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Le Mage

De
218 pages
Ce roman se déroule au VIème siècle avant J.-C., dans la Perse antique des Achéménides, marquée par la religion mazdéenne des Mages. L'empire traverse une grave crise : un usurpateur s'est emparé de la tiare et l'oeuvre de Cyrus le Grand, fondateur de l'empire, est menacée. De Pasargades à Bactres, de Tyr à Babylone, ce récit retrace les destins, les passions et les drames, des membres d'une grande famille perse déchirée par les événements. Cette fiction sur fond historique évoque une civilisation éclatante et le mystère fascinant d'une religion aujourd'hui presqu'éteinte.
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Chapitre 1. Le domaine C’était au cœur du pays du Fars et des monts Zagros, dans la fournaise de l’été, à dix jours de marche de Pasargades, la 1 capitale du Roi des rois où jadis le grand Cyrus aimait à résider et où s’élevait son tombeau. Les deux mages, le maître et le disciple, se rendaient par un sentier escarpé à l’autel du feu ou « pyrée » qui se dressait au loin sur un promontoire. Ce promontoire séparait des vallées à sec où des végétations broussailleuses s’accrochaient à la rocaille. Le terrain avait été grossièrement aplani. Taillée dans le roc, la « pyrée » avait la forme d’une pyramide tronquée. Son sommet plat portait la table de pierre, carrée et bordée de merlons, où brûlait le feu sacré. Un escalier grossier y donnait accès. Les prêtres se reposèrent un instant. Les vastes horizons, ces montagnes aux formes puissantes, les grosses nuées qui donnaient au ciel un aspect tourmenté, tout ce spectacle les remplit d’émotion. Ils y voyaient l’œuvre admirable du dieu juste et bon qu’ils adoraient. L’univers était son temple. Car 2 AhuraMazda n’avait pas besoin de ces édifices de pierre, de ces espaces resserrés, de ces murs épais où certaines religions prétendaient enfermer leurs divinités et leurs rites. Les autels du feu en plein air lui suffisaient. Les deux mages reprirent leur ascension. Le maître, Artasyras, était un pâle et frêle vieillard qui en imposait par sa sérénité et la certitude de sa foi. Son disciple, Pharnaspe, était un jeune homme râblé, solide, prêt à en découdre s’il le fallait, mais dont le visage était plein de douceur, le regard tendre et naïf, l’expression vive et paisible. Les deux hommes paraissaient s’apprécier et se comprendre.  C’est toi maintenant qui auras la charge de ce sanctuaire, déclara le maître en désignant d’un geste le petit monument de pierre dont ils s’approchaient. C’est toi désormais qui veilleras sur la flamme or et pourpre, toi qui nourriras le bois de graisse et d’huile, toi qui présenteras au dieu les offrandes, les prières,
les hommages. Mon choix s’est porté sur toi plutôt que sur ton camarade Makamira dont les qualités sont réelles mais qui manque de générosité, de largeur de vues, de cette sainte ardeur que j’ai remarquée en toi.  Je redoute la réaction de Makamira, sa déception, son orgueil blessé, sa jalousie. Et suisje digne de la faveur dont tu m’honores ? Quelle immense responsabilité que de correspondre avec AhuraMazda, que de l’honorer, que de le servir en pensées, en paroles, en actions !  Calme tes alarmes. Le dieu que nous chérissons est un dieu de bonté, de tendresse et de compassion. Il te regardera avec indulgence. De tous mes nombreux disciples, tu es celui en qui je fonde le plus d’espérances. Peutêtre parce que je suis au terme de mon existence… Je n’ai plus rien à t’enseigner : le moment est venu pour toi de prendre mon relais.  Hélas, ô maître vénéré, si je considère ta piété, ton savoir, ton expérience des hommes, comment pourraije prétendre t’égaler ? Je doute de moi et de mes capacités. Makamira plus que moi avait toutes les aptitudes pour te succéder.  Ces doutes t’honorent, mais le dieu bon t’aidera. Tes aïeux aussi. Le sacerdoce est héréditaire dans ta famille.  J’appréhende un peu le premier contact avec les fidèles et avec l’orgueilleuse famille qui régit ces lieux.  Les fidèles ne sont ici ni meilleurs ni pires qu’ailleurs. Leur foi est ardente, mais souvent mal instruite. La lumineuse 3 réforme voulue par le grand Zarathoustra se heurte à bien des préjugés, ici comme ailleurs. A cet égard tu auras fort à faire ! Sois patient et humble… Mais je te recommanderai à Anahita, l’épouse d’Ugburu, le seigneur du domaine de Nâsâya dont tu vois le palais au milieu de la plaine en contrebas. Et du geste le vieillard indiqua au loin un vaste ensemble de constructions basses en briques. Ces bâtiments aux toits en
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terrasse et ces nombreuses cours s’étalaient, en bas, dans la plaine desséchée et poussiéreuse, en prenaient les couleurs, mélange de gris, de jaune, d’ocre, et se confondaient avec le paysage. Toutes les terres alentour jusqu’à l’horizon et audelà appartenaient au domaine de Nâsâya.  