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Le flair de Brume
© L'HARMATTAw,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-03831-8 EAN: 9782296038318
Laurent LUTAUD
Le flair de Brume
Roman
L'Harmattan
Ecritures Collection dirigée par MaguyAlbet
Dernières parutions
Anne-Marie LARA,Lesbellezêveries,2007. Antoine de VIAL,Prendrecorps ou lenversdes mots,2007. Antoine de VIAL,wY9/11 911.Editionbilingue,2007. Urbano TAVARES RODRIGUES,Lafleurd’utopieAflorda utopia.wouvelles traduitesdu portugais parJoãoCarlos VitorinoPereira.Editionbilingue,2007. Collectif (concours de lanouvelleGeorgeSand),Dernières nouvellesduBerry,2007. JaunayCLAN,MiloszouL’idiot magnifique,2007. JeanBENSIMON,Récits de l’autre rive,2007. AnneMOUNIC,Jusqu’àlexcès,2007. ManuelGARRIDO PALACIOS,L’Abandonnoir,2007. PierreMARTIN,La beautédeGhephra,2007. FrançoisAUGE,Lumièrecachée,2007. DerriBERKANI,Le retourné,2007. AlainLORE,Àtravers les orties,2007. NicoleVictoireTRIVIDIC,Pleure,2007. LilianeATLAN,Même les oiseauxne peuvent pas toujours planer,2007. LilianeATLAN,La bêteaux cheveux blancs,2007. LilianeATLAN,Les portes,2007. LilianeATLAN,Petit lexique rudimentaire et provisoiredes maladies nouvelles,2007. LilianeATLAN,Lesânes porteursde livres,2007. HananiaAlainAMAR,Le livre inachevé etautres textes,2007. ThomasKARSENTY-RICARD,Les poings serrés,2007. GenevveCLANCYet PhilippeTANCELIN,Laquestionaux pieds nus,2007. MarieGUICHARD,Levindu souvenir,2006. PaulineSEIGNEUR,Lesbonnes intentions,2006. MichelleLABBÉ,Lebateau sous le figuier,2006. GiovanniRUGGIERO,Tombeaude famille,2006. JacquesBIOULÈS,La PetiteDemoiselle& autres textes,2006. PierreFRÉHA,Sahib,2006.
À la mémoire de Patrice Escolan etPierreDalloz
Leciel était gris de fumée.Une fuméequimontait lentementdu sol,suintaitdes murs, des toitures,soufflait dansles rues vides, hantantlevillagequi crépitaitencore çà et.Iltournait surlui-même et nevoyait que dugris.Une infinité de gris où perçaientencorequelqueslueursbleues d’unciel dété. Ilmarchaitdansdes ruines, faisantattentionànepas poser ses pieds surlesbraises rougissantes.De loinenloin, il percevaitdescoupsde fusilsetdemortiers.Par moments, il distinguaitclairementleronronnementd’unavionetbaissait latête. Pendant sa courtemarche fébrile, ilserappelaitces heures passéesdanslesboisavecsescompagnons.Ilsavait aussiqu’ily retourneraitbientôt,qu’ilnepouvait pas rester ici,qu’il était uneproietropfacile. Ils’arrêtait.Il avaitbesoindereprendreson souffle.Mais plusilrespiraitet plusil avalaitde la fumée.Iltoussaitde plusbelle et soudain,mu par une étrangevolonté,se remettaiten route.Il levaitles yeuxenlairà larecherche d’uncoinde cielpuretdécouvrait une grandeombrenoire
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devantlui.Elleplanait surlarue, dressant sonimposante figuresombre.Toutà coup, il avait peur.Cen’était pas une peurhabituelle,une de ces peurs quivousenserre lapoitrine dans unétau,vousglace lesang,vousfait perdrevotresueur parle front, les mains, le dos.Non! cétait unepeur qui venaitdeplusloin.Ellen’était pascrééepar un sentiment, une impression ou une appréhension.Ellevenaitde lui-même, du plus profond desonêtre.Cest peuttre cette peur quivient quand la finest proche,se disait-il.Il continuaitdavancer,s’approchant toujoursde l’ombre,son corpsentrement serti danscettepeuret, à la faveurd’un souffle devent, découvraitle clocherde léglisequise consumaitdoucementdansle ciel.Unepointe de grisfondans un nuage grisclair où persistaientdes pochesde lumrequi, lorsqu’ellesétaientbattues paslairchaud de lété, devenaient rouge etdégageaient mêmequelques soubresautsde feu.Àsa gauche, il entendaitdistinctement les pleursd’unepetite fille.Et si ces pleursdéchiraient ses oreilles,semêlantauxcraquementsdesflammes, aux râles des maisonsblantes, au vacarme des poutres qui s’effondraient surdes tasde cendres, ellereprésentait néanmoinslaseuletouche dhumanité dansce lieu meurtri. Une humanitésourde, branlante,malmenée.Ilse disait,sans vraimentenavoirconscience, ilpressentait plutôt,que ces sanglotslansdanslescrisduciel avaient quelque chose de rassurant.Celavoulaitdire,sansdoute,que l’on pouvait survivre à ça ! Maiscombiendetemps ? Ilnesavait plus si cétait sonesprit qui déraillait ou si ces pleurs provenaient réellementd’unevolonté humaine. Comme ilnesavait pluslenomde cevillage,nimême commentil étaitarrivé jusque-là.Quelquesimageslui
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revenaientcomme desflashes.Desavions seposant sans bruitdanslaplaine, des planeursd’où sortaientdeshommes enarmes.Les maisonsenflammes, desfemmescouraient dansles ruesleurbébé danslesbras.Deshommesen uniforme, guidantleurlance-flammesur une grange.Un peu loin, la façade d’unhôtel explosaitdans ungrand fracas, les pierres rebondissaient surlesol etil échappaitdepeuà l’une delles.Unarbre isolé apparaissaitdansla fumée, il croyait devinerl’ombre de deuxhommes pendus surlamême branche,s’équilibrantde leur poids. Etluique faisait-il là?Au milieude ces ruinesfumantes, alors quesescamaradesavaient rejointdepuislongtemps lépaisse forêt qui leur servaitderefuge depuisdes mois ? Qu’était-ilvenuchercherdanscevillage déserté depuis larrivée des planeurs ? Dépuisement, ils’écroulaitdans une brume de fumée et sentait ses membres s’engourdir.Les pleurs serapprochaient de lui.Iln’yavait plusdautres sons.Que des pleurs, des fleuvesde larmes qui coulaientdans sapoitrine, de longs sanglots tragiquesetabsurdes.
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