienne à la retenir par les genoux. Mais au lieu de la remonter, elle l’entendit rire.

– Killian ! Arrête ! hurla-t-elle.

Mais il ne l’aida pas le moins du monde alors qu’elle se balançait toujours par-dessus bord.

– Je suis sérieuse ! Remonte-moi ! Ce n’est pas drôle !

Elle avait l’impression de ne plus pouvoir respirer, et son cœur cognait follement dans sa poitrine.

Ce fut terminé en un instant : Killian la tira vers lui et la redressa, la laissant glisser contre lui jusqu’à ce que ses pieds aient retrouvé la terre ferme.

Elle le dévisagea, effrayée de découvrir son visage apathique, ses yeux inexpressifs et ternes. Bon sang, mais qu’est-ce qu’il vient de se produire ? Qu’est-ce que c’était que ça ?

– Eh, allons, je ne faisais que te taquiner, expliqua Killian, visiblement inquiet de voir Freya s’éloigner, serrant les bras autour d’elle et dissimulant son visage derrière ses cheveux.

« Pardonne-moi, s’excusa-t-il, la rattrapant pour se pencher sur son épaule et enfouir sa tête au creux de son cou.

Elle sentit son souffle chaud sur sa peau qui la chatouilla.

– C’était une mauvaise plaisanterie. Je ne me rendais pas compte que tu avais vraiment peur. Tu aimes ce genre de chose d’habitude.

Sa voix était si douce, et elle savait qu’il était toujours Killian, son cher et tendre, son bien-aimé. Il ne lui ferait jamais de mal, jamais. Elle en avait la certitude au plus profond d’elle-même. Et il avait raison : elle était accro à l’adrénaline. Elle aimait les jeux dangereux.

– Je suis navrée, moi aussi, concéda-t-elle en se tournant vers lui, caressant sa barbe de quelques jours et ses douces lèvres du bout des doigts. Je ne sais pas pourquoi j’ai paniqué.

 

De retour à bord du Dragon, ils se jetèrent sur le lit et Freya baissa des yeux mi-clos vers Killian. Il serrait les dents, le regard indolent et rendu vitreux par le plaisir de l’acte sexuel. Ses mains fortes la guidaient par la taille, ses pouces appuyant sur ses hanches tandis qu’elle allait et venait au-dessus de lui et que la cabine tanguait en cadence.

Après avoir fait l’amour, Killian l’embrassa, à demi endormi, mais Freya resta éveillée un bon moment tandis qu’une étrange et désagréable sensation commençait à grandir en elle. Elle ne pouvait se mentir. Elle avait vu ce qu’elle avait vu, au bar comme sur le pont.

Elle avait regardé dans les yeux inexpressifs de Killian et y avait vu sa mort.

Chapitre 2

L’étranger

Ingrid Beauchamp parcourait une allée de la bibliothèque municipale de North Hampton, fredonnant tout en rangeant quelques livres sur les étagères. Elle se dirigeait vers l’espace lecture des enfants. Son chignon blond soigné dégageait son visage, et elle portait un élégant tailleur bleu sur mesure et de jolis escarpins bicolores tout neufs. Elle faisait une pause dans la restauration d’un plan édouardien que l’on avait trouvé dans un vieux secrétaire à cylindre au cœur d’un manoir délabré en bordure de ville qui allait être mis aux enchères.

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