Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Le Grimoire du Necronomicon

De
432 pages

Découvrez un véritable grimoire de magie rituelle inspiré du Mythe de Cthulhu ! Grâce à un système pratique de magie fondé sur la mythologie des Grands Anciens, les amateurs de Lovecraft pourront désormais entrer en contact sans danger avec les divinités. En tant que disciple, vous choisirez parmi les sept seigneurs un maître spirituel qui vous guidera sur la voie de votre transformation personnelle. Le Grimoire du Necronomicon offre des invocations pour les rites quotidiens et annuels des Anciens, les rites individuels consacrés à chacune des sept figures majeures du mythe et, plus important, un grand rituel visant à l’aboutissement personnel de chacun. Ce grimoire propose aussi les bases d’une société ésotérique, l’Ordre des Anciens, consacrée à la pratique en groupe de ce système unique de magie.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

couverture

 

 

 

« Les rêves sont plus anciens que la sombre Tyr,

que le Sphinx songeur ou que Babylone et ses jardins. »

 

H.P. Lovecraft

 

 

Introduction

 

 

Ce grimoire a pour principal objet de fournir un système pratique de magie rituelle fondé sur la mythologie des dieux extraterrestres connus sous le nom d’Anciens, qui sont décrits dans les récits de H.P. Lovecraft et jouent un rôle important dans le Necronomicon de ce dernier. Le mot « grimoire » vient de « grammaire ». Les grimoires d’antan étaient des cahiers dans lesquels les praticiens notwÂaient les détails des rituels pour leur propre usage et celui de leurs disciples. En ce sens, le présent ouvrage est un grimoire des Anciens. Il a pour but de donner une structure formelle à ce qui, jusqu’à présent, n’était qu’une collection hétéroclite d’espèces extraterrestres et de puissants êtres uniques décrits dans l’œuvre de Lovecraft.

On pourrait nous objecter que les Anciens n’existent pas, qu’il s’agit simplement d’êtres fantastiques sortis de l’esprit d’un auteur d’histoires d’horreur. Cependant, la remarque vaut pour les fées ; et pourtant, malgré leur caractère imaginaire, des systèmes complexes de rituels pratiques sont consacrés à la magie des fées et à leurs interactions avec les humains. Les esprits matérialistes, dans leur scepticisme, rejetteront la magie cérémonielle sous toutes ses formes en la qualifiant d’inepte. Toutefois, ce livre n’a pas été écrit à l’intention de ceux qui réfutent la réalité et l’importance des questions spirituelles, mais pour le lecteur que les Anciens de Lovecraft attirent et qui souhaite interagir personnellement avec ces puissantes créatures.

 

 

Un prophète plongé dans ses rêves

 

Lovecraft était un homme étrange, mystique. Génie précoce ostracisé et ridiculisé dans son enfance, il sombra dans une dépression qui nécessita son retrait de l’école, et passa une grande partie de sa jeunesse à dormir le jour et à errer dans les rues et cimetières de Providence, sa ville natale, la nuit venue, se promenant sous les étoiles sans être vu. Tout au long de sa vie, il fit les mêmes rêves dans lesquels il voyait des paysages étranges peuplés d’horribles créatures. Il les transposa en grande partie dans ses nouvelles. Sans doute se lança-t-il dans l’écriture pour se purger de ses cauchemars et chercha-t-il par ce biais à avoir un certain contrôle sur leur contenu.

Au fil des années, ses récits formèrent progressivement une mythologie cohérente tournant autour d’une espèce, les Anciens, extraterrestres invisibles dont le seigneur ou le chef, Yog-Sothoth, contrôlait les portails reliant les dimensions du réel. Lovecraft lui-même, pour plaisanter, disait « ma Yog-sotherie » en parlant de cette mythologie qui, après sa mort, serait connue sous le nom de mythe de Cthulhu. Autre élément central de ses nouvelles : un ouvrage mystérieux intitulé Necronomicon. Comme pour la plupart de ses histoires, Lovecraft trouva ce titre dans son sommeil ; et ce livre revint souvent dans ses rêves. D’après lui, il avait été écrit au début du VIIIe siècle par le poète yéménite dément Abdul Alhazred. Ses pages regorgeaient de secrets nécromantiques si puissants qu’à la lecture du moindre passage on risquait la folie ou la mort.

