//img.uscri.be/pth/7c349540f8dd7c9c72acc93134a7e0f7f86852f4
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Le Maître d'hôtel, les Beatles et moi

De
138 pages
En plus de ving années de visites à domicile, dans le cadre de son travail, l'auteur fait connaissance d'hommes et de femmes, parfois aussi d'enfants, dont l'histoire l'a touchée, révoltée, amusée, bouleversée. Mais ceux dont elle a choisi de parler lui ont apporté ce petit quelque chose qui a fait, à chaque fois, qu'elle est ressortie de chez eux différente. Avec ces trente-trois histoires, l'auteur espère qu'il en sera de même pour le lecteur.
Voir plus Voir moins

Des tranches de vos vies que vous m’avez conIées,

j’ai extrait des pépites d’humour et de tendresse,
et ce récit est né

portrait de groupe esquissé chœur à cœur,

cœur grands ouverts, au Il de la vie des autres...

Biologiste médicale,
aime à laisser sa plume l’entraîner vers des
chemins plus littéraires. Depuis 2007, elle écrit
des nouvelles, souvent primées et publiées en

, elle aborde un versant plus personnel de son écriture,
ajoutant le vécu à son inspiration.

Emmanuelle Cart-Tanneur

Le maître d’hôtel,
les Beatles et moi

Récits

Préface d’ÉlodieTorrente
































© L’Harmattan, 2015
5Ȭ7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978Ȭ2Ȭ343Ȭ06274Ȭ7

EAN : 9782343062747

Le maître dȇhôtel, les Beatles et moi



Écritures
Collection fondée par Maguy Albet

Sereno (Y.), La nuée blanche, 2015.
Bourgouin (Sylvie), L’or de la misère, 2015.
Winling (François), La clef des portes closes, 2015.
Lissorgues (Yvan), Ce temps des cerises, 2015.
DestombesȬDufermont (Michel), La ville aux remparts,
2015.
Mignot (Fabrice), Haute tension au Laos, 2015.
Michelson (Léda), Chapultepec, 2015.
Quentin (MarieȬChristine), Des bleus au ciel, 2015.
AubertȬColombani (Eliane), Le château du temps perdu,
2015.
Lozac’h (Alain), La clairière du mensonge, 2015.
Serrie (Gérard), J’ai une âme, 2014.
Godet (Francia), La maison d’Elise, 2014.
Dauphin (Elsa), L’accident, 2014.
Palliano (Jean), Lana Stern, 2014.
Gutwirth (Pierre), L’éclat des ténèbres, 2014.
*
**
Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des
parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages,
peut être consultée sur le site www.harmattan.fr


Emmanuelle CartȬTanneur

Le maître dȇhôtel, les Beatles et moi


récits




Préface dȇElodie Torrente









LȇHarmattan

Du même auteur



Ça va mal finir, TheBookEdition, 2010

Série Noire, TheBookEdition, 2011

Et dans ses veines coulait la sève, Terre dȇauteurs, 2013

Le dernier modèle, Jacques Flament Éditions, 2013

Généalogie de lȇexode, Zonaires, 2014
Lȇeffervescence du pianiste, Jacques Flament Éditions, 2015


Préface

Lorsque j’ai lu Emmanuelle CartȬTanneur pour la première
fois, il y a quelques années déjà, tandis que nous évoluions
chacune de notre côté dans le monde peu diffusé en France
de la nouvelle littéraire, j’ai décelé dès les premières lignes
un talent de conteuse où les histoires fictives se mêlent à
une réelle sincérité empreinte de mots justes et de

sensations puissantes.
D’un rien, d’une scène entraperçue ou imaginée et
revécue mentalement sous forme de personnages et
d’émotion, Emmanuelle sait retranscrire l’indicible, le fictif
mais aussi et surtout le silence des âmes en mal d’écoute.
Pour cela, elle a reçu nombre de prix littéraires bien mérités
et c’est donc avec une immense gratitude que je rédige ici
cette préface en préambule à ces récits succincts mais à

haute valeur humaniste.
Qu’il s’agisse d’un cuisinier à la retraite nostalgique, de
la fatalité teintée d’optimisme d’un militaire mutilé, d’une
mère de famille qui se bat pour rester digne, de la force de
l’amour face à l’inéluctable emprise mortifère d’une santé
mise à mal, tous les personnages de ces récits portent en
eux la VIE, sous toutes ses facettes, celle pour laquelle ils
se battent chaque jour afin de combattre la faucheuse qui
semble leur faire les yeux doux. Un combat silencieux,

