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Le dragon de lumière (Les invocateurs - tome 3)

De
200 pages
Alors que Médévas, Sahelle et Jaffar cherchent à comprendre l’énigme du médaillon de Lorel Makrel, le tout premier invocateur de dragons, la nuée de carniciels traverse les territoires, prête à se déchaîner sur les sanctuaires.
Tandis que les actes de Lorel Makrel se révèlent, il devient de plus en plus évident que la situation est en train de s’aggraver au-delà de toute mesure. Des nuées de carniciels parcourent les territoires sans contrôle, menaçant même les sanctuaires d’une destruction totale.
Sahelle parviendra-t-elle à prendre définitivement le contrôle de son dragon ?
Jaffar trouvera-t-il sa place au sein du sanctuaire ?
Et, par-dessus tout, Médévas aura-t-il la force d’aller au bout de lui-même pour affronter son destin ?
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LE DRAGON DE LUMIÈRE
Les InvocateursTome III
Emmanuelle Soulard
© Éditions Hélène Jacob, 2016. CollectionFantasy. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-391-7
Je remercie mes correcteurs : Valérie, pour son incroyable sensibilité ; Franck, pour sa maîtrise des récits et des scénarios ; et Éric, pour sa grande finesse et son intelligence. Vu les conditions dans lesquelles j’ai fait appel à vous, vous avez été des merveilles de patience, de rapidité et de pertinence. Je remercie aussi toute l’équipe desÉditions Hélène Jacob, d’abord pour supporter mes crises existentielles d’auteur, ensuite pour leur maîtrise du marketing, leur volonté permanente d’améliorationetl’incroyable groupe qu’ils sont en train de créer. Le terme «maison» n’est pas usurpé. Merci aussi àtous les auteurs EHJ et les lecteurs, qui forment une communauté qui m’est chère. Je tiens à remercier particulièrement mes amis, que je délaisse beaucoup trop, depuis trop longtemps. Mais comme ce sont de vrais amis, non seulement ils se reconnaîtront, mais en plus, ils comprendront. Et comme toujours, merci à ma famille, sans laquelle je ne serais certainement pas celle que je suis. Et une mention spéciale à celui qui partage mes jours. Et mes nuits. Parce que sans toi, je ne serais rien.
1La Source originelle
Médévas, en selle, gardait les yeux fixés sur lhorizon. Lothon, le grand dragon quil chevauchait, navait pas une seule fois ralenti son rythme puissant, malgré la fatigue des jours de vol ininterrompu. Focalisé sur leur objectif, ce dernier partageait la même volonté farouche que son maître. Le couple bravait seul les kilomètres depuis leur départ. Sous eux, les derniers contreforts des terres désolées avaient cédé la place à linterminable plaine blanche. À lhorizon, le ciel se chargeait de ses habituels orages de fin de journée. Rien ne semblait avoir changé, depuis la dernière foisqu’ils étaient venus. Sauf que lhiver avait rendu lair glacial, coupant comme un couteau. Au loin se dressait la montagne qui renfermait la Source originelle. Le point de départ des pouvoirs des invocateurs de dragons. Laboutissement de leur voyage. Le chef du sanctuaire de Ranon savait maintenant quil navait aucun choix. Ce qui lattendait, là-bas, le terrifiait plus que tout. Mais il ne pouvait plus reculer. Et sil ne mettait pas toutes ses forces dans ce dernier combat, le monde entier serait annihilé. Il savait quil ny aurait pas un seul survivant. Pour la millième fois, peut-être, il tendit loreille. Derrière eux, dissimulée par le bruit du vent et des battements dailes, à la limite de la perception, la vibration ne faiblissait pas. Alors que Lothon continuaitd’avancer avec courage, son cavalier scrutait les nuages. Noirs de pluie, ils se chargeaient déclairs et de tonnerre. Les redoutables vortex nallaient pas tarder à se former. Il leur faudrait éviter les courants ascendants mortels. Le jeune homme serrait les dents. Il ne devait pas céder à la peur. Cétait déjà un miracle quils aient réussi à passer les terres désolées en étant seuls. Létrange comportement des nuages lui fit plisser les yeux. Ces nuages nétaient pas normaux. Ce quil arriva à distinguer lui fit froid dans le dos. Des carniciels. Des nuées énormes de carniciels se regroupaient, droit devant eux. De toute sa vie de chasseur, il nen avait jamais vu autant. Ils étaient bien trop nombreux pour que Lothon puisse passer. Mais ils allaient devoir trouver un moyen. Le chasseur calculait les trajectoires potentielles. Les carniciels ne pouvaient pas voler dans les vortex. Il était donc possible de se glisser entre les courants aériens, en étant rapide. Il talonna Lothon. Le grand dragon déploya ses ailes, comme s’il ne ressentait pas la fatigue de la course précédente. Il y avait une trouée, une chance infime de passer, là, juste devant eux. Ils se précipitèrent.