Lovecraft donna peu de détails sur ses Anciens et son Necronomicon. C’était en partie par choix, car il voulait laisser aux lecteurs la possibilité de créer leurs propres images mentales et de tirer leurs propres conclusions. Cependant, cette imprécision découlait largement de ce que ses nouvelles naissaient dans son inconscient pendant son sommeil et constituaient des assemblages d’extraits disparates de ses cauchemars. Lovecraft lui-même n’avait pas de vision cohérente des liens entre les différentes entités de sa mythologie. Tout au long de la volumineuse correspondance qu’il entretint avec d’autres écrivains admirateurs de son œuvre, il s’efforça de comprendre le monde qu’il avait créé.

Certes, il envisagea d’écrire le Necronomicon dans son entier, mais il ne s’attela jamais à cette tâche intimidante, et se contenta de parsemer ses histoires de citations du terrible ouvrage. Il laissa à d’autres – moi, notamment – le soin d’extraire le contenu du livre d’Alhazred du plan astral que Lovecraft avait entrevu en rêve, et qu’il avait retranscrit noir sur blanc dans ses nouvelles. Les recréations du Necronomicon ne sont guère plus que des échos de différentes parties du seul vrai livre sur les coutumes des morts, livre dont la version intégrale existe uniquement dans les Annales akashiques, mais pas dans ce monde.

 

 

Les seigneurs des Anciens

 

Au gré de ses récits, Lovecraft fit en sorte que la plupart de ses races extraterrestres et de ses entités divines interagissent et soient liées les unes aux autres. Il décrivit différentes créatures uniques possédant une connaissance et un pouvoir immenses, et considérées comme des dieux par les êtres humains. Un certain nombre d’entre elles gouvernaient et dirigeaient des espèces venues d’autres planètes. Dagon était le seigneur des Profonds, le peuple des mers. Cthulhu commandait à ses sombres rejetons à tête de pieuvre. Il semble que Yog-Sothoth ait été le chef de la race des créatures invisibles auxquelles les successeurs de Lovecraft donnèrent le plus souvent le nom d’Anciens (en effet, Lovecraft lui-même utilisa ce terme pour plusieurs espèces différentes).

D’une manière générale, le terme d’Ancien ne renvoie qu’aux êtres qui existaient avant l’aube de l’histoire des hommes. Il peut s’appliquer aux géants antédiluviens mentionnés dans la Genèse, aux Titans de la mythologie grecque, et aux créatures des océans du chaos décrites dans les mythes sumériens et dans tant d’autres cultures humaines. Les Anciens sont ceux qui dominaient la Terre au temps d’avant, à l’époque précédant le développement moderne de l’homme et l’avènement de la civilisation. Pour Lovecraft, les Anciens qui régnaient sur le monde avant l’arrivée de l’homme régneraient à nouveau. « Les Anciens furent, les Anciens sont, et les Anciens seront », ainsi qu’il est écrit dans le Necronomicon.

Rien, dans les histoires de Lovecraft, n’indique que Dagon et Yig soient génétiquement apparentés à Yog-Sothoth et à la race des Anciens, mais rien n’indique clairement le contraire. Détail intéressant : dans un extrait du Necronomicon cité par Lovecraft, il est dit que Cthulhu est le « cousin » des Anciens. Ils partagent donc une sorte de lien clanique, mais l’auteur ne précise jamais s’il s’agit d’un lien du sang ou autre.

Il semble y avoir une affinité naturelle entre Azathoth, Nyarlathotep et Yog-Sothoth. Lovecraft établit explicitement la relation entre les deux premiers : Nyarlathotep est « l’âme et le messager » d’Azathoth et des mystérieux dieux aveugles et idiots qui dansent autour de ce dernier. Yog-Sothoth est le gardien des passages entre les mondes ; il ouvre les portes dimensionnelles permettant de voyager entre les différentes réalités. Chaque fois qu’un magicien invoque rituellement un Ancien, c’est Yog-Sothoth qui entrebâille le portail par lequel entre la créature.

