Le flair de Brume

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"Il avait besoin de reprendre son souffle. Mais plus il respirait et plus il avalait de la fumée. A la faveur d'un souffle de vent, il découvrait le clocher de l'église qui se consumait doucement dans le ciel. A sa gauche, il entendait distinctement les pleurs d'une petite fille." Des cadavres qui sortent des murs cinquante années après leur mort ; un manuscrit inachevé qui agite les esprits et l'ombre du maquis plane une nouvelle fois sur le plateau du Vercors.
Publié le : samedi 1 septembre 2007
Lecture(s) : 109
EAN13 : 9782296179172
Nombre de pages : 231
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Le flair de Brume
© L'HARMATTAw,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-03831-8 EAN: 9782296038318
Laurent LUTAUD
Le flair de Brume
Roman
L'Harmattan
Ecritures Collection dirigée par MaguyAlbet
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À la mémoire de Patrice Escolan etPierreDalloz
Leciel était gris de fumée.Une fuméequimontait lentementdu sol,suintaitdes murs, des toitures,soufflait dansles rues vides, hantantlevillagequi crépitaitencore çà et.Iltournait surlui-même et nevoyait que dugris.Une infinité de gris où perçaientencorequelqueslueursbleues d’unciel dété. Ilmarchaitdansdes ruines, faisantattentionànepas poser ses pieds surlesbraises rougissantes.De loinenloin, il percevaitdescoupsde fusilsetdemortiers.Par moments, il distinguaitclairementleronronnementd’unavionetbaissait latête. Pendant sa courtemarche fébrile, ilserappelaitces heures passéesdanslesboisavecsescompagnons.Ilsavait aussiqu’ily retourneraitbientôt,qu’ilnepouvait pas rester ici,qu’il était uneproietropfacile. Ils’arrêtait.Il avaitbesoindereprendreson souffle.Mais plusilrespiraitet plusil avalaitde la fumée.Iltoussaitde plusbelle et soudain,mu par une étrangevolonté,se remettaiten route.Il levaitles yeuxenlairà larecherche d’uncoinde cielpuretdécouvrait une grandeombrenoire
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devantlui.Elleplanait surlarue, dressant sonimposante figuresombre.Toutà coup, il avait peur.Cen’était pas une peurhabituelle,une de ces peurs quivousenserre lapoitrine dans unétau,vousglace lesang,vousfait perdrevotresueur parle front, les mains, le dos.Non! cétait unepeur qui venaitdeplusloin.Ellen’était pascrééepar un sentiment, une impression ou une appréhension.Ellevenaitde lui-même, du plus profond desonêtre.Cest peuttre cette peur quivient quand la finest proche,se disait-il.Il continuaitdavancer,s’approchant toujoursde l’ombre,son corpsentrement serti danscettepeuret, à la faveurd’un souffle devent, découvraitle clocherde léglisequise consumaitdoucementdansle ciel.Unepointe de grisfondans un nuage grisclair où persistaientdes pochesde lumrequi, lorsqu’ellesétaientbattues paslairchaud de lété, devenaient rouge etdégageaient mêmequelques soubresautsde feu.Àsa gauche, il entendaitdistinctement les pleursd’unepetite fille.Et si ces pleursdéchiraient ses oreilles,semêlantauxcraquementsdesflammes, aux râles des maisonsblantes, au vacarme des poutres qui s’effondraient surdes tasde cendres, ellereprésentait néanmoinslaseuletouche dhumanité dansce lieu meurtri. Une humanitésourde, branlante,malmenée.Ilse disait,sans vraimentenavoirconscience, ilpressentait plutôt,que ces sanglotslansdanslescrisduciel avaient quelque chose de rassurant.Celavoulaitdire,sansdoute,que l’on pouvait survivre à ça ! Maiscombiendetemps ? Ilnesavait plus si cétait sonesprit qui déraillait ou si ces pleurs provenaient réellementd’unevolonté humaine. Comme ilnesavait pluslenomde cevillage,nimême commentil étaitarrivé jusque-là.Quelquesimageslui
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revenaientcomme desflashes.Desavions seposant sans bruitdanslaplaine, des planeursd’où sortaientdeshommes enarmes.Les maisonsenflammes, desfemmescouraient dansles ruesleurbébé danslesbras.Deshommesen uniforme, guidantleurlance-flammesur une grange.Un peu loin, la façade d’unhôtel explosaitdans ungrand fracas, les pierres rebondissaient surlesol etil échappaitdepeuà l’une delles.Unarbre isolé apparaissaitdansla fumée, il croyait devinerl’ombre de deuxhommes pendus surlamême branche,s’équilibrantde leur poids. Etluique faisait-il là?Au milieude ces ruinesfumantes, alors quesescamaradesavaient rejointdepuislongtemps lépaisse forêt qui leur servaitderefuge depuisdes mois ? Qu’était-ilvenuchercherdanscevillage déserté depuis larrivée des planeurs ? Dépuisement, ils’écroulaitdans une brume de fumée et sentait ses membres s’engourdir.Les pleurs serapprochaient de lui.Iln’yavait plusdautres sons.Que des pleurs, des fleuvesde larmes qui coulaientdans sapoitrine, de longs sanglots tragiquesetabsurdes.
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