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Était-ce le mouvement qui attira l’attention du dragon? Médévas le vit jeter un regard sur la droite. Là, sur la dernière éminence, se tenait un homme. Vêtu de noir, le visage caché par un ample capuchon, il leva les bras à leur approche. Il tendait les mains, les doigts écartés, vers le nuage de carniciels. Et il les détourna droit sur eux. Une partie du vol se détacha, focalisée sur les arrivants. Ils étaient repérés. Les petits carnivores attaquèrent. Alors qu’ilsarrivaient sur lui, le grand saurien se jeta dans une vrille. Dans le même mouvement, il replia son cou gracile vers son ventre, ouvrit la gueule et cracha une belle flamme. Les carniciels qu’il venait de prendre pour cible hurlèrent dans les flammes. Le grand dragon acheva sa rotation. Il rouvrit ses ailes pour reprendre son vol, le cou tendu. Le sol était trop près, bien trop près. Alors que sa monture forçait sur ses membres, Médévas arqua son corps en arrière. Mais c’était trop tard. Ils percutèrent le soletrebondirent. Alors que l’immense corps décrivait un arc de cercle, le jeune homme ne put que se plaquer sur sa monture, cachant sa tête sous ses bras. Le choc suivant fut tellement violent qu’illui coupa le souffle. Le saurien hurla au moment où il retomba sur son cavalier. Les carniciels attaquèrent.
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2La Cité Blanche
Nichée entre les collines de verdure, la Cité Blanche s’étendait à perte de vue, comme un joyau au centre de son écrin de velours. Sa progression nétait stoppée à lest que par les flots bleus de la grande mer qui la bordait. Un réseau de routes commerciales dessinait une toile arachnéenne sur les éminences verdoyantes quil’entouraient. De nombreuses caravanes les parcouraient, malgré le soleil écrasant de lété. Elles étaient toutes fortes de plusieurs dizaines de têtes. Les bêtes de somme qui les composaient étaient, selon leur provenance, des chevaux, mules, bœufs, voire des chameauxpour les plus septentrionales. La pierre immaculée qui composait les constructions reflétait la lumière du soleil. Les maisons se détachaient sur le ciel bleu et s’étageaient posément dans le paysage ondulé. Les élévations étaient lentement absorbées, les unes après les autres, au fil de la croissance de limmense cité. Dans la ville, en dépit de la chaleur, les rues étaient noires de monde. Les habitants, vêtus de
tissus chamarrés, vaquaient à leurs occupations sur les trottoirs. Les charrettes pleines de denrées s’échelonnaient en flots continus, parfaitement cadrées dans les voies conçues pour leur passage. Chacune des allées bénéficiait dun réseau de rigoles conduisant à la mer, pourque l’airne soit pas trop étouffant. Toutes les places étaient ornées de fontaines sculptées, où les plus jeunes enfants pataugeaient, sous le regard bienveillant de leur mère ou de leurs nourrices. La majorité des carrefours accueillait des étals de marchands, vendant des viandes et des fruits frais, des tissus de la facture la plus simple à la plus sophistiquée, des pots, des outils et le moindre objet de convoitise, du plus petit au plus grand. Les façades les plus riches sornaient de jeux deau, ingénieusement organisés entre les statues. Des mousses verdoyantes y poussaient à loisir. Sur les bords de mer, des accès à leau étaient aménagés, plats pour les plus jeunes, ou sous forme de plongeoirs plus ou moins hauts. Les plus élevés étaient réservés aux plus téméraires. Les familles venaient se baigner du printemps à lautomne. La magnifiqueville n’avait pasusurpé son nom de Cité Blanche. La propreté y était un souci permanent. Les ornementations des bâtiments les plus hauts rivalisaient de finesse, encadrées par des maisons plus modestes, quoique décorées également. Mais pas une seule ne pouvait égaler le faste de limmense palais qui se dressait au centre. Sa taille était impressionnante et la hauteur de ses flèches dépassait tout autre bâtiment. Ses sculptures étaient opulentes et magnifiques.