La chair dont est fait Cthulhu est apparemment sans substance, comme celle des Anciens, dont le corps est composé d’une matière tellement étrangère à notre planète qu’elle défie les lois de la physique. Shub-Niggurath entre et ressort par les portails de Yog-Sothoth pour présider aux sabbats des cultes de sorcières adoratrices de cette déesse ou de ce dieu. Car Shub-Niggurath est des deux sexes : son incarnation masculine est le Bouc Noir libidineux du sabbat. Lovecraft n’a pas écrit grand-chose sur la composition de son corps physique, mais, dans une lettre, il l’a décrite comme une « entité brumeuse », faisant peut-être par là référence à la forme véritable de Shub-Niggurath, par opposition à l’avatar de bouc androgyne qu’elle adopte pour les cérémonies sabbatiques. Lovecraft affirme que l’apparence des rejetons hybrides des Anciens est très variable ; il est donc possible que les différentes branches du clan ne se ressemblent pas. Si sur terre les représentants d’une même espèce ont une forme proche les uns des autres, ce n’est pas forcément le cas des différentes souches de ces extraterrestres à propos desquels nous savons si peu de choses.

Parmi les sept dieux ou maîtres que j’ai appelés « seigneurs des Anciens », Yig et Dagon sont faits d’une matière au comportement plus conventionnel que la chair de Yog-Sothoth et de Cthulhu. Des spécialistes de Lovecraft soutiennent qu’ils ne sont pas extraterrestres, mais ont évolué sur notre planète. C’est possible. Rien dans les histoires de Lovecraft ne permet de réfuter cette hypothèse. Cependant, dans la mythologie de l’auteur, les humains les vénèrent comme des dieux, et il est tout à fait imaginable qu’ils aient franchi les abîmes de l’espace à une époque lointaine, à l’instar de Cthulhu et de sa progéniture. Fait significatif, Lovecraft a explicitement relié le culte de Yig et celui de Cthulhu dans une de ses nouvelles. Toutefois, l’auteur n’a jamais évoqué les origines de Dagon ni de Yig. Ce sont des « anciens » en ce sens qu’ils étaient sur terre bien avant l’avènement de l’humanité, et il me semble probable qu’ils aient interagi avec les espèces extraterrestres qui, dans un passé reculé, exerçaient une influence sur des régions de ce monde. Je les soupçonne fortement d’être tous deux d’origine extraterrestre, mais Lovecraft n’écrivit jamais rien à ce sujet.

 

 

Les sept sphères planétaires

 

La structure ésotérique présentée dans le grimoire des Anciens n’apparaît pas dans les récits de Lovecraft, où les différents liens et relations entre les dieux extraterrestres restent flous. Cette structure ne suffira pas aux magiciens qui voudraient obtenir des résultats concrets ; ils auront besoin d’un cadre symbolique clair et précis. Dans la magie occidentale, c’est l’astrologie qui fournit tout ou partie de ce cadre. Les antiques ensembles de symboles astrologiques divisent la réalité en catégories identifiables, rationnelles. Parmi les plus connus, on trouve les sept planètes et les douze signes du zodiaque. Je me sers de ces ensembles pour attribuer leurs propres sphères d’influence aux seigneurs des Anciens et aux dieux aveugles du chaos qui dansent autour d’Azathoth.

Cette division est en harmonie avec le contenu de ma propre version du Necronomicon, dans laquelle je présentais sept seigneurs supérieurs des Anciens en les reliant aux sept sphères planétaires de l’astrologie traditionnelle. Comme on peut s’y attendre, j’aborde plus en détail leur nature et leurs symboles dans le présent grimoire, afin de rendre possible l’invocation de ces seigneurs. Rien, dans ces pages, ne contredira les informations produites dans mon Necronomicon ou dans mon roman Alhazred ; au contraire, je les développerai et les présenterai de manière à les rendre utilisables dans un cadre rituel.