7

teinté de larmes, de courage et d’espoir, un combat comme
tant d’inconnus le vivent à chaque heure du jour et de la
nuit, et pour lequel Emmanuelle CartȬTanneur a donné la

profondeur de ses mots.
Avec pudeur, tendresse, empathie et compréhension,
elle cueille le lecteur au plus profond de sa chair grâce à
une écriture sincère et précise. Et même si, pour ces
inconnus, certains choix vous condamnent quelle que soit la
réponse, tous sont des héros silencieux qu’il était temps de
reconnaître, et faire connaître au plus grand nombre.
Aucune âme sensible ne devrait s’abstenir de lire ces
trenteȬdeux tranches de vie, ces malades dans leur corps
mais tellement riches en esprit, en partage. Car, après la
lecture de la dernière page, après lȇévocation de ces destins
bafoués par le handicap, le cancer, les accidents, une
énorme bouffée de vie viendra envahir le lecteur. C’est cela
l’effet du courant doux entre le bras et une aiguille. Un instant
de félicité et d’espoir pour tous ceux que la vie maltraite.
Et nous savons tous qu’ils sont nombreux.
Alors merci à Emmanuelle et puisse ce livre être lu par
tous. Pour qu’enfin les souffrances silencieuses ne soient
plus simplement des dossiers, des courbes et des
statistiques. Mais des êtres vivants à aimer et à écouter
pour encore mieux les soigner. De mon humble avis, c’est

cela la vraie humanité !

Elodie Torrente

8

Monsieur P.

Vous avez dû être très beau. À plus de quatreȬvingts ans
maintenant, vous avez toujours de lȇallure. Jamais négligé,
un chic à la Sean Connery même au saut du lit, vous
mȇouvrez votre porte avec lȇaffabilité qui ne vous a jamais
quittée après ces années de pratique. Car la prévenance et
le sourire ont longtemps été votre métier : maître dȇhôtel
dans les plus grands palaces, vous nȇavez cessé de
travailler quȇencouragé par votre femme, qui aspirait à un
peu de tranquillité, et sans doute aussi à profiter – enfin –
un peu de votre présence à ses côtés. Vous nȇen faites pas
mystère : vous lȇavez négligée. Mais ce boulot, comme vous

lȇavez aimé !
Un seul café ne suffit pas à vos histoires ; tous ces gens
que vous avez croisés, ces lieux que vous avez dirigés sont
encore présents à votre esprit et ne demandent quȇà
resurgir. Et moi, je dois me faire violence, mon second
expresso fini, pour vous interrompre : je passerais la

matinée à vous écouter parler.
Il y eut cette princesse orientale, qui vous avait fait des
avances ; cet écrivain misanthrope qui avait exigé que lȇon
ferme lȇhôtel entier ; ces deux acteurs de cinéma dont vous
nȇavez jamais révélé la passion secrète… et les Beatles !! The
Beatles, les vrais, descendus au George V, en 64, pour leurs

9

concerts à lȇOlympia : quels sales gosses ! vous rappelezȬ
vous. Exigeants et capricieux, réclamant un plat de
spaghetti bolognese à quatre heures du matin, que vous
étiez allé leur apporter vousȬmême, découvrant la suite
dans un état calamiteux et les quatre garçons, surexcités et
qu'enfumé qui vous a misla rate au
dans un vent plus
courtȬbouillon : les Beatles, dȇaccord, mais ce nȇétait pas une
raison pour mettre un tel bazar ! Vous nȇavez pas réfléchi
plus avant en les engueulant comme ils le méritaient, et
vous avez bien fait : les jours suivants, ils se sont bien tenus,
et vous ont même offert la preuve de leur estime en vous
permettant, exceptionnellement, ce quȇils refusaient à tous
dȇordinaire : une photo en leur compagnie. Vous me la
montrerez, elle est quelque part dans un tiroir…

1

0

Lȇhomme qui a engueulé les Beatles, vous resterez pour moi
celuiȬlà. Entre autres. Car vous êtes aussi lȇépoux de celle
qui vous a trop peu vu auprès dȇelle. Il y a bien eu, au début
de votre retraite, quelques années paisibles et douces, bien
différentes du tourbillon des cinquante ans passés loin
dȇelle, et vous en avez profité lȇun et lȇautre : en fait, elle
vous avait manqué aussi, même si vous nȇaviez pas eu le
temps de vous en rendre compte. Enfin vous étiez réunis,

et pour le meilleur à présent.
Mais le meilleur nȇa pas duré, emporté par la maladie.
Alzheimer et son cortège de souffrances ont eu raison des
jours heureux. Vous avez dû, la mort dans lȇâme, la placer
lȇannée dernière dans un lieu de vie spécialisé – doux
euphémisme pour ce qui nȇest plus à vos yeux quȇun lieu
de survie pour elle, à nouveau privée, et à jamais, de la vie
dont elle avait rêvé.
Elle ne me reconnaît même plus, aujourdȇhui, me ditesȬvous,
la tête baissée. Je compatis. Doucement, je questionne :
vous allez la voir tous les deux jours, ce doit être difficile,
cȇest courageux, cȇest émouvant. On doit vous demander
pourquoi, puisquȇelle ne sait plus qui vous êtes. Vous
relevez la tête et votre réponse fuse : Cȇest vrai. Mais moi, je

sais encore qui elle est.

1

1