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Le jardinier de Metlaoui

De
202 pages
Imaginez un jardin. Un jardin extraordinaire, comme dans la chanson, et que fit naître, aux marches du désert, mon grand-père, à l'aube du siècle dernier. Au fin fond de la Tunisie du Protectorat. Imaginez trente volumes de mémoires de la main appliquée d'un certain Henri Wiesser, né sous Napoléon III. Découverts par hasard dans une vieille malle.
(...) L'auteur nous "donne à voir, entendre, sentir l'odeur de cette Tunisie coloniale des premières années du vingtième siècle, dont on a peu écrit." (Ali Bécheur)
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Géographie urbaine de l'insalubrité
Le cas de Saint-Louis du Sénégal@
L'Harmattan, 2009
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan l@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-08200-7
EAN : 9782296082007Zeyni El Abidine Sy
Géographie urbaine de l'insalubrité
Le cas de Saint-Louis du Sénégal
L'HarmattanEtudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa
Dernières parutions
Philippe AS SALE, Les dessous de la crise ivoirienne.
D 'Houphouët à Guéï, 2009.
Monique aimée MOUTHIEU épouse NJANDEU, L'intérêt
social en droit des sociétés, 2009.
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ivoirien, 2009.
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africaines,2009.
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'ouestCameroun. Histoire et ethnologie d'un royaume africain, 2009.
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(1998-2002),2009.
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noire, L'exemple de la Centrafrique, 2009.
Francis NKEA NDZIGUE, Les droits de la défense en matière
pénale au Gabon, 2009.
Titinga Frédéric PACERE, Les Origines africaines des Avocats
Sans Frontières, 2009.
Sidi Mohamed OULD BEIDY, L'administration territoriale et
le développement local en Mauritanie, 2009.
Essé AMOUZOU, L'influence de la culture occidentale sur les
cultures africaines, 2009.
Régine LEVRAT, Le coton dans la zone franc depuis 1950. Un
succès remis en cause, 2009.A la mémoire de Thierno Mountaga TALL,
De mon père Thierno Amadou SY
REGRETS ETERNELS!
A ma fille, Dieynaba SY, dite la « petite baronne»
A ma brave mère Sokhna Dieynaba SYRemerciements
« La rencontre significative entre deux personnes demeure un mystère que
boudent très souvent les lois de la causalité et de la probabilité» I.
Notre rencontre avec le Professeur Henri PICHERAL est l'une des plus
heureuses et des plus fécondes de notre parcours d'apprenti Géographe de la
Santé. Si cette thèse a pu être menée à son terme, c'est grâce à son soutien.
Un soutien qui n'a jamais fait défaut, qu'il soit pédagogique, académique ou
même et surtout financier et matériel.
Nous lui exprimons ici et pour l'éternité
toute notre reconnaissance et toute notre gratitude.
Nous tenons à remercier aussi l'ensemble du personnel des postes de santé
de Sor, de Pikine 1 et 2, de Diamaguène, de la Garnison militaire, du Nord,
du Sud, de Goxumbathie, de Ndar-Toute, de Guèt-Ndar et du Centre de santé
de la ville de Saint-Louis, pour leur précieuse collaboration à la collecte des
données sanitaires. Nous remercions également les services de l'Agence
Régionale de la Statistique et de la Démographie, le Service d'Hygiène et les
Services Techniques municipaux de Saint-Louis pour leur aide à la collecte
des données démographiques et des données sur les équipements collectifs
des ménages.
Nous remercions très chaleureusement l'ensemble des membres de notre
famille et du cercle de nos amis du Fouta, de Dakar, de Saint-Louis, de Paris
et de Montpellier, pour leur soutien et leur encouragement. Mention spéciale
à Abdoul Ndongo et à Amadou Wane pour leur aide au dépouillement des
registres des consultations, à Malick Diop pour son hospitalité et sa dignité.