Ceux qui connaissent l’œuvre de Lovecraft pourraient objecter que l’auteur lui-même n’a jamais relié les Anciens aux sphères planétaires de l’astrologie. Certes. Néanmoins, il est habituel, dans la tradition occidentale de l’ésotérisme, d’utiliser les séries de signes astrologiques pour classer des groupes d’êtres ésotériques ou de qualités occultes. L’idée n’est pas neuve ; elle remonte à plusieurs siècles. Pour des raisons purement pratiques, il est utile de faire ce genre d’associations symboliques. En plaçant les seigneurs des Anciens dans les sphères des planètes, on a accès à toutes les correspondances occultes desdites sphères pour invoquer les entités et les diriger pendant le rituel.

Peut-être dois-je préciser que nous ne parlons pas ici des planètes mêmes, mais de leurs sphères ésotériques, qui se trouvent être des mondes astraux. Les sphères planétaires représentent différents domaines de la réalité, chacune étant dominée et colorée par les caractéristiques du dieu de l’Antiquité dont la planète concernée tire son nom. Par exemple, la sphère de Mars est dominée par tout ce qu’il y a de martial dans la nature ; celle de Vénus est consacrée à l’amour sous ses différentes formes, qu’il soit spirituel ou charnel, et ainsi de suite. En plaçant Cthulhu dans la sphère de Mars, on dispose de tout le symbolisme martial de cette dernière pour appeler Cthulhu et ses sbires et leur demander de l’aide.

 

 

L’Ordre des Anciens

 

En rédigeant ce grimoire, j’avais deux objectifs : non seulement fournir un système pratique de magie fondé sur les seigneurs des Anciens, mais aussi présenter une structure pour une société ésotérique consacrée à la mise en œuvre en groupe de ce système magique. J’appelle cette société « l’Ordre des Anciens ». Les rituels exposés dans cet ouvrage peuvent être accomplis en solitaire ou en groupe. Je propose donc dans ces pages le cadre général d’une telle société vouée aux interactions cérémonielles avec les Anciens, en espérant que des groupes de lecteurs entreprenants souhaiteront faire de l’Ordre des Anciens une réalité.

Dans ses histoires, Lovecraft a évoqué les cultes d’adorateurs humains de ses puissantes entités. Les premiers colons européens de la Nouvelle-Angleterre vénéraient les Anciens et Yog-Sothoth, et s’attiraient leurs faveurs en organisant des rites dans des cercles de pierres érigés au sommet des collines, tout comme les Indiens qui avaient occupé les mêmes terres avant eux. Cthulhu était révéré au Groenland, dans les marais de Louisiane et dans les mers du Sud. Les sorciers – ou du moins les gens qui pratiquaient en groupe la magie rituelle, et que les prêtres et chroniqueurs médiévaux appelaient ainsi – invoquaient et adoraient Nyarlathotep et Shub-Niggurath. Nyarlathotep présidait aux sabbats de sorcières sous la forme archétypale connue sous le nom d’Homme Noir, et Shub-Niggurath se manifestait sous celle du Bouc Noir ; dans ses récits, Lovecraft évoque aussi son avatar féminin de Chèvre aux Mille Chevreaux.

Chez Lovecraft, les cultes humains des Anciens se consacrent toujours à l’un ou l’autre des dieux extraterrestres en particulier. Les adorateurs de Cthulhu, par exemple, ont leur propre culte, tout comme les Indiens qui vénèrent Yig. Les enseignements de l’Ordre des Anciens s’écartent de ce modèle en combinant les sept grands seigneurs dans un même système de magie. Chaque jour de la semaine est dédié à l’observance rituelle et aux requêtes adressées à l’un de ces seigneurs. Les rites formels consacrés aux dieux danseurs aveugles sont accomplis au moment des équinoxes.

Que les lecteurs adhèrent ou non à l’Ordre des Anciens décrit dans cet ouvrage, qu’il passe ou non de la réalité astrale de mon imagination à la réalité physique du vaste monde, les rituels quotidiens de ce grimoire fournissent un excellent système d’entraînement ésotérique aux praticiens individuels. Ils permettent d’entrer en contact avec les divinités lovecraftiennes et de puiser dans leur pouvoir pour en tirer des avantages spirituels et matériels. Depuis des décennies, on essaie d’incorporer des éléments du mythe de Cthulhu dans la magie occidentale moderne. J’avais la conviction qu’il méritait son propre système intégré de rituels, et était assez important pour être indépendant. Peut-être, avec le temps, aura-t-il son propre ordre de pratiquants dévoués.