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Au bord de la ville, une caravane venait darriver. Les mules, fatiguées, gardaient la tête basse. Lorel ! Bon sang, mais où est encore passé ce gosse ? Karel Makrel s’épongea le front. La journée s’annonçait chaudeet bien chargée. Il ratura la tablette sur laquelle il faisait ses comptes. Il releva la tête vers le chef de la caravane. Ne vous inquiétez pas, Gerast, il sera là dans un instant. Comme pour confirmer ses dires, un jeune homme débraillé arriva en courant. Le cheveu encore humide et les vêtements couverts de poussière. Son père le toisa : Non, mais regarde-toi ! Est-ce une tenue pour un honnête fils de marchand ? Il se tourna vers le chef de la caravane. Je vous prie d’excuser mon fils.L’homme eut un geste désinvolte.Mon propre fils, Kirian, est à peine moins âgé que lui. Sa mère ne cesse de râler sur son linge. Ce n’est vraiment pas grave…tout cas, ce bonhomme a bien grandi depuis notre En dernière visite. Karel colla une calotte sur l’arrière du crâne de son fils. Grandi, peut-être. Mûri, certainement pas ! Nous allons nous occuper de vous. Vos hommes doivent être épuisés par cette longue route…L’autre se permit un sourire.C’est vrai que nous mettons plusieurs mois pour venir vous livrer nos herbes des montagnes. C’est un long trajet, mais ce n’est finalement qu’unegrande routine. Et Dieu merci ! Vos herbes sont indispensables à notre pharmacopée. Si Lorel a bien fait son travail, notre annexe est prête pour vous accueillir. Vous pourrez y rester le temps nécessaire pour vous reposer et acheter ce qu’il vous faut dans notre bellecité. Notre roi refuse que les nomades campent aux abords,mais ce n’est pas la seule raison qui nousdonne le plaisir de vous offrir l’hospitalité.Gerast eut un sourire reconnaissant. C’est vrai, nous aurions peiné à nous offrir vos belles auberges. Merci pour votre accueil. Lorel va vous aider à vous installer. Le jeune hommes’approcha avec un sourire.Si vous voulez bien me suivre. Je vais vous montrer vos quartiers et,ensuite, j’irai m’assurer que vos hommes et vos bêtes ne manquent de rien.Et tu n’oublieras pas, non plus, de vérifier que les entrepôts sont correctement agencés et que les ballots les plus périssables sont les plus accessibles. Lorel eut une grimace. Son père croisa les bras, l’air sévère.
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Quelque chose te dérange, peut-être ? Lorel gardait le nez baissé. C’est-à-dire que… On avait dit qu’on se retrouverait au coucher du soleil, avec les copains.Et quelle idée ! Vous allez encore traîner dans les rues jusqu’au couvre-feu, peut-être ? Tu sais qu’il est hors de question que je t’autorise à aller vadrouiller comme ça! Oh, s’il vousplaît! Si je m’occupe des entrepôts, je vais être bloqué ici jusqu’à la nuit…Et grand bien t’en fasse. Ce soir, tu restes ici. Et je ne veux plus un mot à ce sujet.Lorel se renfrogna, boudeur. Il grogna : C’est pas juste! Il releva la tête. Le chefde la caravane l’observait sans un mot. Le jeune hommerougit. Si vous voulez bien me suivre…Ils partirent de concert. Après quelques pas, Lorel se tourna vers l’homme.Vous venez de très loin… C’est comment, par chez vous?
