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Le gâteau au foufou

De
206 pages
C'est le journal d'une vie de femme du vingt et unième siècle, une confession réaliste d'une femme bien de son époque. Elle s'interroge sur le choc de ses deux cultures, la camerounaise et la française, son pays de naissance et son pays d'adoption. C'est aussi un roman d'amour qui fait vibrer le quotidien d'un continent magnifique, au tempérament atypique, burlesque, imprévisible et bien trempé.
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LE GATEAU AU FOUFOU
Ou les tribulations d’une Afro-Camer-Ançaise
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13999-2 EAN : 9782296139992
Jeanne-Louise Djanga LE GATEAU AU FOUFOU
Ou les tribulations d’une Afro-Camer-Ançaise
L’Harmattan
Du même auteur Au fil du Wouri,l’Harmattan 2007 Eclats de Vers de Voix de Rires,Dagan 2009
A mes enfants, Anaïs, Canelle et Rayan.
Dans un tribunal d’une grande capitale européenne : -Bonjour Madame, je suis ravie… et étonnée que vous soyez à l’heure ! -Ah bon ? Et pourquoi ne le serais-je pas ? -Parce que tout le monde sait que les Africains n’ont pas la notion de l’heure… -Je vous rappelle, Madame, que je vis en Europe depuis une vingtaine d’années ! -Oui mais qu’importe, les Africains gardent toujours un peu leurs coutumes… -C’est-à-dire… ? -Ça veut dire ce que ça veut dire. Point. Un trait. Des échanges assaisonnés de sourires hypocrites en sus et de sous-entendus “ attitudement ” incorrects, propres aux adolescents. La Franco-Camerounaise a préféré se taire et ravaler son ressentiment. Elle allait de déconvenues en déconvenues. Si cela continuait, elle ne pourrait plus se retenir… Elle allait exploser, crier et surtout avoir le plat de la main très prompt. Il s’en fallait quelquefois de très peu. Non, surtout pas. Elle devait se retenir, respirer et prendre sur elle…La dame portait une robe à petits pois écervelés agrémentée d’un tas de cliquetis et de ferrailles bon marché. NON ! Elle n’allait pas la toucher… Ni avec la main, ni avec le poing et encore moins avec les mots. Cette dame cachait certainement une maladie orpheline et affaiblissante qui n’attendait qu’une malchanceuse comme elle pour la mettre à jour. Un beau scandale pour nourrir le grand public via le journal télévisé de 20 heures. Un fait divers de plus, encore et toujours les mêmes ! Manque de pot pour la vicelarde, cette malchanceuse, ce ne sera pas elle ; oh que non ! Elle avait rejoint le monde du silence. Elle avait décidé de se taire.
Pourquoi rechercher les mots ? Pourquoi les sortir des ténèbres du ventre ? Pourquoi en faire des maux ? Il faut laisser les mots où ils sont, pour qu’ils se meurent, surtout lorsqu’ils font mal. Il importe de renoncer à comprendre ce qui n’est pas accessible ou ce qui se refuse à l’être.
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Chapitre 1 L’Afro-Camer-Ançaise1 Je m’appelle Endalè . J’ai une quarantaine d’années bien entamée; la quarantaine de ce siècle : Alerte, dynamique, souriante et parfois stressée. J’ai cessé de compter les années à quarante ans, histoire de leur faire un pied de nez car elles passent trop vite. Je ne les ai pas vues défiler car physiquement, tout va presque bien : teint noir et propre, cheveux tressés, nattés ; visage aux traits harmonieux d’un masque dogon. Formes arrondies et semi-équilibrées, avec une taille guitare à ne pincer sous aucun prétexte. La démarche et la voix adaptables en fonction de l’environnement et de l’événement et, enfin, un parler ciblé d’époque. Je suis née après les années soixante. Quelque temps seulement 2 après l’indépendance de PTP. Attention, cette information ne vous donne pas l’autorisation de spéculer sur mon vrai âge…Du tact voyons ! Endalè est un nom. Mes parents me l’ont donné sans hésiter. La légende familiale raconte qu’à ma naissance, je braillais plus que je ne pleurais. Cela laissait présager d’un caractère fort, bien trempé et surtout capricieux. Je criais si fort que la sage-femme de l’Hôpital Général de Yndé au Centre-Sud du pays a lancé à ma mère : “ votre fille sera une grande bavarde, elle aura des choses à dire… ”. De quoi je me mêle ? Pensai-je. J’étais très précoce, voyez-vous… 1 Nom porté par les femmes. Prononcez n-dalais 2 Paix, Travail, Patrie
Ceci dit, j’en ai et j’en veux. La preuve ! Ce nom a, et je cite : “unesignification emblématique qui évoque la narration. Seules les femmes peuvent le porter. Les Endalè ont le don de faire la dissociation entre le travail et la famille ainsi qu’entre le fait et la fiction. Elles sont très écoutées à cause de la sagesse qui les habite. Elles donnent l’impression d’avoir toujours quelque chose à prouver. Elles aiment toucher à tout et adorent s’emparer de tout. 3 Leur symbole totémique est la carpe, en langue Duala, Dibundu. Je suis originaire de la belle région côtière du Rio Dos Camaroes. Vous savez, celle que traverse le fleuve Wouri. Une enclave de la baie de Biafra, dans le golfe de Guinée, non loin de l’île de Bakassi. Les crevettes y pullulaient et les Portugais, à leur arrivée dans ces eaux il y a quelques siècles se sont émerveillés et écriés : Rios dos Camaroes ! : La rivière aux crevettes. Camaroes qui, après moult déformation a donné le nom actuel du pays Cameroun. Le fleuve Wouri enlace de magnifiques villages de pêcheurs, perdus dans la vallée du Nkam, couchés dans l’arrondissement de Yabassi, ville qui a vu naître ma grand-mère paternelle. Pendant la saison des pluies, les eaux folles remontent jusqu’aux cases et offrent du poisson frais aux riverains ; mais, insouciantes et voraces, elles détruisent et absorbent aussi les cases qui en gardent longtemps les stigmates. Pour s’y rendre en saison pluvieuse, il faut braver les courants nerveux d’un fleuve rugissant, affronter la marée haute et les tourbillons épars qui bouillonnent comme une marmite de sauce posée sur les trois pierres du foyer de la mère. Dans une pirogue de fortune ou à moteur selon les possibilités, le seul moyen de transport est fluvial. Pour certains villages, des routes vont être construites. En saison sèche, l’eau est juste frémissante, chaude à souhait, comme une femme amoureuse dans les bras de son amant. Quels que soient le temps et les saisons, les intrépides enfants du pays bravent les courants et pagayent au gré de leurs envies. 3 Extrait tiré duDictionnaire des mille cinq cents noms Sawade M. Ekuala Ebele.
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