 

 

L’Œuvre du Trapézoèdre

 

Le grand œuvre de la transformation personnelle sera essentiel à la vie de chaque membre de l’Ordre des Anciens. Il est lié à celui, décrit par Lovecraft, des Anciens eux-mêmes, qui consiste à rendre à la planète Terre, bassement matérielle et dégénérée, son ancienne condition, plus spirituelle. Je lui ai donné le nom d’Œuvre du Trapézoèdre, en référence à cette structure géométrique tridimensionnelle qui figure au premier plan d’une nouvelle de Lovecraft. Afin que les Anciens puissent élever la Terre et lui faire franchir les portails dimensionnels de Yog-Sothoth, il faut d’abord la purger de ses scories ; de même, le grand œuvre des membres de l’Ordre des Anciens exige qu’ils raffinent leur esprit et entraînent leur corps pour atteindre un état d’existence supérieur.

La transformation personnelle est la tâche principale de l’alchimie spirituelle et de toutes les écoles majeures de magie cérémonielle. Dans le présent grimoire, le grand œuvre prend la forme de sept chemins, chacun représenté par un seigneur des Anciens faisant office de mentor spirituel. Le disciple se choisit un précepteur parmi les sept seigneurs. Ce professeur incarne les idéaux à atteindre au bout d’un chemin donné. L’épanouissement est marqué par un serment sur le plan astral : le fidèle jure devant le trône d’Azathoth de servir le Grand Œuvre des Anciens, c’est-à-dire la purification de la Terre et le retour à sa gloire spirituelle d’antan.

L’objectif d’élévation de notre monde, si tant est qu’il soit sérieusement envisageable, pourrait ne pas être atteint avant des siècles, voire des millénaires. Peut-être ne se réalisera-t-il jamais sur le plan matériel ; il aurait alors un sens plus symbolique qui concernerait les royaumes astraux et la réalité intérieure, mentale, plutôt que la substance physique de la planète. Cet événement, quelle que soit sa forme finale, nous fournit un modèle de transformation personnelle et de perfection spirituelle, et c’est pour cela que nous l’utilisons dans le présent grimoire. Les disciples de l’Ordre des Anciens parcourront sept voies menant à la perfection, chacune étant placée sous l’égide de l’un des sept seigneurs.

 

 

Magie du chaos et Apocalypse

 

Ce système relève en quelque sorte de la magie du chaos, et il ne saurait en être autrement puisque Azathoth est le dieu du chaos, et que Nyarlathotep est son âme et son messager. Il y a là des ressemblances avec les doctrines des gnostiques, qui avaient pour but ultime l’élévation de l’humanité de son état d’ignorance et de désespoir à celui, légitime, d’éveil spirituel parmi les étoiles. Pour atteindre cet objectif, il était nécessaire de reconnaître l’absolue futilité des questions inférieures liées au physique, par rapport aux préoccupations supérieures de l’esprit.

Aux yeux des chrétiens, la religion gnostique apparaissait satanique. On pourrait avoir un point de vue aussi négatif sur le Grand Œuvre des Anciens et sur ceux qui, dans ce monde, s’efforcent de le faire avancer. Souvent, la différence entre un ange et un démon n’est qu’une question de perspective ; le dieu d’une culture est le diable d’une autre. Pour ceux qui pensent que leur religion est la seule foi véritable, toutes les autres religions sont factices, et tous les autres croyants sont des hérétiques.

Certains aspects des plus grands enseignements présentés dans Le Livre de la loi d’Aleister Crowley peuvent paraître tout à fait diaboliques de prime abord. Crowley lui-même s’offusqua de ces principes qu’il nota sous la dictée de son ange gardien Aiwass. De même, certaines des déclarations transmises psychiquement par les anges énochiens à John Dee et Edward Kelley ont quelque chose de démoniaque. Kelley fut aussi choqué et dérangé par leurs instructions que Crowley le fut par ce que lui communiqua Aiwass.