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3Au coin du feu
Sahelle se lova contre Médévas. Ils avaient dédaigné le lit et étaient allongés sur la fourrure, au pied de la cheminée. Le feu crépitait joyeusement, leur faisant oublier le gel de la froide nuit d’hiver. Les flammes séchaient doucement leurs peaux, renduesmoites par leurs jeux amoureux. Saisissant le tisonnier, elle écarta des cendres une des châtaignes qu’elle avait ramassées quelques heures plus tôt. Elle la décortiqua en essayant de ne pas se brûler, souffla dessus avant de la tendre à son amant. Il en croqua la moitié, puis lui donna le reste. Elle savoura l’amande douce et tiède et lui baisa les doigts. Il resserra son étreinte, l’embrassant dans le cou. Elle avait du mal à croire en lintensité du bonheur quelle ressentait. Un raclement de griffes surla pierre de la pièce adjacente leur fit tendre l’oreille. Sahelle demanda : Lothon ? Il acquiesça. Il vient de rentrer. Je ne comprends toujours pas pourquoi il quitte l’antre dès que l’on commence à faire l’amour.Il doit être pudique, pouffa-t-elle. Médévas fit la moue. J’aimerais bien qu’il arrête ses fugues nocturnes. Je n’ai aucune envie de l’attacher, mais les chasseurs commencent à jaser. Si la monture du chef du sanctuaire n’en fait qu’à sa tête…Maintenant que tu le dis, Jaffar m’a raconté que Riva quitte souvent son antre la nuit, aussi. Oui, mais tout le monde sait bien que tu n’as jamais été capable de contrôler ton dragon.Elle prit une mine offusquée et se jeta sur lui en lui faisant des chatouilles. Ils roulèrent sur le sol en riant. La roulade s’acheva sur un cri de douleur de Sahelle. Médévas se redressa.Ça va ? Oui, j’ai roulé sur un truc. Attends. Elle se contorsionna pour ramasser l’objet pointu qui lui rentrait dans le dos. Elle le brandit. Évidemment, si tu laisses traîner partout les reliques sacrées ! Le pendentif luisait doucement à la lueur des flammes. Il le récupéra. Ce n’est pas une relique, il n’y a pas de morceau de corps dedans, même si on l’a trouvé sur le cadavre de Lorel Makrel. Heureusement, d’ailleurs. Quand on voit ce qu’un malheureux os jeté
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dans la Source a déclenchéSahelle frissonna au souvenir de la course qu’ils avaient dû engager pour se soustraire à la nuée de carnicielsqu’ils avaient provoquée. Tes chasseurs, ils la surveillent toujours ? Médévas était perdu dans la contemplation du bijou. Quoi donc ? La nuée qui a attaqué le sanctuaire… Ils la surveillent toujours? Bien sûr. Le silence s’installa. Mais Sahelle gardait son air interrogateur. Il céda.Elle progresse entre la combe du loup et la passe noire, si tu veux savoir. Àl’extrême limite de notre territoire. Ah ? Elle est loin, alors. Elle ne risque pas de revenir. Médévas se tourna vers elle. Bien sûr que si ! Qui peut prévoir le comportement de ces satanés carniciels ? Elle peut être sur nous en quelques heures…Sahelle fit grise mine. Médévas lui caressa la joue. On fera ce qu’on peut, ne t’inquiète pas.Mais bien sûr que si, que je m’inquiète! Tu as failli mourir la dernière fois. Il ne quitta pas son sourire. Mais je suis là, maintenant. Jusquà la prochaine fois où tu te mettras en danger ! Il la regarda tendrement. Non. Je n’ai plus aucune raison de mourir, maintenant. Au contraire…Le sourire quil lui offraitétait si tendre… Il posa son regard sur l’étrange breloque. Je suis sûr que la clef est là. Que tout ce que l’on a besoin de savoir est enfermé dans ce pendentif. Il faut juste que je trouve le moyen de le faire parler.
Sahelle haussa un sourcil.
Parce quon a besoin de savoir quelque chose ? Évidemment ! On a trouvé la Source principale. La Source de toutes les Sources ! Et son pouvoir est loin dêtre affaibli. Si on trouve comment lemployer, je suis intimement persuadé que lon pourra débarrasser notre monde des carniciels et même des possessions. Je suis sûr que tout est là, entre nos mains. Elle se colla contre lui. Mon héros veut sauver le monde.
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