Enfin, je suis très reconnaissant à l'égard de mon frère Mountaga SY pour
son soutien à la publication de cette thèse. Qu'il trouve ici, nos sincères
remerciements et nous lui disons GRAND MERCI!
DR ZEYNI EL ABIDINE SV, AOUT 2008Sommaire
Remerciements 7
Introductiongénérale Il
PREMIERE PARTIE
L'environnement urbain: Saint-Louis, la ville-otage de son site? 25
Introduction 27
CHAPITRE I
Le contexte historique: urbanisation et politiques sanitaires 29
CHAPITRE II
Le déterminisme du milieu: une ville prisonnière de son site 35
CHAPITRE III
L'eau et l'electricité : un confort réduit à l'essentieL 43
CHAPITRE IV
Saint-Louis et les déchets ménagers: une santé des populations hypothéquée 63
CHAPITRE V
Une croissance incontrôlée de la population aux dépens de l'aménagement urbain 81
1èreConclusion partielle de la partie 87
DEUXIEME PARTIE
Santé et risque urbain: Saint-Louis, la ville malade? 95
Introduction 97
CHAPITRE I
Le tableau pathologique: Saint-Louis est-elle une ville malade? 99
CHAPITRE II
La saisonnalité de la morbidité: une opposition tranchée entre mois froids
et mois chauds 123
CHAPITRE III
Pathologies et âge: une morbidité sélective 133
CHAPITRE IV
Le recours aux soins: une clientèle plutôt locale 139
2èmeConclusion partielle de la partie 161 générale 165
Références bibliographiques 171
Table des figures 179
Table des matières 185
Notes de fm 189Introduction générale
A. LA VILLE ET LA SANTÉ PUBLIQUE
Les questions de santé ont été de tout temps une préoccupation des
populations2. L'acmé de ce souci de préserver la santé va progressivement
prendre forme avec les grandes épidémies qui frapperont l'Europe tout le
1ge siècle, qu'il s'agisse de la peste oulong du Moyen âge jusqu'à la fin du
du choléra3. Cette préoccupation accompagne le phénomène naissant de
l'urbanisation qui crée de fortes concentrations humaines favorables à la
contagion et à la propagation de multiples maladies. L'insalubrité encore très
développée dans les villes, les balbutiements et les polémiques de la science
1gemédicale, notamment en France au début du siècle expliqueraient entre
autres, cette situation. En réalité, la question de l'assainissement des villes et
1ge siècle.des logements insalubres ne prendra son essor qu'au milieu du
Les efforts conjugués des ingénieurs du génie civil et des administrateurs
vont alors se concentrer sur les équipements de base, d'évacuation des eaux
usées et d'alimentation en eau potable. Toutefois, la lutte sera parfois
passionnée entre ingénieurs et médecins pasteuriens sur la question du
toutà-l'égout: valorisation des eaux usées pour les uns et source de
contamination et de maladies pour les autres.
Dès lors, l'intérêt porté à la santé publique aura comme catalyseur,
l'espace urbain. Par la prolifération d'agents infectieux, due à un certains
nombre de facteurs d'insalubrité (absence de toilettes adéquates, d'eau
potable en qualité et quantité suffisante et de systèmes d'évacuation des
déchets), mais également à cause du manque d'hygiène, de la promiscuité
dans les logements liée aux fortes densités et de la précarité des conditions
sociales et sanitaires en milieu urbain. C'est donc la ville qui va servir de
cadre d'analyse et d'appréciation quant à la nécessité de l'aménager pour
améliorer la santé, mais aussi en tant qu'espace et terrain d'expérimentation
des premières découvertes scientifiques et techniques. C'est aussi l'œuvre
des pré-hygiénistes qui ont hérité des intellectuels des Lumières et du
Positivisme, convaincus que le progrès des connaissances4, responsable de
l'éducation des masses5, doit conduire nécessairement au progrès social. Ils
se sont mis à dénoncer la nature délétère de la ville par la surmortalité
qu'elle engendre.1geIl est vrai que l'évolution du milieu urbain au siècle s'était traduite
par une nette amélioration des conditions épidémiologiques en Europe6. Le
siècle est caractérisé par le passage de la condamnation du« méphitisme
urbain », pour reprendre la formule de HARLES, à sa correction. Ce fut
d'abord l'œuvre des médecins hygiénistes qui contribuèrent largement à la
prise de conscience et à l'analyse des problèmes de santé publique en ville:
ils souligneront par exemple la surmortalité urbaine. Ensuite, c'est le génie
urbain qui prendra le relais par la transformation de l'espace:
l'aménagement de la voirie, le pavement des sols, l'amélioration de
l'hydraulique des eaux usées et pluviales, la création de stations d'épuration,
l'amélioration des techniques de construction. Ce concours des ingénieurs
changera radicalement et positivement le visage des villes. Ce dont
probablement l'Afrique noire n'a jamais pu bénéficier7.