Il est utile de garder à l’esprit que, dans les histoires de Lovecraft, les Anciens sont présentés comme des monstres maléfiques voués à la destruction de notre monde. Cependant, en regardant derrière la surface des choses, il est possible de se faire une tout autre idée de la situation. De leur point de vue, ils n’essaient pas de détruire la Terre, mais de la sauver de son état de planète déchue. Cela implique une période de nettoyage très semblable à celle qui est décrite dans le livre de l’Apocalypse. Aiwass annonça une époque de tourmente et de violence, tout comme les anges énochiens. Il est très possible qu’ils aient prédit les mêmes événements, et que ces derniers soient uniquement maléfiques du point de vue humain.

Les chrétiens fondamentalistes sont arrivés à cette conclusion en ce qui concerne l’ère de violence décrite dans l’Apocalypse : ils l’attendent avec hâte, car alors quelques élus de Dieu seront débarrassés de leur nature vile, et c’est dans leur état supérieur, spirituel, qu’ils monteront au paradis. Ceux qui auraient une perspective différente peuvent craindre cette ère et n’y voir que la destruction du monde ou, en tout cas, la fin du monde tel que nous le connaissons. Le changement est souvent considéré avec effroi, comme quelque chose de fondamentalement mauvais.

Le Grand Œuvre des Anciens pourrait bien être identique à la vision de l’Apocalypse annoncée dans la Bible. Il sera marqué par une transformation nécessitant la destruction à grande échelle du monde actuel pour permettre l’émergence d’un état plus spirituel. Dans les écrits de Lovecraft, seuls survivront au Grand Œuvre des Anciens ceux qui auront été choisis par ces derniers, et qui auront laissé derrière eux leur basse nature terrestre pour être transformés en entités moins tangibles, proches de l’esprit pur.

Dans les rituels, la nature chaotique de la magie des Anciens est représentée par le fait de tourner autour de l’autel vers la gauche, c’est-à-dire dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, alors qu’il est d’usage de tourner dans l’autre sens. Le sens que nous préconisons est souvent vu comme un signe de magie noire, mais il est plus exact d’y voir la marque du chaos, puisque, généralement, il a pour résultat la libération et l’expansion des forces, plutôt que leur concentration en un point. Les sorcières, pour leurs maléfices, tournaient parfois dans ce sens afin de libérer de grandes quantités d’énergie occulte pure.

 

 

La Longue Incantation

 

Lovecraft écrivit de la Longue Incantation, élément absolument indispensable du grand œuvre personnel des membres de l’Ordre, qu’elle était nécessaire à l’invocation des Anciens dans le cercle de pierres ; cependant, il ne livra jamais son contenu, se contentant d’indiquer qu’elle occupait une certaine page de la traduction anglaise du Necronomicon, traduction rédigée par le très sage docteur John Dee, entré dans l’histoire pour avoir été le conseiller d’Elisabeth Ire, reine d’Angleterre, mais plus connu dans les cercles occultes comme le magicien qui apporta au monde la langue et les enseignements énochiens.

Malheureusement, la traduction du Necronomicon par Dee n’existe pas. Il m’a donc fallu composer la Longue Incantation en utilisant le même genre de technique de divination que le voyant de Dee, l’alchimiste Edward Kelley, qui communiquait avec les anges énochiens à travers une boule de cristal ; une technique de spiritisme qui, en Angleterre, est aussi vieille que Merlin. Considérant son origine supposée, j’ai écrit l’incantation dans la langue énochienne, particulièrement puissante en matière d’invocation des esprits. Si Dee avait traduit le Necronomicon, il est fort possible qu’il eût lui aussi écrit la Longue Incantation dans la langue des anges, car celle-ci est la plus apte à faire descendre sur terre les êtres spirituels. Le rapport entre l’incantation et John Dee n’a rien de fallacieux ; c’est Lovecraft lui-même qui l’a explicitement établi.

En corrélation avec le grand œuvre personnel des membres de l’Ordre des Anciens, la Longue Incantation sert à attirer Nyarlathotep au bord du cercle de pierres rituel afin qu’il puisse jouer son rôle de messager d’Azathoth en menant le disciple devant le trône du chaos pour qu’il inscrive son nom dans le vrai Necronomicon, attestant par là qu’il est un loyal fidèle des Anciens et un partenaire volontaire dans leur Grand Œuvre consistant à purifier la Terre et à l’élever vers son état spirituel passé. Ce but n’est pas sans rappeler la haute destinée à laquelle se vouaient les gnostiques que vilipendait si durement l’Église chrétienne dans les premiers siècles de notre ère.