Mais, repritil, hâtonsnous de gagner l’autel du feu. Le soir va descendre. Il est temps de tout préparer pour la cérémonie. L’orage menace, sinistre présage. Il faut que la cérémonie soit achevée avant que n’éclate la colère des cieux. Au fond de la vaste demeure en briques, Anahita, l’épouse du seigneur Ugburu, le maître du domaine, se penchait sur son métier. Elle tissait un tapis de laine. Rapides, inlassables, ses doigts nouaient les nœuds, denses et serrés. Son habileté, la qualité de son travail, le goût qui dirigeait le choix des motifs et des coloris, elle les tenait de ses aïeules nomades qui jadis pratiquaient cet art sous la tente de feutre, héritière de la yourte. Le métier à tisser était installé dans la galerie qui bordait un jardin intérieur planté de rosiers et d’arbres à encens. Autour d’Anahita, ses suivantes travaillaient en silence, cousant, brodant ou reprisant. L’air était immobile et saturé de parfums, la chaleur accablante, la lumière livide sous les nuées violettes qui s’amassaient dans le ciel, l’obscurcissaient et annonçaient un orage. Les mouches se montraient agressives. Soudain, dans le quartier des hommes, un joyeux et bruyant tumulte avait salué le retour des chasseurs, Ugburu le maître des lieux, son invité, le jeune seigneur Mithradata et leurs compagnons. Les sonneries de trompette éveillèrent les échos loin dans la vallée. Des acclamations retentirent. Les chevaux sentant l’écurie hennissaient de plaisir au milieu du vaetvient des palefreniers. « Ils ont attrapé le lion » se dit Anahita en entendant les cris de triomphe. Les chasseurs étaient épuisés par la chaleur, la poussière, la soif et la fatigue d’une chevauchée qui avait duré toute la journée. Depuis plusieurs mois, un lion terrorisait villages et campements, paysans, bergers et troupeaux. Les pisteurs, ce
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matin, avaient relevé et suivi ses traces. La bête s’était tapie dans un bosquet de palmiersdoums, près d’une fontaine que les gazelles et les onagres du désert fréquentaient au crépuscule. Les hommes s’approchèrent en silence pour le surprendre. L’animal flaira le danger, tenta de se dérober, puis il accepta le combat. Ugburu voulut affronter seul le fauve grondant de colère et d’indignation. Les deux adversaires s’observèrent, le lion furieux mais prudent redoutait une embûche, l’homme guettait le moment si dangereux où le fauve chargerait. Enfin, l’animal se ramassant bondit, renversant au passage un cheval et son cavalier qui roulèrent au sol. Mais Ugburu d’un tir de javelot bien ajusté avait brisé l’élan du lion. La pointe de l’arme fichée dans le flanc, blessé, l’animal devenait plus dangereux. Mais il perdait son sang, il s’affaiblissait. Mithradata se porta en avant, attaqua. La bête se dressa sur ses pattesarrière, se jeta sur l’ennemi. Le chasseur respira avec horreur l’haleine empuantie et brûlante, sentit le frôlement des griffes et l’odeur de la mort, mais il devança le choc fatal en transperçant de son épée l’énorme bête qui s’écroula en boule, hurlante et tordue de douleur. Alors tous l’achevèrent. La dépouille fut transportée au palais dans l’allégresse générale : le tueur avait été châtié. Une servante accourue du quartier des hommes confirma l’exploit à sa maîtresse. Mais le cavalier renversé déplorait une jambe cassée et le cheval que le lion avait culbuté et déchiré de ses crocs n’avait pas survécu à ses blessures. « Va de ma part porter mes félicitations à mon seigneur et époux ainsi qu’au noble Mithradata ! » ordonna Anahita à la servante. « Et tu remettras au blessé cet onguent » ajoutatelle en lui montrant une fiole en verre.
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Les doigts infatigables n’avaient pas cessé de s’activer, de nouer sur la chaîne les fils de laine. Mais cédant à la torpeur de cette fin d’aprèsmidi, Anahita ralentit le rythme de son ouvrage. Elle s’abandonna à de vagues, à d’informes rêveries. Elle pensait avec orgueil à l’immense domaine héréditaire de Nâsâya qui s’étendait sur les plateaux et dans les vallées des monts Zagros. Le relief, l’altitude, l’exposition déterminaient une variété de terroirs et de ressources. Au bord des cours d’eau, le paysage associait champs irrigués, grasses prairies et jardins parcourus de rigoles. Des vignobles s’accrochaient au flanc des coteaux exposés au soleil et bien à l’abri du gel. Ailleurs prédominaient des cultures aléatoires, pratiquées à sec et sur brûlis. La montagne, les steppes, les déserts n’offraient que de maigres pacages. Il subsistait en altitude des lambeaux dégradés de l’ancienne chênaie. Ici le myrte s’associait au jujubier, làbas les acacias se mêlaient aux palmiers nains, ou bien encore les bords d’une fontaine, d’une mare, d’une rivière réunissaient le saule et le peuplier, des lys sauvages et des iris. Entre les hauteurs et la plaine, entre les campements d’été et les villages d’hiver, la transhumance des troupeaux rythmait les activités d’élevage. Au centre du domaine de Nâsâya, le palais de briques où résidaient le maître, sa famille, ses gens, comprenait de nombreux pavillons et bâtiments, des cours multiples, de vastes dépendances, ateliers, écuries, étables, greniers et silos à grains, pressoirs et celliers, que reliaient des galeries, des passages et des couloirs où l’on finissait par s’égarer. L’architecture en était très simple, sinon frustre. L’alternance de briques crues et de briques cuites permettait d’obtenir un modeste effet décoratif et d’animer la surface nue des murs. Les portiques donnaient à la cour d’honneur un air de grandeur. Dans la grande salle de réception, les colonnes et les poutres du plafond à caissons étaient en cèdre et revêtus d’un vernis or et argent. Les appartements du maître et de la première épouse s’ouvraient sur des jardins intérieurs, parcourus de canaux et entretenus avec
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