L'explication environnementale domine le débat et une corrélation est
faite entre les maladies et les conditions environnementales et climatiques du
1gemilieu. Elle sera supplantée par la thèse sociale des hygiénistes du
siècle: ce n'est plus le milieu mais les conditions sociales qui sont désormais
responsables de la bonne ou de la mauvaise santé des populations8.
L'enseignement que l'on peut tirer de cette thèse hygiéniste est: la ville est
perçue comme le moteur de développement socio-économique.
L'amélioration des conditions sociales des citadins par le progrès technique
devrait conditionner de facto une meilleure santé des populations. Ceci est-il
valable en Afrique? Dans quelles conditions est née la ville africaine? Dans
quelles conditions s'est développée la ville africaine?
En Occident le processus historique de l'urbanisation s'est développé
sur plus de deux siècles9 ; ceci a nécessité un long apprentissage avant
d'aboutir à des changements profonds, des attitudes et des comportements,
eu égard aux nouvelles règles d'hygiène. La ville africaine moderne, est en
revanche un produit de la colonisation. Son implantation est sans précédent
et est brutale en ce sens qu'elle a été à l'origine d'un sevrage violent et
traumatique des populations.
Des sociétés africaines qui, jusque-là, étaient rurales et traditionnelles
s'urbanisent très et trop vite comme le disait COQUERY-VIDROVITCHIO :
«ce processus contemporain amorcé à l'époque coloniale est celui du
passage en Afrique d'une civilisation globalement rurale à une civilisation
de l'urbain ». Le colonisateur est venu avec une idée de la santé, de
l'hygiène et de la ville, avec son modèle, de ce qu'il convient de faire pour
améliorer la santé publique!!.
En Afrique, les éléments qui sous-tendent «sa révolution urbaine»
diffèrent de ceux de l'Occident. L'urbanisation fut plus ancienne en
12Occident et, elle s'est opérée dans un contexte à la fois d'industrialisation et
d'intensification agricole. Autrement dit en corrélation étroite avec le
développement économique de masse et à terme, avec la création d'une
classe moyenne. Ce qui n'est pas encore intervenu pour les villes africaines.
La ville africaine coloniale était plutôt un impératif et une nécessité
administrative et politique pour mieux contrôler les indigènes, qu'une réelle
volonté de développement économique et social de ces derniers. Elle n'est
en général que le résultat d'une pauvreté individuelle, une reproduction de
l'habitat pauvre des campagnes.
L'habitat urbain est implanté sur des espaces sous-équipés et
sousintégrés12. D'ailleurs, même ce terme de ville moderne africaine13 est à
relativiser. Dans la réalité, il a toujours existé deux villes juxtaposées mais
très différentes l'une de l'autre: d'une part la ville occidentale et blanche,
bien équipée et moderne, elle essaie de reproduire avec « succès» le modèle
européen et d'autre part la ville indigène. Les habitants de cette dernière,
reproduisent des pratiques d'habitation des régions rurales dont ils sont
14
originaires .
Ils servent de main-d'œuvre à la ville blanche et SINOU de conclure
que: «s'ils ne bénéficient pas des privilèges de la ville, ils assurent
l'enrichissement des colons ».
Les politiques appliquées à cette « ville noire» sont dans une certaine
mesurel5, comparables à celles appliquées aux classes populaires des villes
industrielles européennes des derniers siècles. A la seule différence que
l'industrie n'existe pas dans les villes coloniales. Il s'agissait donc, de fixer
des populations en les isolant de la ville « blanche », mais non pas de leur
fournir des logements et des équipements.
En conséquence, au lendemain des indépendances des pays au sud du
Saharal6, dans les années 1960, le défi que les «jeunes États» devaient et
doivent encore relever, est d'assurer des services urbains de base à une
population sans cesse croissantel7. C'est-à-dire faire face dans un contexte
de médiocres performances économiques, à la fois au galop démographique
et à ses conséquences urbaines immédiates. Cet accroissement
démographique va provoquer des problèmes d'assainissement de plus en
plus aigus. Des problèmes plus ou moins « contenus» et « gérés » pendant la
première moitié du 20e siècle avant de devenir dramatiques18 à l'aube des
indépendances.
La ville en Afrique noire n'a jamais été réellement un moteur de
développement économique et de promotion sociale. Il s'agit plus d'un
processus démographique et social qu'économiqueI9. L'occupation
principale des populations est une économie de survie et de débrouillardise.
La ville est devenue paradoxalemenfo un creuset de la misère du monde
13rural et le signe que les problèmes de l'urbanisation ne sont que le résultat
d'une crise économique et sociale voire identitaire beaucoup plus profonde.
Il est maintenant clair que l'urbanisation de l'Afrique noire reste un
échec dans la mesure où les populations urbaines vivent dans des conditions
épouvantables de dénuement total: l'entassement humain, la promiscuité, la
pauvreté et l'insalubrité. Ici, la santé et l'hygiène ne sont pas une priorité tant
il est vrai que le minimum de respect à une quelconque norme d'hygiène, ne
peut être adopté par des personnes dont le premier souci est de se loger et de
se nourrir. Ainsi, le fossé n'a cessé de se creuser entre des villes au
développement aussi déroutant qu'irrégulier et une demande en équipements
de base en augmentation.
Pour corriger cette contradiction, la plupart des pays africains,
notamment le Sénégal, ont investi après les indépendances la puissance
publique de la responsabilité de gérer ces problèmes: l'approvisionnement
en eau et en électricité, le transport urbain et l'assainissement, entre autres.
Ce fut encore un échec non seulement au niveau du service rendu (résultats
médiocres) qu'en matière de performance économique21. Les ajustements
structurels imposés par la Banque mondiale et le FMI22, dans les années
1980, ne feront pas mieux sinon pire. Aux lueurs du 2Ie siècle, le visage de
la ville sénégalaise, en l'occurrence la ville de Saint-Louis (choisie ici
comme exemple), n'est guère aussi reluisant: les problèmes d'insalubrité et
de santé des populations y sont particulièrement les principaux défis. C'est
donc à travers cet exemple de Saint-Louis, que nous traiterons un problème
beaucoup plus général et qui touche fondamentalement toutes les villes du
tiers-monde. Une ville qui n'a rien d'exceptionnel dans le tiers-monde mais
dont le site exagèrerait ou reflèterait peut-être mieux ce qui se passerait
ailleurs?
Il s'agit par conséquent d'une tentative d'analyse des problèmes
d'assainissement et de santé des populations en milieu urbain, au début du
2Ie siècle23. Ceci, en tenant compte de l'ensemble des phénomènes qui ont
accompagné la naissance et le développement de l'urbanisation et de leurs
conséquences sur les conditions de vie des populations. On retiendra
pourtant que Saint-Louis avait en 1895 atteint son apogée administrative et
« ses équipements sodo-économiques y étaient largement semblables à ceux
d'une sous-préfecture française »24.L'étude cherchera à analyser les effets
différentiels de l'assainissement urbain sur la santé des populations,
notamment celle des enfants âgés de 0 à 14 ans.
14B. LA PROBLÉMATIQUE
1. LA DÉFINITION DU SUJET
Nos premiers travaux de recherche sur l'environnement urbain
saintlouisien25, nous ont permis d'approcher les problèmes de santé publique dans
la ville du tiers-monde et notamment le danger potentiel pour la population
que pourrait représenter le déficit d'assainissement et d'équipements.
L'assainissement étant compris dans son sens le plus large, c'est-à-dire
englobant à la fois les activités sur les techniques d'assainissement de base
(évacuation des eaux usées et enlèvement des ordures), mais aussi
l'alimentation en eau potable, l'hygiène de vie et les comportements
humains qui concourent à la promotion ou à la dégradation de la santé. Cette
première imprégnation avait suscité en nous, beaucoup d'intérêt, et nous a
poussés à consacrer notre thèse de doctorat à ce sujet, d'autant plus pertinent
qu'il est peu abordé par les géographes.
En effet, seuls quelques rares travaux se sont intéressés à ce domaine.
On peut en citer uns sans être exhaustif et en se limitant aux
auteurs français. Ceux de VAGUET26 en 1986 dressaient une géographie des
maladies d'une ville indienne. Si la ville d'Hyderabad est, par sa longue
tradition urbaine et son sous-équipement, comparable à Saint-Louis, il n'en
est rien de sa population: c'est une ville millionnaire. Toutes les études
menées jusque là sur les villes du tiers-monde ont d'ailleurs en commun le
souci de traiter des problèmes de santé des mégapoles de pays pauvres dont
l'hypertrophie est la principale caractéristique. Or, il est peut-être temps de
s'intéresser aux villes moyennes qui restent de loin les plus nombreuses.
Déjà, en 1991 KOZOUNGA analysait le recours aux soins de la mère et de
l'enfant à Bangue7. Et en 1993 DORIER-APPRILL28 abordait les questions
sanitaires des femmes et des enfants dans un exemple d'urbanisation en
milieu africain en consacrant ses travaux à Brazzaville. Ces travaux seront
suivis en 1995 par ceux de SCHULTZ qui va publier une étude sur
l'urbanisation et la santé à Djibouti29 et par SALEM30 qui étudiera la santé
dans la ville de Pikine au Sénégal.
Cette dernière étude, en s'appuyant sur une approche globale, aura le
mérite d'identifier plusieurs déterminants des états de santé des populations.
Mais, l'inconvénient viendrait justement de cette volonté de synthèse
excessive et de l'exploitation de déterminants politiques et sociaux, de nature
non quantifiable, pour justifier la géographie d'un indicateur de santé. Par
contre la démarche qui consiste à utiliser des déterminants mesurables, tels
que l'alimentation en eau et l'indice de pauvreté, nous semble plus
pertinente. Ce tableau cachectique est complété par une récente étude sur la
ville de Yaoundë1. Par une typologie de l'habitat, l'auteur arrive à
15démontrer que les diarrhées infantiles (6-59 mois) sont plus fréquentes dans
les zones à habitat spontané que celles à habitat planifié. Toujours selon la
même étude, l'augmentation de l'âge des mères et l'amélioration de
I'hygiène alimentaire contribueraient à la diminution de la prévalence.
Nous avons ainsi décidé de consacrer notre étude à une ville moyenne
de moins de 200000 habitants. Une ville qui représenterait mieux, du point
de vue démographique, l'espace urbain du tiers-monde en dehors des
macrocéphalies (Mexico, Le Cap ou Hong-Kong). L'étude est, à mi-chemin
des travaux antérieurs, elle se limitera aux problèmes de la population
infanto-juvénile. Les études antérieures concernaient soit la
entière, soit les femmes ou encore les enfants de moins de cinq ans. On
s'intéressera aux trois groupes d'âge: les nourrissons, les enfants âgés de 1 à
4 ans et ceux de 5 à 14 ans. L'analyse se fera suivant le lieu de résidence, le
sexe, la pathologie et la saison. Ainsi notre thème d'étude: la Santé dans la
Ville, où Saint-Louis est présentée comme une ville à une urbanisation
difficile, s'attelle à analyser les effets différentiels de l'assainissement sur
l'espace intra-urbain en 2001. Et par voie de conséquence sur la santé de la
population cible. Autrement dit, il s'agit de caractériser l'espace urbain
saint-louisien dans une perspective sanitaire en définissant des sous-espaces
selon leur profil sanitaire.
2. LE TERRAIN D'ETUDE: LA VILLE DE SAINT-LOUIS
« Premier organisme urbain européen à venir s'insérer dans la savane
»32,tropicale de tradition essentiellement villageoise et rurale Saint-Louis
est, malgré sa longue tradition urbaine, confrontée encore aujourd'hui à
d'énormes problèmes structurels. Des problèmes liés à un site aquatique et à
un déficit d'équipements. Son urbanisation morbide comme, il est souvent le
cas en Afrique noire, a profondément modifié à la fois la fréquence et la
gravité des pathologies33. Elle a diminué certaines pour en aggraver d'autres.
Son corollaire, l'explosion démographique et ses conséquences, est à
l'origine des innombrables problèmes d'assainissement et de santé que
connaît la ville. Ce qui amène, certaines maladies à sévir à l'état endémique,
occupant ainsi une part importante de la pathologie infectieuse infantile34.
Le présent projet de recherche s'inscrit dans ce contexte global d'une
ville tiraillée entre les fortes densités humaines, la promiscuité, les
installations irrégulières, l'assainissement déficitaire et les sols marécageux.
Un contexte qui crée un espace épidémiologique spécifique et
particulièrement dangereux, que l'on assimile facilement à un système
pathogène35. Il favorise donc les pathologies dont le développement est lié au
manque d'hygiène. Les pathologies incriminées sont d'ordre infectieux et
parasitaire qui circulent d'autant plus facilement que la concentration de
16personnes réceptives est grande et que l'assainissement est déficitaire.
L'enfant apparaît fragile et vulnérable dans ce « bouillon de culture» où il
s'expose de manière forte et permanente à divers risques pathogènes
aggravés par la faiblesse de ses défenses souvent liées à la malnutrition36.
3. LA MÉTHODOLOGIE
3.1. Le choix des enfants comme population cible
Il est actuellement admis que l'un des meilleurs baromètres pour
mesurer le niveau de développement ou l'état de santé d'un pays ou d'une
ville est d'étudier sa population infanto-juvénile37.
C'est la population la plus vulnérable et la plus sensible aux mauvaises
conditions de vie, d'autant plus que l'enfant jusqu'à un certain âge n'est pas
directement responsable de sa santë8. Dans ce cas, les causes de dégradation
de sa santé sont à rechercher dans son environnement familial et d'une
manière générale dans son milieu de vie. On peut donc postuler qu'un bon
état sanitaire de l'enfant suppose que son espace de vie soit doté des
installations élémentaires de base. Faute de quoi, il sera une proie accessible
à un ensemble morbide d'atteintes parasitaires, microbiennes, virales et
carentielles39. Dans ces conditions, toute tentative d'amélioration de la santé
de l'enfant exigerait des actions combinées des organismes sanitaires et de
tous ceux qui œuvrent dans le domaine du logement, de l'éducation et de
l'assainissement. Par exemple il ne sert presque à rien d'améliorer la qualité
des soins pour les enfants atteints de diarrhée ni d'organiser un programme
d'enseignement de l'hygiène corporelle dans les écoles, si simultanément
des actions ne sont pas menées contre la contamination de l'eau de boisson
et/ou de leur milieu de vie. Sinon, la réinfection serait pratiquement
inévitable.
De nombreuses maladies de l'enfant sont liées de près ou de loin à la
40.présence d'eau A Saint-Louis, chez les enfants âgés de 0 à 14 ans, ce sont
surtout les maladies de la peau et de celles liées au péril fécal qui se
manifesteraient le p1US41. Cette tranche d'âge constitue une proie privilégiée
et facile de ce type de pathologies d'autant plus que c'est la population qui a
le plus de contact avec les milieux insalubres et en même temps la plus
fragile.
D'autres raisons beaucoup plus fondamentales liées à la connaissance
purement scientifique du phénomène ont aussi guidé notre choix. Il semble
que la morbidité et la mortalité infantile sont des phénomènes
démographiques encore très mal connus en Afrique subsaharienne42 en dépit
de leur importance. Par ailleurs, la santé urbaine reste un secteur
insuffisamment développé à tous les niveaux: il existe peu d'exemples voire
17aucun de plans de santé municipaux effectivement globaux. En général les
programmes de santé prévoient des mesures classiques telles que la création
de nouvelles structures de soins et l'augmentation de la densité du personnel
soignant.
Mais, exceptionnellement ils accordent la priorité à ce qui aurait la plus
forte répercussion sur la santé: l'approvisionnement en eau potable,
43.l'assainissement, le logement et la nutrition Il serait donc intéressant de
pouvoir vérifier si le niveau de développement économique est seul en
mesure d'améliorer la santé des populations. Autrement dit, si le contexte de
contraintes économiques, généralement mauvais dans le tiers-monde,
défavoriserait la santé? Mais c'est également l'occasion de participer au
débat qui anime toujours la communauté des chercheurs: qui du
déterminisme du milieu, du manque de ressources, du système de soins ou
des modes de vie, expliquerait le mieux l'état de santé? Enfin, dans le
tiersmonde le milieu urbain constitue un espace de vie de près de 32% des
enfants de moins de quinze ans dont la moitié est considérée vivant dans des
conditions de misère extrême44.
3.2. La collecte des données démographiques, sanitaires
et socioéconomiques
3.2.1. La source des données
- Les postes de santé et le Centre de santé de Saint-Louis, pour les
données sanitaires obtenues à la suite des dépouillements des
registres de consultations.
- Le Service Régional de la Prévision et de la statistique de
SaintLouis, pour les données démographiques issues du recensement de la
population de 2002.
- Le Service d'Hygiène, une partie des données sur le confort des
ménages: moyen utilisé pour évacuer les eaux usées et les ordures
ménagères (enquêtes de 1994).
- Les Services Techniques Municipaux, l'autre partie des données
relatives à l'équipement de base des ménages: les différentes formes
d'accès à l'eau potable, le mode d'éclairage des ménages, la source
d'énergie pour la cuisson (enquêtes socioéconomiques de 2001 et
audit urbain de 1998).
183.2.2. La typologie des données collectées
3.2.2.1. Les données sanitaires
Elles sont les plus importantes et couvrent les 12 mois de l'année 2001.
Elles sont issues des dépouillements manuels et exhaustifs des registres
sanitaires et concernent uniquement les enfants âgés de 0 à 14 ans. Seul le
nombre de consultants est pris en compte. C'est-à-dire qu'un malade qui
revient une deuxième fois dans le mois n'est pas comptabilisé. Seuls les
registres des 9 postes de santé de la ville, du Centre de santé et de
l'infirmerie militaire, ont pu être dépouillés. Nous regrettons de n'avoir pas
pu accéder aux statistiques de l'hôpital régional. Mais, à cause de sa vocation
régionale, seuls, les cas critiques et suffisamment graves d'enfants malades
de la ville y sont admis. Généralement, la population consulte d'abord les
postes de quartiers: la cherté des consultations et des ordonnances au niveau
de l'hôpital, limiterait considérablement son recours.
Les variables concernées sont:
- la saisonnalité, un dépouillement mensuel sur les 12 mois de 2001;
- le lieu de résidence, resituer chaque patient dans son quartier
d'origine;
- la pathologie, le diagnostic médical établi par l'infirmier;
- le sexe de l'enfant;
- l'âge de l'enfant, classé en trois groupes: les enfants de moins de 1
an, les enfants âgés de 1 à 4 ans et ceux de 5 à 14 ans. Le
dépouillement a intéressé plus de 60 pathologies qui sont regroupées
.
en 15 rubriques (cf. annexes).
L'analyse de la morbidité diagnostiquée n'est certes qu'un volet de
l'information sanitaire. Il est particulièrement vrai qu'en milieu urbain,
l'offre de soins est multiple: publique, privée, officielle, non officielle,
moderne et traditionnelle. Dans ce contexte les recours thérapeutiques sont
aussi multiples. Mais, la morbidité diagnostiquée a l'avantage de décrire une
situation objective et, elle peut être considérée dans le cas de Saint-Louis,
comme une reproduction à petite échelle de l'état réel de la santé des
populations. Et non comme une partie de l'état de santé. On postule que
l'état de santé qui sera issu de l'analyse, ne peut être en aucun cas pire que
celui de la situation réelle, elle ne peut qu'être moins dramatique.
3.2.2.2. Les données démographiques
Les données en Afrique noire posent invariablement la
question liée d'abord à leur existence, à leur disponibilité et enfin à leur
fiabilité. De son histoire en tant qu'État indépendant, le Sénégal a connu
19trois recensements généraux de la population45. Seules les données du
recensement de 2002 ont servi à l'étude.
3.2.2.3. Les données socioéconomiques
Elles sont utiles pour l'appréciation des espaces à risque au niveau de la
ville par l'identification de gradients. Elles concernent les équipements de
base: l'assainissement d'une manière générale. L'absence de données sur les
revenus des ménages limite certes l'analyse sur l'appréciation des espaces et
des populations à risque, mais cela peut être résolu en supposant que les
niveaux d'assainissement et d'équipements des quartiers recoupent
généralement ceux des revenus des ménages.
3.3. Les différentes techniques d'analyse statistique utilisées
Nous exposons ici brièvement les quelques techniques qui ont servi à
l'analyse. Tous les traitements statistiques préliminaires sont assurés par la
technique dite de tableau croisé dynamique, grâce au tableur Excel. Des
indices ont été utilisés pour calculer lalles population(s) cible(s) d'un
établissement. Il s'agit des indices de dépendance de la population et celui de
la ressource46. La technique de l'analyse factorielle de correspondances et
celle en composante principale47 ont servi pour faire des corrélations entre
les pathologies, les âges, les saisons et les conditions socioéconomiques. La
classification ascendante hiérarchique, une méthode complémentaire de celle
des analyses factorielles, très pratique en Géographie, a permis de dresser la
typologie des espaces à risque. Le taux de prévalence a de mesurer
l'importance d'une pathologie au sein d'une population. Elle représente
l'expression de la maladie par rapport à la population totale. Tandis que la
prévalence relative donnera l'importance d'une maladie par rapport à
l'ensemble des autres pathologies.
3.4. L'élaboration du fond cartographique et les logiciels utilisés
L'espace est l'objet d'étude et le concept fondamental de la
Géographie48. Il représente à cet effet la première variable à exploiter et à
maîtriser par le géographe. Sa maîtrise passe nécessairement par la
cartographie qui constitue un outil privilégié pour voir et comprendre des
disparités spatiales49.
3.4.1. L'élaboration du fond de carte
Dans la littérature portant sur Saint-Louis, on est amené souvent à
rencontrer des découpages plus ou moins fantaisistes. Mis à part la Langue
de Barbarie et l'Île où le découpage des quartiers est sans ambiguïté, le Sor
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