Dans la tradition de la sorcellerie européenne, l’apprenti inscrivait son nom dans un grand livre sous le regard attentif de l’Homme Noir du sabbat, et recevait de lui une marque témoignant de l’événement. Lovecraft décrivit précisément une scène comme celle-ci dans l’une de ses nouvelles, où Nyarlathotep est l’Homme Noir présidant le sabbat, et où la cérémonie de signature se tient devant le trône d’Azathoth, au centre du chaos. C’est pourquoi l’aboutissement du grand œuvre personnel des disciples de l’Ordre des Anciens se tient lui aussi, sur le plan astral, devant le trône d’Azathoth et sous la supervision de Nyarlathotep.

 

 

La langue énochienne

 

Les opinions divergent quant à la prononciation correcte des mots énochiens. Je donne une transcription phonétique de la Longue Incantation telle que je la prononce dans mes propres travaux, ma prononciation étant celle d’Aleister Crowley. L’accent a été mis sur la sonorité des mots lorsqu’ils sont dits à haute voix, et sur les rythmes du langage. C’est pourquoi j’ai retenu l’habitude qu’avait Aleister Crowley de toujours prononcer la lettre Z « zode » ; Crowley, en homme de spectacle, avait une bonne perception du pouvoir émotionnel de la parole.

Le plus important, quand on prononce l’énochien, est de se rappeler que chaque signe incarne une intelligence incorporelle distincte. Les mots énochiens ne sont pas composés de simples lettres ; ils sont composés d’esprits. Il est crucial qu’aucune « lettre » ne soit tout à fait muette, ou l’être spirituel qu’elle représente ne sera pas invoqué, et ne sera donc pas matérialisé dans le rituel. Dans ce cas, la puissance que cet être aurait apportée pour contribuer au succès dudit rituel sera perdue.

Les spécialistes de Dee et de la langue énochienne font l’erreur de simplifier la prononciation de cette dernière. L’articulation est tellement facilitée que l’idée peut paraître attirante ; néanmoins, elle ne tient pas compte des réalités de la magie pratique, que ces spécialistes ne comprennent généralement pas. Il est intéressant de constater que bien des noms énochiens sont imprononçables sans l’insertion de voyelles supplémentaires. Cela suggère que ces noms, comme tous les mots énochiens, ne furent pas créés pour que cette langue soit parlée comme les autres langues : il s’agit plutôt d’un langage rituel qui porte une attention égale à chaque lettre individuelle.

Ceux qui préféreront prononcer la Longue Incantation d’une autre manière n’auront aucun mal à le faire ; en effet, je donne le texte énochien original sous la transcription phonétique. Il est possible de le prononcer uniquement en énochien, et même uniquement en français. Cependant, l’incantation est structurée de façon à être plus puissante si la prononciation française des vers suit le découpage énochien. Ainsi, on obtient une sorte d’écho ou de réponse pour chaque vers énochien, ce qui permet de clarifier la signification du texte. Si les ritualistes parlent une autre langue que le français, le fait de traduire les paroles de la Longue Incantation ne change rien. Les mots énochiens, eux, restent identiques.

 

 

Les sceaux des Anciens

 

Les sceaux des sept seigneurs des Anciens et des douze dieux danseurs qui jouent un rôle si important dans les rituels magiques de ce grimoire ont été composés à l’aide de mon système de glyphes de pouvoir, système qui, à mon avis, est un outil versatile pour créer des sceaux de toutes sortes et à l’usage varié. Le principe des glyphes de pouvoir est fort simple : les lettres de l’alphabet, réduites au nombre de vingt-quatre en combinant le I et le J d’une part, le U et le V d’autre part, sont transformées en formes stylisées dotées d’énergie ésotérique fondamentale. En reliant ces glyphes, on peut représenter et exprimer noms et mots sous forme de motifs graphiques.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin